378e proposition d’écriture créative imaginée par Pascal Perrat

Après un dernier bal-musette,
il se replia sur lui-même,
comme son accordéon,

et plus jamais n’émit le moindre son.
Dès lors, on l’appela le « muésicien », par dérision.
Un soir, cependant…

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Chaque proposition d’écriture créative est une bataille contre la routine et l’endormissement de l’imagination. Un petit combat pour maintenir en vie l’enthousiasme d’imaginer, d’inventer, de créer. Quand aucun défi n’est à relever, notre créativité somnole.

 

22 réponses

  1. Michel-Denis ROBERT dit :

    Après un dernier bal musette, il se replia sur lui-même, comme son accordéon, et plus jamais n’émit le moindre son. C’était dommage pour lui, pour son entourage immédiat et pour toute la région. Cependant le son, son cheval de bataille ne pouvait le lâcher de manière abrupte. Il ne put s’en séparer sur un coup de tête. Sa planche de salut, son ami, son maître, son gagne-pain, son partage, sa joie de vivre, son piano du pauvre, à bretelles ou pas, comme certains disent, qu’il avait payé à crédit et qui valait une fortune, son inséparable, son jumeau, son frère, sa carte de visite, que dis-je ! son art de vivre représentait toute sa vie. Personne ne put comprendre qu’il puisse un jour se taire. Un soir de java, son batteur l’avait traité de « muésicien » . Bien plus qu’une insulte, venant d’un ami, ce mot prit les proportions de son instrument déployé au maximum, quand la salle des danseurs est chauffée à blanc. Le vent de la colère souffla. Sur la table les verres tremblèrent et Jo faillit s’en prendre un dans le nez. Mais pondéré, Marcel se calma, se ravisa et l’avala d’un trait. Au fond, il avait raison. On n’abandonne pas une carrière montante dont dépendent aussi des amis. Il faut croire que cet arrêt brutal cachait des raisons profondes.

    Il en avait tellement rêvé depuis que son grand père l’avait pris en photo, avec son poumon musical en guise de nounours sur les genoux, qu’il économisa sous par sous, en se disant : « c’est ce métier-là que je veux. » Il s’était documenté et redocumenté, avait dessiné et redessiné cet objet si particulier qui inspire l’admiration quand il se surpasse et expire le soulagement quand il rend heureux. Quand il s’était senti prêt, il avait dit a son amie : « J’assisterai à sa naissance ! » Il passa des heures à l’usine, à suivre son élaboration. Il en connaissait chacune des pièces que le facteur travaillait tel un maquettiste passionné. Chaque étape était suivie comme l’épisode d’une histoire romantique d’où un rêve différent prenait forme. Marcel cachait sa joie mais il savait qu’un jour, son protégé trouverait la gloire. Quand il fut enfin carrossé comme une Buick aux boutons nacrés, il l’inaugura sous les lumières de la Grande Avenue.

    Quand il partit en Argentine pour rencontrer les maîtres du tango, sur le bateau, il tomba amoureux. La mer et les mouvements du paquebot l’entraînèrent vers la composition de mélodies qu’il n’hésita pas à jouer sur le pont par temps calme. Les passagers se pressèrent autour de lui et en redemandèrent. Et devant l’enthousiasme de ces touristes amusés par cette musique inattendue sur le pont d’un navire, le commandant posa la question :
    – Il fait la manche ?
    – Non ! Il prépare la scène, répondit le lieutenant qui s’était d’abord inquiété de voir un attroupement sur le pont.
    – Alors, laissons-le distraire nos passagers, conclut le commandant.
    Marcel fixa le tempo. Les après-midis, vers quinze heures, il tira les vacanciers de leur sieste.
    – A propos de scène, ajouta le commandant, est-ce qu’il joue bien ?
    – Vu le nombre de personnes qui l’entoure, il est tellement beau qu’il ne peut être que bon, mon commandant, répondit le second.
    – Si je puis me permettre, il n’est pas que beau, il est bon.
    A ce moment, un iceberg… flottant dans le soda du commandant se tordit de rire.

  2. MALLERET dit :

    Après un dernier bal-musette, il se replia sur lui-même,
    comme son accordéon, et plus jamais n’émit le moindre son.
    Dès lors, on l’appela le « muésicien », par dérision.Un soir, cependant…

    Fatigué de ce mutisme qui ne lui ressemblait guère, et de ce surnom qui le déprimait, il remisa son accordéon au fond d’un placard pour ne plus le voir.
    D’où venait cette atrophie ? Il avait joué des années de bals en bals, ne sachant même plus comment remplir ses nombreux contrats. Désespéré, il consulta des médecins, puis toute la panoplie de médecines alternatives sans succès. C’était en lui qu’il fallait trouver la solution. Puis finalement il décida purement et simplement de laisser tomber. Un autre chapitre de sa vie venait sans doute de s’ouvrir.

    De la banlieue, il vint s’encanailler à Paris, peut-être un bien grand mot. Mais du moins rencontrer de nouvelles personnes qui, on ne sait jamais, lui feraient découvrir d’autres horizons.
    Très avenant, sympathique, la quarantaine joyeuse, il ne manqua pas de trouver quelques farfelus qui l’amusèrent un temps. Non, ce n’était pas ça dont il avait envie. Mais de quoi avait-il envie au juste ? Au plus profond de lui-même, son meilleur ami lui manquait, celui du placard. Il chassa cette pensée et continua de déambuler dans les rues de Paris, de s’arrêter boire un café, une bière ou n’importe quoi pourvu qu’il y ait du monde au bar pour engager la conversation. Il finit par rencontrer une étudiante qui réussit à l’entrainer à la Sorbonne. La Sorbonne ! Grands dieux ! Il n’avait jamais fait d’études !

    Au fur et à mesure il se sentit à l’aise et étudia sans problème. Il prit le train et le métro pour se rendre régulièrement à la fac. Une nouvelle vie commençait à se profiler, encore bien imprécise.

    Ce mardi, très en retard, il courait dans les couloirs du métro. Des notes de musique le freinèrent, un magicien de l’accordéon jouait quelque part. Rien n’avait plus d’importance, il devait le voir. Les sons se renvoyaient de murs en couloirs. Faire chanter un accordéon de cette façon appartenait au divin. Dès qu’il croyait avoir enfin trouver le musicien, la musique s’arrêtait et il ne savait plus de quel côté se diriger. Déçu, il rentra chez lui bien décidé le lendemain à passer la journée, s’il le fallait, pour trouver quel était ce surdoué.

    Le jour suivant il retourna à la station et se mit à nouveau en quête de ce musicien exceptionnel, qu’il trouva au hasard du dédale des couloirs : C’était lui le musicien aux doigts d’or ! Un monsieur élégant, d’un âge certain, au visage débonnaire, les cheveux blancs attachés en catogan. Il reconnut la même marque que son accordéon, la dextérité il l’avait, alors comment était-ce possible ? Il s’assit par terre pour l’écouter, la bouche s’ouvrant involontairement au fur et à mesure de la beauté des sons. L’homme sourit étonné qu’on lui porte une telle attention. À la fin du morceau il salua comme au théâtre sous les applaudissements de quelques badauds.

    – Bonjour monsieur, je n’ai jamais entendu une telle sonorité. Venez-vous du ciel ?
    – Non pas tout à fait.
    – Accepteriez-vous que je vous offre un verre et à manger si vous avez faim ? Votre sébile n’est pas bien pleine.
    – Merci de votre sollicitude. J’accepterai un verre mais rien de plus.
    – Comme il vous plaira.

    Le premier bistro fit l’affaire. Ils commandèrent deux bières.

    – Puis-je vous demander ce que vous faites dans le métro avec un talent pareil ? Vous devriez être porté aux nues.
    – Je l’ai été, puis un jour je n’ai plus été capable d’émettre un son. On m’avait surnommé le muésicien.
    – Vous vous moquez de moi !
    – Pourquoi le ferais-je ?
    – Vous êtes en train de me raconter mon histoire, sauf pour les nues !
    – Je ne comprends pas.
    – Me voilà exactement dans ce cas là et je trouve tellement étonnant que l’on vous ait aussi affublé de ce surnom. Racontez-moi s’il vous plait.
    – Je vais vous ennuyer
    – Sûrement pas
    – J’étais donc un concertiste de renom, porté aux nues comme vous le dites si gentiment et au milieu de mon solo, mon accordéon se tait. L’orchestre symphonique continue de jouer en attendant de comprendre ce qu’il se passe. Dans la salle le public commence à murmurer, j’essaie de me reprendre mais toujours cet affreux silence. L’angoisse me prend devant une salle comble, la tête me tourne, je tombe et m’évanouis. C’était la meilleure sortie pour ne pas mourir de honte !
    – Mais comment êtes-vous arriver à rejouer ?
    – Je ne sais pas. Pour continuer à travailler, je donnais des cours de solfège au Conservatoire. J’avais dû arrêter les Master Class. Et puis un jour une maman m’a demandé d’écouter son fils, un petit bonhomme prestigieux. Je voulais rectifier quelques mesures de son jeu. Pour lui montrer, je prends son accordéon spontanément en oubliant mon handicap et là par miracle tout redevient normal.
    – Si cela pouvait m’arriver. Mais pourquoi êtes-vous dans le métro ?
    – Le temps avait passé, on m’avait oublié, mais il fallait que je joue, encore et encore, que je n’arrête pas de jouer, peu importe où et pour qui.
    – C’est un horrible gâchis !
    – Oh vous savez ça m’est bien égal, le son est revenu rien n’est plus important. Parfois j’ai même un grand auditoire ! Je serai là demain, apportez votre accordéon, on ne sait jamais.

    Le lendemain sans avoir osé essayer seul, il est au rendez-vous.
    Alors on y va le MUSICIEN !
    – J’ai le trac. Et si ça ne marchait pas ?
    Il se mettent d’accord sur quelques arpèges.
    C’est gagné ! Il a réussi, l’accordéon rechante ! Il abandonne la Sorbonne et tous les jours dans le couloir du métro il prend sa Master Class avec cet homme qu’il n’aurait jamais pu rencontrer sans cet épisode de sa vie.

    Quelques mois plus tard, leurs deux noms brillent sur la façade de l’Olympia.

    Peggy Malleret 7 Mars 2018

  3. Gontier Christine dit :

    Après un dernier bal-musette,
    il se replia sur lui-même,
    comme son accordéon,
    et plus jamais n’émit le moindre son.
    Dès lors, on l’appela le « muésicien », par dérision.

    Un soir, cependant son pied se mit à battre la mesure alors qu’il se détendait dans son jardin verdoyant.

    Les oiseaux à la gorge rouge chantaient, les arbres vert d’espoir bruissaient, les fleurs, coquines,jouaient de la pétale au vent, l’herbe humectait les pieds.

    On pouvait sentir le printemps autour de lui. Son pied n’avait pu y résister, puis ce fut ses mains qui de leurs doigts tappo-terre l’odeur de forêt. Les vers de terre étaient festifs et faisaient leur boulot de prêt à accueillir la vie du sol.

    Il ne pouvait plus nier que tout l’appelait à un retour, en musique.

    Il se mit à se redresser et à rythmer sa respiration. Sa poitrine se déploya au monde et là, seul, et pourtant en cohésion complète avec l’univers : il sourit.
    A lui même, à la nature qui lui racontait comment sa marche la musique de la vie, comment on ne peut pas l’abandonner. Elle s’insinue à l’oreille, dans tous ce qui nous entoure. La musique, c’est le souffle de la vie que l’accordéon s’égosille à faire entendre.

    Ce jour là, dans son jardin, une mue. Et accordéon se déplia vigoureusement et raconta au monde comme c’est beau la vie.

  4. françoise dit :

    Après un dernier bal-musette,
    il se replia sur lui-même,
    comme son accordéon,
    et plus jamais n’émit le moindre son.
    Dès lors, on l’appela le « muésicien », par dérision.
    Un soir, alors qu’il était assis à une table dans un modeste café où il avait ses habitudes, en train de boire un pastis, son accordéon sur les genoux,
    une fillette, intriguée vint lui poser des questions sur son instrument sa vie de musicien. Et là il se remit à parler à sa grande surprise  tant il était persuadé que sa voix l’avait quitté. Il lui raconta en quelques mots sa vie d’antan, les bals-musette, les copains, la boisson aussi, et puis la vieillesse, l’arthrose qui lui déformait les mains et ne lui permettait plus de jouer.
    Mais pourquoi tu gardes ton accordéon ?
    Tu sais c’est comme une partie de moi-même, je dors même avec.
    Quelque peu interloquée, la fillette lui dit qu’elle s’appelait Yvette car sa maman avait été fan d’Yvette Horner, qu’ils avaient de ses disques à la maison,
    qu’elle aimerait apprendre à jouer de l’accordéon mais ses parents n’avaient ni les moyens d’acheter un instrument ni de lui payer des cours.
    Le visage du musicien s’éclaira et il lui proposa de lui prêter son accordéon, pas donner non,et de lui apprendre à jouer .
    Et c’est ainsi que de musicien il devint professeur à son plus grand plaisir et la nuit , dans ses rêves, faute d’accordéon, il serrait Yvette Horner dans ses bras.

    r

    ­

    _______________________________

  5. Liliane dit :

    Chaud ! Il faisait chaud !
    La canicule, les gens d’ici n’ont pas l’habitude !
    Chaque soir, ils se retrouvaient à la guinguette « Chez Baptiste » située au bord de la Gaye, rivière tranquille et rafraichissante.
    Peu à peu, les corps et les esprits s’apaisaient.

    Alors, commençait le bal-musette.
    Avec Baptiste, l’accordéoniste, élégant et pétulant.
    Avec Cyrille, le guitariste, toujours souriant.
    Et Mam’zelle Lyse à la voix si envoûtante.

    Soudain, l’orage éclata :
    Bruits de moteurs.
    Claquements de portières.
    Les voleurs de patrie !

    Les instruments se sont tus.
    Baptiste et Cyrille n’eurent pas le temps de s’enfuir.
    Les danseurs furent dispersés.
    Ce fut le dernier bal musette.

    Liberté bafouée !
    Liberté menottée !

    Tortures haineuses !
    Tortures bestiales !

    Cyrille perdit son sourire.
    Ne résista pas aux coups.

    Baptiste, au bord de la folie, de trop de souffrances, se replia sur lui-même, comme son accordéon abandonné, et plus jamais n’émit le moindre son. Les notes de musique valsaient dans son esprit et créaient des chants tristes et langoureux.

    Le jour J arriva.
    Les lâches s’enfuirent.
    Les prisonniers furent délivrés.
    Liberté retrouvée !

    Dès lors, par dérision, les Vieux appelèrent Baptiste, « Le Taiseux ».
    Les Jeunes, nourris à la sève du célèbre « Fictionnaire » le nommèrent « Le Muésicien ».
    La vie, bancale, rafistolée, reprenait.

    Un soir, Mam’zelle Lyse apparut.
    De quel enfer revenait-elle ?
    Son sourire ne dupait personne.
    Ses yeux céruléens exprimaient une telle tristesse !

    Baptiste reconnut immédiatement ce qu’elle tenait entre ses mains.
    Son accordéon !
    Qu’elle avait si soigneusement caché !
    A la surprise de tous, les premiers mots si longtemps enchainés dans l’esprit de Baptiste jaillirent :
    « Lyse ! Oh ! Ma muse ! »

    Il enlaça tendrement Mam’zelle Lyse dans ses bras.
    Lui murmura quelque chose à l’oreille.
    Sans doute des mots doux…

  6. oholibama dit :

    ‘ fiction)
    C’était son dernier bal-musette…voila les dés étaient jetés. Son accordéon se replia sur lui-même, comme lui, plus de souffle, plus de son. Il se vit appeler le  » Muséicien » oh juste par dérision.
    Cependant, un soir, résonna devant son atelier un son qu’il reconnu sans problème. Oh il y avait des fausses notes, des oublies, des ratés mais, les doigts étaient agiles.
    les envolées fermes, les arrêts brutales signe que la personne qui jouait été jeune.
    Fatigué mais intrigué, il ouvrit la grande porte. Devant lui, se tenait la silhouette fragile , bien campée sur ses jambes d’une jeune fille à la chevelure flamboyante.
    Son regard farouche ne se défilait pas. Oh pensa t’il c’est qu’elle serait prête à mordre cette petite. »
    Comme il avait raison. Elle était acharnée,tous les soirs elle venait, son accordéon sur les épaules, son corps arc-bouté afin de contenir le poids de son instrument et elle jouait jusqu’à ce qu’il lui ouvre la porte.
    Petit à petit, elle parvint à le faire sortir de sa coquille et à lui redonner confiance en lui. Quel cran, quelle rage de gagner elle avait en elle. Tous cela, elle le lui offrit, il fit son travail, lui donnant tout son savoir, lui trouva des petites salles afin qu’elle apprenne à dominer sa fougue.
    Partout ou ils allaient c’était la joie, elle était reconnue et adulée. Les portes lui étaient ouvertes…lui, il s’effaçait; lui laissant la place.
    Oh mais, elle ne l’entendait pas ainsi. Tant qu’il le pu, il accompagna sa » petite « comme il disait.
    Un soir cependant l’accordéoniste ne joua pas son morceau.
    Elle joua un long morceau qu’il aimait particulièrement. Les gens comprirent le message et applaudirent les larmes aux yeux. Ainsi, ils rendirent hommage à l’homme qui toute sa vie avait tant donner aux autres.
    Chaque petits morceaux avaient accompagné la vie de chacun.
    Sa protégée l’accompagna, sur sa tombe, elle déposa une plaque ou l’accordéon y avait sa place elle était signé de deux initiales.Y-H.

  7. Nadine de Bernardy dit :

    Après un dernier bal musette il se replia sur lui même, comme son accordéon
    Et plus jamais n’émit le moindre son
    Dès lors on l’appella par dérision le muésicien
    Dans un esprit mesquin bien éloigné du sien.
    Un soir cependant que du fond de sa coquille il ruminait
    Notre gastéropode entrevit ce qui de là le sortirait
    Prouvant à ces faquins de quoi il était capable
    Il donnerait à tous une leçon mémorable
    A son allure de sénateur sur les routes il partit
    Durant 3 ans 3 jours et presque 4 nuits on ne parlât plus de lui
    Puis un dimanche comme les autres on entendit sur les ondes
    Qu’un phénomène musical révolutionnait le monde
    Un escargot bourguignon accompagné d’une souris verte
    De l’Amérique entière était la découverte
    Un duo de choc au rythme baroque et Funky
    Enthousiasmait les foules par sa fougue très frenchy
    Ce groupe répondait au nom de: « Le Muésicien et Elle »
    En Europe ils venaient en tournée exceptionnelle
    Ici et là certains se faisaient tout petits
    Espérant que l’accordéoniste oublierait leur mépris.

  8. Cetonie dit :

    Après un dernier bal-musette, il se replia sur lui-même, comme son accordéon, et plus jamais n’émit le moindre son.
    Dès lors, on l’appela le « muésicien », par dérision.
    Un soir, cependant, alors que désœuvré il déambulait dans la grande rue sans penser à rien, il eut un sursaut : devant lui, cette chevelure !!! Il en resta bouche bée, c’était le soleil qui resplendissait et l’éblouissait. Sans même y penser, il la suivit à une distance respectueuse, il ne lui vint même pas à l’idée de l’aborder, lui demander son 06, lui déclarer sa flamme allumée au feu de ses cheveux rayonnants.
    C’était un homme nouveau qui revint pensivement chez lui, et passa sa soirée puis sa nuit à rêver…
    Au matin, sa résolution était prise, il devait absolument la revoir, la conquérir. Il ressortit son vieil accordéon qu’il avait relégué au fond de l’armoire, l’essaya, ébaucha une tendre romance et se rassura : oui, cela fonctionnait encore, sa musique savait encore parler pour lui.
    Il commença à trainer dans le quartier, avec une idée fixe : la voir à nouveau. La chance sourit aux âmes simples, dès le lendemain vers 15h il l’aperçut flânant le long des devantures. Plus discret qu’un souffle, il se faufila dans son ombre et lui dédia sa plus belle improvisation musicale, si vibrante qu’elle aurait réveillé une pierre. Tous les regards se tournèrent vers lui, émerveillés… tous, sauf ceux de la belle qui continua sa promenade comme s’il n’existait pas.
    Voyant qu’il semblait ne s’intéresser qu’à celle qui l’ignorait si ostensiblement, la foule qui maintenant les suivait commença à murmurer, à poser des questions, puis osa s’adresser directement à la jeune femme : « Vous ne voyez donc pas que cet homme vous dédie une des plus belles sérénades jamais jouée ? Comment pouvez-vous rester indifférente à tant de beauté ? »
    Comprenant que c’était à elle que ce discours s’adressait, de quelques signes, avec un sourire désolé, elle lui fit comprendre qu’elle était sourde.
    Et c’est avec des signes lui aussi que le muésicien lui fit comprendre qu’il était muet.
    Il leur restait donc à inventer ensemble le langage commun qui leur permettrait de partager l’avenir radieux qui les attendait

  9. Clémence dit :

    Après un dernier bal-musette, il se replia sur lui-même, comme son accordéon, et plus jamais n’émit le moindre son.
    Dès lors, on l’appela le « muésicien », par dérision.

    Un soir, cependant, après avoir erré dans les rues désertes, il rentra chez lui avec une seule idée en tête : en finir avec la vie. L’accordéoniste et son accordéon s’affalèrent.

    L’un sur le canapé défoncé,
    L’autre sur le tapis élimé.
    L’un plongea dans un mutisme sans fond.
    L’autre expira dans un dernier souffle.

    Le musicien devenu muet jeta un regard autour de lui, à la recherche d’un journal. Mais celui-ci s’était fait la malle. Il se rabattit sur la télécommande et zappa au rythme lent d’un métronome imaginaire.

    Son pouce resta en l’air au moment où un générique fracassant secoua la lucarne bleue.
    – Allons, bon, encore une de ces émissions qui vous colle sur les coussins et qui rogne sur vos heures de sommeil, marmonna-t-il avant s’assoupir.

    Combien de temps somnola-t-il ? Il s’en fichait, car son esprit venait d’être percuté par une phrase dévastatrice. « Pour tous les artistes, être artiste c’est toujours un plan B…. »
    Il se leva en même temps qu’il leva son poing en direction de l’écran et hurla :
    – Mais elle se prend pour qui, celle-là ! Plan B, je vais te le faire bouffer, ton plan B !

    Au même instant, des coups retentirent. Venant du plafond et des murs. Il fallait qu’il se calme sous peine de recevoir au petit matin, la visite du proprio qui lui ressortirait son catalogue de revendications.

    Le musicien devenu muésicien regarda tristement son compagnon et pensa :
    – C’est fini, mon vieux! Toi et moi, c’est fini. Notre histoire s’arrête là….
    – Pas si sûr, souffla l’accordéon, pas si sûr…il y a toujours un plan B.
    – Mais tu ne vas pas t’y mettre aussi, un plan B. Et quoi encore ? Tu vas peut-être me prédire un avenir lumineux, mieux que musicien, mieux que soliste, mieux que….
    – Si justement ! Réfléchis un peu ! Qu’est-ce qui te faisait rêver quand tu étais môme ?
    – Non… pas possible…non… ça, jamais…
    – Raconte….

    Et nos deux complices devisèrent jusqu’au bout de la nuit.

    Le lendemain matin, l’accordéoniste ferma la porte de son appartement. Il descendit l’escalier en passant doucement sa main sur la peinture fatiguée. Il déposa une lettre et son accordéon chez la concierge et s’en alla le cœur léger.

    Un taxi l’attendait. Aucune parole ne fut échangée.
    A la radio, une phrase tournait en boucle et les commentaires affluaient, s’amplifiaient, débordaient, tels la Seine en ce triste mois de février. « Plan B…plan B »

    Et puis, l’histoire, la vraie histoire de sa vie commença.
    A Casablanca, au sommet du minaret, le plan B, c’était lui, le muezzin….

    © Clémence.

  10. Catherine M.S dit :

    Comme un miracle

    Après un dernier bal musette
    Où il était la vedette
    Il se replia sur lui-même
    Comme son accordéon
    Et plus jamais n’émit le moindre son
    Dès lors on l’appela le muésicien
    Par dérision…
    Drôle de nom, muésicien
    Mais il ne le sut jamais
    Car Léon n’entendait plus rien.
    C’est arrivé comme ça, tout d’un coup
    Boum
    A cause d’une fieffée trompette
    Qui lui a cassé les oreilles
    Boum, badaboum, badaboum …
    Les derniers sons ont roulé sur le parquet
    Et sont allés loin, si loin, se fracasser
    Il a cru devenir fou
    Alors il s’est renfermé
    S’est ratatiné
    Comme s’il voulait se cacher au fond d’un trou
    Cela dura quelques années.

    Mais pendant ce temps, dans la capitale
    Au fond d’une petite cour
    Dans un étrange local
    Une bande de faux troubadours
    Imaginaient de nouvelles martingales
    Et les confiaient à leur robot
    – Avec tout ça, fais nous du bon boulot !
    C’est ainsi qu’un jour Arthur
    Avec son cerveau en métal
    A conçu des tympans tout nouveaux
    Qui atterrirent dans la boîte postale
    De Léon qui, sur-le-champ,
    Du haut de ses 80 printemps
    A pu dépoussiérer son vieil instrument
    Et de nouveau, avec ses poteaux, célébrer la vie
    Do, ré, mi, fa, sol, la si ..

  11. Blackrain dit :

    Après un dernier bal-musette, il se replia sur lui-même, comme son accordéon,et plus jamais n’émit le moindre son. Dès lors, on l’appela le « muésicien », par dérision. Un soir, cependant…
    …cet ex musicien du Bal à Jo qui brûlait depuis trop longtemps son désespoir dans l’enfer du jeu décida de revenir à l’accord des on, des « on s’amuse à nouveau ». Un accord que Léon avait perdu lorsque sa Georgette Plana dans un ciel qui ne serait jamais plus le septième. Lui, toujours si Aimable, avait alors insulté Dieu pour lui avoir fait payé la note de son bonheur parfait, une note bien trop élevée, trop aiguë pour la supporter. Après avoir mis la musique hors de portée il sombra dans le silence d’une solitude coupable. Adieu les délices de Java, les tangos grenadine, les valses qui deviennent tourbillon et les paso qui se doublent. Il se laissa dévaliser par un bandit manchot jusqu’aux profondeurs de la honte. Puis un soir il se souvint de cet instrument avant qui lui soufflait des airs joyeux, des airs qu’il sortait de sa musette pour faire danser le petit peuple sur les bords de la Marne, pour faire plisser les jupes et les yeux bridés par l’envie, pour rendre les hanches libres de redresser les caquettes sur des regards avides de les faire tourner. Il se rappela le bon temps où Jo Privat les auvergnats de cabrette pour offrir aux parisiens du dimanche l’harmonie de la contrebasse, de la batterie et de l’accordéon. Il se souvint avoir quitté Jo pour suivre André vers Churen et vers d’autres guinguettes dans une tournée qui débordait d’alcool anisé et de plaisirs frivoles. Il décida de s’accorder le droit de vivre à nouveau la joie, de se jouer à nouveau des anis croches, quitte à finir noir pour ne plus le broyer. Peut être que ce Dieu qu’il avait insulté déposerait un jour sur son clavier plus qu’une touche, une belle rencontre qui lui ferait laisser partir Georgette vers un espace de quiétude.

  12. Beryl Dey Hemm dit :

    Anthelme n’avait qu’une passion : son accordéon. Du matin au soir, il passait ses journées à s’entraîner, comparer, expérimenter sur son instrument. Il écoutait l’engin inspirer et expirer, et s’étonnait qu’un son si mélodieux puisse sortir de ce gros poumon de tissu par la pression de petites touches argentées. Un véritable dialogue s’établissait alors, une intimité qui donnait corps à leur symbiose.
    Car l’accordéon avait ses humeurs : Arraché trop brusquement de sa boite il éructait en un grondement furieux et impératif pour rappeler l’impertinent au respect. Il fallait le manier avec douceur pour s’accorder ses grâces. Ouvert doucement, avec tendresse, il exhalait un long soupir de satisfaction profonde, en un trémolo crescendo, béat d’aise. Alors Anthelme savait qu’une journée de complicité commençait, en compagnie de son unique ami.

    Car Anthelme n’avait pas d’ami humain. Par négligence plus que par caractère. Il n’en voyait pas l’utilité, n’avait jamais cherché à se lier avec quelqu’un en particulier. Il souriait et saluait tout le monde, sans jamais aller plus loin. Il estimait qu’il n’avait rien à raconter, à confier, pas d’opinion particulière, ou du moins digne d’être confrontée à celle d’ un autre. Et il ne souffrait pas d’une situation qu’il ne vivait pas comme une anomalie .
    Le plus étrange : il aimait voir des gens, il aimait les fêtes, le bal musette du dimanche soir où son ami pavanait, lustré de près, engageant dans un tourbillon garçons et filles, jupons virevoltants, la tête en arrière, enivrés par les rythmes ternaires des notes hallucinées. Les rassemblements bruyants ne lui faisaient pas peur, les paroles qui s’entrecroisent, les blagues échangées, les chamailleries aussi de temps en temps. Il ne fuyait pas la foule. Le samedi matin il se promenait au marché du village, moins pour acheter que pour entendre les marchands vanter leur étal, toujours plus frais que celui du voisin selon leurs dires. Il aimait les couleurs, les enfants qui courent partout, les discussions sur les prix, les volailles qui caquettent dans leurs cages, ou le choix faramineux de saucissons pendus à l’étal du charcutier, de toutes longueurs, grosseurs, couleurs, ordonnés par taille et poids. Poète, il y voyait une métaphore des gammes colorées de sa chère musique.

    Pourtant Anthelme s’exprimait. Mais les mots, très peu pour lui. Lorsqu’ un sentiment l’étreignait, lorsque ses sens s’éveillaient, il allait chercher son accordéon. A lui seul il se confiait. L’instrument prenait une grande inspiration, se gonflait comme un acteur prêt à déclamer sa longue tirade, susurrait ou hurlait, à l’état brut, tout ce qu’Anthelme avait sur le cœur. Et il le faisait dans une telle plénitude qu’Anthelme avait renoncé à un autre langage que le sien.
    Aussi, Anthelme confia définitivement sa parole à l’accordéon . L’instrument prit peu à peu la relève pour représenter l’homme.
    Puis, un jour Anthelme entreprit de traduire par des composés de notes les différents mots du dictionnaire.
    C’était une œuvre d’envergure. D’abord objet de raillerie, la curiosité l’emporta bientôt et tout le village suivit avec intérêt la progression . L’accordéon, promu interprète ne quitta plus son commanditaire. Les acquis quotidiens, les premiers essais, prouvèrent bientôt que loin d’être anecdotique, ce nouveau langage permettait des nuances bien supérieures aux mots verbaux ; que dépourvu d’ambiguïtés et de double sens, il supprimait les quiproquos ; et favorisait l’entente et la paix par son harmonie qui charmait l’oreille.

    L’entreprise est de longue haleine et à l’heure où je vous parle, notre génial inventeur est toujours à l’œuvre.
    Il est cependant trop tôt pour savoir si cette forme d’échange peut faire tache d’huile et se répandre dans le monde parmi les humains. Mais dans le village d’Anthelme, le premier cadeau offert aux enfants au berceau est une flûte. Et il y a désormais de la musique dans chaque maison. Alors ? …

  13. Maryse Durand dit :

    Après un dernier bal-musette, il se replia sur lui-même, comme son accordéon, et plus jamais n’émit le moindre son.
    Dès lors, on l’appela le «muésicien » par dérision. Un soir, cependant……

    alors qu’il jetait un regard mélancolique sur l’étui contenant son instrument, il lui sembla entendre un son plaintif. Il tendit l’oreille et perçut un long gémissement. « Eh ben, v’la aut’chose ! » pensa-t-il. Les plaintes se poursuivaient et se muaient en petits cris. Alors Louis se décida à quitter son fauteuil et ouvrir l’écrin de l’accordéon. « Tu as besoin d’air, c’est ça ? » Les petits cris se firent joyeux, alors Louis sut qu’il était dans le vrai. « Ma pauvre petite, il y a si longtemps que je n’ai pas joué, mes doigts sont rouillés maintenant !» Pourtant, sous ses doigts, les petits boutons semblaient se laisser caresser avec délice. Il saisit quelques notes, esquissa un début de valse… « Non, non, ma petite, c’est fini ! Les gens ne vont plus au bal, ils préfèrent les juke-box ou les DJ et toute cette musique synthétique… notre temps est révolu, jeté aux oubliettes ! ».
    Et cependant, malgré lui, ses doigts s’activaient, les airs lui revenaient. Ses yeux se mouillaient car les souvenirs affluaient, gais, lumineux, illuminant la sinistre chambre dans laquelle il vivait reclus. Il revoyait les jeunes femmes dans leurs jolies robes, leurs colliers étincelants. Les couples tourbillonnaient, il percevait leurs rires… et sous ses doigts, les notes virevoltaient comme autrefois. Alors, sans qu’il y prête attention, sa voix s’échappa, montant de sa poitrine, et lui, le taiseux, le muet, se mit à chanter, à bouger dans la pièce, faisant corps avec son instrument comme aux plus beaux jours.
    Il ne sut jamais ce qu’il s’était passé, si on l’avait ensorcelé, mais de ce jour, sa vie fut transformée. Vous voyez cet homme, à l’entrée de la galerie marchande ? Il se tient là, régulièrement, son accordéon et sa voix vous accompagnent, emplissent l’espace des airs d’autrefois. La casquette qu’il pose devant lui est anecdotique. Ca n’est pas l’argent qu’il vient chercher là.

    Maryse Durand

  14. grumpy dit :

    Et pourtant, qu’est-ce qu’il les avait fait danser avec son piano du pauvre, combien d’amourettes du dimanche il avait suscitées au Balajo, combien de mariages après les bals des pompiers du 14 juillet, et Montmartre qui ne serait plus jamais pareil …

    Depuis quelque temps on s’était aperçu qu’on ne l’avait plus vu dans le quartier rentrer chez lui avec son accordéon fatigué en bandoulière. Fatigué, il l’était lui aussi de n’avoir pas réussi à gagner sa vie en ne jouant plus que par-ci par-là pour animer quelques mariages.

    Alors il avait disparu. Ces derniers temps il n’avait montré qu’une figure si triste que l’on soupçonnait qu’il aurait peut-être pu se suicider. Un voisin compatissant était bien monté jusqu’à son étage pour voir s’il pouvait être malade voire pire. Personne !

    Personne, certes. Mais l’accordéon lui il était bien là. En effet, là, posé devant sa porte, le soufflet complètement déployé, comme après un dernier soupir, un mot attaché par une pince à linge disait : « LE RAP M’A TUÉ ». Ces quatre mots glaçants sentaient le testament. Ni l’instrument ni son maître n’émettraient plus jamais le moindre son.

    Voisins, voisines, culpabilisèrent quelque temps, et puis ce ne fut plus qu’un fait divers qui tomba dans l’oubli… jusqu’au jour où :

    Ginette et Marcelle, bien confortables dans leur canapé, une assiette sur les genoux pour finir la bûche de la veille, une coupe de champagne pour chacune, écoutaient le concert du Nouvel An à la télé. Elles écoutaient, mais elles regardaient aussi, pensez ! Le grand orchestre de Radio France elle n’auraient raté ça pour rien au monde.

    Ginette poussa du coude Marcelle et lui dit :

    – tu vois ce que je vois ?

    – ben oui je vois les musiciens, comme toi …

    – et tu ne reconnais personne ? Aucun visage ne te dit rien ?
    – ma foi non, rien du tout, tu ne serais pas déjà un peu pompette…

    – ah que non, risque pas, le soliste au piano, qui joue le menton levé, les yeux fermés et qui sourit aux anges

    – bon sang ! mais oui, cria Marcelle, bouge pas, tiens-moi mon assiette, je vais monter le son.

  15. iris79 dit :

    Après un dernier bal-musette,
    il se replia sur lui-même,
    comme son accordéon,
    et plus jamais n’émit le moindre son.
    Dès lors, on l’appela le « muésicien », par dérision.
    Un soir, cependant…

    après plusieurs mois écoulés sans faire courir ses doigts sur son instrument, alors qu’il écoutait attentivement ses camarades qu’autrefois il accompagnait, il se figea dans sa rêverie d’où personne n’osait jamais plus l’extraire. C’était devenu normal pour tout le monde, depuis qu’il ne jouait plus, il se réfugiait dans un autre monde. Il était présent sans être ici. Mais ce jour-là, quelque chose changea.

    Aux premières notes du violon de son ami sur scène, son regard s’anima comme si un mannequin de grand magasin devenait vivant. Ses doigts se mirent à trembler et tout le monde perçut le changement dans son attitude, suspendu à ce qu’il allait faire. Il balaya l’assemblée venue festoyer comme tous les samedis de ce bel été comme s’il voyait tous ces gens pour la première fois. Il semblait demander « vous le reconnaissez ce morceau ? Vous vous rendez compte de ce qu’ils jouent en cet instant ? Si vous saviez ce que cela me rappelle ? Si vous saviez où cela me ramène ?» L’émotion le submergeait et plus personne n’osait bouger dans l’attente de ce qu’il allait faire. L’assistance percevait ce frémissement chez ce muésicien que tout le monde aimait tant.

    Il finit par se lever et un léger sourire effaça la mélancolie qui s’était posée là depuis ces longs mois. Il disparut quelques minutes dans un brouhaha hésitant puis réapparut avec son instrument. Les musiciens sur la scène étiraient les notes conscients que leur camarade revenait à la vie et l’encouragèrent à les rejoindre sans y croire vraiment.

    Pourtant Jean, notre muésicien captivant, gravit les marches tout doucement et reprit sa place laissée vacante. Ses doigts se dérouillèrent comme par magie et se mirent à courir comme jamais sur le clavier. Les autres musiciens le suivirent dans le rythme qu’il imprimait à ce morceau qu’il aimait tant. Personne à ce moment ne comprit ce qui s’était passé. Là n’était plus l’important. Ils étaient tellement heureux de pouvoir renouer avec leur complicité, leur harmonie musicale, entraînés par le tourbillon d’émotions que cela provoqua chez les gens, qu’ils jouèrent cet air comme jamais, ici et maintenant avec cette énergie folle animés du sentiment si rare d’être en résonance avec tout ce qui les entourait. Un moment de bonheur qu’ils partagèrent sans retenue.

    Quand vint la dernière note, le temps s’arrêta quelques secondes. Les yeux braqués sur Jean tout le monde retenait son souffle. Qu’allait-il faire à présent ? Rester sur scène ou retourner dans ses songes ?
    Mais son sourire retrouvé ne le quitta pas et d’un geste alerte, il invita à nouveau ses camarades à le suivre sur un air que tout le monde reconnut. La piste de danse attira des grappes de danseurs heureux de retrouver leur bal du samedi soir, comme avant.

  16. Odile Zeller dit :

    Musique volée
    Après un dernier bal musette il se replia sur lui même collé son accordéon et plus jamais n’émit le moindre son. Dès lors on l’appela le museicien par dérision. Un soir d’été cependant on entendit de nouveau des chansons. La musique sortait manifestement de chez lui. On ne voulut pas le déranger, on pensa qu’il avait retrouvé goût à la musique. On sortit dans la cour ravi de profiter d’un concert gratuit. Aucune lumière à ses fenêtres ouvertes vers le ciel marine. On sortit quelques chaises pour savourer les airs mélancoliques. L’instrument donnait le meilleur de lui même. On dansa sur les tangos, on glissa sur les valses et les plus jeunes s’embrassaient sur les slows. Bientôt on guetta sa sortie. Mais on ne le voyait pas, ni de jour ni de nuit. Le bruit se répandit qu’ici on pouvait entendre des airs d’autrefois. La rue devint piétonne et on dansa. Le quartier décida d’une chaîne pour lui offrir des repas qu’on déposait chaque midi et soir sur son palier. Les plateaux disparaissaient et on les retrouvait vides quelques heures plus tard.
    Sa musique était belle, le répertoire dans une note nostalgique. Vers minuit le concert cessait, on rentrait chez soi. Personne ne vit jamais l’artiste sortir de chez lui. Des rumeurs couraient : il aurait une femme, qu’il garderait chez lui. Elle aurait un certain âge et le couple craignait le regard des voisins et vivait enfermé à l’abri des regards. Il serait paralysé et ne marchait qu’à grand peine. Sa musique serait son ultime moyen de communiquer. Il serait devenu fou après une longue déprime… ses fenêtres attiraient chaque soir plus de public. Une buvette s’était installée la. On connaissait l’horaire et on se promenait dans le quartier en prévision du concert de 20.00 à minuit. Un soir de septembre la musique s’arrêta… on entendit du jazz, un long staccato, suivi d’une note aiguë tenue longtemps… ensuite la mélodie se tut… on attendit des heures … on rentra chez soi, en grommelant… quelle tristesse… était ce une nouvelle déprime ? Un nouveau silence ? … les plateaux restèrent pleins sur le palier. Quelques jours plus tard, à l’initiative d’un voisin, on força sa porte. Il avait rejoint le monde de la musique. Son accordéon gisait troué au chevet de son lit.

  17. Laurence Noyer dit :

    Après un dernier bal-musette, il se replia sur lui-même,
    comme son accordéon et plus jamais n’émit le moindre son.
    Dès lors, on l’appela le « muésicien », par dérision.
    Il s’installa dans la maison de retraite des artristes appelée « le Conservatoire »
    Il n’avait plus envie de faire la bomba,
    il se mettait même en djembé,
    voulant se pendre aux cordes des violons.
    Le moral à contrebasse,
    il n’était plus au diapason.
    Parfois il piccolo outre mesure pour calmer ses cacophobies ,
    il chantait de l’opéro en canon,
    risquant un concert du chœur.
    Pour retrouver une audition Adagio, il fit une cure de Traviata,
    A l’Otelo des Concertos
    C’est là qu’il rencontra Carmen qui l’Aïda.
    Elle était atteinte de flamenca
    et elle tango-tango toute la journée
    Il n’est jamais cithare pour une passion
    Pour l’accordéoniste et la danseuse,
    ce fut le coup de percussion,
    C’est clarinette !
    En complète harmonica.
    Dès lors on les appela
    Bandonéon et Castagnette

  18. durand dit :

    Après un dernier bal-musette, il se replia sur lui-même, comme son accordéon, et plus jamais n’émit le moindre son. Dès lors, on l’appela le « muetsicien », par dérision.

    Il trainait souvent à un coin de rue, là où tous les courants d’air se bousculent et regardait marcher les gens. Depuis combien de temps ne dansaient’ ils plus ? Pourtant, ils tournent toujours en rond, leurs cercles se sont juste élargis.Du lit au café, du café au métro, du métro au boulon, du boulotté à la cafétéria, de la fête au fauteuil, « du fauteuil au lit. Et puis du lit au lit », dernière danse macabre.

    Au début, on le reconnaissait encore un peu, on lui balançait un franc dans son béret. D’anciens potes tentaient de le tirer par la manche. Son bras couinait comme une fin de java et les potes n’insistaient pas. Après leur troisième litre, ils pariaient des boutons de culotte à savoir lequel des trois allait rouiller le premier, le piano à bretelles,la ferrure des bretelles ou le chef d’orchestre des pauvres.

    Puis on l’évita. Puis on l’oublia. Le nombre de miettes au fond des poches de la vie est insondable. Toutes ces poches pleines d’oublis cernables sous les yeux des passants.

    Un soir, cependant, un de ces soirs où l’on parvient à distinguer la longueur des journées précédentes, il sentit comme une brise lui chatouiller les pieds. Une petite agitation lui frôla les doigts. Il entendit comme une bourrasque au fond de son poumon. Rien que de l’extraordinaire, comme si en posant déjà un pied devant l’autre, il avait vaincu trois Everest.

    Il se leva, dégrafa le corsage de son instrument, lui dégagea bien la gorge. Ensemble, ils puisèrent la profondeur de ce dernier souffle. La corde était tendue. Il ne fallait pas chahuter le seau, ne pas en perdre une goutte.

    L’haleine de la mort traversa la chaussée, chahuta le chapeau d’un homme, s’invita en face, dans le petit parc, secoua quelques branches, une ombre de remous sur la mare.

    Au bord, personne ne le vit, un saule pleureur chialait.

    Plus loin, au delà des fortifications, le squelette de Fréhel rigolait gris dans sa fosse.

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