335e proposition d’écriture créative imaginée par Pascal Perrat

Son polar ne trouvait aucun éditeur.
Pas assez de sang, de sexe, de sauvagerie,   
consultez un writing doctor, conseillaient-ils.

Écrivez avec vos tripes, ordonna le doctor es lettres,
puis il ajouta : écrivez votre prochain roman à l’encre rouge, exclusivement, et je vous garantis que le succès viendra.
Le succès ne tarda pas, mais pas celui tant espéré…

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17 réponses

  1. « Ecrire à l’encre rouge ! », un conseil répété à l’envie par son éditeur !…
    « Du sang, des tripes, c’est mou tout ça, ça n’accroche pas !! »

    Marianne est réticente. Elle considére le rouge comme une couleur dangereuse. Elle le sait depuis toujours, le rouge se manie avec précaution, son utilisation n’est pas gratuite, il faut réfléchir avant. Une toute petite pointe rouge sur une feuille, et le voilà qui devient tache, prend le dessus, envahit tout, noie l’action, coule à flots sans qu’on sache d’où il sort, il bouillonne, il s’impose et devient vite incontrolable…
    Elle doit réfléchir avant de déclencher un processus irréversible.
    Mais l’époque est à l’emportement, à l’exaltation, et tout l’y encourage. Le public en demande et en redemande . Tout incident prend des proportions inhabituelles et engendre des récits frénétiques. Rien ne va assez vite, on veut du nouveau, à tout prix, tenter des expériences extrêmes et jusqu’au boutistes. On voit dans la tiédeur un signe de faiblesse. On peint au contraire la sauvagerie comme un signe de virilité, comme le retour aux sources salvateur d’une humanité décadente.
    Marianne hésite, consciente du risque d’ incendie catastrophique.
    Dehors la rumeur enfle, les défilés se succèdent, on s’impatiente, on guette. Quand on juge les faits trop lents, on leur invente des péripéties. Quand ils manquent de panache on les moque, et les rodomontades passent pour de la bravoure.
    Tant et si bien qu’en peu de temps tout le monde est dans la rue. Le rouge peut entamer son œuvre. Modérément d’abord, mais très vite il s’emballe. Le trait rouge devient ruisseau, puis cascade, et bientôt la feuille entière est rouge. Rouge, obstinément, unanimement.

    Mais enfin on se lasse.
    La fureur s’apaise et de nouveau on regarde vers l’horizon.
    Retour au calme et aspiration à une couleur moins martiale : Ainsi vont les modes et les revirements d’opinion. Le bleu séduit les mêmes qui hier vantaient le rouge. Les histoires tendres envahissent les coeurs, les bluettes font recette et la paix redevient une qualité.
    Marianne sourit et pousse un soupir de soulagement. Une nouvelle fois elle va se plier à l’air du temps.
    La consigne a changé. Et elle revirera encore.
    Elle a l’habitude.

    Au drapeau flottent deux couleurs : le bleu d’un côté, le rouge de l’autre. Le bleu s’appuie sagement à la hampe. Il est le garant de la stabilité et de l’ancienneté. A l’autre bout flotte le rouge qui claque librement dans le vent au gré des passions contraires.
    Et entre les deux, une page blanche, neutre encore, reste à écrire.

  2. LELEU Yvette dit :

    Ecrivez votre polar à l’encre rouge…
    Il s’arma d’une patience incroyable et sur un regard encore doux, il salua le doc. -Revenez me voir une prochaine fois,voulez-vous! Je serais ravi de discuter avec vous des suites de…_ Hum doc le coupa t’il, je ne pense pas en avoir le temps, voyez-vous, je serais très , très pris dans les jours, les semaines, les mois à venir. Je vais m’accorder une nouvelle vie, une de celle qui font parler d’elle, une de celle qui font des ravages, une de celle que l’on ne peut oublier et voyez-vous doc, ce sera grâce ou à cause de vous. Là-dessus doc, je vous salut. Sans un regard vers le doc qui n’en revenait pas, il ferma la lourde porte, sourit à la secrétaire si mignonne et se faufila dans l’ascenseur.Il regarda autour de lui et ce qu’il vit le fit sourire. Deux belles jeunes femmes toutes de rouge vêtues, un signe pour sûr pensa t’il. Il leur adressa un salut, beau gosse , ça il l’était et il avait du succès auprès des femmes et même auprès de certains hommes. Là, pour le coup, il voulait faire connaissance et il fit ce qu’il fallait et à la fin, il eut le numéro de téléphone de Bertille Marsac l’une des jeunes femmes. L’ascenseur s’ouvrit, Elles tendirent leurs mains gantées vers Fabrice; il leur offrit de nouveau ce sourire hyper craquant et les laissa s’en aller. Cheminant vers le métro, il comprit soudainement que son univers devait basculé et quoi de mieux qu’une belle inconnue aux traits déformées par la peur, par l’horreur, par la douleur pour l’aider? Quand enfin il fut derrière son ordinateur, il écrivit à la vitesse de l’éclair un tout nouveau chapitre ou mais…il lui manquait cette puissance, cette vie, ce fiel pourrit qui en ferait un extraordinaire bouquin…alors, il fixa son récit et sut ce qu’il devait faire…sans perdre de temps, il se changea, regarda l’heure-23 heures! bien se dit-il c’est une bonne heure. Il se faufila de rues en ruelles et parvint devant la maison de sa victime. Il chercha la faille, la trouva. Une fenêtre un peu ouverte, pour un chat? Oui pensa t’il,elle a un chat allons voir ça de plus près…il entra, ne fit aucun bruit, se dirigea vers le son d’une radio, un filet d’eau…elle prenait sa douche? Bien, bien, bien! Il ouvrit la porte de l’armoire, s’y glissa et attendit.

  3. françoise maddens dit :

    Son polar ne trouvait aucun éditeur.
    Pas assez de sang, de sexe, de sauvagerie,   
    consultez un writing doctor, conseillaient-ils.
    Écrivez avec vos tripes, ordonna le doctor es lettres,
    puis il ajouta : écrivez votre prochain roman à l’encre rouge, exclusivement, et je vous garantis que le succès viendra.
    Le succès ne tarda pas, mais pas celui tant espéré :
    En effet son nouveau livre, ni polar, ni roman d’action, scandalisa la presse, les médias, sauf bien sûr les libraires (mettez-vous à leur place). Parce qu’il était écrit à l’encre rouge ? non bien sûr, mais parce qu’il travestissait la vie de Jeanne d’Arc, vous avez bien lu Jeanne d’Arc. Le F N, entre autres, réagit bruyamment et l’église catholique mit le livre à l’index.Quant à la maison d’édition elle n’avait eu aucun scrupule à le lancer quelques jours avant la fête du ler Mai…
    Jeanne d’Arc, l’héroîne du roman, était une jeune châtelaine promise à un riche mariage,qui au cours d’une grand’ messe dominicale, tomba amoureuse de l’Evêque de Beauvais Pierre Cauchon. Celui-ci après le repas copieux servi au château en son honneur, séduisit la jeune pucelle qui tomba enceinte. L’Evêque averti exigea, mais en vain, qu’elle avorte celle-ci étant trop heureuse d’avoir un enfant de lui. l’affaire s’ébruita, l’Evêque Pierre Cauchon fut embastillé.
    La douce Jeanne mit un enfant tout rose, au monde, prénommé Pierre, mais qu’elle appelait son petit « cauchonnet ». Ses parents l’ayant chassée, elle vivait heureuse dans une pauvre masure élevant des cochons pour subvenir à leurs besoins.
    Et puis un jour on apprit que l’Evêque Cauchon, Jeanne et l’enfant, lui de sa prison, elle de sa fermette, s’étaient enfuis…La police fut chargée de les retrouver….
    Si vous voulez connaître la suite de cette histoire, oh combien émouvante, acheter le tome 2 de ce best seller qui sera publié dans quelques mois.
    ————

  4. laurence noyer dit :

    Plutôt que de rester menu dans l’édition, il se lança dans l’édition de menus. Le succès ne tarda pas :

    ENTREE
    Foie de curé en bénitier servi avec son vin de messe et ses hosties charançonnées.
    Pied de cadavre mariné dans la Seine? agrémenté de sa sauce Vase de nuit.
    Cœur en hachis et sa salade chïoise.
    PLATS
    Rognons macérés dans l’alcool d’uris.
    Gésiers du dernier guillotiné et ses fines lamelles de lordes covales.
    Tripes à la mode neurasthénique.
    DESSERTS
    Queue de taureau sur son lit de torero.
    Ris de torero et sa julienne de banderilles.
    Langue d’éditeur et sa crème d’encre rouge.

  5. Michel-Denis ROBERT dit :

    Elle s’était donnée à fond pour l’obliger. Elle regrettait que sa démarche ait été mal comprise. Elle avait pourtant essayé toutes les méthodes de séduction jusqu’au raffinement pervers dont elle était sûre. Calée dans le fauteuil rembourré, elle improvisait ses réparties. Son sentiment de haine aurait dû l’enserrer comme dans un étau et le forcer à ouvrir les yeux. Mais il lui avait retourné ses arguments en vrac, comme des projectiles qui pesaient encore sur son estomac. Le pugilat des mots traversèrent les murs de son bureau. Le regard de ses collaborateurs s’était subitement détourné sur son passage.

    Le succès frémissait sous la pulpe de ses doigts. Il s’amoncelait sur les étals des meilleurs libraires. Cela devait marcher. Sa technique était au point depuis l’enfance. Quel nul ! la violence naissait dans la suggestion d’abord. Il n’a pas intégré que c’était un premier tome. Le climat de calme apparent créé, induit la fourbe lave aux cruelles intentions. Mais pour qui se prenait -il, ce gros qu’elle engraissait avec sa sueur et sa plume ! Il ne savait pas lire entre les lignes.

    Ce docteur es crimes n’y connaissait rien. Il dictait des ordonnances ringardes. Elle le pourfendrait à la prochaine estocade. Elle ne digérait pas ses yeux globuleux de capitaliste ventripotent. Pour ce roman, elle s’était préparée physiquement comme pour une compétition. Elle avait parcouru les lieux réputés maudits pour s’en imprégner des étapes touchant les bas-fonds du subconscient : des lieux fades d’imagination en comparaison des scènes à venir dans le tome II. Les clichés connus s’y effaçaient. Les oranges mécaniques à côté, c’étaient des enfants de choeur, les tronçonneuses, des gadgets, les vampires, des bénis oui-oui. Il n’y connaît rien.

    Elle ne croyait pas au hasard. Cependant, il y avait eu coïncidence d’idées. Elle avait eu le projet de décrire l’imagination déshumanisante des soviets. Il l’avait aiguillée vers cette voie spéciale. Elle avait recherché dans les archives. L’idéologie rouge avait fini par s’essouffler pour agoniser dans des soubresauts mêlés à des râles prônant la religion violente. Peu à peu son opinion avait progressé. Elle avait acquis des certitudes. La laïcité fragile devenait le barrage ultime à l’anarchie. Son objectif fut, dès lors de changer son point de vue et de faire bloc. Bloc contre bloc ! Elle le percerait avec subtilité.

    Elle le bouda pendant deux ans. Elle ne dévoila ni ses sources ni ses protections. Durant des mois, elle visita les régions déstabilisées du Moyen-Orient. Couverte sous son hijab, elle mena une enquête interdite. Elle prit des photos qu’elle décrivit dans son deuxième livre. De retour au pays, elle contacta les Editions du M… Elle attendit une semaine.

    Quand elle arriva sous le porche, elle eut un pressentiment. Elle avait parcouru la ville en vue de son nouveau logement. Un homme l’attendait sur son pallier. Elle ne l’avait pas reconnu au premier regard. Le gros avait fondu son visage dans la graisse. Quand elle arriva à sa hauteur, elle remarqua que son imper était gonflé anormalement. Elle chercha son trousseau et s’apprêta à entrer avec indifférence. Il n’osa pas lui poser la main sur son bras et lui dire : « Attendez ! » Elle lui aurait retourné un marron. Il déboutonna simplement son ciré et lui dit :
    – Une bombe !
    Elle le regarda dans les yeux. Son regard avait changé. Il était devenu pitoyable. Il répéta :
    – Une bombe ! Vous avez écrit une bombe. Mais désormais, vous devrez vivre incognito.

  6. Jean-Pierre dit :

    Mon polar signé Camille Leblanc ne trouvait aucun éditeur.
    Pas assez de sang, de sexe, de sauvagerie,   
    consultez un writing doctor, conseillaient-ils.
    Écrivez avec vos tripes, ordonna le doctor es lettres,
    puis il ajouta : écrivez votre prochain roman à l’encre rouge, exclusivement, et je vous garantis que le succès viendra.

    J’étais encore plus déprimé après être sorti de son cabinet qu’au moment d »y entrer. Le doctor ne m’a même pas parlé du manuscrit que je lui avais confié lors de la séance précédente.

    Je me faisais un sang d’encre à cause de mes fins de mois difficiles et des reproches de ma femme qui aurait aimé que j’aie « un vrai métier », pas celui d’un écrivaillon qui passe son temps à courir les éditeurs.

    Un p’tit coup d’ordinateur pour me changer les idées (voire même en trouver). J’ai donc tapé « encre rouge » et cherché dans les images proposées par Google, et je suis tombé sur « encre de bateau rouge » (sic). Bon début. Qu’est-ce qu’ils proposent ? Des vêtements et des tatoos. Bof !
    Ah ! Une seringue d’encre rouge pour farces et attrapes. Super ! Je tiens l’arme du crime. Et le titre du roman : « L’ancre rouge a coulé en rade de Brest ». J’ai bien le droit d’avoir un bateau qui s’appelle « l’ancre rouge », non ?

    Problème : il faut l’écrire à l’encre rouge. A l’ordinateur, ce n’est pas possible : les encres de l’imprimante sont noir, jaune, cyan et magenta. Pas la moindre trace de rouge ! Il va falloir que j’écrive tout à la main. Quelle galère !

    A la séance suivante, mon œuvre n’avait pas beaucoup avancé : le titre et les deux premières pages. Le doc était furieux :
    « Monsieur Leblanc !!! Ce n’est pas parce que votre illustre ancêtre a fait fortune en publiant les aventures d’un gentleman cambrioleur, et que je vous ai demandé d’écrire avec vos tripes, qu’il faut publier de la merde !
    Voilà ce que je fais de votre torchon intitulé « Cause toujours mon Lupin » !
    Il balança le manuscrit à l’autre bout de la pièce. J’étais vert de rage.
    Il paraissait satisfait, et continua :
    – Rappelez moi le nom de votre femme.
    – Violette, née Alencre.
    – Une très belle femme noire, si je me souviens bien ?
    – Oui.
    – Aime-t-elle ce que vous écrivez ?
    – Non. Elle n’aime pas les romans noirs et ne supporte pas l’idée de faire couler le sang. Ni même la vue de l’encre rouge.
    – Je suis désolé pour vous, mais la seule solution qui vous reste est d’écrire pour elle. Vous allez donc être le nègre d’une femme de couleur prénommée Violette qui écrit des romans à l’eau de rose sous le pseudonyme Camille Leblanc.
    – C’est elle qui touchera les droits d’auteur ?
    – Arrangez-vous avec elle. Bon courage, Monsieur Leblanc.

    Le succès ne tarda pas, mais pas celui tant espéré…

  7. Clémence dit :

    335. Son polar ne trouvait aucun éditeur.
    – Pas assez de sang, de sexe, de sauvagerie, consultez un writing doctor, conseillaient-ils.
    – Écrivez avec vos tripes ! » ordonna le doctor ès lettres. Puis il ajouta :
    – Écrivez votre prochain roman à l’encre rouge, exclusivement, et je vous garantis que le succès viendra. 
    Le succès ne tarda pas, mais pas celui tant espéré…

    « Pas assez de sauvagerie… écrivez avec vos tripes, à l’encre rouge… »
    Assis à sa table de travail, la tête entre les mains, il répétait ce monologue impératif sous tous les tons, sous toutes les formes jusqu’à ce que la colère se coule dans ses veines.
    – Le succès… le succès ! Je voudrais bien vous y voir ! J’ai déjà tout essayé…
    – Tout ? Vraiment tout ? pouffa une voix nasillarde.
    – Tout ! Vraiment tout ! répéta l’écrivain nippon, Samson Takarataké,.
    – Vraiment ? As-tu pensé à les tuer, à les éventrer, à les étriper, à …
    – Qui ?
    – Les éditeurs, pardi !
    – Cette idée  est paradoxale! Si je les tue, qui éditera mon polar à succès ? Et si..
    – Dans ce cas, débrouille-toi tout seul ! lança la voix nasillarde en se défilant comme un courant d’air.

    Samson erra la journée entière, avalant conjointement café et vodka. Passablement éméché, il se rendit à la Grande Bibliothèque et demanda l’accès à la salle des vieux manuscrits. Après quelques errements malheureux, il mit la main sur un volume à la couverture de cuir rouge sang.
    – Grimoire, mon beau grimoire, m’apporteras-tu le succès ?
    Un nuage de poussière s’envola et les volutes dessinèrent un rond, un nid et un trait vertical. L’ébauche d’un sourire égaya enfin le visage de Samson tandis qu’il traduisait le pictogramme « O-U-I » !
    Samson glissa le volume sous sa veste, passa à l’accueil et déclara avec un sourire désopilant en ouvrant les mains :
    – Je les aurai ! Je les aurai !

    Samson passa enfin une nuit reposante. Il se vit signant des contrats mirifiques, dédicaçant à tour de plume. Il était invité aux tables prestigieuses et les élites l’imploraient de les honorer de sa présence….

    Au petit matin, il se réveilla, revigoré par ce rêve prémonitoire d’un succès fulgurant. Il prit un copieux petit déjeuner en feuilletant avidement le grimoire.
    – Pas possible que ce soit aussi simple, répétait-il alors que les céréales craquaient sous ses dents, aussi délicieusement que des os de poulet.

    Samson alla chercher sa voiture au garage, quitta le centre ville pour un centre commercial où il acheta des amphores en terre cuite.
    Sur le chemin du retour, il se répétait la consigne du grimoire :
    – Dans les amphores, déverserez chaque jour, les tripes, les miasmes, les … les … fluides d’une victime.Déposez les amphores sous la table d’écriture…

    Il se rendit dans un quartier mal famé. Il poussa la porte et passa commande au caïd.
    – Pas de soucis, j’ai justement une commande, repassez demain sans faute.

    Quarante huit heures plus tard, tout excité par la promesse du succès, Samson se mit à l’ouvrage.
    « Massacre à la tronçonneuse » et « Misery » étaient du petit lait en regard des premières pages d’une rare violence.

    Samson Takarataké se rendit chez son éditeur et lui présenta le premier chapitre.
    – Pas mal, pas, mal…mais il en faudrait plus, beaucoup plus…

    Samson rentra chez lui, le cœur au bord des lèvres.
    – Non, je ne peux pas… vraiment pas…commanditer des crimes… jamais je ne franchirai cette étape…. Jamais ! Quoique….
    En une heure, il siffla une bouteille de vodka et s’affala sur le canapé. Il sombra dans un sommeil comateux.

    Au petit matin, Samson fut incapable de trancher. Le Visiteur était-il réel ou imaginaire ? Pourtant, des bribes de phrases et des mots s’entrechoquaient :
    – Moi aussi…. Tripes….Inédit…chez toi….donnant-donnant…moi aussi … besoin de tripes….succès…synergie…

    Samson avala une cruche de café noir et se rendit chez le tripier. Il passa sa commande et ressortit le cœur en fête. Il avait trouvé « la » solution. Pour lui et pour son visiteur qui pouvait toujours venir réclamer son dû….Si visiteur il y avait eut…

    Les jours passaient.
    L’écrivain écrivait, le Visiteur visitait …
    Les pages s’amoncelaient.
    A sa table, l’écrivain s’emballait, se gaussait, se rengorgeait…
    Dans son atelier, le Visiteur s’émerveillait, s’extasiait, se pâmait…

    Le succès fut au rendez-vous.

    Le luthier présenta un chef d’œuvre parfait: un Stradivarius aux cordes enchanteresses…
    L’écrivain, déconfit et meurtri, répétait, comme un mantra :
    «  Samson….Takarataké… takarataké… taka…»

    © Clémence

  8. Cétonie dit :

    Son polar ne trouvait aucun éditeur.
    Pas assez de sang, de sexe, de sauvagerie,
    consultez un writing doctor, conseillaient-ils.
    Écrivez avec vos tripes, ordonna le doctor es lettres,
    puis il ajouta : écrivez votre prochain roman à l’encre rouge, exclusivement, et je vous garantis que le succès viendra.
    En fait, le « writing Doctor » n’en savait pas plus que vous ou moi, mais il avait eu pitié de ce tâcheron des lettres, et, sans même lire son manuscrit, s’assura « vous l’avez bien écrit avec vos tripes ? » et le recommanda à un de ses amis éditeur qui ne pouvait rien lui refuser et envoya le manuscrit à l’imprimeur sans même le regarder. Ayant toute confiance dans son jugement, il lui fit une bonne publicité, promettant un polar « comme vous n’en avez jamais lu », et les piles s’élevèrent en bonne place chez les libraires.
    C’est quand ils entreprirent d’enlever le léger film de plastique qui protégeait les volumes qu’il y eut comme une gêne « Qui a pété ? ça pue ! ». On aéra bien le magasin, on en chassa toutes les mouches, on épandit insecticide et parfum d’ambiance, et on pensa à autre chose.
    Attirés par la curiosité, les habitués affluèrent pour découvrir ce nouveau polar « exceptionnel », et repartirent vite chez eux pour s’y plonger.
    Et, chez chacun, ce fut le même phénomène, dès l’ouverture du blister, une nuée de mouches, bien grosses, bien vertes, bref, des mouches à merde, envahissaient la pièce, allant du livre aux humains et aux meubles et les imprégnaient de cette odeur tenace et si désagréable d’excréments.
    D’abord honteux, se pensant seul à subir cette mésaventure, chacun se tut, mais l’un d’eux, n’y tenant plus, en parla sur les réseaux sociaux, avec un beau hashtag #le livre qui pue, et ce fut viral, une flambée, une dernière mode, on ne parla que de cela, et le succès ne tarda pas, mais pas celui tant espéré….
    Personne n’avait lu le roman « écrit avec ses tripes », mais tout le monde en parlait, et voulait l’avoir, à condition de le laisser bien emballé à l’abri des mouches : ce fut le plus grand succès d’édition de la décennie !

    • Malinconia dit :

      Où l’on découvre que la sacrée mouche de la 334° proposition avait pondu chez Cétonie & Ourcqs ! (ceci n’est pas une critique, bien au contraire)

  9. Nadine de Bernardy dit :

    Son polar ne trouvait aucun éditeur:pas assez de sang,de sexe,de sauvagerie!
    Consultez un writing-doctor conseillaient ils.Ecrivez avec vos tripes,ordonna le doctor ès lettres,puis il ajouta:
    écrivez votre prochain roman à l’encre rouge exclusivement et je vous garantis que le succès viendra.
    Le succès ne tarda pas, mais pas celui tant espéré.

    Faites ceci, faites cela, il en avait assez des conseils stupides,comme si le talent se résumait à des « trucs » aussi bateau.
    Non, il fallait qu’il l’admette. Après tous ces refus,le polar, c’était pas pour lui.
    On a beau être le petit fils d’Agatha Christie et Arthur Conan Doyle,sa mère étant le fruit illégitime d’une brève étreinte entre ces deux là ,dans une auberge irlandaise,un soir d’hiver où les distractions étaient rares et la rencontre entre le vieil écrivain et une jeune romancière assez époustouflante,cela ne faisait pas de lui un Simenon ou une Higging Clarks.
    Ayant investi dans un PC dernier cri,il jeta plume et encre. Notre homme ne voulait pas gaspiller.Il réfléchit longtemps au genre auquel il pourrait s’adonner. Au bout de trois semaines, eureka! la solution lui apparue.
    Il allait écrire des biographies.Il suffisait d’aller piocher sur internet et l’on savait tout sur des tas de personnages célèbres.
    Avec ses deux illustres aïeux, il avait déjà un bon matériel pour commencer.
    Dés la parution du premier livre,ce fut aussitôt un engouement pour cette histoire croustillante, ignorée du public
    « Quoi?Agatha et Arthur,une aventure?
    Mais il n’était pas de la première jeunesse!
    Et elle était mariée non? »
    Ces romans furent immédiatement des best sellers, au grand dam des éditeurs qui l’avaient ignoré.

    Il en est aujourd’hui à son quatrième opus.

  10. ourcqs dit :

    Son polar ne trouvait aucun éditeur.Pas assez de sang, de sexe, de sauvagerie,   consultez un writing doctor, conseillaient-ils. Écrivez avec vos tripes, ordonna le doctor es lettres, puis il ajouta : écrivez votre prochain roman à l’encre rouge, exclusivement, et je vous garantis que le succès viendra. Le succès ne tarda pas, mais pas celui tant espéré…
    Bien compris, il allait écrire avec ses tripes, comme des créateurs d’art contemporain composant avec plantes, bactéries ..etc, et serait enfin reconnu, innovateur, mêlant le vivant à l’écriture. Commencer par quelques gouttes de sueur dégoulinantes pour l’ambiance moite et lourde, atmosphère pour situer l’intrigue. Au fil des chapitres des traces de repas, bière, café, alcools divers. Des torrents de larmes tâchaient les pages qui vous arrachaient le coeur. Pour les moments importants, décisifs, il décida de barbouiller avec du sang rouge, sang noir, pour la confusion des réactions et sentiments, le dénouement.
    Fier de sa création, son éditeur lui fit remarquer que ce serait un livre unique, et allait s’arracher parmi les collectionneurs d’oeuvres originales. Pub et com de grande envergure, le milieu snobinard frétillait et attendait le carton d’invitation , sésame pour voir , entendre les meilleures pages, et connaître enfin cet inconnu du sérail. Le chef-d’oeuvre était exposé sous les projecteurs comme un trophée., tout le monde se pressait autour, lorsqu’un curieux remarqua les minuscules puces ou autres micro insectes courant à travers les lignes et demanda naïvement si elles faisaient partie intégrante de la composition. Stupeur, panique, lorsqu’un médecin présent évoqua épidémie, un commissaire proposa une enquête quant aux matières organiques. Tout un chacun, prenant conscience que c’était un instant unique, s’empressa de photographier, enregistrer, selfier et envoyer sur les réseaux. Le cocktail continua face à cet Objet mis sous cloche de verre ( on ne sait jamais) et le buzzz formidable fit scandaleusement monter les prix.
    On ne parlait ni de son histoire, ni du style ….. rêve d’écrivain volatilisé.

  11. Grumpy dit :

    Depuis que S.A.S et de Villiers avaient disparu, le polar n’était plus ce qu’il était. Le roman de gare revenait en force dans les vitrines et remplissait les caisses des libraires. La mode était aux productions effrénées de Mome Musso et Starc Livi.

    Celles-ci avaient beau être totalement insipides, d’un vide sidéral, et confirmer l’indigence imaginative de leurs auteurs, on comprenait les lecteurs pour lesquels ils étaient en quelque sorte un refuge. En ces temps difficiles à l’ambiance angoissante, où on leur prêchait la vindicte, la colère, la hargne, où on leur agitait la menace d’un monde bien pire que le présent, ils préféraient se plonger dans ces histoires à l’eau de rose inodores et sans couleur où il se sentaient pour quelques instants en sécurité.

    Bien qu’il n’y ait presque plus de demande pour le polar, ses auteurs eux ne manquaient pas. Les maisons d’édition s’échinèrent à relancer ce genre à force de publicité. Des candidats, elles en eurent, des manuscrits elles en reçurent, à s’en étouffer sous leur accumulation. Mais tout aussi arbitrairement que par le passé, elles en renvoyèrent beaucoup à leurs destinataires.

    Soudain les radios, les chaînes de télé, les journaux firent leur UNE avec ce titre horrifique :

    « ON ASSASSINE DANS LES MAISONS D’ÉDITION ».

    Bref, stupeur et tremblements, la trouille au ventre, chez :

    – GALLIMARD on avait les foies
    – GRASSET on avait les chocottes
    – ACTES SUD on avait la pétoche
    – ALBIN-MICHEL on avait la tremblote
    – FLAMMARION on avait le bourdon, etc ….

    En effet chez chacune d’elles leur Directrice/Directeur de Collection ‘Police’ avait subitement disparu de la manière la plus brutale. On les avait retrouvés :

    – pendu à un croc de boucher dans les Halles de Rungis
    – éventré et étranglé par ses propres tripes dans une arrière-boutique rue Montorgueil
    – pieds et poings liés étouffée par un sac plastique dans une poubelle de la Coupole
    – sauvagement enfourné dans un tuyau de la façade de Beaubourg
    – écrasée comme une crêpe au pied de la tour Eiffel…

    Qui pouvait bien être le tueur, il y avait un lien, pour la Police ça ne faisait aucun doute. Elle demanda par acquit de conscience à Bernard Pavot et à Didier Ducoin si par hasard ils n’auraient pas désavoué un ouvrage d’un des candidats à l’attribution du prochain Congourt. Mais non, mais non, fausse piste.

    Finalement l’enquête fut bouclée en trois coups de cuiller à pot : dans la poche de chacun de ces assassinés, on retrouva une lettre de refus adressée à Monsieur Laplume, 22 Rue Turbigo, Paris 2° : (Cher Monsieur, votre roman policier malgré toutes ses qualités n’est pas à la hauteur de nos attentes, etc… etc.…) assortie d’un petit mot attaché par une épingle à nourrice, écrit à l’encre rouge qui disait :

    « Répète-le maintenant que mon livre ne vaut rien ! »

    Et pour quelques jours ce petit mot fut dans la France entière aussi lu qu’un véritable BEST-SELLER.

  12. Blackrain dit :

    Dexter Jeckil, le writing doctor, s’était fait connaitre en faisant un Freak monstre avec les Hannibal lecteurs. De son auteur, un « veau doux » perdu dans le Silence des agneaux, il avait fait un lion, le roi parmi les auteurs à succès des Crimes en série.
    Ce jour là était un Jour polaire, Glacé à Fortitude. Lorsqu’il prit connaissance de la première page de son quotidien Millenium, Dexter se sentit entrer dans un Tunnel, dans une Zone blanche. Les Sueurs froides étreignaient son échine à mesure qu’il parcourait l’article des faits d’hiver.
    On parlait de son client. Même si ce n’était pas un Massacre à la tronçonneuse on était loin des Petits meurtres d’Agatha Christie. Il était question de beaucoup de sang, des Rivières pourpres sur la scène de crime. Les Enquêtes du département V avaient conduit à l’arrestation de Freddy, cet écrivain à qui il avait suggéré d’écrire avec ses trippes, de plonger dans les Ténèbres de l’Esprit criminel. Plein de Répulsion, Dexter se servit un verre afin de s’emplir du Sang de la vigne.
    Freddy avait tout avoué. Il avait été pris dans son propre Engrenage. Après avoir envisagé un Braco avec son ami Falco, il avait décidé de plonger encore plus loin dans son personnage. Tel un Zombie habité par un Alien, il avait été jusqu’au bout de sa Psychose.
    Le Vendredi 13 il s’était rendu chez Gray, son banquier qu’il haïssait et c’est au rasoir qu’il avait refait Le portrait de Dorian Gray. Puis il avait pris la Mouche pour éventrer son épouse qui se prenait pour une Femme fatale. Sombrant dans la folie, il avait ensuite arraché Les dents de la mère en prétextant qu’elle avait des Carrie. Le Cherif l’avait alors conduit à Quantico avant qu’on ne l’enferme à Alcatraz.

  13. Antonio dit :

    L’odeur du sang.
    « Votre manuscrit a l’odeur du sang. C’est incroyable. Mon chien était fou devant. Quelle idée vous a pris de l’écrire avec du sang de poulet ?
    – Une coincidence, une opportunité.
    – Je dois vous avouer que je n’ai pas eu le temp de le lire jusqu’au bout. Médor l’a dévoré avant moi. Il m’en faut un autre.
    – Pardon ?
    – Oui, écrivez m’en toute une série. Avec du sang de boeuf, c’est possible ?
    – Bah, je vais voir avec mon boucher.
    – Parfait ! J’ai des lecteurs à Thoiry qui vont adorer. Vous imaginez ? Des lions, des tigres, des loups, que sais-je encore ! Il faudrait y ajouter un peu de sexe avec de l’urine de femelles. Je peux vous en procurer. Vous aviez mis de l’excrément de poule ou je me trompe ?
    – Y en a. De la bonne poulette de basse cour, rue Saint-Denis.
    – Médor ne s’y était pas trompé. Il avait une de ses triques. La dernière fois je me souviens, c’était…
    L’éditeur s’arrêta net.
    – Que se passe-t-il ?
    – Quand vous dites avec du sang de poulet, vous pensez à…
    – à ?
    – L’animal ?
    – Bah oui. Celui qui joue au coq avec sa matraque. »

  14. Malinconia dit :

    Exactement comme si je regardais une série TV : pas exagéré pour deux sous.

  15. durand dit :

    Son polar ne trouvait aucun éditeur. Pas assez de sang, de sexe, de sauvagerie. Ecrivez avec vos tripes lui conseilla t’on, mettez-y de vous même, on vous éditera.

    La reconnaissance et le succès viendront.

    Il habitait dans le Nord de l’hexagone, en plein dans cette crasse industrielle entassée par le siècle. Déjà les gueules cassées survivants de la Grande Guerre, puis les enfumés des mines. Ca motivait une histoire lugubre avec des cadavres fracassés sur les pavés du quotidien. Ou de vastes coups de grisou, la ducasse des patrons.

    Ce n’était pas l’Islande glacée et ses nuits interminables mais, quand même pas le genre de région où on allait bosser en bikini pour émoustiller le satyre.

    Il regardait sa famille. Une femme triste puant la lessive de mauvaise qualité, une fille de recomposition, reflet parfumé du contraire de sa mère, et son fils, lamentable résidu de bande, harangueur de haines et de sectarisme.

    Et Vino, le vieux chien pelé, bourré d’arthrose, pissant sous lui.

    Il commença par le chien. Un coup de fusil dans la tête. Vite réglé, l’accompagnement de fin de vie. Laissa transpirer le cadavre une semaine au fond du garage. Puis le balança devant la mairie, une vieille rancœur vis à vis d’un conseiller municipal.

    Son con de fils, il l’assomma à la hache et le jeta dans le canal. Le pur hasard fit réapparaître le corps vert et gonflé derrière la mairie, là où on regroupait les poubelles. Ah la tronche du destin!

    La môme, il l’embarqua dans sa camionnette, sous prétexte de lui offrir une robe à fleurs. Il lui expliqua à sa façon comment sa mère n’aurait pas dû le tromper puis la découpa en suivant soigneusement les lignes de fuite, les cris éteints.

    Il se reposa toute une nuit, à côté de sa femme puis, au petit matin l’étouffa sous un coussin.

    Le découpage s’avéra plus délicat car la viande moins tendre. Il confectionna une marinade, pinard et légumes du jardin, y mélangea les morceaux.

    Puis avec sa prime de licenciement, il s’offrit un four dernier cri avec chaleur tournante.

    Les bonnes vieilles recettes familiales y a que ça, pensait il en ajustant les morceaux dans le plat. Plus quelques bocaux de poltevesch à sa façon, pour l’hiver.

    La plupart des criminels songent au crime parfait comme l’essentiel des écrivains pensent au Goncourt.

    Il fut donc surpris lorsque un gardien de la paix vint déranger la sienne. Il ressortit son fusil pour protéger son inti déjà très mité.

    Son nouvel éditeur lui rendit visite dans sa cellule. Il avait l’air réjoui: « Bon, évidemment, vous n’avez pas su éviter certains clichés…mais vous aurez du temps pour peaufiner tout ça…et en prison, on vous proposera des ateliers d’écriture… »

    • AB dit :

      J’adore.
      Bien que cela fasse froid dans le dos.
      Simplement un atelier d’écriture?
      Votre anti-héros mériterait un petit plus. Pourquoi pas un dessert supplémentaire pour lui et tous ses codétenus. Un carotte cake empoisonné par exemple?

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