Souvenirs (2) « J’ai bien connu Amedeo Modigliani »
Alors que je signais mon premier recueil de poésies dans une grande librairie de Reims dont j’ai oublié le nom, un vieux monsieur s'approcha de moi. Non pour acheter « Un regard peut-être », mais pour me parler d’un livre qu'il avait écrit sur Reims.
Lorsque vous signez un livre, il y a toujours quelques personnes qui tournent autour de vous pour vous dire qu’elles écrivent aussi. Elles ont besoin d’en parler avec quelqu’un « qui peut les comprendre ».
Attendant vainement d’éventuels acheteurs je l'écoutais distraitement me conter les 700 ans de Notre-Dame de Reims, le baptême de Clovis par l’évêque Rémi dans les années 400 et les dégâts causés par les guerres sur cette belle cathédrale. À un moment, alors que je parvenais à orienter la conversation sur le peintre Fougita reposant dans la chapelle musée qu’il a conçue et peinte à Reims, à la fin de sa vie, le vieux monsieur, me dit : « Vous savez, j'ai bien connu Amedeo Clemente Modigliani, le peintre » Là, je me suis vraiment intéressé à ses dires.
C'était un érudit, une personne ayant étudié à Paris. Il logeait alors dans une chambre de bonne sous les toits, dans un immeuble du côté du boulevard Montparnasse. Dans la chambre contiguë à la sienne, campait Modigliani. Les deux jeunes gens échangeaient parfois quelques banalités quand ils se croisaient dans l’escalier de service, sans plus. Ni l’un ni l’autre n’était connu, au contraire, tous deux étaient plutôt dans la dèche. Un jour, le propriétaire des lieux vint sur place pour récupérer des impayés et profita de l’occasion pour contrôler l’état dans lequel se trouvaient les chambres qu'il louait à quelques jeunes désargentés.
Quand il découvrit celle de Modigliani il poussa des hauts cris. Du sol au plafond, la mansarde était peinturlurée ! Il y avait des visages de femmes esquissés un peu partout. Sur les murs, au plafond, et même sur la porte. À cette époque les lois n'étaient pas les mêmes qu'aujourd'hui, il congédia Modigliani sur le champ, exigeant qu'il repeigne complètement la chambre à ses frais avant de quiter les lieux illico presto.
Le lendemain, tandis que Modigliani était en train de remettre la chambre « au propre », le locataire d'une chambre voisine lui dit : « Ne te fatigue pas à repeindre la porte, je vais, si tu veux bien, la prendre en souvenir et la remplacer par une neuve. » Modigliani accepta de bonne grâce, c’était toujours ça de moins à faire.
Alors que Modigliani était inconnu, cette personne avait déjà percu la beauté de sa peinture. Au point de sauver l’ouvrage de ce barbouilleur de génie. Depuis que ce vieux monsieur m’a rapporté cette anecdote, je la raconte à mon tour à un maximum de personnes. J’espère qu'un jour, quelqu'un s’exclamera : « Mais je sais où est cette porte ! » Pour l'instant, je crois qu’elle n’est répertoriée dans aucune collection, aucun catalogue. J’espère que les descendants du jeune homme ne l’ont pas détruite.
Regardez bien dans votre cave ou votre grenier si parfois il n’y aurait pas dans un coin, une vieille porte endormie...
Petit jeu d’écriture 50
Nous sommes Fauteuils de père en fils, depuis plusieurs générations.
Dans notre arbre généalogique, on trouve deux fauteuils empire et même une bergère.
Mon père était un fauteuil de dentiste, ma mère un fauteuil à bascule.
Il a tout perdu à la roulette, elle l’a quitté pour se jeter dans les bras d’un fauteuil d’orchestre.
Enfant, quand je n’étais encore qu’un pliant, j’en ai beaucoup souffert.
Mais, après quelques séances sur un divan, je suis devenu plutôt relaxe. Inventez la suite
De temps en temps, passez en zone libre
Quand la France était asservie par les nazis, elle était coupée en deux.
Au nord une zone occupée, au sud une zone libre.
En zone occupée la liberté de s'exprimer était très censurée, en zone libre beaucoup moins. Dans notre esprit c'est pareil, une partie est occupée par les astreintes quotidiennes, l'autre, celle de la rêverie, est beaucoup plus libre. Pour que vos imagination s'exprime librement, pensez de temps en temps à passer en zone libre. Dans cette zone où elles peuvent circuler librement, loin des tracas et des soucis. Profitez du moindre instant pour y entrer.
Petit jeu d’écriture 49
Chaque soir, juste avant la dernière levée, elle glissait une biscotte dans la boîte à lettres la plus proche de son domicile...
Imaginez une courte nouvelle commençant ainsi.
Un livre qui a du chien…
Ce livre est une petite merveille. Si vous avez un animal de compagnie dépêchez-vous de le lire. Comme moi, vous serez ravi et touché par cette histoire qui se déroule il y a un demi siècle, mais qui nous parle au présent. Joie et tristesse alternent. L'auteur avait un don d'observation rare, sans anthropomorphisme. Parfois Kafka n'est pas loin...
Editions Circé poche
Vous êtes en panne d’idées ?
Vous êtes en panne d'idées ?
En manque d'inspiration pour commencer la journée ?
Piquez une tête dans votre imaginaire, là où votre mémoire a stocké des millions de sensations et d'images.
Comment faire ? C'est très simple, revoyez le jouet que vous avez tant aimé. Celui avec lequel vous avez tant joué : poupée, petite voiture, figurine, etc.
Il ne s'agit pas de trouver tout de suite des idées, mais de ressusciter des émois, des émotions, des sensations, et bien sûr, les images de votre album imaginaire.
Après, vous verrez, plein d'idées surgiront.
D'autres conseils, astuces, exemples dans "Comment écrire son premier roman"
Petit jeu d’écriture 48
C'était un dimanche soir, très tard. Un livre m'a ouvert ses pages...
Imaginez une suite
Il nous reste à peine trente mots gaulois…
(...) Toujours plus de mots anglais sur les murs de nos villes ou à la une de nos journaux que de mots allemands pendant l’occupation. Si vous voyagez en train, la SNCF vous fourre dans la poche une carte S’miles, dont la plaisanterie ne fait rire aucun anglo saxophone et par laquelle la compagnie, dite française, torpille le système métrique, adopté dans les sciences, universellement, au Point que la Nasa, récemment, faillit perdre un satellite pour s’être embrouillée dans ses propres unités archaïques.
Enseignant, vous ne pouvez prétendre, en classe, que le mot relais ne s’écrit point par un y puisque, dans toutes les gares de France, s’affiche, en gros et en rouge, cette lettre. Plus de boutiques, des shops ; un déluge de best of, decover, demake-up…pis : des crèmes anti-age qui révèlent la stupidité du traducteur, puisque to age signifie vieillir. En fait, ce sont des plâtras pour réparer l’irréparable vieillerie des rides.
Feuilletez maintenant l’histoire des guerres. Les vainqueurs imposent toujours leur langue aux vaincus, ce pourquoi il nous reste à peine trente mots gaulois. En Europe de l’Est, l’enseignement du russe était obligatoire. Quelle guerre nouvelle venons- nous de perdre ? Qui sont donc les collabos ?
Victorieux de la lutte pour le fric, les riches cherchent à ne pas jaser de la même manière que le peuple. Avant la guerre de 14-18, 51% des Français parlaient alsacien, breton, picard ou langue d’oc : ruraux pour la plupart.
Les langues des régions de France moururent de la mort des paysans. Au Moyen Âge, les savants, les médecins, les juristes, bref, la classe dominante parlait latin. Il fallut un édit royal pour que notre langue maternelle fût usitée en public et dans les actes officiels. Nous revenons aujourd’hui à cet état de fait.
Les riches, la classe dominante, les publicitaires, ceux qui tiennent l’espace des affiches et le temps de parole éliminent le français.
Comme d’habitude, les vainqueurs cherchent à imposer leur langage. Vous souvenez-vous de la vieille pub où un chien écoutait, obéissant, assis devant une enceinte acoustique d’où sortait la Voix de son Maître ?
La voix de nos maîtres, nous ne l’entendons plus que dans une autre langue. Et quel sabir ! Si vous saviez à quel point ces dominants ignorent le vrai, le bel anglais ! J’en ai honte devant mes amis d’outre- Manche ou d’outre-Atlantique. Du coup, la langue française, la mienne, que j’aime, devient celle des pauvres, des assujettis, nous, petits chiens obéissant à la pub et au fric.
Je vous invite à l’écrire et à la parler, fièrement, comme langue de la Résistance. Chaque fois que je reçois un message où l’on me demande un pitch de ma conférence à venir, je réponds aussitôt : qu’ès aco, lou pitch ?
Là, le Parisien, in, est interloqué. Les savants qui inventent, qui ont parfois reçu prix Nobel ou médaille Fields, disent, unanimement : on n’invente que dans sa langue, qui délivre un point de vue inédit, je l’ai dit, sur le monde. Après, on publie les résultats de la découverte dans les revues rédigées dans le sabir commun ; depuis trois mille ans, il existe, en effet, une langue de communication : normale, nécessaire, salutaire. Le patron des traducteurs qui travaillent au Conseil de l’Europe ne cesse d’affirmer que les interventions réellement originales s’y font dans les idiomes propres ; l’usage ou l’obligation de ne parler que dans la langue de communication condamne chacun à ne plus penser que dans le format, dans la correction politique, dans les répétitions indéfinies de la société du spectacle. Autrement dit, devenir bourrique. (...)
Michel Serres, philosophe, membre de l’Académie Française
Tribune publiée dans Sud Ouest du 9 mai 2011
Protéger un titre ou un nom ne sert à rien si…
Circus, un studio installé à Montrouge en banlieue parisienne, avait déposé la marque « Lion ».
Quand, « Lion » le nouveau système d'exploitation Mac OS X Apple est arrivé en France, Circus, par le biais de la justice, voulu interdire à Apple l'usage de ce nom.
Même s’il a reconnu qu'il y avait une « atteinte vraisemblable » à sa marque, le tribunal de grande instance de Paris a rejeté la demande en référé de Circus. Au motif que Circus n'avait jamais exploité ce nom ni apporté d'éléments permettant d'établir qu'il le ferait prochainement.
Quand vous déposez un nom, un titre, une marque, une signature, etc., retenez que si vous ne l’exploitez pas concrètement, un tiers peut l’employer à votre place sans contrepartie.
Plus d'informations sur la protection d'un nom http://www.inpi.fr

