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Petit jeu d’écriture 49
Chaque soir, juste avant la dernière levée, elle glissait une biscotte dans la boîte à lettres la plus proche de son domicile...
Imaginez une courte nouvelle commençant ainsi.
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29 octobre 2011 - 16:27
Cette habitude avait commencé il y a un mois quand se sparents l’avaient laissé regarder les informations sur la télé du salon. Elle y avait vu des enfants très maigres, aux yeux brillants et aux ventres rebondis. Ils avaient de belles dents blanches et de beaux sourires. Léa avait entendu que ces enfants ne mangaient pas à leur faim. Alors Léa avait décidé de leur envoyer de la nourriture. Elle n’en n’avait parlé à personne et estimait qu’à 3 ans elle pouvait faire des choses par elle meme. Elle sortait sur le trottoir chaque soir et juchée sur une poubelle elle faisait un voeu en envoyant une biscotte aux enfants d’afrique.
29 octobre 2011 - 18:27
Chaque soir, juste avant la dernière levée, elle glissait une biscotte dans la boîte à lettres la plus proche de son domicile… En fait, depuis près de deux ans il n’y avait plus personne qui l’utilisait car La Poste avait officiellement raccourci le parcours de distribution afin de diminuer les couts de gestion. Le fonctionnaire chargé de la modification mis bien en évidence l’emplacement de la nouvelle boîte postale, s’assura que tout les habitants du quartier avaient bien été informés, mais oublia de faire disparaitre la vieille boîte. Et les voisins l’oublièrent aussi d’autant plus que les années passent aussi pour les boïtes postales. Sauf une ancienne retraitée qui habitait pas loin de là. Elle remarqua une petite chouette qui s’y logeait après le coucher du soleil. Et ce fut ainsi que le grignotage de biscotte s’ajouta chaque soir aux autres notes s’élevant vers le ciel…
30 octobre 2011 - 15:17
Chaque soir, juste avant la dernière levée, elle glissait une biscotte dans la boîte à lettres la plus proche de son domicile.
Elle cheminait lentement, savourant chaque pas, de son petit appartement à la boîte, avalant avec précaution chaque goulée d’air pénétrant sa bouche et ses narines délicates, et jouissant de chaque molécule. Elle observait attentivement chaque fissure du trottoir, appréciait l’évolution des lézardes au fil des jours. Si elle admirait le paysage urbain, jamais elle ne musardait, consciente de l’importance de sa mission et entièrement vouée à son accomplissement, en fonctionnaire zélée. De plus en plus souvent, elle faisait une pause, la course lui déclenchant parfois une épouvantable sciatique qui la clouait au lit pour le restant de la soirée.
Jamais elle ne manquait le rendez-vous. Au prise avec une voisine, elle la plantait là. En ligne avec un quelconque bonimenteur, elle raccrochait, laissant le blabla en suspens. Pendant la sieste, elle se levait. Souffrante, elle guérissait. Elle partait parfois en chaussons, sa biscotte à la main. Laissait l’appartement ouvert. Une fois elle avait fait le chemin dans sa chemise de nuit en pilou, salué gravement l’épicière qui la regardait, amusée, faire son petit manège.
Tout au long de la journée, elle préparait sa biscotte dans un mélange de délicatesse et de minutie qui confinait à la perfection. Le cérémonial lui prenait plus d’une heure. D’abord sortir le beurre, le laisser s’attendrir lentement sur la table de la cuisine ; puis choisir le couteau, à bout rond, un peu large, pas trop court ni trop long, le manche un peu plat pour l’avoir bien en main ; saisir délicatement la biscotte et la tartiner longuement en prenant bien soin d’en placer une autre en dessous pour éviter de la briser ; en cas d’accident, ne pas s’impatienter, bravement recommencer ; couvrir d’une épaisse couche de confiture de citron amer non sucré, du fait maison, tout exprès pour ce rendez-vous régulier et pourtant si singulier.
Aujourd’hui sa main tremblait plus qu’à l’aube de ses vingt ans, quand elle avait commencé son petit rituel insolite. Il lui était moins aisé de beurrer sa biscotte sans la pulvériser. Mais elle y prenait toujours autant de plaisir, solitaire, sans bruit, dans sa cuisine. L’excitation du début avait fait place à une sorte de vertige, une émotion confuse qui la troublait.
Au bout du chemin, elle se plantait, bien campée sur ses deux jambes, devant la boîte à lettres, et avec une précision patiemment acquise au fil du temps, fourrait promptement la biscotte acide, amère et visqueuse dans la fente béante de sa vie en miettes.
Tout ça pour cet imbécile de facteur, trop tarte pour avoir daigné lui glisser son biscuit, la nuit du bal des postiers. Ça faisait déjà quarante années.
30 octobre 2011 - 20:11
Chaque soir, juste avant la dernière levée, elle glissait une biscotte dans la boîte à lettre la plus proche de son domicile. La première fois que le facteur trouva une biscotte au milieu du courrier qu’il était venu ramasser, il prit la biscotte la lançant d’un geste rageur dans un buisson proche, ronchonnant intérieurement contre les éventuels gamins qui auraient pu faire cette farce.
Ce n’était vraiment pas le moment de lui faire des farces, sa femme venait de partir avec son meilleur ami, le laissant complètement anéanti.
Le lendemain en soulevant la pile de courrier il entendit un craquement, et
se mit à pester à haute voix: « mais c’est pas vrai, encore une biscotte… »
Saisissant la biscotte, il la jeta à terre et marcha rageusement dessus. Les jours suivants, même découverte au milieu du courrier. Une chose le rassurait au moins le courrier n’était pas sali.
Et les biscottes subissaient chaque jour le même sort, jetées puis écrasées par la grosse chaussure du facteur!
Cet après-midi d’automne il faisait froid, les feuilles volaient de toute part.
En sortant de sa voiture il remarqua trois mésanges qui semblaient chercher quelques miettes à picorer près de la boîte aux lettres.
« tiens » se dis le facteur, « que je suis bête… »
Ce jour là il n’écrasa pas rageusement la biscotte, une fois installé dans sa voiture il la plaça sur le siège de droite.
En rentrant chez lui, il ouvrit la fenêtre de la cuisine, mis en miette soigneusement la biscotte et la rependit sur le rebord de la dite fenêtre. Un moment plus tard timidement un rouge-gorge vint se poser, il picora une miette et d’un battement d’ailes s’enfuit. Puis un deuxième vint se régaler un peu plus longtemps. Le facteur s’était installé devant la fenêtre, subjugué par les va et vient organisés par les oiseaux. En réalité il n’avait jamais fait attention aux oiseaux, en dehors des hirondelles et des moineaux ils ne savait pas vraiment les reconnaître. Un long moment passa, captivé par le manège des oiseaux, le facteur se mit à sourire à son insu, il se sentit apaisé, le spectacle des oiseaux avait balayé les idées noires qui l’habitaient .
Depuis ce jour le facteur passa chaque après midi de longs moments à regarder les rouges-gorges venant picorer les miettes sur le rebord de la fenêtre. Souvent il ajoutait une poignée de graines de tournesols afin de prolonger leurs ballets.
Depuis ce jour le facteur se sentit mieux et reprit lentement goût à la vie!
Geneviève Tavernier octobre2011. http:/mondoubsjardin.blogspot.com
Geneviève Tavernier Articles récents..deux merveilles…
31 octobre 2011 - 08:53
Boîte à biscottes
Chaque soir, juste avant la dernière levée, elle glissait une biscotte dans la boîte à lettres la plus
proche de son domicile.
Le postier excédé de devoir quotidiennement passer au tamis son courrier pour éliminer les miettes installa une discrète caméra de surveillance sur la boîte à biscotte.
De cette manière, il piégea une aïeule haute en couleur et dure d’oreille alors qu’elle s’apprêtait à délivrer son obole de la journée.
- Vous me faites mal, dit-elle, en voulant se libérer de la main ferme qui enserrait son poignet. D’ailleurs je ne fais rien de mal, je donne à manger aux pigeons.
- Mais, ma petite dame, la boîte c’est pour le courrier!
- Qu’est-ce que vous dites, il faut payer. Payer pour donner à manger aux pigeons, ça alors!
- Mais non, dit le postier en haussant la voix, la boîte c’est pour le courrier, pour les lettres. On ne donne pas à manger aux lettres!
- Comment! On ne donne pas manger aux bêtes! Mais, si vous ne les alimentez pas, comment voulez-vous que ces pigeons deviennent voyageurs?
- Bon, ça suffit maintenant, cette boîte est exclusivement réservée à la poste, à la poste!
- Biscotte, c’est bien ce que je disais, il faut leur donner des biscottes. C’est la seule nourriture qui leur permet de voyager léger.
Bougon de ne pas s’être fait entendre, le postier s’en fut en dévorant la biscotte qu’il lui avait confisquée et en ruminant sa vengeance.
Alain Lafaurie
1 novembre 2011 - 14:33
Très bon Alain
j’ai bien rit.
1 novembre 2011 - 18:16
Chaque soir, juste avant la dernière levée, elle glissait une biscotte dans la boîte à lettres la plus proche de son domicile. Elle en mettait toujours une tartine histoire que mamie ne soit pas déçue. Pourvu qu’elle la reçoive à temps demain pour son petit déjeuner, se disait-elle à chaque fois !
Hier, elle lui racontait sur sa biscotte l’histoire de Prune, une fille en sucre qui a fini en bouillie, après s’être prise pour la reine Claude. Ce soir c’était celle d’un cognassier dont la famille, sujette à de fortes glycémies, est restée gelée après s’être baignée par un grand froid dans un lac sirupeux.
Certes, ses histoires n’étaient pas très drôles, voire macabres, mais ça lui plaisait à elle et sa grand-mère qui adorait les lui raconter chaque matin, par tartines entières, à la campagne, pendant les vacances scolaires. Elle se souvient encore de la toute première où la crème de lait, La Motta, s’était faite battre à plate couture avant de s’étaler de tout son long dans un combat un peu salé et au couteau.
Seulement voilà, cela faisait trois jours que les vacances étaient finies, alors chaque soir elle écrivait à sa grand-mère une histoire sur sa biscotte qu’elle postait soigneusement la veille, juste avant la dernière levée, de telle sorte que la biscotte soit au dessus du courrier bien en évidence pour que le facteur ne l’écrase pas.
Et puis chaque lendemain, elle appelait sa mamie. « Alors ? ». Alors, rien, elle ne recevait jamais rien. Ce soir, sa biscotte à la main, elle attend le facteur.
« Pourquoi vous ne la postez pas ma biscotte, chez ma mamie ? » lance-t-elle énervée en lui tendant sa biscotte.
Le facteur, sans être étonné ou en colère de voir son courrier quelque peu tâché par cette lettre hors norme, lui répond très calmement :
« Ah, c’est toi, la biscotte ? »
Hochement de tête de la petite, le facteur saisit l’objet du litige et le retourne.
« Figure-toi que tu as oublié d’inscrire l’adresse dessus, elle ne risque pas d’arriver !
- Mais alors vous en faites quoi de mes biscottes, vous les lisez chez vous ?
- Ah, mais pas du tout, je suis un professionnel, moi … je les composte ! »
3 novembre 2011 - 12:43
Chaque soir, juste avant la dernière levée, elle glissait une biscotte dans la boîte à lettres la plus proche de son domicile..
Dans le monde onirique de Mlle Abigaëlle, ancienne institutrice et depuis quelques années à la retraite, les choses de la vie sont perçues différemment et les actes aussi. Elle vous dira que tout est une question de point de vue mais pour beaucoup la dame à la blouse grise, signe ostentatoire d’autorité par le passé, semble au fil du temps perdre la tête dans les méandres de son rituel quotidien..
Effectivement quand les premières lueurs du jour apparaissent, Mlle Abi, pour les initiés, sort sur le perron de sa maison, dispose sur le trottoir un grand tableau noir, prend une craie blanche afin d’écrire la date du jour en haut à gauche et se retourne pour observer la fraicheur de jour. Ensuite elle repart dans sa véranda semble vérifier sa partition, en mimant des gestes de sermon, puis revient avec une chaise en paille, un vieux livre, poussiéreux, un thermos bouillant de thé et surtout deux biscottes à la date de péremption non communiquée.
Elle s’assoit, met ses lunettes sur le bout de son nez, recoiffe son vieux chignon , prend une longue respiration et se lance dans une lecture effrénée et passionnée. Et là quel spectacle fabuleux, la dame aux allures usées par les turpitudes d’une vie soumisse à l’éducation, apparaît tel un phénix qui renait de ses cendres et devient majestueuse. Elle transforme les mots, les travestit même, leur donne un costume qui accroche la moindre personne qui s’attarde sur la lecture d’Abi. Comme si par les gestes associés à son monologue, elle mystifiait les détails pompeux de son livre pour éclairer le spectateur pantois de sa voix sémillante et envoutante.
Les quelques pauses qu’elle s’autorise sont consacrées à une tasse de thé et un morceau de biscotte qu’elle émiette afin de nourrir les pigeons qui restent, malgré tout, les êtres les plus attentifs aux contes de Mlle Abi. La journée s’écoule donc dans l’indifférence générale, et quand les derniers rayons célestes disparaissent pour laisser place à la folie nocturne, Abi se lève subitement, ce qui provoque l’envol de toute la colonie de Columbidae puis ôte ses lunettes, se retourne, efface la date sur le tableau, range son attirail et revient sur le trottoir. Debout, à peine éclairée par la lumière artificielle du lampadaire, elle tient une biscotte à la main. D’un pas décidée et sans faillir elle dépose solennellement la biscotte dans la bouche de l’élève à la capuche jaune, symbole de récompense pour son plus fidèle spectateur ensuite un soupir s’envole dans le silence puis elle rentre chez elle satisfaite de son œuvre.
De mémoire, un voisin , vous dira que rien ni personne n’empêchera Abi de reproduire son scénario farfelu. Il vous avouera, un peu gêné, qu’il ne manquerait sous aucun prétexte « la lecture d’Abi » malgré la cocasserie ambiante. En fait l’acte de cette dame profite à beaucoup pour oublier le marasme d’une société en crise, elle vous transporte loin de l’ostracisme libéral et elle vous raconte la vie « entre2lettres »..
Mickaël D
3 novembre 2011 - 23:35
Chaque soir, juste avant la dernière levée, elle glissait une biscotte dans la boîte à lettres la plus proche de son domicile…
Imaginez une courte nouvelle commençant ainsi.
Elle faisait ça Elisabeth, comme elle faisait plein d’autres petites choses incohérentes, insensées. Mais insensées pour qui ? Pour elle, ça avait du sens. Et ça lui faisait plaisir, cette biscotte, déposée par ses soins pour celui, qui, tous les jours, venait vider la boite jaune. Il était beau. Au début, elle l’observait de sa chambre, tous les soirs, à la même heure, arrivé avec son vélo, ouvrir la boite et vider son contenu dans sa sacoche noire. Elle le regardait, il ne la voyait pas, il ne la connaissait pas. Elle s’est dit qu’elle aussi, elle voulait lui mettre quelque chose dans sa boîte. Mais là, dans cette maison, elle n’avait rien à elle, rien à lui donner. Alors elle a eu l’idée. Une biscotte, juste une petite biscotte qu’elle glissait discrètement dans sa poche au petit déjeuner, à l’insu de l’infirmier. Et en fin d’après-midi, juste après le goûter, elle avait le droit de sortir. Un petit tour, tout les jours, quinze minutes, pas plus ! Alors, elle sortait et tous les soirs, juste avant la levée de 17h, juste avant qu’il ne vienne, elle glissait discrètement son présent dans la boîte. Tous les soirs, invariablement, et ça la rendait heureuse. Elle remontait dans sa chambre et elle le regardait maintenant, vider le contenu, avec son don à elle, dans sa grande sacoche noire. Elle ne se doutait pas que tous les soirs, en secouant sa sacoche pleines de miettes, il pestait contre cette abrutie qui mettait tous les jours des biscottes dans les boîtes aux lettres.
Elisabeth, elle est un peu simplette, Elisabeth, elle n’a pas toute sa tête, elle fait les choses avec son coeur et ça lui donne un grand bonheur !
© Gwenaëlle Joly