365e proposition d’écriture créative imaginée par Pascal Perrat

Je suis né (e) trois fois.
La première fois, c’était…

Chaque proposition d’écriture créative est une bataille contre la routine et l’endormissement de l’imagination. Un petit combat pour maintenir en vie l’enthousiasme d’imaginer, d’inventer, de créer. Quand aucun défi n’est à relever, notre créativité somnole.

 

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41 réponses

  1. Michel-Denis ROBERT dit :

    La première fois que je suis né, un pote en ciel me prit sous son aile.
    Comme un frère jumeau, il me tira hors de mon milieu mais j’avais besoin de ce milieu pour me nourrir. J’en extrayais le meilleur.
    En autarcie, j’entendais des non-dits jouant aux autos- tamponneuses contre des cris. On nous préparait une drôle de guerre. Celle qui eut lieu après. Elle avait laissé des traces tenaces. Pour y faire face, il eut fallu y être préparé. Je débarquais, croyant être arrivé au Paradis. Mais le breuvage d’immortalité qu’on me promit se cacha dans le brouillard des émotions.
    Mon guide me dit :
    – STOP ! Reste-là, attends que cela se passe. Le monde est rempli de pièges. Tu dois savoir les identifier. Tu n’as pas choisi. On t’humiliera. On t’écartera. Tu devras te débrouiller avec tes seules armes et jouer des coudes. On te mettra les bâtons dans les roues.
    Lorsque tu croiras être libéré, d’autres labyrinthes se présenteront à toi, qu’il te faudra décrypter. Seule la confiance en toi garantira ton succès. Tu devras nager comme un poisson et t’imposer comme un requin, si tu veux survivre.
    Quand tu sortiras, tu devras être prêt.
    Je n’étais pas prêt.

    Quand je voulus lui échapper pour me sentir libre, il me dit :
    – Halte-là ! Ce n’est pas comme cela que ça marche. Pour te sentir libre, tu dois apprendre à te connaître, c’est le plus beau cadeau que tu feras à toi-même. Sois patient, sois prudent, apprends et tu connaîtras le Paradis !

    Je suivis son conseil. J’appris et j’appris. Il me dit :
    – Continue, apprends tous les jours.
    J’appris un jour, que le Paradis est fiscal.
    – Je pensais qu’il n’avait pas besoin d’adjectif, qu’il se suffisait à lui-même, lui dis-je.
    – Oui, mais pour certains, il a besoin de sous.
    – D’accord ! Mais fiscal, ça veut dire quoi pour un Paradis ? Cela veut dire qu’il est couvert par le fisc.
    – Mais non ! Enfin oui, si tu veux. Mais ce n’est pas le bon, me dit-il. Celui-ci est falsifié. Ils ont trompé la direction. A toi de choisir la bonne. Il faut bien prendre en compte tout ce que je t’ai dit avant de sortir.
    – Pour naître une seconde fois, je dois donc mourir, lui dis-je.
    – En effet, je vois que tu progresses, me répondit-il. La vie est le corollaire de la mort. Sans vie, il n’y a pas de mort et inversement. C’est un processus naturel.
    – Oui, mais quand on meurt, comment être sûr que l’on revit.
    – Au bout de sept ans, toutes tes cellules se sont régénérées.
    – Ah ! D’accord !

    Petit à petit, j’appris que chaque matin est une journée à naître et que la liberté est la somme des libertés.

  2. françoise dit :

     Je suis né (e) trois fois.
    La première fois, c’était…
    quand je suis entrée à l’opéra Garnier comme petit rat.
    Ma petite-fille Aurore à qui je faisais répéter la fable de la Fontaine :
    « un jour le rat des villes invita le rat des champs »me demanda pourquoi on appelait ainsi les danseur(e)s débutant(e)s ?
    Je lui répondis que cette expression viendrait du bruit du trottinement des élèves lorsqu’ils répètent leurs pas de danse classique qui ressemblerait à celui des pas du rongeur.
    Dis-moi Mounette c’était difficile ?
    On se levait à 6H45 et après le petit déjeuner nous suivions les cours scolaires ; l’après-midi était consacré à la danse. Après dîner on rejoignait nos chambres à 19H30 mais nous avions le droit de bavarder avec les garçons jusqu’à 20H45 et à cette heure nous devions tous et toutes être dans notre chambre.
    La deuxième fois c’était :
    A 18 ans, mon baccalauréat en poche, je suis devenue ballerine pour peu de temps hélàs car j’ai été victime d’un accident de la route.
    Pauvre Mounette çà a dû être dur pour toi ?
    Oui et non car peu de temps après j’ai rencontré ton Grand-père, nous nous sommes mariés et avons eu trois enfants dont ta maman, la petite dernière. Aucun n’a manifesté le désir d’être danseur.
    La troisième fois :
    Maintenant où je suis un rat de bibliothèque. Devant l’air effaré d’Aurore je lui dis que çà voulait dire que je lis beaucoup, mon passe-temps favori. Oh tiens tu donneras ce livre à ta Maman « Roland est mort » . C’est un livre très joyeux.
    Et toi , dis-moi que veux-tu faire plus tard ?
    Je veux être spationaute !
    Je souhaite que ton rêve se réalise et si c’est le cas je ferai peut- être alors partie des étoiles et donc si l’une d’elles te fait un clin d’oeil tu sauras que c’est moi.

    8

  3. Françoise - Gare du Nord dit :

    Je suis née trois fois.

    La première fois, c’était en Espagne. Née avant-terme, je restais longtemps chétive et desséchée. La faute à cette région pauvre et aride qui n’avait pas grand chose à m’offrir

    La deuxième fois, ce fut lorsque, poussée par la ffaim et la soif à fuir ce coin de Catalogne, stérile et inhospitalier, je fus contrainte d’émigrer et touvai refuge en France. Tout en conservant mon caractère impétueux, dû à mes origine hispaniques, j’acquis, très vite et pour toujours, un accent rocailleux et chantant.

    Après un début de vie accidenté, le reste de mon existence se déroula, calme et paisible. Mais jamais je ne me suis ennuyée.

    Il y eut, bien sûr, des hauts et des bas mais je ne me suis éloignée, que très rarement de la ligne de flottaison.
    Jamais, on ne m’offrit un pont d’or mais j’ai affronté les écueils avec un aplomb dont je ne me serais jamais crue capable.

    Ma troisième naissance survint à Bordeaux. La ville où je rêvais depuis toujours de jeter l’ancre. J’étais tout heureuse de cette troisième vie et des perspectives qui s’offraient à moi : je pourrais prendre de l’ampleur et devenir une servante gironde, afin de mieux me faire draguer par ces hommes, au physique taurin, nés sur cette terre de canard et de rugby

    Hélas, je n’y vécus pas longtemps. Je péris engloutie, happée avec une de mes semblables, surgie d’on ne sait d’où, par les flots de l’océan Atlantique.

    Les trois vies d’un fleuve nommé Garonne

  4. Jaï dit :

    Je suis né (e) trois fois.
    La première fois, c’était…

    Bien que ma naissance fut éclatante, je ne suis pas du pop-corn.
    Je lui ressemble, un peu, mais…

    Je n’aime pas les salles obscures, je préfère le bleu du ciel.
    Je ne suis pas comestible, mais je suis utile.
    Je n’aime pas les éclats, j’offre de la douceur.
    D’ailleurs, je suis une fleur !
    Et sans être prétentieuse, je me balance en hauteur.

    Les regards scrutent le ciel puis se penchent sur moi,
    Le signal est donné, des mains par milliers
    Nous arrachent
    Et nous jettent dans les ballots.
    Triste fin, me dis-je, mais c’était encore si peu !
    Un calvaire a suivi et je préfère l’oublier…

    En cette deuxième naissance, me voir ainsi métamorphosée
    Me plut, mais sans façon.
    Dans une belle lumière, je m’envolai
    Et retombai sans faux plis.
    Mais alors que je reprenais mes esprits,
    Un roulement de tonnerre m’effraya.
    Je fermai les yeux.
    Je ne voulais pas voir, Je ne voulais pas savoir.
    J’entendis même murmurer que c’était un secret.

    Le calme revint.
    Ma blancheur d’origine avait disparu.
    Je ressemblais à un champ de coquelicots.
    Je me mis à rêver, à vagabonder.
    Mais les grondement se réveillèrent.
    Encore ! Encore ! semblaient-ils crier.
    Alors que la sirène hurlait.
    Et que mon corps haletait.

    J’avais mal partout, mais j’avais tenu bon.
    J’étais magnifique.
    Des mains me palpèrent avec douceur.
    Puis me plissèrent, me froncèrent
    M’enrubannèrent, m’enjuponnèrent…
    Un souvenir me frôla…
    J’étais fleur de coton,
    Je devins une indienne,
    Et pour les beaux yeux d’une demoiselle,
    Avé l’assent,
    Je devins, en toute simplicité, le costume de Mireille.

  5. Peggy dit :

    Je suis né(e) trois fois.
    La première fois c’était…

    Il y a très très longtemps, un temps impossible à imaginer. Mais ce dont je me souviens c’est que ma première naissance a été un bouleversement d’une brutalité phénoménale.

    Dans le giron maternel tout n’était pas rose, et douillet c’était plutôt bouillonnant, incandescent. Dans cet univers si peu confortable j’ai dû passer plus d’un milliard d’années pour me développer. On m’appelle « allotrope ». « L’allotropie est la faculté de certains corps simples d’exister sous plusieurs formes cristallines ou moléculaires différentes ». Et bien moi, ce corps est le carbone et je suis le diamant.

    Ma deuxième naissance fut lorsque l’on m’a découvert. J’ai eu la chance de briller et j’ai immédiatement fasciné le monde. Je venais de « sources sacrées » pour les Indiens et pour les Egyptiens j’étais des « larmes de Dieu » car indestructible. Je gagnai ainsi mon statut de pierre précieuse. Si ma venue au monde extérieur fut violente, à partir de ce moment là je n’ai été qu’objet de grand soin.
    Puis soudain, un peu plus tard, je devins poison et porte-malheur pendant un certain temps.

    J’ai dû attendre jusqu’au XV ème siècle pour qu’un joaillier belge eut l’idée que je cachais peut-être quelque chose de beaucoup plus beau. Il me tailla, me polit avec soin de peur que je ne me brise. Le résultat fut un éblouissement, toutes mes facettes renvoyaient de la lumière. Il fondit en larmes d’émotion.
    Brillant de mille feux, je venais de naitre pour la troisième fois. À nouveau j’étais pierre précieuse et objet de toutes les attentions.

    Au fil des années je fus adulé, hors de prix. J’ai orné les couronnes royales et impériales, embelli des femmes prestigieuses puis, grâce à la générosité de la Terre, je devins plus accessible.

    De tout ce long chemin, ce qui me comble de joie et de fierté est d’avoir été choisi comme symbole d’une promesse d’amour sans fin, puisque :

    « Le diamant est éternel ».

  6. Fred dit :

    Je suis né(e) trois fois.
    La première, c’ était…

    Je suis née la première fois, comme une idée. Discrète et légère.
    Il revenait d’une longue promenade,
    Je le revois encore…
    Il s’installe près de la fenêtre. Sa main hésite. Il se lève, va et vient.
    Il commence enfin. Sous ses longs doigts, fins et caressants, j’apparais.
    Il me regarde, il me sourit, je suis heureux.
    Chaque jour, il me rejoint.
    Dès l’aube, il me sourit et je suis heureux.
    Les heures sont d’une infinie beauté, jusqu’au jour de la séparation.
    Ses yeux me caressent une dernière fois.
    La pénombre du crépuscule m’accueille.
    Je suis lumineux et énigmatique, il m’aime, mais je dois le quitter. Les adieux sont déchirants.
    Ma véritable naissance est enfin célébrée sous les ors et les fastes d’un château aux milles dentelles.

    La vie, même pour les grands de ce monde, est parfois ingrate. Les guerres, les maladies, les discordes ne m’ont pas épargné et je suis tombé dans l’oubli.

    Après un long endormissement, pour quelques pièces glissées dans une main, j’ai retrouvé la lumière. C’était comme une seconde naissance.
    Mais ma vie fut sans éclats. Une présence tranquille dans une chaumière sans histoire.
    Puis je disparus, alors que le monde se fracassait dans les fureurs et la violence.

    Qui se souvenait encore de moi aujourd’hui ?
    Qui pouvait me sortir de l’oubli, de l’indifférence alors que tous les regards dévoraient
    mon double.
    La mélancolie s’empara de moi, mon regard se troubla.
    Je sentais que je m’aliénais, que je disparaissais. Je m’éteignais irrémédiablement.

    Un jour d’automne, un jour comme un autre, le jour-même de ma troisième naissance, je fus foudroyé.
    Le marteau tomba.
    Le silence explosa.

    Je jubilais. Malgré moi, je devins le maître du monde , alors que j’étais né pour être le sauveur du monde.
    Trois-cents-quatre-vingt-deux millions !

  7. AB dit :

    Je suis née trois fois

    La première, c’était un matin d’été, l’aube semblait bousculer la nuit. Moi, je me sentais timide, je ne bouillonnais pas encore, je n’osais même pas faire le moindre bruit. J’entendais d’autres clapotis, pas les miens, ceux d’autres de mes amies les vagues. Moi, nouvelle-née à peine crée, j’avais le temps de devenir blanche et grosse. J’étais la petite vague, naissante, douce, presque plate.
    Je savais que je devais arriver sur les bords de plage, là-bas, loin. Je me disais que j’avais tout le temps, que ce n’était pas encore, que j’allais grossir, grossir et qu’en plein midi, ayant atteint une taille normale j’aurai droit enfin à bouillonner, cracher ma bave blanche, me sentir belle et que des nageurs me traverseraient dans une jouïssance commune, je naitrais une seconde fois.
    Mais le temps passe si vite, je ne me rendis pas compte que ma troisième vie commençait déjà quand je me rapprochais inexorablement du bord. Ce bord que je croyais loin, ce bord où j’avais tout le temps d’arriver, cet ultime rivage où j’allais mourir. M’écraser comme ça dans une ultime figure de salut. Le crépuscule sonnerait et avec lui le fracas de mon agonie.
    J’avais eu mes trois vies mais, derrière moi, espérance merveilleuse, d’autres naissaient aussi.

  8. Je suis née trois fois.

    Les tous premiers habitants viennent meubler mes collines
    il y a bien longtemps.
    Des rois légendaires y construisent un temple.
    Je ne suis alors qu’une petite bourgade
    où on adore un seul dieu.

    D’autres temples suivent.
    La mère d’un empereur lointain identifie les lieux comme saints
    La ville toute entière devient cité sainte.
    C’est l’occasion de chasser les premiers occupants
    au profit exclusif des nouveaux.
    On y adore toujours qu’un seul dieu.
    Mais il a changé de nom.

    Le temps passe.
    D’autres encore
    s’emparent de mes murs.
    Eux aussi
    construisent leurs temples.
    Et le même dieu,
    toujours unique,
    prend une autre identité.

    Née trois fois,
    écartelée entre trois peuples,
    je suis la pomme de discorde
    qui passe de main en main.
    Je suis le fruit défendu,
    gardé par le serpent de la guerre,
    qui interdit tout retour au Paradis.
    Je suis le dernier vestige
    de la Tour de Babel
    où pour la première fois
    les hommes prirent conscience
    que dorénavant,
    ils diraient les mêmes choses
    avec des mots différents.

    Et je me rêve en
    Antarctique,
    étendue vierge
    et blanche,
    intouchable
    sous mandat
    international.

  9. Maryse Durand dit :

    Je suis né trois fois.
    La première fois, c’était dans une grande et belle forêt de France. Mes parents, deux magnifiques chênes, fiers et majestueux, pouvaient déjà s’ennorgueillir d’une nombreuse progéniture qui croissait hardiment, toisant les autres arbres de plus modeste condition d’un regard plein de mépris. Or, mes parents vieillissant ne voyaient plus depuis quelques temps leurs magnifiques glands s’enraciner et donner de gracieuses pousses se développant harmonieusement comme autrefois. C’est alors que je naquis. Petit dernier, je fus entouré de multiples soins. Ma mère me caressait de ses ramilles, mon père guettait mes premiers bourgeons… L’avenir m’appartenait ! Lorsque la foudre s’abattit sur nous –juste sur ce coin de forêt- c’est dans les flammes que toute ma famille et moi avons péri, dans d’atroces souffrances.

    La deuxième fois, je naquis peuplier. Je dus lutter pied à pied pour me faire une place dans cette rangée de peupliers qui bordait un camping municipal, implanté près d’une rivière. Personne ne voulant me reconnaître, je grandis orphelin, maigrichon, peu armé pour la survie.C’est sans doute ce qui me forgea le caractère et je réussis à devenir, année après année, un très beau peuplier, dont les feulles chantaient à chaque poussée de brise. Pour distraction, j’avais les jeux des enfants à la belle saison, quand le camping affichait complet. Je tolérais que les couples d’amoureux gravent leurs initiales dans mon écorce, ils étaient tellement touchant ! Mais je secouais férocement ma ramure lorsqu’un de ces maudits chiens venaient lever la patte au bas de mon tronc ! Hormis ce petit désagrément, la vie s’écoulait paisiblement. J’avais fait la paix avec mes voisins peupliers, nousnous sentions rempart, protégeant la petite fourmillière humaine. Mais une nuit, un grondement sinistre n’annonça rien de bon : la paisible rivière était devenue torrent, cyclone, ouragan ! Nul ne vint à notre secours. C’était l’hiver, et dans la presse on se réjouit que, le camping étant vide, aucune perte humaine n’était à déplorer. Juste deux ou trois mots sur nous, noble allée de peupliers, anéantie, destinée à être réduite en bûches pour le foyer communal !

    La troisième fois, je naquis roseau. j’aurais préféré naître cyprès : je serais sans aucun doute replanté dans un cimetière, où je pourrais couler des jours heureux, à l’abri des aléas climatiques. Mais je naquis roseau, les pieds dans l’eau. Tout de suite, mes congénères me mirent à l’aise : « elles peuvent venir, les bourrasques, nous ne craignons rien ! Notre tige est si souple, nous savons nous coucher sous les coups de butoir du vent, et nous relever, une fois la tempête passée, comme si de rien n’était ! » Ces paroles mettaient du baume sur mon cœur de roseau. J’étais en effet sans cesse inquiet, craignant que les éléments se déchainent, sans savoir exactement pourquoi. Quelque chose dans mes gènes, qui me portaient à redouter sans cesse un danger que je n’aurais su nommer, sentant bien que ça venait du passé. Si une forte pluie faisait monter le niveau de la rivière, je me recroquevillais, serrait mes feuilles autour de moi… Ce qui faisait sourire mes voisins roseaux, qui en avaient vu bien d’autres. Roseau tourmenté, je me perdais en conjectures : est-ce que je pourrais enfin vivre sans craintes, épanoui, heureux ?

    Maryse Durand, novembre 2017

  10. Hélène dit :

    Je suis né (e) trois fois.
    La première fois, c’était…

    C’était quand je l’ai attrapée, comme ça, au vol ! 
    Alors, comme un fou, je me suis précipité. J’ai écrit. Au kilomètre. Les mots s’enfilaient en phrases, de plus en plus longues. Elles-mêmes s’engouffraient et s’épanouissaient dans des paragraphes déstructurés pour s’étaler sans fin, sans point et sans virgule sur une envolée de pages virtuelles.

    Ma frénésie ne connaissait pas de limites. Adjectifs somptueux, adverbes déployés à tire d’aile, conjonctions reliant de simples coordinations ou de complexes subordinations. Tout y était pour le plus grand bonheur d’un grammairien averti.
    Tout y était aussi pour tenir mon lecteur en haleine.
    Des interrogations et des exclamations pour le perdre habilement dans les arcanes de mon récit. Quelques calembours pour entretenir sa belle humeur. Et enfin, quelques clichés éculés pour m’assurer d’une certaine connivence.

    Après ce marathon sur le clavier, à peine essoufflé, je déposai le point final.
    J’étais fier de moi, bien qu’il me manqua une approbation, un feu vert. Je jetai mon sort sur une de mes vieilles connaissances. Je lui envoyai un courrier électronique avec pièce jointe et petit mot le priant de bien vouloir me donner son avis.
    Celui-ci ne tarda pas…
    «  Pas mal, mais l’orthographe fait cruellement défaut. »

    Les joues en feu de cette cuisante remarque, je repris mon texte et corrigeai la kyrielle de mots soulignés de rouge.
    Je dus l’admettre, ce fut comme une deuxième naissance. Le texte présentait bien, mais le doute s’était insinué en moi et j’avais besoin d’un ultime avis.
    Usant du même procédé, je sollicitai, pour relecture, une amie de longue date.
    La réponse ne tarda pas…
    «  Après un sérieux toilettage, cet texte serait acceptable ! »

    La colère me submergea. J’avais besoin de cogner. Et je le fis sur la touche suppr. Gauche, droite, directs et uppercuts s’enchaînaient. Je sabrai à tout va, ne conservant que l’essentiel : « J’écris, donc je suis. »

    Je cliquai sur la touche « envoi ». Ce fut comme une troisième naissance.

  11. Enyo dit :

    Je suis né(e) trois fois.
    La première, c’ était…

    La première fois, c’était à l’autre bout du monde, de l’autre côté de la terre.

    A peine sortie de mon follicule, j’avais déjà de l’ambition et une confiance en moi inébranlable.
    J’écartai avec impatience ces jeunots duveteux et me glissai sur les ailes grisantes déployées en éventail. Blanche comme l’albâtre, mais loin d’être une oie blanche, je fis sensation.

    Sous l’œil vif d’un plumier venu du Vieux Continent, à la recherche de quelques trésors pour parures prestigieuses, je fis mon numéro. Je me balançais, j’ondulais, je m’alanguissais, je me pavanais. Je l’emportais haut la main ! Je vécus intensément ce moment de gloire, cette entrée dans le monde. Ma première naissance !
    Je crus être l’unique, je dus déchanter ! Comme tant d’autres, hélas, je fus enfouie dans du papier de soie, enfournée dans un coffre de bois puis expédiée, pour un voyage sans fin.

    La gloire de cette première naissance se dissipa sous les toits de Paris. Je tombai dans l’anonymat. J’attendis ma destinée dans un bruit étourdissant, parmi les couleurs audacieuses et les senteurs suaves. Ballottée, trimbalée, triturée. Je crus venir ma fin lorsque j’atterris dans un panier aux relents de naphtaline !

    Mais c’était sans compter sur un vent de folie qui se leva non loin de la rue Bergère.
    Il était fou d’elle, il lui fit traverser l’océan.
    Elle était sublime. Longue et dorée. Audacieuse et adorée.
    Il rêvait. Elle osa. Elle dansa presque nue, et mena la revue.
    Et moi, je l’accompagnais dans ses déhanchements de sauvageonne. J’adorais ça….

    Mais un soir, mon destin bascula. Une main trop hardie s’avança de la danseuse et me ravit. Je hurlai de douleur. Lorsque j’ouvris les yeux, les lumières avaient disparu. Des doigts souples et déliés me glissaient dans les replis d’une écharpe de soie ou sous le rebord d’un feutre. Je taquinais une mèche de cheveux et sollicitais l’inspiration. Je me lassai vite de ces jeux et tentai de me sauver. Mais tout ce que je pus faire se résuma à courir sur des pages blanches. Et je le fis avec succès.
    Sacha et moi liâmes nos vies, mais pour moi, ce fut une deuxième naissance.

    Après avoir sublimé ma Joséphine, je me hissai à la une. J’étais sa plume !

    Romans , essais, poésies ou tragédies, je grattais, je m’éclatais.

    Un beau matin, en acte d’une ultime naissance, je m’étais enfin fait un nom de plume.

  12. Anne-Marie dit :

    Zeus régnait dans les cieux. Fille d’Eetion, roi de Cilicie de Troade, je suis née un soir d’automne. A seize ans, j’ai épousé Hector, le fils de Priam roi d’Ilion. Je l’ai suivi, j’aimais cet homme, beau et valeureux. Ses tentatives pour éviter un conflit avec les Achéens ayant échoué, la guerre a fait rage, pendant des années. A la tête de ses armées, il défendait vaillamment sa ville. Alors que les combats s’achevaient, l’invincible Achille, protégé des dieux, qui avait déjà tué mon père, mes frères et bien d’autres encore, l’a défié en un combat singulier. Mes supplications sont restées vaines. Après des heures de lutte, Hector a succombé sous son fer, me laissant veuve et prisonnière. Pendant que, vainqueur, Achille debout sur son char, traînait dans la poussière la dépouille de mon cher époux, j’ai, au comble de la douleur, vu son fils Néoptolème précipiter du haut des remparts, Astyanax, mon enfant chéri, âgé d’à peine trois ans. Après avoir tué mon fils, réduit notre ville en cendres, il m’a emmenée, captive, en Epire, pour m’épouser. Mon désespoir était sans fond. Homère, l’aède aveugle, l’a chanté dans l’Iliade, Euripide l’a psalmodié dans sa tragédie, Virgile l’a couché sur le vélin… j’étais entrée dans la mythologie !
    Deux mille ans plus tard, au Château du Louvre, dans l’ombre du Roi Soleil, Monsieur Racine m’a rendu mon fils et a confié à Oreste le soin de tuer Pyrrhus, mon maître et mari forcé. Femme « qui combat les hommes », j’ai alors reconquis un empire et, sous les traits élégants de Mademoiselle Du Parc, un nouveau public. Bien que dédiées à Henriette d’Angleterre, dont la Cour chuchotait qu’elle était la maîtresse du souverain, mes déclamations émurent Marie-Thérèse d’Autriche. Peut-être la Reine y apprécia-t-elle l’apologie de la fidélité… C’était le dix-sept novembre 1667, classique, je renaissais !
    La guerre est, hélas, ma destinée ! Entre deux conflits mondiaux, je revins, un soir de novembre 1935, au théâtre de l’Athénée. Moderne, jeune, enceinte d’Astyanax, j’affrontais avec Hector la bêtise des hommes, leur inconscience, leur perversité, leur aveuglement devant cette guerre que les hommes voyaient venir et contre laquelle ils s’obstinaient à ne pas réagir. La montée des dictatures mûrissait. Le pari de Jean Giraudoux était perdu d’avance… la guerre de Troie avait eu lieu !
    Femme ou légende, qu’importe ! Eprise d’amour et de paix, Andromaque je me nomme…

    © ammk

  13. Daisy dit :

    Je suis né trois fois.

    La première fois, c’était dans l’imagination de mon père. Je lui ressemblais beaucoup, mais j’étais plus drôle et courageux. Je n’avais aucune des peurs qui longtemps l’ont fait hésiter dans la vie. J’étais son rêve secret. Il pensait à moi dans le métro ou dans son lit pour trouver le sommeil. Je l’aidais à fuir son quotidien et il m’aidait à grandir et à me changer en un personnage original.

    La seconde fois, je suis né entre les pages imprimées et l’esprit des lecteurs. Même si mon père m’avait bien décrit, ils ont ajouté leur touche. Ils ont imaginé mes marques favorites ou mon opération de l’appendicite. Ils ont trouvé tous les épisodes manquants de ma biographie et ont encouragé mon créateur à me trouver de nouvelles aventures. Grâce à eux, je suis devenu un héros.

    La troisième fois, je suis né au cinéma sous les traits d’un acteur célèbre. Je suis devenu plus beau mais moins drôle. Tout d’un coup tout le monde s’est mis à parler de moi au point de faire de mon nom un nom commun. Je suis apparu sur de la vaisselle et du linge de lit. Hier, un journal très sérieux a fait sa une sur moi: « Un mythe est né ».

  14. Nadine de Bernardy dit :

    Je suis née trois fois.
    La première fois, c’était au fond d’un pays très lointain,perdu dans les bois.
    Ma mère,femme du seigneur des lieux, plus occupé de conquêtes guerrières et féminines que d’amour, avait été prévenue:
     » Madame, si vous me donnez une cinquième fille et non un mâle comme je le souhaite vivement,inutile de reparaître devant moi.Vous resterez cloîtrée dans votre donjon et j’irai chercher ailleurs une pouliche capable de me faire des garçons afin que mon nom ne meurt point.
    Tenez vous prête ,je viendrais vous visiter dès ce soir ».
    Mathilde,ma mère,se mit à prier le Seigneur de lui accorder un héritier,car malgré tout,elle aimait cet homme et ne supportait pas la solitude.
    Neuf mois et demi plus tard, elle me mit au monde,petite brunette pleine de vie qui ne demandait qu’à être aimée et adorer sa mère en retour.
    Ma marraine,vieille amie de celle ci ,un peu sorcière de surcroît,vint nous rendre visite à mon deuxième jour.Voyant sa Mathilde plongée dans le plus grand désarroi, elle lui dit:
     » Ne pleurez pas ma mie,votre mari va certes tenir sa promesse mais cette enfant illuminera votre vie grâce à ses qualités naturelles et le don que je veux lui accorder pour compenser ce bannissement paternel.
    Elle aura la beauté,l’intelligence,la sensibilité et mon cadeau:elle pourra choisir de renaître deux fois,au moment choisi par elle, sous la forme qui lui conviendra.
    Quand à votre grand pendard de mari, je lui réserve quelque tour à ma façon. »

    Depuis le donjon où je grandissais dans la joie et les jeux auprès de celles que j’aimais,parvenaient du château de bien tristes nouvelles.
    Mon père avait pris, parmi les servantes, quelques maîtresses vigoureuses qui lui donnèrent des fils en quantité suffisante.
    L’aîné était bossu,le deuxième avait un pied bot,le suivant bégayait,quelque autre louchait!

    Et moi je m’épanouissais,rayonnante,dans une vie pleine de promesses,attendant de profiter,quand bon me semblerai, du cadeau offert par ma délicieuse marraine.

  15. Erato dit :

    Ô Mage….

    L’explosion fut terrible et la déflagration le propulsa à des années lumières de son laboratoire.
    Ils reprit conscience sur un gros caillou !
    – Bon sang, c’est encore raté, marmonna-t-il.

    Il fit un rapide toucher-palper. Il était indemne, à l’exception d’une petite excroissance au somment de sa tête.
    Il regarda autour de lui et trouva que l’effet n’était pas si mal que ça. Bien sûr, il allait devoir apporter quelques modifications.
    – Voyons, voyons, que puis-je retirer de cette sérendipité ?

    Il cala son auguste fessier sur son gros caillou, releva ses manches et composa un algorithme qu’il appliqua sans tarder. L’effet fut immédiat. Enfin, il y voyait plus clair. Il changea une donnée dans l’algorithme primaire, l’appliqua et fut grandement satisfait du résultat.
    – Je tiens la bonne formule, s’écria-t-il, tout joyeux. Si je m’y tiens une semaine durant, j’atteindrai la perfection.

    Ainsi soit dit, ainsi soit fait ! Le septième jour, il put fêter cette première naissance, aussi simple qu’une idée !
    Il suffisait de s’asseoir, se frotter délicatement les tempes et attendre. Le résultat était garanti.

    De génération en génération, les humains s’appliquèrent à exécuter cet algorithme. Quelques grands noms transcendèrent le commun des mortels. Archimède, Pythagore, Copernic, Newton, Pascal, Einstein …
    A chaque découverte, les réactions explosaient, fusaient en félicitations ou en interrogations. Mais peu importe, pourvu que ce soit comme une deuxième naissance !

    Des siècles plus tard, un homme, égaré dans les arcanes de sa langue maternelle tenta l’expérience.
    – Pourquoi ne pourrais-je à mon tour, m’asseoir sur un caillou, me frotter délicatement les tempes et laisser naître une idée….

    Il essaya une première fois et cela fonctionna. Quelques amis le suivirent, d’autres attendaient avec scepticisme. Mais notre homme ne se découragea pas. Avec une régularité de métronome, il appliquait l’algorithme et l’expérience était toujours concluante.
    Une année passa, puis une seconde…
    Un jour, il se retourna. Il fut ébahi ! Il y avait des dizaines, des centaines, des milliers d’hommes et de femmes. Une foule le suivait.
    Il était enchanté.
    La révolution parfaite était en route.

    Il avait atteint son objectif !

    C’était comme une troisième naissance.

    Le sourire aux lèvres, il jeta un coup d’œil sur son blog. Entre deux lettres, il constata que la 365ème proposition avait un succès fou !

  16. Jean-Pierre LACOMBE dit :

    Je suis né trois fois, car fervent jusqu’au bouddhiste, je crois à la réincarnation.
    Après une mort très banale, un suicide par pendaison dans le grenier de mon grand-père avec une superbe paire de bretelles rouge qui me valut une fracture du crâne fatale, je me retrouvai cerf en octobre bramant « biche oh ma biche » dans une forêt de Sologne.
    Hélas, les aboiements furieux des chiens, le son du cor au fond des bois, les redingotes rouges, la dague me rasant de trop prés, et mes dix cors se retrouvèrent accrochés au-dessus de la cheminée d’un descendant de Frank Alamo.
    La deuxième fois, je fus chat fredonnant « à la mi-août, c’est tellement plus romantique » au milieu du mois de décembre et traversant l’autoroute A 75, pour aller retrouver une minette siamoise, réincarnation d’une jumelle japonaise morte d’une opération de l’appendicite assez proche d’un seppuku traditionnel. Je n’eus pas le temps de reconnaître la marque des pneus qui me transformèrent en descente de lit du pauvre devant un insert à bois Godin, à Chamalières, banlieue de Clermont-Ferrand.
    La troisième me vit mante religieuse mâle priant en chantant « plus prés de toi mon dieu » dans le cloître de Moissac. Ma rencontre avec une femelle me fit perdre la tête tant l’amour peut être dévorant.
    Actuellement, je suis en stand by dans une sorte de salle d’attente, un tunnel orange dans lequel une secrétaire au crâne rasé m’a laissé entendre que je ne gravirai pas l’échelle des espèces et que je pouvais espérer au mieux l’enveloppe diaphane d’un papillon monarque, le corps bleu d’une mouche à viande ( de quoi croire encore à la chair ) voire l’anatomie d’une puce de plancher. Connaissez-vous la vie amoureuse des puces de plancher ? ….:::!

  17. laurence noyer dit :

    Cha-ra-de

    Je suis née trois fois
    Ma première, éclot
    Ma deuxième, hémoglobine
    Ma troisième, pronom
    Naissance

    Je suis née trois fois.
    Ma première, après C
    Ma deuxième, après B
    Ma troisième, après C
    Décédée

    Je suis née trois fois
    Ma première, note de musique
    Ma deuxième, garde
    Ma troisième, 12 mois
    Réveillant

    Je suis née trois fois.
    Ma première, un trait
    Ma deuxième, un pas
    Ma troisième, un sang
    Trépassant

    Je suis née trois fois
    Ma première, Dieu soleil
    Ma deuxième, pas froid
    Mon troisième, Morgane?
    Réchauffée

  18. Cetonie dit :

    Je suis née trois fois.
    La première fois, c’était il y a bien longtemps, avant ma naissance,
    Ma mère était jeune encore, et pleine de rêves
    Elle ne croyait plus aux fées, mais presque
    Et rêva de sa fille,
    Avec tant de précisions, en y croyant tellement
    Que ce jour-là, j’existais déjà.

    Une vingtaine d’années plus tard, à mon tour,
    J’abandonnais les fées pour rêver l’avenir
    Était-ce l’héritage ?
    Le rêve de mon fils fut une révélation
    Une seconde naissance,
    Celle de la maternité

    Et maintenant, au seuil du grand passage
    C’est à l’espoir que je nais encore une fois,
    Tellement puissant pour affronter l’inconnu
    Pour croire, encore et toujours
    En la force de la vie
    Renaissance ou éternité ?

  19. Catherine M.S dit :

    Naissance et Renaissance

    Je suis né trois fois
    Vous ne me croyez pas ?
    Laissez-moi vous narrer tout ça …

    La première fois, j’étais en mille morceaux
    Peu sûr de moi, assez mal dans ma peau
    Un brouillamini mal dégrossi
    Je flottais en état d’apesanteur
    Comme en proie à une douce torpeur.
    L’habitacle qui m’accueillait
    De temps en temps me réveillait
    – Eh là-haut, ça prend forme ou quoi
    C’est pour aujourd’hui ou pour demain ?
    Je ressentais son esprit chagrin
    Mais moi je n’aimais pas ça
    Être molesté, bousculé, harcelé
    Je voulais prendre mon temps
    Pour faire mon petit effet …

    Et puis, un jour, je me suis senti expulsé
    Ça y est !
    Et je me suis retrouvé emmailloté sur des lignes horizontales
    Sans douleur ni péridurale
    Comme une seconde naissance
    Tout mon corps s’étalait sur une feuille de papier
    Prêt à vibrer de tous ses sens.
    On m’a même recopié dans un petit cahier,
    Et illustré avec de jolis papiers !

    Mais le temps a passé
    Le cahier a jauni
    Les mots se sont effacés…
    …quand un jour, la jeune Elise en visite dans le grenier,
    A débusqué le fameux cahier
    A soufflé pour le dépoussiérer
    A plusieurs fois éternué
    A tourné les pages …et m’a retrouvé !
    C’est alors que sous ses yeux embués
    Mes mots et mes rimes se sont mis à danser
    Et dans sa bouche ils se sont réfugiés.

  20. iris79 dit :

    Je suis né (e) trois fois.

    La première fois, c’était il y a presque longtemps
    Je fis d’une femme une mère
    Moi ce tout petit enfant
    qui fit de deux amants
    deux désarmés parents

    La deuxième fois, c’était il y a plus de trente ans

    quand je t’ai rencontré
    ma vie a basculé
    je sus que je naissais vraiment
    à ce moment

    La troisième fois, c’était il y a moins de vingt ans

    quand à son tour naissait notre enfant
    et l’on sut que plus rien ne serait comme avant
    Depuis nous tissons tous ensemble nos années
    Et je vis chaque nouvelle journée comme une renaissance

  21. durand dit :

    Je suis né (au moins) trois fois (pour commencer)

    La première naissance fut brumeuse. Un corridor restreint m’amenait au pied d’une paroi. Proposé, un stupide exercice, pour mes pieds à peine formés, m’invitait à détecter les bons appuis, basculer mon bassin vers le plus juste mouvement, pour enfin pouvoir m’élever. Je retombais plusieurs fois, rectifiais mes prises, scandait la logique d’une possible avance…l’espoir de meilleures gestes…pour encore rechuter. Une corde aurait été si simple pour passer les obstacles. Mais la voie se disait vierge.

    On se souvient toujours mieux de la deuxième naissance. Certainement parce qu’elle a à voir avec l’eau et avec ce qui flotte. Celle ci m’amena sur une plage, couverte des pauvres diamants du sable. Face à elle, une gigantesque vasque semblait contenir toute l’eau jamais imaginable, parce que trop réelle. Sachant déjà qu’il était inutile de craindre ce qui devait me faire peur, je m’y plongeais, volontaire, pour ne pas couler…et j’y flottais. A 20 mètres du bord, traînait une corde égarée vers le large. Je m’y intéressais, je m’y penchais, quelque chose me disait qu’il y avait à faire. Et je fis ce qui me semblait évident. Tendrement, je tirai à moi la lourde corde. Elle venait. Jusqu’à un petit blocage. Je le cernais et le contournais. J’avais débouché quelque chose. Le fond de la vasque se vidait de ses eaux et je n’eus plus d’horizon que celui qui m’était imposé.

    La troisième naissance est bien souvent idolâtrée. J’avais, parait ‘il, juste à suivre les consignes de l’instinct. On m’avait fourni le cordon standard, l’anti ombilic de mes premiers rêves.Nourrissant, laiteux et gras d’une vie probable à venir. J’ai posé mes deux mains dessus, je ne voulais et ne pouvais rien manifester de négatif à mon entourage couveur, couvreur. J’avais détortiller le cordon ombilical qui avait tenté de m’étrangler…déjà…avant l’autre terme de ma mort. Je rentrais dans le monde où l’on vous apprenait à miser… à peine né, je devenais joueur!

    La quatrième n’est pas encore déterminable. Elle dépendra de mes envies, de mes capacités. Elle aura aussi à voir avec les échanges, les rencontres possibles, les faits que, depuis nos naisances, on est censé avoir grandi, de l’auge maternelle au sandwich conçu et révisé, pour plaire.

    L’humain s’avérant trop souvent volatile ,je risque fort de retourner au pied de la falaise, au bord de la plage.

    Face à l’incapacité des hommes, leur plate ignorance,j’irai plus facilement trinquer avec les marées, refaire un tour de piste, à l’ombre des avalanches, accompagner la chute des falaises….tâter des nouveaux graviers…y chercher, malgré tout les inutiles et improbables bijoux des hommes, leurs reflets égarés…leurs pistes entamées.

    Je me ferai veilleur auprès des œufs des oiseaux,

    Peut-être irais-je couver les œufs abandonnés, parce que je fus choqué, abasourdi… un jour… que les trottoirs puissent être si longs,sans fin, les caniveaux trop profonds,mangeurs d’oublis,les boulevards inutilement larges pour des passants si étroits. Je chevauchais encore les passages mal protégés, les villes obèses, leur immobilisme de surcharge polluante… et les campagnes écartées!

    Je n’ai strictement aucune idée de ma prochaine naissance. Mais le temps venant, aucune connaissance ou renaissance ne devrait troubler ma chute.

  22. patrick labrosse dit :

    Je suis né (e) trois fois. (sans contrat)

    La première fois, c’était une note silencieuse, juste avant le cri ou plutôt le hurlement. Il me fut provoqué par une cohorte impatiente de protagonistes masqués qui attendait l’heureux évènement. Enfin, moi je n’avais rien demandé, j’étais bien là où j’étais ! Je me tenais tranquille, baigné dans un liquide à bonne température, nourrit sur simple demande et câliné avec tendresse lorsque j’étais un peu trop balloté !
    Mais toutes les bonnes choses ont une fin et cette première arrivée en terre sainte me laissa quelque peu sceptique. Je quittais un microcosme douillet pour une planète criarde et surpeuplée.
    Si on m’avait demandé mon avis, j’aurais demandé qu’on m’adresse un contrat sur les modes de vie de ce nouveau monde et il ne fut pas certain que j’eusse signé !
    Toutefois, j’étais là et je passais cette première décennie sans trop d’inquiétude, ni traumatisme flagrant.
    Il me semble que cette première vie fut heureuse et insouciante ! « Point trop n’en faut « comme disait ma grand-mère qui se lamentait de ne pas mourir à temps ! A bien y réfléchir, j’aurais dû m’arrêter là ! Dix bonnes années d’insouciance, à faire des galipettes, à rire comme un fou, à cueillir l’instant présent, à s’amouracher d’une simple coccinelle ou à pleurer devant la mort du chat !
    Puis commença ma deuxième vie avec cette montée subite de testostérone, là tu ne contrôle plus rien, personne ne t’a prévenu de cette mue. Tu es empêtré dans une chrysalide trop grande pour toi. Encore une fois, aucune fée n’est venue te proposer un joli contrat ! On t’envoie d’office à la guerre : il te faut trouver un costume d’apparat, une épée et une dulcinée. Rien que ça et le plus tôt sera le mieux ! Alors tu te révoltes, tu refuses de signer, et évidemment le jour vient ou on t’annonce le solde à payer pour indiscipline chronique et vie de paria !
    Ce sera ta troisième vie celle où tu commences à comprendre que d’avoir trop chanté, la note est sévère ! Tu courberas l’échine, fera des enfants, acceptera l’obole, et tu auras beau gueuler, boire jusqu’à la lie, t’absoudre dans les méandres de la féminité, te galvauder dans tous les vices, rien n’y fera ! Point trop n’en faut comme disait ma grand-mère mais tu fais comme elle tu attends la prochaine vie pour revendiquer tes droits !

  23. eleonore gottlieb dit :

    un peu triste cette vielle dame la poésie de la douce folie

  24. eleonore gottlieb dit :

    Je suis né (e) trois fois.
    La première fois, c’était…

    …Il a si longtemps, que j’ai du mal à m’en souvenir, je sais juste qu’il y avait beaucoup d’eau, verte et bleue partout ou mon regard se portais je ne voyais que de l’eau, des vagues tourmentées des pluies qui s’abattaient sur des marécages. Ça ne me plaisait pas trop d’autant plus qu’il faisait froid et que ma nature a horreur du froid. Je décidais donc d’en finir le plus vite possible avec cette mauvaise expérience. Je m’effaçais rapidement avec ma gomme à encre. bien sûr cela laissa quelques traces sur le feuille de papier chiffon, mais bon, c’est le prix à payer, et cela valait mieux que de continuer à me geler en barbotant.
    Il me semble qu’un jour sombre je reçu une décharge violente au niveau de ma poitrine, ma tête se mis à tourner et je ne vis que des objets redoutables qui tournaient, eux aussi, autour de mon corps transparent et imprécis. j’avais peur, très peur, et je tremblais. Je voulais crier mais je ne pouvais pas mon cerveau ne savais pas encore et ma bouche non achevée ne pouvais pas m’aider ! Je laissais trainer des nuées derrière moi des volutes qui s’enroulaient, se déroulaient autour de mon espace mal défini. En fait je n’étais que peur, peur imprécise mais effroyable. Impossible de continuer, impossible d’éclore dans ces conditions aussi désastreuses. J’avais gardé, de mon expérience précédente ma précieuse gomme à encre. Je m’empressais de la sortir de ma poche et me fit disparaitre encore une fois. Aussitôt ce fut le soulagement et je commençais à respirer calmement. Bien sûr mon papier chiffon avait une drôle d’allure, détrempée par les pluies primales, elle ne ressemblait plus à grand-chose, mais je devais m’en contenter. Le règlement était : « pas de seconde feuille disponible »
    Malgré le gros trou central tout déchiqueté je devais me débrouiller pour placer une troisième escale, cela aussi était signifié dans le règlement, et on ne plaisante pas avec les règlements. Je recommençais donc ma copie. Hier matin j’ai eu la surprise d’apercevoir une lumière au-dessus de mon lit. Je ne- comprenais pas. Le plafond de ma chambre avait disparu, les murs aussi, juste une fenêtre flottant dans le vide et des voiles qui s’irisaient dans des horizons roses.
    Mon corps léger se mouvait avec volupté et tout autour de moi se diffusait un parfum de jasmin et verveine mêlés. Alors je me suis assise face à la fenêtre flottante. Je pris soin de l’ouvrir pour ne pas briser les vitres et jetais ma vieille gomme à encre devenue inutile. En tombant elle fit un grand bruit, elle fit aussi un très grand trou duquel jailli une source. Il suffit de s’y plonger chaque matin pour retrouver l’innocence primitive de la fleur originelle.

  25. Clémence dit :

    Je suis né(e) trois fois.
    La première, c’ était…

    Je l’aimais bien Perrine. Des boucles blondes, des yeux clairs et des jambes interminables.

    Elle et moi, ce fut tout de suite une belle histoire d’amour. Une de ces histoires que l’on ne rencontre que dans les contes ou les fables.

    Je l’aimais bien Perrine.
    Surtout le jour de ma naissance.
    Je poussai mon premier cri de roturière.
    Elle me recueillit de ses douces mains blanches et délicates.
    Elle souffla doucement sur moi.
    Sans vouloir offenser personne, son souffle était aussi doux et tiède que ceux de l’âne et le bœuf !
    Elle me déposa dans un panier finement tressé.
    Et je vécu ainsi des jours heureux.
    Je croyais que ce serait pour l’éternité !
    Perrine me préparait des mets délicats.
    Je devais, disait-elle, prendre de belle rondeurs, pour lui faire honneur.

    Sans rechigner, je me nourrissais, je grandissais, je grossissais et je m’adonnais aux sports pédestres dans quelques coins protégés du bocage. J’avais compris que ma mine superbe et les gâteries de Perrine suscitait la jalousie chez mes congénères.
    Mais telle était ma vie après cette première naissance et j’en étais fort aise.
    Je l’aimais bien Perrine !

    Mais un jour, je l’ai surprise à rôder dans l’allée du domaine.
    Certes, elle venait encore me rendre visite, mais il me semblait que son regard clair avait de reflets métalliques.
    Mais je lui pardonnais tout, à Perrine.

    Ce fut au moment où je m’y attendais le moins qu’elle m’a prise en traîtresse !
    Elle m’a plumée. Mais à bien regarder autour de moi, je compris vite que ce serait pour la gloire.
    Royale sur mon trône, j’étais le centre des regards admiratifs.
    Ce fut ma deuxième naissance !

    Mon règne fut de courte durée. Mon sort fut réglé en quelques habiles coups de couteau. Dépecée je fus à la plus grande joie de tous.

    Savoureuse, délicieuse, divine… les éloges ne tarissaient pas autour de la table.
    Mais aux douze coups de minuit, les invités pâlirent puis se tordirent de douleur.

    – Je ne comprends pas, s’exclama Perrine, les larmes aux yeux. Je l’avais farcie avec les plus beaux marrons ramassées sous les marronniers de l’allée….

    Ce fut comme une troisième naissance. Celle d’une « dinde » nommée Perrine.

    © Clémence.

  26. Joailes dit :

    J’étais en train de flotter, comme à mon habitude, lorsque soudain j’entendis des cris et même des hurlements, je ressentis une horrible pression sur tout mon corps, dans une odeur âcre de sang …
    Je me devais de quitter ce nid douillet, une seule pièce avec piscine, où je m’étais nourrie, abreuvée pendant neuf mois …
    J’y avais tous mes repères. J’en connaissais les moindres recoins.
    Avais-je omis de payer mon loyer ? Quelle facture impayée justifiait une telle expulsion ? 
    Ma toute petite mémoire ne m’apportait aucune réponse. 
    Je sentais confusément que ma courte vie bien douillette était déjà terminée.
     

    Je ne pouvais plus reculer.
    Il me fallait sortir, dans les lumières crues du néon et je ne savais pas où j’allais atterrir, dans quel monde allais-je me retrouver …
    La peur me tenaillait les entrailles, ma tête semblait prête à exploser, mon corps mou, propulsé bien malgré lui dans un tunnel obscur, uniquement retenu par un petit cordon, ressentait une force verticale, dirigée de bas en haut et opposée au poids du volume de fluide déplacé. 
    Euréka ! Je compris à l’instant qu’Archimède m’appelait.

    Finalement, je suis née un jeudi 6 mars à 9h 20 du matin, ai poussé un long cri et me suis mise à pleurer.
    C’était la première fois.
    La fois suivante, je me suis méfiée.
    J’ai attendu un peu plus longtemps, mais le résultat fut presque le même : encore de la souffrance et du sang.
    Alors, la troisième fois, j’ai décidé de sortir plus tôt que prévu. Bien sûr, on m’appela « prématurée » car il me manquait, d’après eux, encore plusieurs semaines, mais ils ne savaient pas que j’étais déjà née deux fois.
    Je connaissais par cœur le tunnel obscur dont les parois s’étaient assouplies. Et j’en avais assez de ces repas toujours les mêmes, fadasses, comme à la cantine.
    Eh bien, vous n’allez pas me croire, mais en tant que prématurée, je fus beaucoup plus choyée que les deux premières fois et je devins la préférée de tous.
    Naître trois fois, finalement, ce n’est pas si mal : on acquiert de l’expérience !

  27. malinconia dit :

    Excellent (Pourvu que la suite fut comédie et non tragédie)

  28. grumpy dit :

    La première fois que je suis née j’ai ouvert les yeux dans une coquille de noix abandonnée au fil de l’eau. J’aurais trouvé ravissant que l’on m’appela Tom Pouce. Hélas mon créateur n’a rien trouvé de mieux que de m’appeler Kermit.

    Kermit : franchement ça va pas la tête ? Oui, je sais, je suis une batracienne verte aux yeux en balles de ping-pong mais était-ce là une raison pour me donner un prénom de marionnette.

    Il a bien fallu que je fasse avec et finalement j’ai eu une assez belle vie. J’ai passé l’essentiel de mon temps à glisser sur l’onde pure d’un ruisseau bondissant (au bord duquel il était beaucoup trop tôt pour que je visse loup ou agneau.) Je surfais entre les roseaux, rigolais en descendant les rapides, aspirant de-ci de-là ces saletés de moustiques (créés parmi les premiers pour déjà bien pourrir la vie des nouveaux arrivants.)

    Et puis un jour mes oreilles ont bourdonné d’un mauvais signal : allez ma vieille, tu as fait ton temps, c’est le moment de passer la main, tu as participé à la création d’une des premières espèces au monde, tu dois en suivre l’évolution et céder la place à la nouvelle génération. Sors de l’eau et marche sur terre.

    Pas d’autre choix que d’accepter la situation. D’ailleurs même si je m’étais rebiffée c’eût été peine perdue, la transformation avait commencé. J’allais donc naître une deuxième fois.

    Petit à petit j’ai changé de peau et de couleur, de verte j’ai viré au rose et à ma grande stupeur j’ai senti de longs poils bruns me pousser de partout, des ongles remplacer mes palmes, mes pattes devenir des bras et des jambes, mes ressorts de grenouille n’étaient pas cassés pour autant sauf que maintenant c’était de branche en branche que je sautais, je me trouvais rapide et gracieuse, mais horreur : il m’a poussé une queue. Cette queue, j’ai commencé par en avoir honte jusqu’à ce que je me rende compte qu’il n’y avait pas plus génial instrument pour trapézer de branche en branche et cueillir adroitement ces fruits délicieux (plus goûteux que ces moustiques, beurk, d’une fadeur …)

    Alors, je m’appelle comment maintenant ? Ayant changé d’espèce et sans doute de créateur, j’ai posé la question à tout hasard. La réponse me tomba dessus du plus haut des arbres et failli bien m’assommer en me loupant de peu. « Ton nom est Cheeta »
    Je n’étais pas d’une nature contrariante, allons-y pour Cheeta. Je vécus tranquillou sans faire de cinéma jusqu’à 80 ans, un record paraît-il. Et voilà qu’un jour de nouveau revint la voix du mauvais signal : tu as fait ton temps, le changement c’est maintenant.

    La transformation me fit perdre tous mes poils, sauf : sur le crâne, les aisselles, et encore autre part que je suis trop polie pour nommer ici. Mes bras raccourcirent, une opulente poitrine poussa, mon fessier rebondit à plaisir. Je déplorais quelque peu de m’être redressée à tel point que je ne pus plus marcher à quatre pattes. Autre bizarrerie : je me retrouvais avec des cheveux blonds et des yeux clairs. Je devais être belle mais il n’y avait pas encore d’être qui me soit semblable pour en juger.

    J’étais née une troisième fois (humaine je crois ?), mais ensuite, passé 70 ans, je commençais à en avoir assez au fur et à mesure que s’étendaient les rhumatismes. Une quatrième vie aurait été de trop et je me dis « j’espère que cette fois je vais vraiment mourir, une nouvelle réincarnation ne me branche pas du tout, au train où ça va à tous les coups je vais me retrouver sur Mars, en Troll avec les yeux rouges, de grandes oreilles en guise de capteurs, des antennes clignotantes, une implantation crânienne Google et un radar collé aux fesses et ça, c’est pas ma tasse de vie !

  29. Antonio dit :

    Je suis né en trois fois.
    La première fois, c’était… à refaire.

    – Non, non, non ! C’est quoi cette entrée ? Tu me la joues à l’envers ou quoi ? Comment veux tu qu’on prenne un pied avec ça ? Ça ne va pas le faire. Je veux que tu fonces sur la scène tête la première, puis tu balances ton cri, comme Johnny Weissmuller dans Tarzan. On la refait.

    La deuxième fois, c’était pas mieux.

    – Stop ! Stooooop ! Vous ne voyez pas qu’il est en train de s’étrangler avec la liane. C’est quoi ce cirque ? Tu devais arriver comme une fleur, on avait dit. Et là, tu te vautres dans les coulisses. C’est quoi qui coince encore ? On ne va pas la jouer au forceps, je vois déjà la tête de la production qui grimace. On a huit heures de retard sur le scénario. On va opérer autrement. C’est le moment de voir ce que tu as dans le ventre.

    La troisième fois, c’était la bonne. Une entrée digne des plus grands empereurs.

    – Coupez ! On la garde. Bravo ! Quelle entrée ! Quelle voix ! T’as de l’avenir, garçon, crois-moi !

    C’est ainsi que je suis né sur les planches d’un lit du grand théâtre de la Salpêtrière à Paris, le 12 janvier 1954, une belle pièce en trois actes.

  30. Liliane dit :

    Aujourd’hui, je vais vous parler d’Ariane, une amie, qui raconte ses vies antérieures.

    Au plus loin de ses souvenirs, elle fut une servante proche d’Aliénor d’Aquitaine.
    Elle est intarissable sur cette reine belle, rebelle, amoureuse, sensible aux arts et aux lettres. La nuit, il lui arrive encore de rêver d’elle.
    Le jour où sa reine trépassa, la douleur était si intense, qu’elle-même mourut.

    Puis, elle se souvient qu’elle fut la confidente de Marie-Antoinette. Mais oui ! La Reine ! Celle qui a perdu la tête ! Elle raconte alors ce que ne disent pas les livres d’Histoire. Par exemple, ce jour fatidique où la Reine fut guillotinée, elle-même passa à la trappe. A l’ instant précis de son récit, elle montre la cicatrice à son cou !

    Vé-ri-di-que !

    Et sa troisième naissance ? demandez-vous.

    Ariane ? A ce jour, une vieille dame inconnue et transparente. Usée et courbée par les labeurs et les douleurs. Elle ne se plaint pas. D’ailleurs, comment le pourrait-elle ? Le vide emplit peu à peu son esprit. Cependant, prononcez le prénom de ses reines, et vous constaterez une étincelle de vie dans le bleu de ses yeux et elle vous racontera….

    Je pourrais vous la présenter…

    Quant à ceux qui, parmi vous, revendiquent une troisième naissance, belle vie à eux !
    Re-re-naissance !

    Il paraît que les chats en ont sept ! L’espoir est là !

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