382e proposition d’écriture créative imaginée par Pascal Perrat

Ce soir, Félicien ne parvient pas à dormir.
Demain, Brunette sera conduite à l’abattoir,
c’est la loi.  » Sa Brunette « , il l’élève depuis qu’elle est née. Ensemble, ils ont remporté une belle médaille d’or Au Salon de l’Agriculture.
Mourir à l’heure d’été c’est trop…

 Inventez la suite

Chaque proposition d’écriture créative est une bataille contre la routine et l’endormissement de l’imagination. Un petit combat pour maintenir en vie l’enthousiasme d’imaginer, d’inventer, de créer. Quand aucun défi n’est à relever, notre créativité somnole.

24 réponses

  1. Michel-Denis ROBERT dit :

    Ce soir, Félicien ne parvient pas à dormir. Demain, sa Brunette sera conduite à l’abattoir. C’est la loi. Sa Brunette, il l’élève depuis qu’elle est née. Ensemble, ils ont remporté une belle médaille d’or au Salon de l’Agriculture…

    – C’est demain qu’on l’emmène ?
    – Non, c’est jeudi, c’est reporté. Le fourgon est en panne.
    – En panne ! Qu’est-ce qu’il a ?
    – Je ne sais pas. Un cardan, qu’il m’a dit.

    Félicien écoute d’une oreille attentive. Pendant les silences, on entend les bruits de la maison qui s’adapte à la température du soir. Un craquement ici, un autre à l’étage. Ils réfléchissent.Sa respiration bloque lorsque l’un des deux reprend la parole. Le cardan, c’est pour gagner du temps.

    – Un cardan ! Tiens mon oeil ! Le Félicien, c’est un sentimental, il ne veut pas la lâcher. On a besoin de sous, elle ira comme les autres. Ce n’est pas parce qu’elle a gagné un prix qu’elle doit nous rester sur les bras.
    Dans la pièce d’à côté, Félicien ne perd pas un mot de la conversation entre sa mère et son frère. Marceau est l’aîné, et de ce fait, sa décision prend plus de poids.

    « Dans la vache et le prisonnier, à la fin, après avoir bien servi au héros, la vache est abandonnée. Mais moi, je ne l’abandonnerai pas ma Brunette. Ils pourront faire tout ce qu’ils voudront, me passer sur le corps, me mettre la camisole, ils ne l’auront pas. Dès demain, j’irai dormir à l’étable. En haut, dans la paille, je serai bien. »

    Le lendemain, Marceau qui doit bientôt se marier, tatasse encore sa mère sur le même sujet :
    – La Brunette, c’est ma dot qu’on avait dit. J’ai engagé des frais pour mon mariage et je compte dessus, tu comprends ! Il est où Félicien, il n’est pas dans sa chambre.
    Mère ne répond pas. Elle veut laisser ses deux fils s’expliquer. Les vaches, c’est leur gagne-pain depuis des générations. Elle sait au fond, que Félicien devra céder. On ne casse pas une chaîne comme ça, du jour au lendemain pour un caprice. Les traditions, il faut les respecter. Que diraient nos ancêtres s’ils voyaient ça ? On n’a plus qu’à monter une maison de retraite pour vaches. Eh ! on n’aurait pas assez de prés pour les nourrir. Où est-ce qu’il en est le Félicien ?

    – Je sais bien que tu as raison Marceau mais, Félicien, c’est sa vache, finit par dire mère coupée en deux.
    – Je vais voir Félicien. Il est où ?
    – Tu demandes. Tu sais bien où il est.
    – A l’étable !
    – Ben !
    – N’importe quoi ! J’y vais.

    Félicien s’attend au ram dam. La porte est bloquée. Il s’est fait un camp de fortune dans l’étable. Il fait griller une saucisse quand il entend des violents coups à la porte. Tam ! Tam ! Tam ! Tam ! Marceau tambourine tant et plus. Il est énervé. Brunette tourne la tête, l’air indifférent.  » Encore un excité, se dit-elle. Je ne peux pas le ruminer celui-là. Je vois que Félicien étale sa moutarde, tout va bien. »

    – « FELICIEN ! » crie Marceau, du dehors.
    – Qu’est-ce que tu veux ?
    – Tu seras obligé de la lâcher, de toute façon, tu le sais bien.
    – Je te préviens, j’ai la 22. Le premier qui touche à Brunette, je le descend.
    – J’appelle les gendarmes.
    – J’ai tout prévu. Ils ne vont pas se déplacer pour une vache. J’ai acheté un terrain, dès que ma maison est terminée, on part tous les deux.

  2. MALLERET dit :

    382. Ce soir, Félicien ne parvient pas à dormir.
    Demain, Brunette sera conduite à l’abattoir, c’est la loi. « Sa Brunette », il l’élève depuis qu’elle est née. Ensemble, ils ont remporté une belle médaille d’or Au Salon de l’Agriculture.
    Mourir à l’heure d’été c’est trop…

    Une heure qui n’existe même pas ! La nuit a porté conseil à Félicien, il n’emmènera pas Brunette à l’abattoir.
    Son cerveau a beaucoup fonctionné pendant cette nuit blanche. Sa décision est prise.

    Brunette ne mourra pas.

    Il n’obéira pas à une loi dictatoriale, aveugle, inhumaine, bornée, édictée par un fou.
    Certains ont réussi et réussiront encore à se protéger et à en sauver d’autres de la folie ambiante. Il sera des leurs. Personne n’a le droit de faire de mal à sa Brunette et sûrement pas d’abréger sa vie selon le bon vouloir d’un seul être capable de terroriser toute une population.

    Tous les souvenirs de bonheur partagé avec sa belle vache ont défilé cette nuit et lui donnent le courage de lutter. Il l’aime et de toute façon il ne peut en aucun cas souscrire à l’injustice quel qu’elle soit. Et pourquoi pas bientôt toutes les vaches qui n’auront pas les taches au bon endroit ?
    Non et non !

    Félicien est furieux contre lui, il aurait dû former un groupe de résistance. Mais comment avoir assez confiance dans les autres fermiers ? Leur demander serait avouer qu’il se met hors la loi.
    Il est encore très tôt, mais le bistro près de la poste doit être ouvert, celui où de temps en temps, bien rarement, l’élevage ne laissant pas beaucoup de loisir, il retrouve quelques voisins.
    Ce qu’il dira dépendra de l’ambiance qu’il y trouvera.

    En poussant la porte, il rencontre le regard de Jules Lemoine, son voisin, celui qu’il connaît le mieux. Comment interpréter ce regard ? Il n’est ni psychologue, ni spécialiste, lui faire confiance ou non ? D’autres, attablés, discutent entre eux.

    – Salut Jules, ça va ?
    – Ouais comme ça. Tu bois quelque chose ?
    – Merci, un café, il est trop tôt pour un petit blanc
    Debout au bar, Jules se rapproche de Félicien, quasiment à touche touche.
    Puis à voix basse :
    – C’est ce matin qu’ils ont décidé pour ta Brunette ?
    – Oui, je préfère ne pas en parler
    – Moi c’est ma Marguerite que j’aime tant. Si c’était une autre ce serait pareil. J’y suis tellement attaché. Tu l’sais bien on les aime nos bêtes.
    – Qu’est-ce que tu vas faire ?
    – Parle plus doucement, je ne connais pas très bien les mecs qui sont là et toi ?
    – Non, moi non plus. Alors tu vas l’emmener à l’abattoir ?
    – Ben que veux-tu que j’fasse ? J’en crève à l’idée. Pourquoi tu me poses cette question, tu ne vas pas l’emmener ta Blanchette ?
    – Si évidemment.
    Je suis d’une lâcheté qui me fait honte. Ceux attablés nous regardent attirés par nos messes basses.
    – C’est pas la peine de parler doucement on sait très bien c’que vous racontez.
    – Et c’est quoi ?
    – C’qu’on raconte partout. Ces salauds qui veulent tuer certaines de nos vaches. On n’a toujours pas pigé selon quel critère. C’est un ordre qu’ils ont dit. Va savoir ce qu’ils ont mijoté là-haut.
    – Et alors qu’est ce qu’on peut faire ?
    – Nous prends pas pour des cons. On a tous la même idée en tête.
    Jules et moi prenons des chaises et nous rapprochons du groupe. Je n’ose pas encore dévoiler mes batteries. Je préfère les laisser venir.
    – Vous proposez quoi ?
    – D’abord savoir si on peut vous faire confiance à tous les deux.
    – À vous de juger
    – Bon d’accord on échange pour voir la meilleure idée.

    —————-

    -Nous venons d’apprendre que le siège des SS* vient d’être plastiqué.
    Le président, le secrétaire général et les membres les plus virulents ont succombé à leurs blessures.
    Nous vous tiendrons au courant de la suite des évènements. Attendez, j’ai notre envoyé spécial qui se trouve Place du Marché
    – Bonjour Laurent, que se passe-t-il, j’entends du bruit autour de vous ?»
    – Oui, je suis entouré d’éleveurs qui sabrent le champagne au milieu de leurs vaches !».

    *SS : Services de Sélection

  3. Clemence dit :

    Ce soir, Félicien ne parvient pas à dormir.
    Demain, Brunette sera conduite à l’abattoir, c’est la loi.  
    « Sa Brunette » , il l’élève depuis qu’elle est née. Ensemble, ils ont remporté une belle médaille d’or Au Salon de l’Agriculture.
    Mourir à l’heure d’été c’est trop…

    Dans sa chambre éclairée par la pleine lune, Félicien tourne en rond.
    – Mourir à l’heure d’été, c’est trop, c’est trop…
    Il est si triste qu’il ne parvient pas à trouver les mots pour exprimer ce qu’il ressent. Une espèce de grattouillis au fond du cœur, au fond des tripes.
    – Crénom, ce n’est pas un grattouillis là-dedans, c’est à la porte de la chambre que ça grattouille !

    Félicien se précipite, tourne la poignée, ouvre et là, devant lui, une patte appuyée au chambranle, sa Brunette !
    – Alors, mec, t’es prêt ? meugle-t-elle dans un large sourire.
    – Prêt ? Prêt à quoi ? C’est pour demain…
    – Tu parles, Charles, que je vais attendre demain, magne-toi, j’ai ma petite idée. Habille-toi, grouille !

    Félicien ne reconnaît pas sa Brunette. Elle qui était si discrète avec ses yeux vides, ses longs cils et son souffle tiède.

    Félicien enfile une chemise à carreaux et un jean en velours, empoigne sa sacoche, jette un dernier coup d’œil autour de lui.
    – Allons-y ! dit-il en suivant Brunette.

    L’escalier aux marches patinées, la cuisine au carrelage ciré, le petit hall et, enfin, le garage.

    – En voiture, Simone ! s’exclame Brunette ! Tu prends le volant, dit-elle en s’installant sur le siège du mort.

    Félicien est abasourdi. Qu’est-ce que sa Brunette a inventé pour échapper à son triste sort ?
    – Fonce, dit-elle en pointant sa patte vers sa vitre. Par là. Fonce !

    Félicien suit docilement les instructions que lui donne sa voisine. Il veut reprendre la main et lui demande :
    – Et maintenant ?
    – Maintenant ? Tu te souviens de ma médaille d’or ? Tu la regardais, ébloui, mais il ne t’est pas venu à l’idée de la soupeser, hein, gros nigaud ! C’est qu’elle pèse plus lourd qu’un lingot ! Incroyable, hein !
    – Euh…
    – Tu sais tout de même que l’or est malléable…
    – Euh…
    – Non, mais, tu ne sais rien dire d’autre ? Franchement, Félicien, je te croyais plus malin ! Allez, fonce ! Direction, les Abattoirs.
    – Mais….
    – Y’a pas de mais qui tienne, beugle Brunette. Fais ce que je te dis !

    Sur ces dernières paroles,Brunette extirpe sa médaille de son réticule, mord à pleines dents et crache un morceau d’or.
    – Voilà, cela devrait suffire à…
    – Corruption de fonctionnaire, tu ne peux pas…vraiment, non…..
    – Je vais me gêner, tiens! Il en va de ma vie, de ma survie. Tu me suis ou pas ?
    – Euh… je te suis !

    Au petit matin, son « méfait-corruption-acceptation » accompli, Brunette part d’un grand éclat de rire.
    – Tu sais, Brunette, reprend Félicien, tu me fais penser à la Vache qui rit !
    – Mais ça ne va pas, la tête ? Tu me vois toute de rouge vêtue, des boîtes de fromage accrochées aux oreilles ? Je vaux mieux !
    – Tu as parfaitement raison, un autre destin t’attend ! Tu le mérites…
    – Ah…tu vois ! Qu’est-ce que tu me proposes ?
    – Une somptueuse robe couleur lilas, une clarine avec collier en …
    – Et tu t’attends à quoi ? Que je sois ta fournisseuse officielle de chocolat ? Sacré Félicien je reconnais bien ton côté épicurien !
    – Désolé…Revenons aux basiques. Un petit tour en Normandie, ça te dirait ?
    – Beuh, pas vraiment, le made in Normandie version Stone et Charden a fait son temps…Non, vraiment. j’aimerais quelque chose de plus … plus classe….

    Félicien se mure tout à coup dans le silence.
    – Tu fais la gueule ? demande brusquement Brunette.
    – Non, je pense…
    – Et ?
    – J’en conclus que tu mérites du noble, du vrai, de l’authentique, du grand art, en quelque sorte..
    – Du grand art ! Bien vu. Je n’en attendais pas moins de ta part. Tu proposes ?
    – Cinéma ? suggère Félicien.
    – Déjà pris ! Fernandel et Debbouze…
    – Peinture, alors ?…
    – Brunette à la sauce Marilyn… beurk…
    – Opéra ?
    – Ah, si tu t’avances dans ce pré-là, je vais t’en raconter une bonne. J’ai lu ça sur une feuille du Parisien que j’ai attrapée lors du passage du TGV. Bref, figure-toi qu’à l’opéra de Paris, ils avaient programmé Gounod. Gounod et son Veau d’or. Imagine, ils ont remplacé le veau par un taureau. Le tollé, je te raconte pas ! Un truc à la Grumpy : la défense de la cause animale et tout le tsoin tsoin… alors, l’Opéra, très peu pour moi…
    – Dis donc, tu ne ferais pas un peu ta mijaurée ?

    Brunette pique un fard et tourne la tête.
    – Tu boudes ? se hasarde Félicien.
    – Non, je pense.
    – Ah…
    – Je pense à Perrette… Adieu, veau, vache, cochon…je me sens tout à coup spoliée…
    – Mais non, on va te … On va nous trouver une belle destin….
    – Un mas en Provence ! C’est ça que je veux !
    – Tu rêves, Brunette ! Tu ne tiendrais pas une semaine en Provence !
    – Et pourquoi, môôôssieur ?
    – Parce qu’il n’y a pas de vaches en Provence, parce qu’il n’y a pas de verts pâturages en Provence. La Provence, c’est « la forêt d’Astérix en Corse », c’est le blanc des calcaires de la Sainte-Victoire et des calanques, c’est la garrigue et les cabris…
    – Meuh…. j’veux du soleil, moi…
    – Il y a bien une solution, pas loin de la Provence. Je crois que ça te plaira. La Camargue. Sa plaine, ses flamants roses, ses rizières, son vin des Sables, ses chevaux blancs et les taureaux noirs……
    – Va pour la Camargue….

    Une année plus tard, à la une du journal de Camargue :

    « Inauguration à Saint Laurent d’Aigouze.
    Une manade en ruine, transformée en maison d’hôtes entièrement écologique … Piscine chauffée et confort absolu grâce aux énergies renouvelables : panneaux solaires et méthanisation….

    Dans le coin supérieur gauche, une photo d’un duo de choc : Brunette en salopette verte, ventre rebondi et Félicien, Camarguais de la tête aux pieds…

    © Clémence.

    • Grumpy dit :

      Très joli texte, réussi, plein d’idées. Mais je proteste : il y a de belles vraies vaches en pleine forme par chez nous. Elles disent plein de gros meuhs, gambadent entre les mélèzes, portent des sonnailles cuivrėes qui font chanter les gras et verts pâturages des Alpes de Haute Provence, et elles font des fromages, je n’en dis que ça, foi de Grumpy !

      Foi de Grumpy !

  4. Beryl Dey Hemm dit :

    À la fin c’est l »étable » et pas l »écurie » bien sûr. Ma langue (écrite) à fourché ! 😁

  5. Ce soir, Félicien n’est pas dans son assiette. Il vient de recevoir la lettre officielle lui ordonnant de conduire sa vache à l’abattoir parce qu’elle a atteint la limite d’age. Pas de dérogation possible. Brunette, sa Brunette ! Une bête aimable, douce et sensible, à qui il ne manque que la parole !L’idée de la voir finir en steaks le rend malade !
    Alors il est là, assis devant la table de sa cuisine, devant un petit verre de sa liqueur préférée, sensée lui remonter le moral. Mais il n’a pas le goût de savourer son cordial. Il a le verre en mains, il le tourne, il le retourne. Il cherche désespéramment une solution et il se dit que ce n’est pas en se saoulant qu’il va en trouver une. Même avec un bon vieux calva que vous m’en direz des nouvelles, comme il dit toujours aux copains qu’il invite, qui vous réveillerait un mort !!
    Réveillerait un mort ? Ou assurerait la survie d’un vivant ?
    Félicien saute sur ses pieds.
    Ça y est !! Il a une idée !!!
    Il empoigne sa bouteille, et dépose un baiser amoureux et sonore sur sa panse.
    Il part se coucher le sourire aux lèvres, et s’endort comme un bébé.
    Le lendemain matin, tôt levé, il prépare la pitance de sa vache préférée et la regarde dévorer en se frottant les mains.
    Peu après, il faut partir. Ils seront sur place à l’avance mais c’est préférable.
    Un bref examen de santé est prévu avant de faire monter les bêtes dans le camion qui doit les emmener à la mort. Il faut s’assurer que les vaches ne sont pas malades et que leur viande est consommable.
    Félicien amène sa Brunette. Sa tête dodeline, elle a les yeux vitreux et tient difficilement sur ses pattes.
    Froncement de sourcils du praticien qui demande si la vache est toujours comme ça.
    Félicien répond qu’elle est un peu fatiguée en ce moment et qu’il ne sait pas ce qu’elle a.
    Un examen supplémentaire s’avère indispensable, avec prise de sang, et donc une nouvelle convocation… trois jours après.
    Et le sur- surlendemain, quand Félicien fait examiner son animal, il est en parfaite santé .
    Il faut attendre qu’une nouvelle lettre administrative arrive pour se rendre à l’abattoir.
    A la date fixée, même jeu : Brunette arrive devant le vétérinaire l’air vaseux et titubante. Et se retrouve convoquée à une prise de sang, quelques jours plus tard, qui confirme sa bonne santé.
    Retour à la maison. Mais cette fois, un mois passe : plus de lettres administratives, plus de dates fixées pour l’abattoir.
    Brunette a disparu des listes fatidiques. Plus de convocation donc plus d’abattage.
    Félicien, aux anges, laisse encore passer un peu de temps pour confirmer la bonne nouvelle. Et décide enfin que ça vaut bien un petit cordial pour fêter la grâce de Brunette.
    Alors il va dans l’étable, sa bouteille à la main, et remplit généreusement un gobelet qu’il lève à la santé de la vache en lui souhaitant longue vie.
    Quand le téléphone sonne.
    Il dépose son verre encore plein sur une planche voisine et fonce à l’intérieur de l’habitation. C’est une communication anodine qui ne lui prend que quelques minutes.
    Quand il revient à l’étable, il retrouve son verre. Mais aux trois quart vide.
    Deux mètres plus loin, Brunette danse, meugle faux et sa mine est si réjouie qu’on jurerait qu’elle rit.
    « Mordiou !! La bougresse !! » s’écrie Félicien. « Mais c’est qu’elle y prend goût !!! »
    « Va falloir que je lui paie une désintoxication ! »

  6. françoise dit :

    ———
    Ce soir, Félicien ne parvient pas à dormir. 
    Demain, Brunette sera conduite à l’abattoir,
    c’est la loi.  » Sa Brunette « , il l’élève depuis qu’elle est née. Ensemble, ils ont remporté une belle médaille d’or au Salon de l’Agriculture.
    Mourir à l’heure d’été c’est trop mais terrassé par la fatigue il s’endort et fait un rêve : lui et sa Brunette sont partis, destination la Madrague chez Brigitte Bardot. Ce sont de vieilles connaissances : pour preuve sa Brunette sur son front, juste au-dessus de ses beaux yeux, a la marque des lèvres de Brigitte Bardot, traces qu’elle lui avait laissées lorsqu’elle l’avait embrassée quand elle avait reçu sa médaille d’or au salon de l’agriculture et chaque matin, après la traite, Felicien la remaquille soigneusement. Il en a dépensé de l’argent pour ce faire car, dans un premier temps, il a dû acheter plusieurs tubes de rouge à lèvres pour arriver à trouver la bonne couleur et maintenant il lui en faut deux tubes par mois mais comme dit le proverbe « quand on aime on ne compte pas ».
    Ils sont sur une aire d’autoroute pour se reposer et pour permettre à Brunette de manger un peu d’herbe.Il faudra aussi qu’il la trait .Un van arrive et timidement Felicien s’approche du conducteur, lui dit qu’ils font de l’auto stop pour rejoindre la Madrague et lui demande s’il ne pourrait pas les rapprocher.
    Mais vous n’êtes pas dans la bonne direction lui dit ce dernier, par là c’est la direction nord. Bon comme j’aime bien les bêtes et que votre cause est juste
    je vais vous mettre dans le bon sens.
    Et de péripétie en péripétie, ils arrivèrent à la Madrague.
    Soudain, il entendit son patron lui crier « debout là-dedans ! La bétaillère est dehors.
    Félicien la tête sous la couette dit à son patron qu’il ne pouvait se lever car il avait semble-t-il la grippe.
    Le patron n’insista pas et conduisit lui-même Brunette à l’abattoir.
    Depuis Félicien ne cesse de se poser la question « n’aurait-il pas dû accompagner sa Brunette pour la soutenir moralement dans ses derniers instants » ?

     
     

    r

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  7. Liliane dit :

    A la une du quotidien régional :

    Félicien mène le combat pour sauver de la mort Brunette.

    Lire page 7.

    Cela fait des semaines que le Félicien ne parvient plus à dormir.
    Sa Brunette, celle qu’il élève depuis qu’elle est née.
    Sa Brunette, celle à qui le Gouverneur de ce pays a remis la Médaille d’Or au Salon Mondial de l’Agriculture. Les gens d’ici s’en souviennent ! Emus et fiers !
    Sa Brunette, condamnée à mort ! Sans procès ! Direct l’abattoir !

    C’est la Loi !

    Alors Félicien et ses amis ont manifesté, défilé, alerté les médias, les réseaux sociaux.

    Mais la Loi c’est la Loi !

    Demain…demain…

    Mourir à l’heure d’été, c’est trop bête.
    Mourir à l’heure d’hiver, c’est trop triste.
    Mourir à l’heure solaire ? Dans leurs rêves !

    Demain…demain…

    Alors, aujourd’hui, Félicien ne quitte pas Brunette. Il est si triste, si désemparé.
    Il se sent minable ! Il n’a pas trouvé de solution !
    Si Brunette meurt, il mourra avec !
    Une larme s’échappe, glisse sur sa joue ridée, et s’écrase sur Brunette.

    -« Ne pleure pas, Félicien !
    – Que…quoi…tu…, bégaye-t-il.
    – Oui ! Je parle. Je comprends, tout ce que tu dis ! Enfin ! Presque tout !
    – Bru…Brunn…
    – Chut ! Je vais te dire un secret, cher Félicien. Un secret que tu devras garder au plus profond de ton âme. Depuis la nuit des temps, notre race est plus intelligente que ce que vous pensez, vous, les humains ! Mais, nous n’avons pas le droit de nous manifester, car ce serait notre perte. Zéro survivant !
    – Fou…Je suis f….quequeuille Félicien.
    – Et si tu te sers de ce fait pour me sauver, ce sera aussi ta mort assurée.
    – Mais…mai….
    – Respire, Félicien, respire. J’ai un plan. Prépare-toi. Dans un quart d’heure, un ami va venir avec son tractoptère et…
    – Son…quoi…balbutie Félicien.
    – Je t’expliquerai. Et en route vers la planète Presto.
    – Pressss…marmonne Félicien au bord de l’apoplexie.
    – Je t’expliquerai. Mais j’entends le tractoptère ! Vite ! Sauvons-nous !

    Ainsi fut fait.

    Depuis, Félicien est devenu muet.
    Brunette lui raconte à longueur de journée des histoires de terriens.
    Félicien sourit, heureux de vivre avec Sa Brunette sur Presto.

    Paix. Respect. Egalité. Solidarité. Tolérance. Opium.

  8. laurence noyer dit :

    Compression du temps

    Entre deux heures et trois heures cette nuit
    Le temps de…
    Relever un tas de pierres
    Lacher une bombe
    Concevoir 1000 enfants
    Rendre visite à sa mère
    Cueillir un bouquet
    Libérer un prisonnier
    Règler sa pendule
    Mourir
    Traverser Dijon
    Se ruiner au jeu
    Gagner une médaille…

    Entre deux heures et trois heures cette nuit…
    Rien de tout ça n’a été, n’a existé
    L’heure d’été, l’heure virtuelle,
    l’heure de tous les possibles
    Evenements par défaut
    Une heure entière où tout ce qui a lieu n’a pas lieu
    hors-temps!

    Mourir à l’heure d’été c’est top!

  9. Cetonie dit :

    Ce soir, Félicien ne parvient pas à dormir. Demain, Brunette sera conduite à l’abattoir, c’est la loi. «Sa Brunette», il l’élève depuis qu’elle est née. Ensemble, ils ont remporté une belle médaille d’or au Salon de l’Agriculture. Mourir à l’heure d’été c’est trop bête !
    Il ne peut pas dormir, Félicien, il retourne la question dans tous les sens, « comment sauver Brunette ? »
    Mais comment contourner une loi impitoyable ? Il n’est pas très courageux, Félicien, et ne se voit pas tenant tête aux gendarmes qui interviendront, c’est sûr, s’il ne livre pas docilement sa vache chérie.
    Un mot au milieu du brouhaha de la radio qui ronronne en sourdine, il dresse l’oreille: « Zadistes »… la voilà, la solution, rejoindre une Zad où l’on respecte encore les animaux, et où la force publique hésite à intervenir.
    En attendant, il y a l’urgence, il faut trouver une solution : il sort son petit Vito, y fait entrer sa Brunette, et l’entoure soigneusement de balles de foin pour la caler, et assurer éventuellement quelques jours de subsistance. Il vérifie que de l’extérieur personne ne puisse voir l’animal (un voisin jaloux serait trop content de le dénoncer), et prend la direction de la montagne.
    Il s’est souvenu que là-haut, autrefois, on emmenait les troupeaux pour l’alpage, et cette année le printemps est en avance, il trouvera bien un coin déjà déneigé. Et pour le moment il n’a pas d’autre solution.
    Après quelques hésitations, il retrouve le chemin du col de l’Aubisque, et se gare avant de basculer vers la vallée suivante. L’endroit est désert, les touristes ne sont pas encore revenus, il peut enfin respirer un air de liberté et ne s’en prive pas.
    Sans protester, Brunette descend de sa prison, se secoue un peu pour se débarrasser des brindilles de foin qui encombrent ses poils, et se dirige tranquillement vers la pente déjà verdissante.
    Félicien est rassuré, mais tout n‘est pas réglé, il ne peut pas rester ici, il sera vite recherché, et d’ici peu les passages se feront plus nombreux au col, il sera remarqué.
    D’ailleurs, il voit arriver une vieille guimbarde poussive, et cherche déjà ce qu’il va pouvoir raconter à ce visiteur inattendu. Brunette est hors de vue, mais comment expliquer sa présence ?
    Mais celui qu’il voit descendre de la voiture n’est pas un inconnu : il y a bien longtemps, le vieux Basile lui a tout appris sur l’élevage et lui a transmis son amour des animaux. Il l’accueille avec un grand sourire
    -Je suis content de te voir, si tu viens ici aujourd’hui, c’est que tu as une bête à protéger.
    Tu n’es pas le seul, et nous avons organisé une résistance active, un troupeau clandestin qui nous permet de vivre comme nous le voulons.
    Tu peux choisir, nous confier ta Brunette ou te joindre à nous
    À l’idée de devoir rendre des comptes sur l’absence de Brunette, Félicien n’hésite pas, il engage sa voiture sur le sentier discret qui le mène au refuge des résistants, et s’engage avec ardeur dans sa nouvelle vie.

  10. Souris Verte dit :

    Ce soir, Félicien ne parvient pas à dormir. Demain Brunette sera conduite à l’abattoir. C’est la loi.
    Brunette il l’élève depuis qu’elle est née….

    Brunette et Blanchette étaient nées le même jour et tout de suite Félicien avait eu la responsabilité de veiller sur elles… À savoir en fait, qui a veillé sur l’autre !!!
    Blanchette était la joie toute simple d’exister, une sorte de fée Joyeuse avec sa clochette qui tintinnabulait quand elle sautait par-dessus les taillis.
    Brunette, plus posée savait calmer les ardeurs et de sa cousine et du jeune Félicien qui trouvait que ces deux bêtes là lui créaient beaucoup d’occupations au lieu d’ aller jouer avec ses copains.
    Aujourd’hui, la décision est tombée : demain, Brunette quittera la place.
    Tout à coup, le petit prit conscience du vide qu’elle laissera. La tête dans les mains, commença à s’interroger. Avait-il bien pesé le bonheur de ces moments de tendresse ? S’en était-il rendu compte seulement ?
    Pris du vertige de l’inconnu il alla encore un soir s’allonger entre elles deux.
    « Blanchette, il faut que je te dise, demain  » ILS  » emmènent Brunette, il paraît qu’elle a fait son temps !»
    C’est quoi au juste ‘ son temps ‘? Ça se mesure ?
    C’est Brunette la ‘ réfléchie ‘ qui répondit
    -le temps, c’est celui que les hommes lui donnent.
    -mais alors, pour les petits garçons c’est pareil ! L’ année prochaine c’est moi qu’  » ILS  » dégageront ?
    Il commençait à s’inquiéter sérieusement.
    -allons donc, regarde tes parents et ton papi… Ils sont toujours là.
    – oui mais moi on me dit souvent que je ne suis pas un bon p’tit gars et pas toujours gentil.
    Et puis… Et puis…
    Le silence qui suivit alourdit les mots, ces mots énormes qu’il allait prononcer et qu’il n’ avait jamais dits… Peut-être parce qu’il ne savait pas que ça existait.
    Et puis… Et puis… Je t’ aime ma Brunette et ma Blanchette aussi…
    Ça y est, c’est dit… C’est lourd ce silence pesant de l’or de la tendresse et de l’amour réunis. Jamais il n’avait eu conscience du poids de ces mots là. Et aussi… Que va-t-on devenir sans toi ?
    Était-ce ça : le bonheur ? Pourquoi on ne me l’a pas dit que j’étais en période de bonheur ? J’aurais pu en profiter davantage si j’avais su qu’elle allait précéder celle du chagrin.
    C’est toujours comme ça ?
    Il faut se presser alors, se presser de tout, d’avaler, sentir, courir… Se presser de marcher lentement pour respirer doucement, petit à petit chaque fleur qui, elle aussi dans quelques jours sera partie.
    Mais si on se presse autant, a-t-on encore le temps de profiter quelques instants de ce bonheur qu’ ON veut nous enlever ? Qui décide ? Parce qu’il devrait savoir que toi, Brunette tu choisissais ton herbe et les fleurs du moment. Et pourquoi demain ? Qui décide sur quoi sur qui ?
    Le petit Félicien est fatigué et contre sa Brunette et sa Blanchette s’est endormi.
    Demain… c’est l’été.

  11. claire Vanquaethem dit :

    Mais c’est la loi de la vie, comme on dit. Alors il essaie de changer ses pensées, de penser à l’au-delà, à comme elle seras bien accueillie, là haut, au Paradis. Et sur cette pensée il respire calmement, et laisse le sommeil l’emporter au pays des rêves. ..

  12. grumpy dit :

    Madame Brigitte Bardot,

    Je viens par la présente vous féliciter de votre lutte ardente et infatigable pour la protection de la race animale, et j’éprouve une immense admiration envers le courage constant dont vous faites preuve pour sa défense.

    Moi-même fervent ami des bêtes, bien que je n’aie absolument pas une âme de délateur, je me dois de vous informer de l’intolérable et révoltante conduite d’un propriétaire de blog d’écriture. Celui-ci propose en effet de très bonne heure chaque samedi matin le sujet de la semaine.

    Or, il se trouve que, sournoisement, il propose de manière épisodique un sujet touchant la race animale de manière négative et souvent assassine.

    Je vous communique ci-dessous la liste de 11 sujets répréhensibles portant préjudice à nos chères bêtes, suggérés, pas moins, en seulement l’espace d’une année :

    – les difficultés d’un escargot à escalader une feuille de chou
    – la petite chèvre de Monsieur Seguin (souvenez-vous comment ça a fini)
    – la mouche qui cassait les pieds du Sultan
    – Monsieur Papillon et ses problèmes
    – les mouches ‘chieuses’
    – une maison où tout se met à miauler
    – les avatars d’une jeune langoustine
    – devinez qui on mangera à Noël ?
    – les chèvres du Chevrier transformées en chaises
    – la chasse à un rat des villes
    – la vache conduite à l’abattoir (et vous savez comment ça s’y passe)

    Vous rejoindrez certainement mon avis sur le fait que ces sujets sont des provocations injustes et abusives et qu’il est grand temps d’y mettre fin. C’est pourquoi je requiers votre aide afin que vous interveniez en haut lieu et que vous fassiez entendre votre voix de révolte.

    Je suis certain, Madame, étant donné le nom que vous portez, et moi-même me nommant Marcel Mulot, que nos protestations réunies portées à la fois par le gouvernement et la Presse seront prises en compte par le responsable ci-dessus évoqué. Il aura désormais tout loisir d’imaginer s’il le souhaite des sujets s’en prenant à la race humaine, ce qui ne pourra que nous rasséréner.

    Agréez, Madame, mes salutations aussi pleines d’espoir que respectueuses.

    M.M.

  13. iris79 dit :

    Ce soir, Félicien ne parvient pas à dormir.
    Demain, Brunette sera conduite à l’abattoir,
    c’est la loi.  » Sa Brunette « , il l’élève depuis qu’elle est née. Ensemble, ils ont remporté une belle médaille d’or Au Salon de l’Agriculture.
    Mourir à l’heure d’été c’est trop bête. Son heure n’est pas encore venue. C’est ça qu’il voudrait leur dire à tous Félicien.
    Mourir à l’heure d’été quand la nature renaît, quand l’herbe devient plus grasse et promet un lait onctueux comme on n’en fait plus ! Pourquoi tuer Brunette, hein ?
    Ah oui , il paraît qu’elle est malade ! Et alors ? Il y a un abattoir pour les humains malades ? La brunette est vieille mais Félicien voit bien au fond de son regard bovin que la vie n’est pas partie, qu’elle irait bien encore, la Brunette, chasser les mouches dans son pré avec les copines. Le mal qui la ronge n’est pas encore si terrible. Il sait qu’elle veut simplement profiter de ces vertes prairies, attendre le soir le retour de Félicien qui lui flatte la croupe à elle comme à ses amies, que toutes il appelle par leur prénom.
    Elle,elle sait la chance qu’elle a d’être née et d’avoir grandi ici.

    Elle le sait parce qu’au salon de l’agriculture, elle n’a pas fait que recevoir une belle médaille. Elle a reçu plein de témoignages de ses congénères aussi dont certaines lui ont raconté des choses qui l’ont bouleversées. Des conditions de vie effroyables, des choses atroces que Brunette n’aurait jamais imaginé. Certaines,la plupart même n’ont découvert les alentours de leur ferme qu’en montant dans les camions qui les menaient au salon. Elles en ont pleuré en découvrant les champs verdoyants à leur porte, elles croyaient avoir pourtant épuisé leur chagrin depuis longtemps lorsqu’on leur retirait leur veau et qu’on les parquait dans des box équipée d’une grille digne de celles des barreaux d’une prison. Quand elles les entendaient pleuré sans pouvoir les rassurer.

    Par chance elle avait échappé à tout ça. Bon sang recevoir un prix, une médaille d’or, c’était pourtant facile à comprendre que c’était plus facile à gagner quand on était bien traitée ! « Une force de la nature, belle robe, robuste » qu’ils disaient ! Ben pardi là où je vis avec les bons soins de Félicien, sûr que ça coulait de source !

    La Brunette toute abasourdie avait été choqué par toutes ces histoires. Etourdie par tant de chaos, de bruits, d’artifices et de mensonges. Elle avait été fort soulagée de reposer ses sabots dans sa terre natale, un peu plus reconnaissante envers Félicien de son quotidien et fière de lui, libérée de ne pas avoir vécu dans une de ses fermes de mille vaches que certains s’enthousiasmaient de voir grandir.

    Elle voyait bien aussi dans le regard de Félicien qu’il voulait continuer à vieillir ici aussi. Ils partiraient quand leur heure serait venue, c’est tout.

    Demain elle n’ira pas à l’abattoir, Félicien ne la fera pas monter dans le camion. Elle lui fait confiance. Il trouvera un moyen.

    Et s’il ne le peut pas, elle ira de son pas de course alerte et puissant filer dans le pré où elle se régalera dans un dernier repas des plantes toxiques contre lesquelles les anciennes les avaient mise en garde elles et ses sœurs au cours de ses jeunes années et qui seraient peut-être demain l’assurance de mourir dans ces vertes prairies, les collines de son enfance.

  14. Maryse Durand dit :

    Mourir à l’heure d’été, quand les prairies s’étalent, si vertes et toutes piquetées de fleurs de pissenlits, promesse de bon lait crémeux, quand les premiers papillons virevoltent dans l’air léger, ça n’a pas de sens !
    Lorsqu’il menait le troupeau à la pâture, c’était toujours elle qui marchait en tête, ses cornes bien dressées et ses yeux cernés de noir, telle une actrice entrant en scène. Et, au soir, quand l’angélus égrenait six coups au clocher, elle prenait d’elle-même le chemin du retour, à l’heure pour la traite, et toutes ses congénères la suivait aveuglément. Hélas, lors du dernier contrôle, le vétérinaire avait porté un verdict fatal à son encontre : atteinte d’un virus incurable, elle pouvait contaminer le reste du troupeau et devait être abattue, c’était la loi ! Jamais Félicien ne retrouverait une telle perle, et puis, c’était sa Brunette. Il imagine la scène du lendemain : la bétaillère arriverait et Brunette devrait y monter, un peu surprise de ce voyage inattendu. La suite, il la connaît…. pourvu qu’elle ne souffre pas… son corps superbe giserait, alors, déchu…
    Mais Félicien en est certain, l’esprit de Brunette s’élèverait alors pour rejoindre les grandes prairies éternelles, et évoluer parmi ses lointains cousins, les bisons, éradiqués il y a plus d’un siècle, au nom d’une autre loi.

  15. Odile Zeller dit :

    Un joli texte
    Quelle belle idée de vacances en Normandie pour une vache et belle descripiton du salon de l’agriculoure.

    Merci

  16. Blackrain dit :

    Ce soir, Félicien ne parvient pas à dormir. Demain, Brunette sera conduite à l’abattoir,c’est la loi. » Sa Brunette « , il l’élève depuis qu’elle est née. Ensemble, ils ont remporté une belle médaille d’or au Salon de l’Agriculture. Mourir à l’heure d’été c’est trop…

    …injuste. Il pleut comme vache qui pisse sur le moral de Félicien. L’heure d’été sonnera le glas de son exploitation. Son troupeau va être décimé. Après avoir longtemps mangé de la vache enragée, la porte qui s’ouvrait enfin sur un avenir BIO, vient d’être condamnée par une clef ESB (encéphalopathie spongiforme bovine) dont il refuse l’origine. Il se sent comme damné par la malédiction du veau d’or. Il tremble de tous ses membres en tenant dans ses bras sa Brunette, qui elle ne tremble pas.
    Il pleure, il hurle « Mort aux vaches ! ». Il hurle sur les bleus qui vont peindre son petit matin aux couleurs du désespoir, qui vont rouer de coups le cœur de son exploitation en lui prenant ses vaches, ses enfants laiteuses. Il hurle après tous ceux qui l’on roulé dans la farine, une farine animale, pétrie par un profit facile et anthropophage qui vient aujourd’hui lui voler son pain.
    Il dit adieu à sa Brunette mais ne dit rien à Dieu. Il ne prie plus depuis les années 90, depuis que le « prion » lui prend le cerveau et punit la folie des hommes.
    Il pleure sur sa Brunette, une vache qui n’est pourtant pas Brune mais Montbéliarde, race qui se conte Suisse et Comtoise, une Comtoise disparue sur les aiguilles du temps.
    Il ne voulait pas uniquement de race à viande, pantoufler en Charolaise ou rouler en Limousine. Il voulait voir sa vache allaitante, la voir aller tante ou mère avec son veau, pour que chaque jour sa bouche rit avant de s’en aller à l’abattoir, pour que les images tartines de « la vache qui rit » soit de vraies contes de faits.
    Il l’aime d’amour sa Brunette, sa médaillé qui le rendait si fier. Quelques tendres souvenirs viennent assécher ses larmes. Sa Brunette se tache de rousseur sur sa dominante blanche et lui sourit bovine lorsqu’il la traite avec douceur. Elle le meugle jalouse lorsqu’au salon de Paris il fait les yeux doux à une blonde d’Aquitaine. Elle remue la queue lorsqu’il programme à la télévision la résistance d‘une Aubrac ou la noirceur d’un Dexter qui élimine les peaux de vaches.
    Les images d’Aubrac et de Dexter alimentent alors sa résolution. Ces peaux de vache du profit et de la PAC, ils vont connaitre un lundi noir de Pâques. Il va mettre Bruxelles dans les choux, porter la terreur paysanne jusqu’au cœur des villes, des vils créateurs d’une production inhumaine, de cette créature Devil, le diable Veau d’or, un diable qui ne vit que par l’or.

  17. Nadine de Bernardy dit :

    Ce soir Félicien ne parvient pas à dormir.
    Demain Brunette sera conduite à l’abattoir,c’est la loi.
    Sa brunette, il l’élève depuis qu’elle est née.Ensembleils ont remporté une belle médaille d’or au salon de l’Agriculture.
    Mourir à l’heure d’été c’est trop injuste

    Ne pouvant se résigner
    Sa Brunette abandonner
    Le lendemain a acheté
    Un aller simple pour deux billets
    Afin d’aller se réfugier
    Dans ces très lointaines contrées
    Là où les vaches sont sacrées.

  18. Odile Zeller dit :

    Ce soir, Aurelien ne parvient pas à dormir.
    Demain, Brunette sera conduite à l’abattoir,
    c’est la loi.  » Sa Brunette « , il l’élève depuis qu’elle est née. Ensemble, ils ont remporté une belle médaille d’or au Salon de l’Agriculture. Mourir à l’heure d’été c’est trop cruel. Non il ne peut pas. Brunette, sa gentille vache qui passe la tête à la fenêtre et mâche ses pâquerettes. Elle avait tourné pour «  La vache et le prisonnier «  avec Fernandel. Une vedette ! Et son lait crémeux, onctueux, goûteux, pas le liquide infâme des packs UHT. Sinon un désastre administratif… le matricule 78501 … il s’en souvenait encore et pourtant lui les chiffres et les mathématiques… exit le dossier 78501, classé, affaire réglée.
    Archiver Brunette non il ne pouvait pas… elle meuglait quand on partait dans la vieille traction … Elle était saine, valide, en pleine forme… le lait, il l’aurait ou, son lait ? Plus une laitière au village que des veaux et des génisses dans les prés pour la viande. Encore un argument contre Brunette, la dernière… On ne passerait plus prendre son lait. De toute manière il devait déménager alors … lui aussi il était de réforme… dossier classé …
    Agriculteurs de père en fils chez les Broussard … il avait promis de tenir la ferme. Il avait tenu parole.
    A 83 ans il avait encore bon pied bon œil, juste la mémoire … une vache, un potager c’était trop demandé… on s’occuperait de lui … tu parles comme de Brunette … un jour …
    Un craquement, le claquement d’un volet le réveilla en plein sommeil, trempé de sueur. Ce bruit de sabots sur le sol sec de la cour c’était quoi ? Une vache ?
    Il poussa les rideaux empoussiérés, Brunette, une Holstein noire et blanche … Elle était là, dans la cour, une pâquerette dans le museau , sa Brunette. Mais non, il avait une hallucination… Le notaire allait arriver, pour lui faire signer l’acte de vente des bâtiments … la maison de retraite … plus de vaches depuis 10 ans, quelques plate-bandes, des poules … tout était parti, donné.
    Brunette venait vers lui, elle hochait la tête, il voyait le plastique orange pale à son oreille droite … elle meuglait… comme pour Aurélien, quand il était petit, au retour de la classe… il sentit une larme coulée sur sa joue creuse et une 4L entrer dans la cour … certainement le nouveau voisin, celui de la ferme … juste à côté…

  19. durand dit :

    Ce soir , Félicien ne parvient pas à dormir. Demain , Brunette sera conduite à l’abattoir, c’est la loi. « Sa Brunette », il l’élève depuis qu’elle est née. Ensemble, ils ont remporté une belle médaille d’or au Salon de l’Agriculture. Mourir à l’heure d’été c’est trop con.

    A l ‘instant où les fleurs fraîches s’emparent du vert des pâturages, à décorer la nouvelle veste de saison de boutons d’or. Pour Félicien, ce n’est pas possible.

    Alors il a bricolé toute la nuit. Pour demeurer bien concentré , il a installé sa Brunette dans la chambre. Elle broute son vieux matelas mais il s’en fout.

    Il a coupé l’antique télé, le sombre fil le rattachant aux obscurités des villes. En plus, ce soir-là, c’est leur émission à la noix… Lui, il sait bien que l’amour n’est pas dans le prêt à porter. Qu’au contraire, ça se tricote tous les matins, dès le lever et l’entretien des soleils possibles du quotidien.

    La Brunette, elle mâchonne un coin des rideaux fleuris puis le recrache. Elle aurait besoin de lunettes. A moins que ce ne soit une petite allergie aux frais pollens.

    Félicien a retrouvé les plans de Leonardo. Un fameux bricolo, ce macaroni à la voix de polenta, un jour descendu des Abruzzes pour cette vaste plaine gauloise. Le paysan, lui n’a jamais flirté qu’avec les mécaniques de tracteur, pas d’Alfa, pas de Roméo…encore moins de Juliette…une fois, une Julie…!

    Il lui reste de l’atelier d’une vie, un petit moteur, quelques planchettes de bois et de la toile de tente. Alors, il découpe dans le cœur de l’arbre, il huile les rouages du mystère, il découpe l’enchevêtrement des fils…il s’inspire, il transpire.

    A deux heures du matin, la lune a baissé sa paupière. Elle aurait besoin d’un bon café pour suivre la finalisation du projet.

    Félicien a sorti sa Brunette du lit: « Allez, ma belle, c’est l’heure! ». Il lui peaufine une dernière traite, une manuelle, une tendre et mousseuse.

    « Pas de poids inutile » lui chuchote- t-‘il dans l’oreille avant de lui brosser une dernière fois le tendre rond de sous- noix. Félicien lui cale son fragile montage sur le dos. Il le sangle sous le tendron, pas trop serré.

    Sa Brunette, elle suit le mouvement. Depuis le temps, elle a confiance en son Félicien. Jamais un tour de cochon. Elle l’accompagne sur la colline.

    Quand le petit moteur se met à ronronner et les ailes à s’ébattre, elle se laisse porter. C’est un bon vent d’aventure, une douce brise à l’envers des courants de la logique.

    Félicien a un peu tourné le vieux banc pour suivre le décollage.

    Il entame une nouvelle petite musique, un rêve de concert.

  20. Christine Macé dit :

    Tu te souviens ma Brunette comme on était heureux et fiers aussi : pense donc, la Capitale ! Vingt ans que j’y étais pas venu ! D’habitude, y m’suffisait de regarder les reportages à la télé, mais cette année, toi et moi, on allait faire le voyage. Je t’ai bichonnée et j’ai fait réviser le vieux van par Raymond, le garagiste : à 70 à l’heure, on a pris la route de Paris.
    Sur le périph, on a bien failli rater la sortie. J’avais pourtant mis mon cligno dès que j’ai vu le panneau « Porte de Versailles ». Pas commodes les Parigots : on en a pris des coups de klaxon et des engueulades, mais on s’en foutait, pas vrai !
    Y’en avait du peuple au Salon, bien la moitié du pays ! Et des belles bêtes aussi : une sacrée concurrence ! On a attendu un bon bout de temps avant de pouvoir s’installer : dans un coin, près des WC, ça sentait un peu comme chez nous mais, au moins, y’avait du passage !
    Et au final, c’est nous qu’on l’a eue la médaille, ma Brunette. Avec les photographes, France3 Auvergne, et même le Président !
    Une fois rentrés, ça a été la fête au village. Le maire a payé sa tournée et le Jean-Marc, de la ferme voisine, est venu me serrer la pince. J’voyais bien qu’il était jaloux comme un poux, mais il a fait comme si on était potes. Les p’tits blancs ont défilé et j’suis rentré beurré, dormir avec toi à l’étable.
    La médaille, elle est toujours sur la cheminée avec la photo du Progrès.
    Sauf qu’aujourd’hui, c’est plus la fête. Paraît qu’t’as un mauvais virus. Moi j’dis qu’le véto c’est un traître. Et qu’il l’emportera pas au paradis… si un jour il y va ! Qu’est-ce t’as donc fait pour choper la maladie ? J’arrive pas à l’croire qu’y vont venir te chercher, soi-disant que c’est la loi. Vu qu’t’es la seule vache de la ferme, et qu’t’as jamais vu l’taureau, j’vois pas comment t’as pris la contamination ? J’serais pas étonné qu’ça vienne de chez l’Jean-Marc. : bien capable de nous jeter le mauvais sort, ce faux derche !
    Pourquoi y veulent pas te laisser mourir en paix ici ? Une question sanitaire, y carillonnent ! A force de vouloir que tout soit nickel, c’est nous, les paysans, qu’on va lessiver !
    Demain, c’est l’heure d’été : une belle invention, ça encore ! Dire qu’il faudra y aller une heure plus tôt à l’abattoir, si c’est pas malheureux !
    Mais t’inquiète pas, ma Brunette, j’ai pas dit mon dernier mot. Quitte à faire sonner le réveil plus tôt, on va filer avant l’arrivée des charognards. La Normandie, ça t’dirait ?

    Bon week-end, Christine

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