369e proposition d’écriture créative imaginée par Pascal Perrat

Depuis le début du mois,
je ne m’illusionne plus sur mon compte, 

c’est moi qu’on mangera à Noël.

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34 réponses

  1. Michel-Denis ROBERT dit :

    Depuis le début du mois, je ne m’illusionne plus sur mon compte, c’est moi qu’on mangera à Noël.

    J’aurais voulu être une grosse bûche bien grasse d’un mètre de long avec une couche de beurre-chocolat de deux centimètres d’épaisseur en guise d’écorce, avec un champignon comestible coloré en rouge et vert et puis un nain bourré de colorants aussi, en train de scier, pour intoxiquer des foies et le sang de cholestérol. Ah ! Que j’aurais aimé être cette bûche qui rendrait l’âme en entraînant des dommages collatéraux, pas bien graves, au fond. La sécu et les mutuelles compenseraient. Mais je rêvais. La période m’incitait sans doute.

    Je réfléchis sur mon sort et à la façon dont je pourrai me débrouiller pour contourner les embûches qu’on me réserve. Par contre, je ne voudrais pas être ce pauvre sapin vivant qu’on achète pour servir de décoration comme une vulgaire guirlande impersonnelle qui scintille par intermittence. Moi décoration ! A moi seul je décore des millions d’hectares de forêts sans l’aide de l’homme, et on me prélève pour m’enfermer, et me déchoir dans la cheminée ou sur un trottoir, alors que je suis le poumon de la Terre. Mais je déboise.

    Le budget ! Si j’étais le budget. Sûr que je serais mangé avant même la fin du mois, avant Noël et les agios empiéteraient sur celui de Janvier. J’y pense, Janvier, c’est le mois du blanc. Je sentis mon visage se colorer de blanc à l’idée de n’avoir plus de sous fin Janvier à cause des excès de fin d’année. Cela m’importait peu en fait, si le dit-budget sert à rendre heureux autour de moi. Mon banquier qui s’est débrouillé pour que j’aie besoin de lui, je contribuerais à une partie de son bonheur. Il se frottera les mains en se disant :  » Enfin, je vais pouvoir lui proposer une assurance supplémentaire !  » Mais je n’étais pas le budget.

    Ce soir de fête, je mettrais ma robe satinée rouge décorée de perles noires. Je m’offrirais le maquillage d’une esthéticienne, la coiffure d’un visagiste, je serais la plus belle et tous me mangeront des yeux !

  2. Peggy Malleret dit :

    369 Depuis le début du mois, je ne m’illusionne plus sur mon compte,
    c’est moi qu’on mangera à Noël.

    On s’occupe de moi bien plus que des autres, on me nourrit beaucoup mieux, on me parle gentiment et la plupart du temps je peux gambader et picorer dans les prés. Pas vraiment grand chose à découvrir avec ce froid mais c’est mieux que d’être enfermée.

    Je suis l’objet de soins étonnants.

    Il y a quelques temps une personne est venue et après avoir scruté chaque volaille, elle m’a pointée du doigt en disant « celle-là ». Elle a longuement discuté avec la fermière qui redoublait d’amabilités. En entendant quelques bribes de conversation, j’ai compris que c’était la cuisinière de l’Élysée. Je n’en revenais pas ! Moi à l’Élysée ! Il m’était arrivée d’en voir quelques images à la télévision qui m’avaient fait rêver, alors vous imaginez moi là-bas, simple dinde ! Je changeais de statut. J’allais devenir reine de la fête puisque préparée par un grand chef. Une promotion qui n’allait malheureusement pas sans jalousie, et de ce fait je perdis beaucoup d’amies.

    – Je vois votre ride du lion se creuser. Pourquoi ? Ah oui évidemment c’est d’avoir mentionné la télévision. Bien sûr vous ne devez pas être au courant. Je vais vous expliquer. Des chercheurs, après de nombreuses années, ont découvert qu’afin de ressentir moins de stress dans les bassecours, et que notre chair soit meilleure, il fallait nous installer des écrans de télévision en choisissant des émissions soft, pendant le dernier mois. Voilà comment un jour j’ai découvert ce beau palais.

    Quelques jours avant Noël c’est l’abattage, c’est horrible mais c’est comme ça, on le sait, on n’est pas idiotes. Il se passe une sorte d’effervescence au sein de la ferme, des préparations inhabituelles, l’ambiance change. Certaines commencent à s’affoler et ne plus vouloir manger en pensant que si elles sont trop maigres, elles éviteront la casserole.

    Moi, j’étais ravie de savoir que j’allais aller au palais de l’Élysée. Je savais que je n’y couperais pas alors valait mieux finir mes jours dans une assiette de luxe, cuisinée avec finesse et être mangée par des gourmets dans un décor somptueux.
    Je profitais donc de ces moments de soins particuliers, je me créais des recettes, j’essayais d’imaginer ce que cette cuisinière si célèbre allait pouvoir inventer pour me sublimer. Comment elle me présenterait, quels seraient mes accompagnements. J’en rêvais même la nuit et le matin j’aurais voulu pouvoir lui raconter mes créations. Qui sait peut-être même lui suggérer quelques idées. Mes plumes s’en gonflaient de bonheur.

    Madame Danièle, le chef, vint quelques fois vérifier, avec beaucoup de gentillesse mon état de santé. Elle me parlait avec douceur et me caressait si bien qu’au lieu de me sauver, comme je l’aurais fait normalement, je me laissais bercer par ses paroles en laissant sa main glisser le long de mon dos. Une vraie complicité s’était installée. J’avais confiance qu’elle ferait de moi la reine d’un soir.

    Je grandissais, grossissais, j’étais belle à croquer. D’ailleurs dans la cour, je me sentais reine. J’aurais même salué royalement toute la ferme si je n’avais pas risqué de perdre l’équilibre et me rendre ridicule, mais dans ma tête c’était tout comme.

    Le jour J arriva. J’étais prête physiquement et moralement.

    Ce fut si rapide que je ne sentis rien. Mon corps était mort mais mon âme bien vivante pour que je puisse profiter de tous les instants merveilleux qui allaient suivre.

    Quel bonheur de voir tant de talent. Madame Danièle était si créative. Elle me rendait exceptionnelle. Elle me mit au four, je ne sentais rien puisque morte. J’étais spectatrice grâce à mon âme.

    1) Soudain, Madame Danièle eut un malaise, les pompiers arrivèrent, et on m’oublia. Ce sont les sirènes anti-feu qui rappelèrent à la brigade de cuisine que j’étais gentiment en train de cramer.

    2) Dorée à point, j’attendais de trôner sur la table présidentielle et recevoir quelques applaudissements lorsque mon âme me vit emballée avec grand soin pour me garder au chaud et partir en voiture précédée de motards pour aller plus vite.

    On m’avait choisie pour le déjeuner des pauvres à la cantine de la Madeleine.

  3. Françoise Gare du Nord dit :

    Depuis le début du mois, je ne m’illusionne plus sur mon compte, 
    c’est moi qu’on mangera à Noël.

    Je suis alimenté chaque mois, parfois au compte-gouttes, parfois jusqu’au point d’être gavé  et ma courbe de croissance est surveillée avec un intérêt avide et jaloux.

    Mais dès les premiers jours de décembre, je sens que cela commence à barder pour mon matricule et que mon compte est bon.
    Je suis ponctionné, parfois au compte-gouttes, parfois jusqu’au point de me retrouver sous-alimenté.

    Et tout cela, pour qui, pour quoi ?
    pour mes neveux et nièces. Iris, pourtant dans la fleur de l’âge mais déjà quelque peu fanée
    Rose, son épineuse sœur, toujours les nerfs à fleur de peau
    Hyacinte, la fine fleur de la vente de cannabis dans l’escalier C
    Jasmin à la barbe fleurie mais aux idées flétries
    Angélique, mi-fleur bleue mi-cactus
    Jasmin, toujours parti la fleur au fusil pour des combats qui ressembllent fort à des moulins à vent
    sans oublier Madame Rosa, la gardienne d’immeuble dont le sourire refleurit curieusement dès le 1er décembre

    Au bout du compte, le 5 janvier, je me retrouve totalement vidé, à sec. A découvert

    L’écureuil de la Caisse d’Epargne

  4. françoise dit :

    Depuis qu’ils ont installé un arbre de Noël dans le local des batteries où nous vivons, je ne m’illusionne plus sur mon compte,  c’est moi qu’on mangera à Noël, mais comme a dit Jean de la Fontaine
    quand le mal est certain, la plainte ni la peur ne changent le destin. Ce qui aussi m’a mis la puce à l’oreille c’est que le préposé à notre « confort » me choie particulièrement : ma paille est changée tous les jours et j’ai double ration de graines. Alors je refuse qu’on me prenne pour plus dinde que je ne suis.Vous me direz que je pourrais faire la grève de la faim mais c’est au-dessus de mes forces de gallinacé. Si j’étais américaine, je pourrais prier le ciel pour que le Président me gracie avec une de mes semblables mais hélas ce n’est pas le cas.
    Allez le calendrier indique le 02.12 j’ai, quoi qu’il en soit, de beaux jours devant moi. Alors comme dit la chanson qui vivra verra. Et puis au réveillon de Noël si vous retrouvez un petit morceau de ma personne dans votre assiette, savourez-moi avec tendresse.

  5. Isabelle Pierret dit :

    Depuis le début du mois,
    je ne m’illusionne plus sur mon compte, 
    c’est moi qu’on mangera à Noël.
    On arrachera mes paupières pour les frire à l’huile du soleil d’hiver,
    on excavera mes orbites pour les congeler dans l’alcool
    on scindera mes lèvres jusqu’aux oreilles
    Pour fourrer ma bouche d’un pâté aux cailloux
    On repliera mes doigts, mes poignets , on en fera des cuillères
    Et l’on coupera mes bras avant de les mettre en croix
    Pour Noël , je serai leur recette du plaisir
    Avec des truffes, de la crème et des œufs
    Tout autour de mes seins la sauce s’écoulera et ils lécheront mes tétons en se frottant la panse
    Quand ils attaqueront le ventre, les aisselles et le pli de l’aine, ils boiront du gin, de la vodka , selon les uns, pour mieux défier les ans , ils lanceront un sort aux années qui s’en vont
    Ou bien se jetteront ds de grandes accolades
    Autour de mon pubis , ils tourneront leur verre
    Ils choqueront le cristal en riant de mon corps, mes morceaux
    Ilss laisseront ouvert, béant, refroidi mon ventre déchiré
    La purée restera au bord des plats, tandis que les derniers parleront à mes cuisses
    Leurs longs muscles étirés dans le spasme de l’amour , leur donneront vigueur, force et volonté
    Ils se rejoindront sous la table pour se les partager
    Et verront que la chair avait du goût
    Ce bon goût de la vie qui leur était donnée
    Et dont ils ne savaient que faire
    Car ils n’avaient pas encore mangé les pieds, les pieds marcheurs, déformés et courageux qui avaient parcouru la terre sauvage du manque, du désir et des rêves
    Et s’en étaient sortis en courant sur la glace pendant des kilomètres.
    Cette glace aux herbes, reprise pour le dessert, offerte aux convives avec mes pieds dedans ,
    Ils la croqueraient comme on mange un gâteau bourratif .
    Ils n’en avaient que faire des vertus présentes et se repaissaient d’un repas vengeur
    Car ils avaient compris que l’éternité serait loin, loin, loin, encore très loin.

  6. Je suis né en septembre.
    Et à quatre mois, j’ai atteint l’age de raison.
    Oui ! Parce que comme on ne reste pas longtemps bébé, on atteint l’age de raison des bébés très vite.

    Jusqu’à récemment, tout allait bien.
    Il y avait bien quelques mots … intrigants !… Mais dits avec un bon sourire, si bienveillant !
    Pourtant, j’aurais du me méfier, quand ils se penchaient au-dessus de mon berceau :
    « Il est si mignon ! Il est à croquer !! »…
    « Un vrai petit coq en pâte ! »…
    « On en mangerait ! »… en me tâtant les mollets
    « c’est tout tendre, ça, Madame ! »…
    Et voilà que dans la pénombre fraîche de ma chambre, leurs dents blanches brillaient autant que la luciole qu’on met dans mon lit pour que je ne pleure pas la nuit…

    Les allusions se multipliaient. Ça devenait inquiétant.
    Alors quand ma sœur aînée a demandé pour la xième fois à maman de lui lire l’histoire du petit
    poucet et qu’elle est arrivée au moment où l’ogre décide de manger les sept frères, j’ai compris.
    J’ai commencé par pleurer très fort, et puis j’ai regretté de ne pas avoir un frère jumeau, parce qu’au moins, j’aurais eu une chance sur deux de m’en tirer.

    Il me fallait prendre des dispositions énergiques.
    Car Noël approchait.
    Noël et son repas familial.
    Et nous sommes une grande famille.
    Papa et maman se chamaillaient sur la nature du plat principal. Mais en fait ils étaient de mèche.
    Le jour où ils se sont mis d’accord pour un « joli petit cochon de lait », bien dodu, je n’ai plus eu de doute.

    J’ai compris pourquoi on ne me donnait qu’une seule nourriture !
    Alors j’ai commencé par faire la grève de la faim. Et j’ai recraché tout mon biberon : de lait, tiens ! Comme par hasard !!
    Un tube de tabasco traînait sur la table : Je l’ai pris et pressé contre mes lèvres, et j’ai avalé.
    Si je me donnais mauvais goût !… Peut-être ….
    J’ai commencé par leur chanter le plus beau concert de ma vie de bébé ! Au point qu’ils ont été obligés de se boucher les oreilles ! Comme ils ne me tenaient plus je suis tombé. Et je me suis fait un bel hématome sur l’épaule ! Très bien tout ça : une viande moche, ça se mange pas !!
    Et ce soir-là, papa a déclaré que j’étais « imbuvable !! »
    J’ai pensé que c’était un bon début.

    Les jours suivants, j’ai continué sur ma lancée :
    J’ai refusé toute nourriture lactée…,
    J’ai escaladé ma chaise haute…ma commode… ,
    Je suis tombé de la table à langer…
    J’ai pleuré toutes les nuits…
    J’ai joué avec les prises de courant…
    J’ai mangé des poussières qui traînaient par terre dans le salon… du papier journal…
    J’ai goûté la gamelle du chat…
    A tel point que je me suis retrouvé en clinique pendant trois jours avant noël.
    Papa et maman ont du justifier auprès des médecins ma malnutrition et devant la police mes « mauvais traitements ».
    Moi en tout cas, j’étais sauvé !

    Le jour du réveillon, les docteurs ont permis à mes parents de me récupérer pour qu’ils ne passent pas noël sans « leur petit trésor », mais j’ai tout fait pour embêter les infirmières et ne pas être prêt avant l’heure du repas : pour qu’on n’ait pas le temps de me cuire !
    Quand je suis rentré toute la famille s’est exclamé . Et j’ai repris peur…

    Mais une odeur délicieuse sortait du four ouvert. Et maman en a extrait une volaille gigantesque, une belle oie rôtie, toute dorée, crépitante et gonflée, au milieu d’un jus onctueux où nageaient de gros champignons odorants.
    Papa n’avait pas trouvé de cochon de lait.
    Alors pour la première fois j’ai remarqué la pièce décorée de guirlandes scintillantes rouges et vertes et le sapin couvert de boules colorées.
    C’était la fête !!!
    Et l’année prochaine, avec mes petites dents toutes neuves, je pourrai moi aussi goûter à cette belle volaille juteuse si tentante.
    Hummm ! Je m’en pourlèche à l’avance.

  7. Leleu Yvette dit :

    Je me suis emplumée exprès, blonde avec de très belles plumes, mon ascendance américaine me donne pour le plus beau prix de l’année. oui, mais…depuis quelques jours, je ne me fais plus d’illusion…j’ai compris leurs petits manèges…Et oui oh qu’elle est belle, si dodue,pour combien environ? et je te pose la question et je te nargue…et lui qui répond et bien pour dix au moins,il y a de quoi faire vous verrez! Et bien moi, j’ai tout vue. On va me faire un coup de Trafalgar c’est sûre.Bonne fête qui disait…tant mettrez moi des bonnes fêtes…manque plus que bonne année! C’est toujours les mêmes qui trinque.

  8. Anne-Marie dit :

    Moins soixante degrés. Un blizzard glacial fige tout. L’épaisse couche de neige durcit, chaque heure un peu plus. Le renne a ralenti son allure, ses sabots glissent sur la toundra gelée. Ses bois n’arrivent plus à fouiller le sol raide comme la pierre. Il lèche la glace à la recherche d’un brin d’herbe à mâchonner. Ses compagnons sont morts, les plus jeunes d’abord, puis les mâles et les femelles, un à un, jour après jour, depuis le début de ce mois de décembre. Seul survivant du troupeau, il épie, en vain, la moindre lumière, le moindre signe. Pas un homme dans les parages pour affronter cette nuit glacée, sans fin, dans ce paysage désertique. Résonnent encore à ses oreilles les chants de Noël qu’entonnaient les hommes l’an dernier, en regroupant les troupeaux. Il était heureux, alors, d’avoir échappé au couteau de l’homme, au feu du sacrifice nourricier, d’avoir évité le mors du traineau, conservé sa liberté. Trop vieux, trop indépendant. De plus jeunes transporteraient les familles des éleveurs, ou peut-être quelque part en Laponie, toute proche, les cadeaux du Père Noël. Ce soir, il est seul, sur la glace, dans ce froid polaire. La faim le tenaille. Chaque heure l’affaiblit un peu plus. Depuis deux jours, il entend les loups. Eux aussi sont affamés. Il frémit de terreur, il n’a plus la force de se battre contre une meute. En un ultime effort, il galope vers les côtes de cette île sibérienne. Le bruit des vagues s’est tu, figé, juste le rugissement du vent, et au loin les hurlements des loups. Le renne lève la tête vers le ciel marine, étoilé, transparent. Sa démarche est de plus en plus lente. Ses pattes se raidissent. Epuisé, il les replie, s’allonge dans la neige. Les loups sont aux aguets, prêts a venir le dépecer. Mieux vaut mourir avant ! Couché sur la glace, il se laisse engourdir par le froid, ensevelir par la neige que charrie la bise. Bientôt, seuls ses larges bois émergent encore, tels un signal. Un appel au festin !
    ©ammk

  9. Jean-Pierre dit :

    Je m’appelle Carmen. J’ai quelques kilos de trop. Je sais.

    J’avais rencontré Manolo à Mont-de-Marsan pendant une course de vaches landaises, et cet idiot, à force de faire le malin, s’était retrouvé à plat ventre sur le sol.
    Le croyant blessé, je me suis précipitée à son secours. Je l’ai fait monter chez moi pour le réconforter, et ce salaud a largement profité de la situation.
    Ce n’était pas ça le plus grave : ça fait toujours plaisir de plaire à un beau mec, surtout depuis qu’on me traite de « grosse vache » dès que j’ai le dos tourné. Ce n’est pas faux, mais je sais que mon cuir est fort apprécié par des messieurs de tous les âges. A condition que je ne sorte pas de la chambre ou de la cuisine, ou tout au moins que je ne m’affiche pas ostensiblement avec eux.

    J’avais eu pitié de ce toréador de pacotille, et j’avais cru à ses sornettes. D’abord, il ne s’appelle pas Manolo mais Clovis, et surtout je l’ai revu le lendemain avec une autre fille.
    Inutile de dire qu’il s’est retrouvé à plat ventre sur le sol à côté d’une minette qui m’a traitée de grosse dinde à cause de ma tenue et de mes manières rustiques.

    Il y avait un témoin grand et balèze. qui s’est avancé vers moi. Il m’a dit :
    – Je te laisse le choix : ou bien je te dénonce à la police…
    Je lui ai répondu du tac au tac :
    – Ou bien tu te farcis la grosse dinde pour le réveillon, c’est ça ?
    – Tu as tout compris ! J’ai une commande pour dix-huit personnes.
    Je n’ai pas réussi à lui en coller une dans la figure. Il était plus fort que moi.
    Il m’a traînée jusqu’à la boucherie. Il m’a fait rentrer dans l’arrière-boutique et il a saisi un grand couteau. J’ai essayé de négocier :
    – Heu !… Je… Je préférerais que tu me dénonces à la police.
    – Trop tard !
    J’étais coincée. Il m’a regardée, et il m’a dit :
    – Je ne suis pas le président américain, mais je serai gentil avec toi. Tu seras graciée pour Noël, et je t’inviterai au réveillon.
    – Et après ?
    – Tu ne crois pas que je vais te laisser partir comme ça ! J’ai trop de boulot et j’ai besoin qu’on m’aide à tenir la boutique. Je suis sûr que tu plairas aux clients, et je te propose de partager mes bénéfices. Et plus si affinité.

    • Hélène dit :

      Il me vient une furieuse envie d’écrire ce texte en version « masculin ».
      J’avoue avoir ma dose de ces portraits de femmes où brille l’absence de respect…alors que les violences faites aux femmes sont dénoncées…
      Serait-ce lettre morte?

    • FOURET dit :

      Depuis le début du mois,
      je ne m’illusionne plus sur mon compte,
      c’est moi qu’on mangera à Noël… La fin d’année approche avec son lot de festivités et de cadeaux à offrir à ceux que j’aime. J’ai beau regarder, compter et recompter…
      j’ai mal au crâne à force de réfléchir : ça fait des mois que je suis dans le rouge, des mois que je jongle, que je triche, que je me ments à moi-même. Il n’y aura pas de miracle les caisses sont vides, les comptes sont à sec. Je tente un dernier appel à la banque… on me répond séchement m’intimant de venir rendre mon chèquier, la CB… C’est fini je triture le courrier officiel qui m’informe qu’une enquête est en cours sur ma gestion : mes comptes vont être analysés, , disséqués, découpés, posés sur la table… les huissiers viendront se régaler à Noel c’est ce qui est indiqué tout en bas : le 25 Décembre…

  10. MARBOT dit :

    Qui suis je…

    Une dinde, un compte… En banque ?
    Une année ?

    Il faut, je sais, que je me renouvelle.
    Alors à la prochaine !

    Peut-être…

  11. Jean-Pierre LACOMBE dit :

    Depuis le début du mois, je ne m’illusionne plus sur mon compte, c’est moi qu’on mangera à Noël.
    Si toutefois c’est noël car nous n’avons aucun repère temporel dans cette carcasse d’Airbus
    depuis le crash sur ce sommet enneigé des Andes.
    Nous avons consommé, comme il se doit, les cadavres des passagers morts dés l’impact, puis les blessés tués par le froid de ces montagnes. Nous ne sommes plus que trois et en forme, nourris pendant de longues semaines par nos camarades congelés ; un feu entretenu par tout ce qui était combustible dans l’avion nous a même permis de manger chaud.
    D’après mes comptes nous devrions être en mars, mais à choisir autant servir de repas de Noël mème si je m’appelle Pascal et n’ai jamais aimé la dinde. De toute façon je ne fais pas le poids face aux deux yétis qui me cherchent ce matin.
    J’ai bien pensé à fuir mais j’ignore où nous avons échoué, et marcher des jours dans la neige comme Tintin ou Guillaumet je sais plus, c’est au-dessus de mes forces.
    je les entends parler, ils approchent ; comme pour les trois précédents, des vivants eux aussi, ils font semblant de discuter de la météo, la même depuis trois mois…
    J’ai trouvé ce carnet sous un fauteuil, je griffonne à la hâte ces quelques mots, je vois le nuage tiède de leur haleine, j’entends le cliquetis de la chaîne avec laquelle ils étranglent leurs victimes, encore ces quelques mots : joyeux Noël, bonne année et surtout la san

    • malinconia dit :

      Adroite transposition de cette histoire vraie, la faim justifie les moyens. Ils ont dû être déçus du peu de gras de votre foie, mais au final lequel des deux yétis aura bouffé l’autre ?

  12. Jean Louis Maître dit :

    Tango

    On sé connait dépouis Mai,
    Toi et moi,
    Et yé croyais qu’òn s’aimait,
    Toi et moi,
    Mais, mais, mais,
    Déssillussiòn !
    Cònsternatiòn !
    Si tou mé gavés,
    Et si y’en bavé,
    C’est pour lé soir dou Réveillòn !
    Sacré nòm !

    Y’ai eu dou mal à lé croiré,
    Nòn, pas toi !
    Tout ça, c’était des histoirés,
    Dé ma mère l’Oye !
    Mais, mais, mais,
    Stoupéfassiòn !
    Malédissiòn !
    Tou m’étourdis,
    Tou m’estourbis,
    Tou m’attrapés par le croupiòn,
    Sacré nòm !

    Mainténant, si mòn cor saigné,
    C’est pour toi,
    Si dans l’étouvé, òn mé baigné,
    Yé té lé dois !
    Mais, mais, mais,
    Souffocassiòn !
    Oulcérassiòn !
    Et tou mé ploumés,
    M’ôtes mòn costoumé,
    Et me plonyés dans lé bouillòn,
    Sacré nòm !

    Au paradis des volaillés,
    Où mé voilà,
    Avec poules, dindés et caillés,
    Et pouis moi,
    Y’ai, y’ai, y’ai,
    Emossiòn !
    Eboullissiòn !
    Révou ma mèré
    Révou mes frèrés,
    Et còmpris leur disparitiòn,
    Et còmpris leur disparitiòn,
    Nòm dé nòm !

  13. Catherine M.S dit :

    Joyeux Noël à tous mes amis d’écriture !

  14. Catherine M.S dit :

    Réveillon

    Depuis le début du mois
    Je ne m’illusionne plus
    C’est foutu
    C’est moi qu’on mangera à Noël. ..
    Pourtant j’avais rêvé d’un tout autre destin
    Que de finir avalée au cours d’un festin
    Et me retrouver coincée au fond d’un palais surchargé
    Quelle horreur !
    Moi qui arrive de si loin
    Moi qui ai voyagé tant d’heures
    Moi qui ai peaufiné ma tenue avec soin
    Astique mes rondeurs
    Choisi mon petit coin
    Pour arriver en bon état
    Patatras !
    J’ai senti dans mon dos
    La lame acérée d’un couteau
    L’écailler m’a blessée
    Il a rayé mes délicates nervures
    Faisant preuve d’une cruelle désinvolture
    Et me voilà en fâcheuse posture
    Au beau milieu d’un immense plateau.

    Adieu petite perle, tu as raté la belle aventure
    D’intégrer les plus riches parures.

  15. AB dit :

    Depuis le début du mois,
    je ne m’illusionne plus sur mon compte,
    c’est moi qu’on mangera à Noël.

    Pas sûr que je sois savoureux, même certain d’être un peu dur. Tant pis pour eux, bienfait. Je rigole parce que certainement la mémère Ducoin va peut-être se casser la dernière dent qu’il lui reste avec mes os. Et ils doivent être durs mes os, de vraies barres de fer depuis le temps que mémère Ducoin me régale avec son grain bio.
    Elle pouvait bien dire que j’étais le plus beau spécimen de sa basse-cour, l’élément hors norme toutes catégories confondues, sa fierté de paysanne, son bon point de valeur ajouté lorsque sa fille ouvrit sa ferme-école et que je dus subir trois fois par semaine les regards émerveillés des enfants. Mais voilà, à vouloir toujours m’offrir aux regards, à me trimballer à la foire de ci, de là, et bien, moi, Agénor, le coq en or, celui qui ne peut désormais n’y croire encore. Ben, oui, voilà, l’heure est proche.
    A la cocotte ou au four ? Mémère Ducoin a osé poser la question à sa fille devant moi ! Si, ça, c’est pas honteux ? Plus de respect pour les animaux. L’autre jour, d’ailleurs à l’émission d’Elise Lucet « un patrimoine à elle toute seule », je l’admire cette Elise. Ils l’ont bien dit. Parce que oui, faut que j’vous dise, j’ai le droit au titre d’être le plus vieux volatil de la ferme d’entrer dans la cuisine, de m’y promener et même de m’exprimer. Ce que je n’ai d’ailleurs pas manquer de faire lors de l’extrait où je voyais mes congénèrs enfermés dans ces cellules à respiration partagée. Cocorico !!! Quelle honte ! Bien simple, du coup mémère Ducoin m’a lancé une pépite en chocolat juste manière de faire passer la pilule. Mais, je ne suis pas dupe, la pilule ils vont me la donner bientôt et pas n’importe laquelle. Celle-là elle sera difficile à avaler et ce sera la famille Ducoin, celle qui m’aime et qui m’admire qui vont m’achever.
    C’est fini plus qu’un jour et demain c’est en vrac que je trônerai sur la table de Noël. Adieu.

  16. iris79 dit :

    Depuis le début du mois,
    je ne m’illusionne plus sur mon compte, 
    c’est moi qu’on mangera à Noël.
    Et mes congénères aussi.

    Depuis quelques semaines, nous savions grâce à la position des étoiles et la durée du jour que nous nous acheminions vers l’hiver. Le soleil ne brillait plus aussi intensément et ne tannait plus la peau de celui qui veillait sur nous. Son activité était intense ces derniers temps et plusieurs de mes consœurs disparaissaient, l’horizon se lissait. Il n’y avait plus les courbes de nos dortoirs qui changeaient d’aspect.

    Le ballet des camions qui venaient charger les autres, viendrait bientôt me chercher moi, c’était inéluctable. Je ne me faisais guère d’illusion. Je profitais de chaque minute passée ici. Je voulais garder tout le sel de mon terroir, toute la fraîcheur de ma terre mère. C’est aussi pour cela que l’on m’apprécierait dans quelques jours.
    Je partageais encore quelques banalités avec mes voisines, mes sœurs de destinée et le jour arriva enfin.
    Les doigts de notre producteur nous arrachèrent à nos lits et nous embarqua à l’arrière des camions après avoir été confiné dans des caissettes en bois.
    Entassées sur des tables de supermarchés, je finis entourée d’odeurs et de couleurs nouvelles. D’autres mains nous soulevèrent. Et arriva enfin le moment auquel aucune de nous n’allait échapper, celle où la lame d’un couteau nous ouvrit nous enlevant notre chapeau.
    Déposées sur un lit de glace sous les lumières crues de nos hôtes, nous nous exposions aux regards gourmands de ceux qui n’attendaient que nous. Nous allions ouvrir le bal des papilles des repas de fêtes.

  17. laurence noyer dit :

    Mise en âbime

    Frère Jacques, tête à claque !
    Dormez-vous ? secouez-vous !
    Sonnez les matines !prévenez qu’on dine !
    Ding, daing, dong ! sonnez l’ gong !

    Père Noël, de l’échelle
    larguer tout, hâtez-vous
    brunchez en vitesse, magnez-vous les fesses
    daing, dong, ding, et que ça swingue !

    La laitière, en dessert !
    et l’café de grand-mère
    c’est moi qui l’ai fait, ça je vous l’assure
    vivagel, c’est pas sûr !

    Papy Brossard, il est très tard
    que faites-vous ?mou du g’nou !
    rangez les assiettes ! ramassez les miettes !
    Ding, dong, daing, d’une seule main !

    Envoi
    Très cher Pascal, c’était fatal
    J’ai, par disposition,
    manger la consigne, pour garder la ligne,
    Ding, daing, dong, Dispersion

  18. patrick labrosse dit :

    Depuis le début du mois,
    je ne m’illusionne plus sur mon compte,
    c’est moi qu’on mangera à Noël.
    Je viens de loin, très loin, le pays des cabosses comme on a coutume de dire pour ceux qui sont du milieu.
    Très loin derrière le mur, tout en bas du pays, vous suivez l’amazone, tombez au pied de la cordillère et c’est là que je me tiens, camouflé sous l’immense canopée. Evidemment, il y a toujours des idiots qui se trompent de route et font main basse sur tout ce qui leur parait un tant soit peu monnayable.
    Ils auraient préféré de l’or mais à défaut le gout du nectar pouvait convenir ! Dès lors qu’une donzelle, un poil châtelaine fut séduit par le breuvage, ce fut plusieurs caravelles qui furent détachées pour récolter les précieuses fèves.
    Ainsi, l’histoire de mes ancêtres, bien peinard dans leurs peinâtes, furent secoués comme des bananiers, bien qu’ils n’appartiennent nullement à cette lointaine famille botanique. Toutefois leur sort fut certes quelque peu analogue.
    Et ainsi, je fus pillé, brulé, cuisiné à toutes les sauces. On m’apprécia tellement qu’un certain Willy Wonka eut pour idée de cacher un ticket de tombola dans mon escarcelle. Vous connaissez la suite, tout le monde voulait trouver le ticket gagnant.
    Je ne sais si mon histoire trouve sa source dans cette fable, mais toujours est-il qu’un malin commerçant usa de cette stratégie pour m’enfermer dans un joli papier doré.
    Certes ma couleur n’était point chatoyante, un noir d’ébène original déclinant vers toutes les tonalités de brun, il y eut même quelques albinos qui se retrouvèrent blanc crème ! (enfin ceux-là, sans être raciste ne sont que des faussaires, aucun génome commun avec ces types).
    Donc pour en finir avec mon histoire sans queue ni tête, depuis que je suis empapilloté dans cette écrin d’aluminium, je ne m’illusionne plus sur mon compte c’est moi qu’on mangera à Noël, accompagné évidemment de deux belles mandarines !
    Vous avez deviné où je vous fais un dessin ?

  19. Nadine de Bernardy dit :

    Depuis le début du mois,je ne m’illusionne plus sur mon compte.C’est moi qu’on mangera à Noël.

    Encore bien au chaud dans l’abdomen de mon volatile,je fais du gras et entend la brave bête ingurgiter de force tout ce qu’il nous faut pour un foie bien gavé.
    D’après ce que j’ai compris,la fermière a prévu de nous servir à table,séparément, à la Saint Sylvestre, car quand elle me palpe à travers le plumage de mon hôte,elle trouve que « c’est un peu juste pour Noël ».
    Pourtant ce n’est pas faute de faire des efforts,j’assimile,je transforme,je synthétise toute cette pâtée bien nourrissante,ne voulant faire honte à personne.
    En fait, j’ai hâte d’en finir depuis que je connais le sort qui m’est réservé.Je veux accomplir mon devoir,aborder le sacrifice la tête haute,sans rechigner.Je sais que je vais figurer en bonne place sur le menu de ses convives de choix,dans une vaisselle raffinée,posée sur la table décorée avec soin.
    Je sais tout cela car elle lui en parle,encourage mon canard à avaler,lui explique l’importance de la réussite,que sa propre réputation est en jeu,que donc nous devons coopérer afin que personne ne soit déçu.
    C’est ce que nous faisons avec panache,lui et moi.

    Au menu:

    FARANDOLE DE MIGNARDISES SALEES

    COPEAUX DE FOIE GRAS SUR TARTINES DE PAIN
    A LA FIGUE ROTI

    SALADE VERTE AUX NOIX DU PERIGORD

    CANARD LAQUE A LA SICHUANAISE
    SAUCE AU QUMQUAT ET CITRON VERT

    RATES RISSOLEES DANS LA GRAISSE DE CANARD
    ET SA PERSILLADE FRAICHE

    EMINCE D’ENDIVES
    VINAIGRETTE MANGUE AIRELLES

    REUNION DE FROMAGES EN PAPILLOTES

    SORBET DE POMME VERTE AU CALVADOS

    PALETTE DE VERRINES EN SAVEUR D’HIVER

    FRUITS DEGUISES

    TENTATION DE BOISSONS CHAUDES

    Accompagné d’un Graves

    Château BARDINS

    Pessac Léognan

    Mais je dois vous laisser,j’entends venir notre nourrice,il me reste à fournir quelques grammes de gras supplémentaire.

  20. Clémence dit :

    Depuis le début du mois, je ne m’illusionne plus sur mon compte,  c’est moi qu’on mangera à Noël.

    La divine petite Marie avait prévenu :
    – Ne te fais pas d’illusions, c’est toi que l’on mangera à Noël !

    Elle avait dit cela un jour, alors qu’elle revenait des champs, en fredonnant la Pastorale de Beethoven. Je la revois encore, elle soufflait sur ses mains gercées.
    La cuisinière ronflait comme un matou et la table croulait sous les victuailles, épices et condiments.

    Si mes souvenirs sont exacts, elle avait bien dit : « Ne TE fais pas d’illusions… », mais je n’avais pas vu à qui elle s’adressait.

    D’où j’étais, je l’observais. Elle était belle comme tout !
    Elle prit son livre de cuisine. Ses doigts tournaient délicatement les pages. Ses gestes étaient pleins de grâce. De la manière de pencher la tête, de cette façon délicate de passer la langue sur ses lèvres et de sucer doucement son pouce, elle me donnait le tournis !

    – Ne te fais pas d’illusions, me répétais-je en boucle…Ne te fais pas d’illusions.

    Enfin, elle s’arrêta sur une page. Je ne parvins pas à lire le titre, mais je commençai à craindre le pire lorsque je la vis s’emparer d’un petit couteau à la lame dangereusement pointue.

    – Bon sang, elle va en étriper un de nous, me dis-je en tremblant…

    Je n’avais pas tort. Elle s’empara d’une datte, la fendit d’un coup sec et la fourra de pâte d’amande rose. Ouf, j’étais sauvé ! Son manège dura un certain temps ! Quarante dattes au total !
    Son regard fit un tour de table. Elle s’empara d’un sac de fruits secs et d’un bloc de chocolat noir. A cet instant, je compris que je n’avais vraiment plus rien à craindre. Je ne ferais pas partie des treize desserts ! Mais en même temps, la petite chanson ne s’arrêtait pas dans ma tête : « Ne TE fais pas d’illusions… »

    Je ne quittai pas des yeux la jolie madone.
    Je la vis, cette fois, sortir d’un tiroir, un immense couteau et de la ficelle. Elle les déposa à côté d’une jatte emplie de marrons.
    – Pas bon signe, dis-je, avec une pincée de compassion pour le volatile. Pas bon signe pour lui…mais bon signe pour moi. Je n’avais toujours rien à craindre !

    Après une bonne heure de préparation, la table fut vidée, nettoyée, récurée. Tout était accompli et j’avais le cœur en fête. J’étais toujours là, et pourtant, la petite musique persistait.

    Je n’en revenais pas ! Les allers et venues reprirent autour de la table dédiée cette fois au au dieu des délices : jattes emplies de farine, d’œufs, de sucre, et de crème…. Je restais plus que jamais sur mes gardes. Mais je succombai. J’étais hypnotisé par le doux mouvement de ses mains immaculées. Ma petite chanson vira à l’obsession mais je fis la sourde oreille.
    Je voulais être la pâte qu’elle pétrissait avec tendresse et volupté.
    Je tombai irrémédiablement sous son charme lorsqu’elle se mit à chanter et en étalant la pâte sur une platine.
    Elle m’avait envoûté.
    Une heure plus tard, j’étais sur le point de fondre de plaisir quand je le vis se hausser se haussa sur la pointe des pieds me tendre la main. Elle me prit délicatement et murmura :
    – Je regrette, mais après tout ce qui t’attend, mieux vaut que cela se passe ainsi…

    Elle ferma les yeux puis m’abandonna à mon sort, pas encore trop triste.

    – Allons donc, murmurais-je en regardant mes voisins. Quel est ce terrible destin qui est le mien ?
    Ils ne se bousculèrent pas au portillon pour prendre la parole. Mais en assemblant les bribes, je pus me faire une idée de mon avenir et j’en conclus qu’effectivement, il était hors du commun.

    Je n’en étais qu’à mes premiers balbutiements, et pourtant, je pris le temps de réfléchir, de peser le pour et le contre.
    Certes, je n’était pas habillé pour les circonstances, j’étais même plutôt dévêtu.
    Mais rien n’y fit. Je pris mes petites jambes à mon cou et je m’enfuis. Je m’arrêtai à la première épicerie venue et poussai la porte.
    – Que veux-tu, mon petit Jésus en sucre ? susurra la vendeuse en me souriant.

    – Un manneken-pis en chocolat, ça devrait faire l’affaire, lui répondis-je avec un clin d’œil !

    © Clémence

  21. Cetonie dit :

    Depuis le début du mois, je ne m’illusionne plus sur mon compte,
    c’est moi qu’on mangera à Noël.
    C’est du moins le bruit qui court avec insistance dans la basse-cour, tout le monde sait qu’à Noël c’est d’une dinde que les humains aiment se régaler, et que c’est un grand honneur que d’être choisie… mais cela ne fait pas mon affaire, j’aime la vie, moi !

    Oscar, le canard bavard, cancane à qui veut l’entendre qu’il faut bien mourir un jour, que ce soit emportée par le renard ou finement égorgée, quelle différence, au fond ?

    Olga, la poulette dévote, tente de me convaincre : ce sacrifice accepté avec le sourire me permettra d’accéder à la qualité si appréciée du martyre, qui me vaudra une immédiate canonisation dans le paradis des volailles, tentant, non ?

    Oreste, le lapin savant, souligne l’honneur qui me fut fait, il y a quelques siècles, de remplacer l’oie, oiseau solaire, qui assurait la protection du Soleil.

    Ophélie, l’oie sagace,me rappelle l’origine lointaine de mon nom, l’Inde, et développe longuement une multitude de croyances, religions, philosophies, toutes billevesées dont je retiens seulement un mot : Réincarnation !
    Si je me conduis très, très bien, peut-être ai-je une chance de revenir un jour sur terre sous une forme supérieure, peut-être un humain ?
    Alors, ce serait moi qui, à mon tour, pourrais me régaler de tous ces oiseaux de basse-cour qui n’arrêtent pas de caqueter autour de moi, et m’empêchent de me concentrer sur mon destin final (et provisoire) : mes noces appétissantes avec les plus beaux marrons sélectionnés avec amour par notre remarquable cuisinière pour devenir mes compagnons de délices.

  22. Grumpy dit :

    Forcément, cette année, le rôti ce sera moi.
    Oui, forcément, pas d’autre alternative : nous ne sommes plus que deux sur la planète bleue.

    Les statisticiens et les écolos avaient bien prévu au fil des progrès de la technologie et de l’accroissement de la population ce qui allait se passer si la race humaine persistait dans son aveuglement et sa surdité envers leurs avertissements.

    Ça avait commencé par : « attention, 40 % d’animaux en moins … » suivi de : « attention, 60 % de déforestation … montée des eaux et des degrés »

    Personne n’écoutait, chacun greffé à son casque ou à son super téléphone ne surveillait que les graphiques de croissance du PIB, l’avance fulgurante de la technologie, et ne regardait que vers le futur. Les quelques lucides de plus en plus rares, se faisaient traiter de ‘retardés’, voire de réacs, et menacés de représailles s’ils ne la fermaient pas, finissaient par écraser, faisant semblant ou se laissant convaincre que l’on arriverait bientôt à trouver une autre planète à déplumer.

    Les savants le promettaient, pourtant ils avaient beau épuiser les énormes budgets consentis par les États à leurs recherches, ils n’avaient découvert que des planètes de roches et de glaces, pas d’autre soleil, pas d’autre lune. Leurs supers fusées, leurs drones increvables avaient été vaincus par les milliards d’années lumière rendant inatteignable tout ce qui flottait dans l’univers.

    Alors lentement mais sûrement ce fut la fin du carnaval des animaux suivie de celle des haricots. Plus rien à se mettre sous la dent, plus rien à boire, la race humaine entra dans une agonie interminable qui ne laissa sur terre et plus pour bien longtemps, que mon Papa et moi son fiston.

    Ah, il y avait bien une banque d’embryons congelés qui eut pu servir à recréer la race.

    Seulement, Papa, à Noël dernier, il aurait dû réfléchir à deux fois avant de bouffer Maman.

    P.S. : au moment où je vais mourir il paraît qu’à la Chapelle Sixtine, la fresque de Dieu créant Adam se délite et tombe en poussières. C’était prédit … personne n’y a cru.

  23. Liliane dit :

    Depuis le début du mois, je ne m’illusionne plus sur mon compte.
    C’est ainsi depuis des siècles.

    J’entends les plaintes de tous ceux qui pensent qu’ils seront mangés à Noël.
    Pourtant, ils savent que, depuis le premier novembre, la loi interdit la consommation de viandes. Animaux, à plumes ou à poils, vous voilà sauvés !
    Attention quand même, les poulettes !
    Vous serez sûrement bouffées par Maître Renard !
    L’avantage de ce nouveau siècle.

    Mais qui pense à moi ? Je sais que mes jours sont comptés.
    Les ombres et le froid auront ma peau !
    Et pourtant, ils font le maximum, même un peu plus, pour m’égayer.
    Ils ont inventé les marchés de Noël, si chaleureux.
    Ils ont inventé la Fête des Lumières, si éblouissante.
    Sûr, ils semblent heureux !

    Mais qui va me pleurer ?
    Personne !
    A mon ultime souffle, ils vont exploser.
    Une foule, un peuple en liesse !
    Sûr ! L’utopie du bonheur !
    Je passe donc le témoin de la vie à mon ami
    Janvier !

    Ce sera ainsi pendant des siècles et des siècles.

    Signé
    Décembre 2017.

  24. durand dit :

    Depuis le début du mois, je ne m’illusionne plus sur mon compte, c’est moi qu’on mangera à Noël.

    Pourtant, les copines m’avait prévenu. « Gaffe Germaine, si tu te laisses aller sur les friandises courant Novembre, tu vas passer à la grande casserole des festivités ».

    Je ne les ai pas suffisamment écoutées. Faut dire que je suis d’une gourmandise crasse. Je ne peux rien voir passer sans me jeter dessus, même si parfois je me plante. L’autre fois, j’ai pris un tic-tac pour un vermisseau. Drôle de goût leurs asticots préemballés.

    De toute façon,je sais bien qu’elle m’a repéré la vieille peau, la mère Blanquette, faux jeton, à s’émerveiller de mon chant printanier. Et à retourner dans son crâne d’obsédée du chaudron toutes les recettes envisageables.

    Avec son regard tordu, je la sens prête à venir discuter popote avec moi, choisir ensemble l’assaisonnement me convenant le mieux. Sadique!

    Quant à l’autre demeuré, le père Dodu (à déborder de la couenne comme çà, il n’a pas volé son surnom), le vieux cochon, il passe son temps à me reluquer les cuisses.

    Et eux, vis à vis de nous, ils ont tous les droits de harcèlement. Drôle de jungle campagnarde où comme disait le philosophe du bord de la fontaine « la raison du plus fort est toujours la meilleure ». Et moi, j’écoutais béatement ses calembredaines en me rafraîchissant les pattes.

    L’eau coulait sous le pont de mon ventre. Pour moi, je grossissais normalement. A aucun moment je n’ai souhaité me mesurer à un rôti de bovin. Je pensais rester à ma juste place. Je participais tranquillement à la chaîne bien huilée de l’alimentaire. Je bouffais des plus petits, des plus mous, des moins rapides. Et un jour, un noble rapace m’éloignerait des rigueurs terrestres et irait me sacrifier les boyaux au dieu de sa montagne. Normal!

    Par contre,finir dans les pattes de ces goinfrons, c’est trop moche. J’ai failli me suicider, me jeter dans l’étang. Mais le laisse-poire m’a susurré sa chansonnette. Et j’ai cru, encore cru, cette année que la grande flèche de la loterie ne me montrerait pas du doigt.

    Les copines ont apprécié mon sens du sacrifice. Elles m’ont rédigé un beau discours d’adieu. La plus jeune a même pondu un compliment de son âge, à sa façon: » T’es la plus bath de ta race ».

    Et le père Dodu m’a sorti du marais pour une dernière virée culinaire.

    J’étais la plus innocente et la plus chouette grenouille du quartier.

  25. Odile Zeller dit :

    Depuis le début du mois je ne m’illusionne plus sur mon compte, c’est moi qu’on mangera à Noël.
    La patronne me bichonne, elle me parle, elle me fait propre. Ça ne lui ressemble pas. Je me souviens de ma grande sœur Bertha, le 24 elle est partie et on ne l’a plus revue. On m’a prévenue mais cette hypocrisie me révolte, on sait tous qu’on finira dans la casserole et qu’on nourrit juste pour nous engraisser. Bob, le coq est formel, c’est mon tour, je suis à point. Mais moi je ne vais pas le laisser faire. Avec Bob on a décidé que j’allais sauver ma peau au moins cette année. Lui aussi se doute bien que son heure ne va pas tarder. Il m’a dit de jouer les malades. On ne se risque pas à rôtir un volatile malade. Alors dès cet après midi je vais jouer les malaises, je me suis entraînée, je roule des yeux et j’entends le cou en gloussant violemment. Les autres ont eu peur et se sont éloignées en caquetant. Les poules sont vraiment bêtes mais dans ce cas leur bêtise m’est très utile. Elles ont repris ma pause et imitent mon jeu. Bob dit que cela accrédite, un mot savant que je ne connaissais pas, l’idée d’une fièvre ou d’une épidémie. Je lui ai fait remarquer que le but n’était pas de nous faire tous estourbir.

    La patronne a remarqué mes crampes et mes postures. Je l’ai vue tâter le ventre de cette peste de Nirvana et murmurer celle ci aussi, un peu plus fine mais ça irait nous sommes un de moins cette année. Encore un peu de théâtre et je passerai Noël.
    Bob m’a félicitée, il dit que j’ai été parfaite, que je passerai l’année. Je ne suis pas fière finalement de ma comédie. Pourvu que personne ne décide de commencer l’année avec une autre dinde. Alors là je serai de la partie et à tout prendre finir en dinde de Noël c’est tout de même infiniment plus chic. Selon Bob ce serait du jamais vu. J’ai peur que ce soit Bob en coq au vin au réveillon. Il s’en doute et fait le courageux. Je suis bien affectée, ce serait malheureux de perdre un bon ami. Le jeune coq qui prendrait la relève est d’un prétentieux, il nous regarde nous les femelles avec un air franchement arrogant.

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