entre2lettres – Le blog de Pascal Perrat

29fév/121

Le truc d’une romancière quand elle manque d’idées

J'ai une amie, auteure de plusieurs livres jeunesse, qui a un truc quand elle manque d'idées.

Elle retourne chez ses parents et s'enferme dans la petite cabane en bois que son père avait aménagée pour elle quand elle était enfant.
"Parfois j'y reste deux heures" m'a-t-elle confié dernièrement, " là, assise au milieu de mes vieilles peluches, je ferme les yeux et je retrouve peu à peu mes fantasmes d'enfant, ceux avec lesquels je m'inventais une vie extraordinaire. Après, quand je reviens sur terre, mon cerveau est en effervescence, j'ai plein d'idées nouvelles".

Vous pensez que votre vie n’est pas très "sexy", pas originale, que vous n'avez pas grand-chose d'intéressant à dire.
Peu importe !

Emmenez votre mémoire faire un tour dans les terrains de jeux de votre enfance pour renouer avec votre enfant créateur.
Puis affabulez une vie très imaginaire, arrangez la réalité à votre manière, comme vous saviez si bien le faire, avant, quand vous rêviez d'être grand...

Imaginez que vous avez découvert le plus étrange pays du monde, accompagné en secret les premiers hommes sur la lune, capturé l’insaisissable yeti, cet abominable homme des neiges, dirigé un cirque lilliputien, rencontré le fantôme de Jules César.
Et racontez vos aventures "mensongère"s en décrivant des lieux et des gens inconnus, des événements incroyables, des situations étonnantes, des anecdotes surprenantes.

Romancez votre vie tel un escroc de grande envergure.
Mais ne restez pas dans l'approximation, donnez des détails, des particularités, des développements.
Écrivez plusieurs fois cette vie fabuleuse en l'amplifiant avec des rebondissements, d’autres péripéties, d'autres rencontres.
Tout ça sous la forme d'un brouillon, d’un premier jet.
Après quoi, laissez reposer quelques jours puis corrigez les erreurs et les incohérences.

Une fois cette mythomanie réalisée, vous devriez être prêt à écrire une nouvelle, voire un roman

Le site de notre amie : Sophie Ducharme, auteure jeunesse

15fév/127

Quelles croyances devons-nous dépasser pour croire en notre talent ?

Nous recevons en moyenne 2 à 3 personnes par mois dans notre cabane à écrire.
Elles passent 2 jours seules, en tête-à-tête avec moi pour faire le point sur leur écriture.
Toutes aiment écrire et sont très motivées.
Toutes rêvent plus ou moins secrètement d'être publiées, mais la plupart pensent n'avoir aucune chance.

Pas plus tard qu'hier, par exemple, j'ai reçu un jeune homme très imaginatif qui écrit avec une facilité étonnante.
Je l'ai testé avec des exercices de plus en plus difficiles, ce qu'il réussissait à produire m'épatait à chaque fois.
Mais quand je lui en faisais part, il refusait de m'entendre. Ce jeune homme restait convaincu que ce qu'il écrit est nul, banal, à jeter !
J'insistais, tentais de lui faire prendre conscience de ses remarquables possibilités. De sa fertile créativité. Rien n'y faisait.
Il me rappelait une jeune femme surdouée, venue l'été dernier. Capable d'écrire une nouvelle captivante et originale en moins d'une heure.
L'idée, le style, le suspense, tout y était.
Elle aurait pu, sans problème, se lancer dans l'écriture d'un best seller capable de séduire plus d'un éditeur.
Mais j'attends toujours le plaisir de lire le premier chapitre...

Je vous parle de ces deux exemples, mais ce ne sont pas les seuls. Ce manque de confiance se retrouve chez de nombreuses personnes.

Ces observations m'ont amené à réfléchir.

Quelles croyances devons-nous dépasser pour réussir à croire en nous ?
Quand j'avais une vingtaine d'années, la croyance qui me limitait le plus était l'image de moi.
Dès que je me comparais aux autres, je me trouvais nul, insignifiant.
C'est en lisant des livres sur la connaissance de soi que j'ai pris conscience du potentiel qu'il y avait en moi et comment l'exprimer.

Une seconde croyance m'entravait.
Je pensais que je n'étais pas assez courageux pour mener un projet jusqu'à son terme.
Une force destructrice m'amenait à ne pas terminer ce que j’entreprenais. À détruire ce que j'avais commencé à écrire.
Comme si ça ne valait rien.
Mais évidemment, c'étaient la conjoncture ou les autres qui étaient responsables de cet état de fait, pas moi !
C'est lorsque j'ai accepté d'assumer la responsabilité de ce qui m'arrivait que j'ai trouvé la cause.
Comme pour beaucoup de personnes elle était simple :  je recherchais l'amour et la reconnaissance de mes parents.
C'est à leurs yeux que je voulais briller, eux qui me trouvaient médiocre.
Dès que cette croyance négative m'est apparue au grand jour, elle s'est évaporée.

Une 3e croyance me desservait, moi l'autodidacte, le cancre, le dyslexique, le bon à rien.
Je m'imaginais quelconque, pas du tout à la hauteur de mes ambitions.
Un grand poète, Eugène Guillevic, en acceptant de préfacer mon premier livre, m'a libéré de cette croyance.

Il me restait encore une autre croyance à dépasser.
Je pensais que ceux qui réussissaient étaient des privilégiés, comme on dit aujourd'hui, ceux qui avaient des relations et donc un bon carnet d'adresses.
C'est en allant à la rencontre des autres : auteurs, artistes, éditeurs, etc., que je me suis libéré de cette croyance.
J'ai enfin réalisé que je pouvais avoir toutes les relations du monde si je le souhaitais vraiment.
Il me suffisait juste d'oser aller à la rencontre de celles et ceux qui m'attiraient, tout en sachant qu'ils ou qu'elles pouvaient refuser de m'ouvrir leur porte.
D'accepter que l'on puisse me dire non sans pour autant me sentir nul. Bon à rien.

Que faut-il en conclure ?

Quatre choses :

1 : Quel que soit votre physique ou votre QI, acceptez-le.
Mettez-vous dans la tête qu'il vous faudra faire avec toute votre vie.
Ce n'est pas le monde s'adaptera à vous mais le contraire.

2 : Oubliez définitivement les jugements portés sur vous par : vos parents, vos enseignants, vos employeurs.
Ne croyez qu'en une seule chose : EN VOUS !

3 : Soyez ambitieux
Comme Julien Sorel dans le Rouge et le noir de Stendhal soyez  « ivre d'ambition et non pas de vanité ».
Ayez toujours des projets ambitieux, voire chimériques, "ouvrez grand" vos envies, ne voyez pas petit.
Savez-vous combien de personnes faut-il pour réaliser un court-métrage, ne parlons pas d'un long métrage ? 25 à 30 personnes.
Alors qu'il ne faut que vous et vous seul pour écrire un roman, voire une saga !

4 : Provoquez la chance
Allez à la rencontre des autres, c'est là que se trouve votre chance d'occasions et de circonstances favorables.
Jamais la chance ne viendra frapper à votre porte, elle vous attend là où vous ne l'attendez pas : salon du livre, de la BD, rencontres littéraires, clubs de lecture, forums, ateliers d'écriture, stages, et bien sûr..., dans notre cabane à écrire.

« Si vous n'avez pas confiance,

vous trouverez toujours un moyen

de ne pas gagner »

Carl Lewis.

7déc/111

3 h avec Louis-Ferdinand Céline…

Pour les amateurs de Céline : 3 heures d'émission à écouter.

Emmanuel Ratier a réservé son Libre Journal du 16 novembre à Louis-Ferdinand Céline,
auteur admiré pour son genie d'écrivain,
exécré pour son antisémitisme

http://www.lepetitcelinien.com/ 

* Source : Le Petit Célinien

8nov/111

Souvenirs (2) « J’ai bien connu Amedeo Modigliani »

Alors que je signais mon premier recueil de poésies dans une grande librairie de Reims dont j’ai oublié le nom, un vieux monsieur s'approcha de moi. Non pour acheter  « Un regard peut-être », mais pour me parler d’un livre qu'il avait écrit sur Reims.

Lorsque vous signez un livre, il y a toujours quelques personnes qui tournent autour de vous pour vous dire qu’elles écrivent aussi. Elles ont besoin d’en parler avec quelqu’un « qui peut les comprendre ».

Attendant vainement d’éventuels acheteurs je l'écoutais distraitement me conter les 700 ans de Notre-Dame de Reims, le baptême de Clovis par l’évêque Rémi dans les années 400 et les dégâts causés par les guerres sur cette belle cathédrale. À un moment, alors que je parvenais à orienter la conversation sur le peintre Fougita reposant dans la chapelle musée qu’il a conçue et peinte à Reims, à la fin de sa vie, le vieux monsieur, me dit : « Vous savez, j'ai bien connu Amedeo Clemente Modigliani, le peintre » Là, je me suis vraiment intéressé à ses dires.

C'était un érudit, une personne ayant étudié à Paris. Il logeait alors dans une chambre de bonne sous les toits, dans un immeuble du côté du boulevard Montparnasse. Dans la chambre contiguë à la sienne, campait Modigliani. Les deux jeunes gens échangeaient parfois quelques banalités quand ils se croisaient dans l’escalier de service, sans plus. Ni l’un ni l’autre n’était connu, au contraire, tous deux étaient plutôt dans la dèche. Un jour, le propriétaire des lieux vint sur place pour récupérer des impayés et profita de l’occasion pour contrôler l’état dans lequel se trouvaient les chambres qu'il louait à quelques jeunes désargentés.
Quand il découvrit celle de Modigliani il poussa des hauts cris. Du sol au plafond, la mansarde était peinturlurée ! Il y avait des visages de  femmes esquissés un peu partout. Sur les murs, au plafond, et même sur la porte.  À cette époque les lois n'étaient pas les mêmes qu'aujourd'hui, il congédia Modigliani sur le champ, exigeant qu'il repeigne complètement la chambre à ses frais avant de quiter les lieux illico presto.
Le lendemain, tandis que Modigliani était en train de remettre la chambre « au propre », le locataire d'une chambre voisine lui dit : « Ne te fatigue pas à repeindre la porte,  je vais, si tu veux bien, la prendre en souvenir et la remplacer par une neuve. » Modigliani accepta de bonne grâce, c’était toujours ça de moins à faire.

Alors que Modigliani était inconnu, cette personne avait déjà percu la beauté de sa peinture. Au point de sauver l’ouvrage de ce barbouilleur de génie. Depuis que ce vieux monsieur m’a rapporté cette anecdote, je la raconte à mon tour à un maximum de personnes. J’espère qu'un jour, quelqu'un s’exclamera : « Mais je sais où est cette porte ! » Pour l'instant, je crois qu’elle n’est répertoriée  dans aucune collection, aucun catalogue. J’espère que les descendants du jeune homme ne l’ont pas détruite.

Regardez bien dans votre cave ou votre grenier si parfois il n’y aurait pas dans un coin, une vieille porte endormie...

13sept/113

Souvenirs (1) : « Devenu écrivain parce qu’il n’était bon à rien »

Un jour, j'eus la chance de rencontrer Pierre Mac Orlan et Georges Brassens, au bar de l'hôtel Moderne, à St Cyr sur Morin, en Seine et Marne.
L'hôtel restaurant, aujourd'hui devenu musée, était tenu par les frères Guibert.
Pierre Guibert, avait réunit une superbe collection d'outils briards, je lui avais d'ailleurs offert, comme tant d'autres personnes avant moi, un vieil outil, un martelet pour tailler les tuiles. Très jovial, bon conteur d'anecdotes sur son métier et sa collection, il était devenu l'ami de nombreux artistes.

Ce jour-là, Mac Orlan, lui qui disait  « je suis devenu un écrivain parce que je n'étais bon à rien.» portait son fameux béret, comme on en porte encore ici, au pays du rugby. Dans ses dernières volontés, l'auteur de "Quai des brumes" avait souhaité être enterré vêtu d'un maillot de l'équipe de France de rugby. Elle fut respectée.

Une autre fois, dans ce même restaurant, j'ai également rencontré Pierre Chabrol, autre romancier à la barbe fournie et à la verve inépuisable. Je ne savais pas que j'allais le revoir, des années plus tard, au Centre de Formation des Journalistes où nous intervenions comme formateurs. Dans une autre article, je vous raconterai une anecdote truculente concernant ce talentueux conteur.

Retrouvez d'autres photos et informations sur le site de ce beau village Briard : http://marne-et-morin.com/villes_villages/st-cyr-sur-morin.html