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Petit jeu d’écriture 32
Cela faisait des années que j'écrivais comme un malade.
Alors j'ai enfilé une blouse blanche et j'ai commencé par soigner mon style. Puis...
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3 mai 2011 - 08:40
…puis j’ai mis des mots sur mes maux… pas facile d’opérer ! je n’arrivais pas à extraire les mots de mon cerveau ! l’opération a été difficile… Ils me restaient sur l’estomac ! Le stress s’est mis de la partie… les mots sortaient de plus en plus difficilement ; je n’arrivais plus à écrire, puis je les avais sur le bout de la langue… Très difficile d’extraire un mal ou des…. mots lorsqu’ils voyagent ! Puis, tout-à-coup, à la pointe de mon bistouri… non, pardon, de mon stylo, les mots, les maux… et l’émo…tion sont sortis !
4 mai 2011 - 10:09
Puis je me suis fait quelques piqûres de rappel, une fois par jour, du Syntaxol sous l’ordonnance d’un professeur de lettres. Si la forme semblait revenir, je ne touchais pas suffisamment le fond pour rebondir, d’après le docteur. J’ai du réapprendre à me nourrir de belles histoires, naturelles ou cuisinées, m’imprégner de leurs saveurs, leurs parfums, leurs couleurs.
Mes récits commençaient alors à prendre du poids, je retrouvais l’appétit d’écrire, en qualité. Je retrouvais l’envie aussi, du toucher, de la musicalité. Mes mots ne me prenaient plus la tête, ils couraient tous les matins sur le papier, légers et insouciants, tant l’exercice leur faisait le plus grand bien.
Cela fait deux jours que j’ai arrêté le traitement de texte, j’ai repris un carnet tout neuf et mon vieux stylo, puis on est allé se promener au grand air, cueillir les premières idées printanières. Et je peux vous dire que depuis l’on se porte bien, mon écriture et moi.
4 mai 2011 - 12:21
N’en connaissant que très peu la prophylaxie, je m’entourais d’une montagne de documents que je compulsais avec avidité.
Parvenu au bout de mes milliers de pages j’acquis une connaissance détaillée, affinée même, de ce que l’on nommait « le style ».
En fin chirurgien, je disséquais patiemment chacun de mes textes pour compléter là, alléger ici, remplacer un mot par un autre, fignolant chaque phrase pour la ciseler au mieux. Je jonglais avec la ponctuation, mon stylo dansait sans complaisance sur les feuilles noircies d’une écriture régulière, presque scolaire.
Lorsque je terminais cette opération, j’enlevais ma blouse blanche.
Je m’installais confortablement dans mon vieux fauteuil, fidèle compagnon de mes lectures pour vérifier le résultat de mon remède et m’endormais sans terminer.
J’avais trop bien soigné mon style, j’avais oublié d’en laisser le sel, la spontanéité.
10 juin 2011 - 16:47
Cela faisait des années que j’écrivais comme un malade.
Alors j’ai enfilé une blouse blanche et j’ai commencé par soigner mon style. Puis je finis par abandonner ce désir.
Depuis tant d’années sans style, mes ordonnances de médecins de ville ne pouvaient changer sous prétexte que je me retrouvais à l’hôpital.
La grande majorité de mes mots était absente du dictionnaire de la langue française et celui médical ne m’était d’aucun secours.
L’utilité avait force de loi ! Au diable toutes les enluminures, toutes les règles de grammaire ou autres complications liées au langage et ses contraintes !
L’absence de considération pour une quelconque notion du « beau » était frustrante. Ressentant que mon envie n’avait aucune chance de faire évoluer quoi que ce soit, je finis par délaisser mes projets avec d’énormes regrets mais je n’ai pas eu envie de voir le résultat du pot de terre contre celui de fer !
J’ai fini par n’adopter qu’un seul changement : utiliser une machine pour être lisible !
3 mars 2012 - 02:13
Cela faisait des années que j’écrivais comme un malade.
Alors j’ai enfilé une blouse blanche et j’ai commencé par soigner mon style. Il faisait état de quelques lourdeurs qu’il me fallait soulager. J’ai procédé à de petites incisions ici et là pour lui permettre de respirer puis lui ai administré des vitamines pour le remettre en forme. Puis, j’ai ausculté ma syntaxe. J’ai fait appel à quelques opérations esthétiques pour traiter sa dyslexie. En fait, pour la remettre sur pied, il fallait d’abord soigner la lettre. Ensuite je me suis penché sur mon orthographe. Son niveau avait baissé avec les années, et un bon traitement devait lui être sans fautes administré d’urgence. Ses lacunes étaient grandes et profondes, et nécessitait une mise à niveau salutaire. Ce fut ensuite au tour de la grammaire. A présent il s’agissait de soigner sa coordination. Ses écarts du temps passé compromettait son futur. Il me fallait conjuguer sa médication avec la concordance des temps de pause pour que son traitement lui soit bénéfique. Il ne restait plus qu’à guérir ma ponctuation de son déséquilibre chronique. Terminer les écarts, point à la ligne. D’abord lui imposer des règles strictes de conduite et surveiller sa cohérence syllabique. Enfin il s’agissait d’éviter les contresens dans mes comptes-rendus et respecter mes prescriptions à la virgule près…
Halima BELGHITI