391e proposition d’écriture créative imaginée par Pascal Perrat

 
Inventez l’invraisemblable dictée de Mère Imée 
grammairienne renommée et
tortionnaire d’écoliers

 

Chaque proposition d’écriture créative est une bataille contre la routine et l’endormissement de l’imagination. Un petit combat pour maintenir en vie l’enthousiasme d’imaginer, d’inventer, de créer. Quand aucun défi n’est à relever, notre créativité somnole.

 

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24 réponses

  1. Françoise - Gare du Nord dit :

    Dictée de Mère Imée

    « Quand Carmen soulevait sa jupe, les hommes se lâchaient, les femmes enrageaient et même les chiens jappaient!

    Don José, éperdu d’amour, fier de son job de brigadier et de ses gages, la couvrait de bijoux, des broches, des chaînes etc …

    Mais un ténébreux toréador, du nom d’Escamillo fit son apparition. Dès lors, Carmen s’en éprit et l’avoua à Don José.

    « Dégage Jojo ! Je préfère Escamillo, c’est un baryton qui a plus de coffre que toi et du chien lui !«  déclara Carmen avec un geste d’agressivité.

    – « Mais… Mais… » implora le caporal de dragons de sa voix de ténor

    – «  Lui ne me fera jamais vivre dans de sinistres bouges où le gel nous arrache …» ajouta la cruelle gitane

    – « Ma … Ma … » l’interrompit l’Andalou bafoué

    – « Maintenant je souhaiterais que tu me laisses » asséna la volcanique cigarière

    – « Ca… Ca… » bafouilla le Sévillan

    – «  Honte à toi ! Cache-toi »  hurla la belle et infidèle bohémienne

    -«  Misérable gi… gi… » explosa le malheureux éconduit tout en étranglant l’ingrate

    Ainsi finirent les amours malheureuses et en même temps l’existence de Carmen

    Voici la dictée de Mère Imée. Combien d’élèves, certains d’avoir 0 faute se sont vu remettre leur copie ci-dessous notée 0 ? Combien de générations d’écoliers a-t-elle ainsi accablés, involontairement, à cause de son zézaiement, de son susseyement et de son bégaiement ?
    Dictée de Mère Imée

    « Quand Carmen soulevait sa zup, les hommes se massaient, les femmes rageaient, et même les chiens jappaient!

    Don José, éperdu d’amour, fier de son zob de brigadier et de ses gaz, la couvrait de bisous, des brosses, des scènes etc …

    Mais un ténébreux toréador, du nom d’Escamillo fit son apparition. Dès lors, Carmen s’en éprit et l’avoua à Don José.

    « Dégage Zozo ! Je préfère Escamillo, c’est un baryton lui, il a plus de coffre que toi et du sien en plus !«  déclara Carmen avec un zeste d’agressivité.

    – « Mémé… » implora le caporal de dragons de sa voix de ténor

    – «  Lui ne me fera jamais vivre dans de sinistres bouses où le zèle nous harasse …» ajouta la cruelle gitane

    – « Mama … » l’interrompit l’Andalou

    – « Maintenant je souhaiterais que tu me lèches » asséna la volcanique cigarière

    – « Caca.. » bafouilla le Sévillan

    – «  Honte à toi ! Casse-toi »  hurla la belle et infidèle bohémienne

    -«  Misérable zizi » explosa le malheureux éconduit tout en étranglant l’ingrate

    Ainsi finirent les amours malheureuses et en même temps l’existence de Carmen

  2. Maryse Durand dit :

    « Ouvrez vos cahiers et écrivez ce prolégomène » :
    Un énergumène, ex-catéchumène, vivait en ermite, dans un habitat troglodyte. Ce sans-gêne insolite, qu’un curieux phénomène habite, chaque matin son regard promène sur son petit monde cosmopolite. Puis, descendant de son gîte, au pied du grand chêne, il cogite. Ses pensées s’égrènent, roulent et crépitent, sans freiner sa peine, il se démène sans limites.
    Mais sur l’avant-scène propice à son règne, soudain se ramène une curieuse visite. Poussiéreux, loqueteux, un individu, sans la moindre gêne, jeta sur l’ermite un regard peu amène. Rivalité explicite ? Ou deux Sages pour le prix d’un ? Le petit monde hésite, soupèse, mérite pour mérite… Alors les deux Sages, boudant la scène, quittent le site, main dans la main, comme deux acolytes.

  3. Claude DUCORNETZ dit :

    Quelle était prospère l’auberge de Mère Imée ! Aidée du Père Igord, un moine d’origine russe, elle y organisait des séminaires…
    Le Père Ron et le Père Gola, chargés de l’accueil, attendaient les derniers invités près de la porte d’entrée, tandis que le Père Istyle, toujours un peu solitaire, observait les arrivants, le dos contre une colonne de pierre…
    Dans la cour intérieure, la Mère Guez s’occupait d’allumer un barbecue, chargeant la grosse Mère Lin, guère enchantée, d’aller fendre du bois. A la cuisine, la Mère Imée s’activait aux fourneaux, tout en sifflant un air de Carmen et le Père Sil préparait une salade à sa manière. Dans la salle à manger, le Père Nod remplissait les verres et le Père Colateur proposait des boissons chaudes…quand le Père Itif fit son apparition :
    « Ah, Père Itif, vous arrivez à l’heure intelligente » lui dit sournoisement le Père Sifleur, qui connaissait son penchant prononcé pour la bouteille.
    Le Père Ignon sabra d’un seul coup une de ses bouteilles à bulles (de Pape évidemment) : il avait vraiment un don, le Père Ignon !
    Le Père Missionnaire et la Mère Cenaire apparurent au bout de l’allée, bras dessus, bras dessous se racontant leurs histoires étrangères : le premier débarquait d’Afrique, évidemment, Mère Cenaire, elle, personne ne savait d’où elle venait !
    Là-bas, près du bar, Père Emptoire assénait ses vérités au Père Plexe qui hochait la tête en signe de circonspection, tandis que le Père Iphrase s’embarquait dans des explications à n’en plus finir.
    Quand le Père Noël expliqua que c’est en passant par la cheminée qu’il avait noirci sa robe de bure, le Père Nod rit car plus personne ne croyait aux histoires du Père Noël !
    Ce n’est qu’à la quatrième annonce de la Sœur Iner que les convives comprirent qu’ils devaient prendre place à la table. Le Père Oraison se lança dans interminable discours, ponctué seulement par le timide Père Roquet reprenant en écho chaque fin de phrase…
    Mère Imée annonça à l’assemblée que la Mère Moz ne viendrait pas, elle s’était égarée avec son avion du côté de Dakar.
    Quand la petite Sœur Ise se présenta à la porte, le Père Du, qui errait dans les couloirs, la heurta brusquement. La pâtisserie qu’elle tenait dans ses mains tomba par miracle intacte sur un fauteuil, mais la sœur trébuchant sous le choc alla s’asseoir sur le siège : que c’était drôle de voir la petite sœur Ise sur le gâteau !
    Le Père Sonnel, de service ce jour-là, apporta les plateaux de viandes sur la table : il y avait des morceaux de veau et de chevreuil, et chacun de s’interroger : fallait-il dire « cuisseaux » ou « cuissots » ?
    « On n’a qu’à dire cuisse » dit le Père Missif pour mettre tout le monde d’accord.
    Le repas fut pris avec appétit par tous !
    Profitant de l’ambiance joyeuse Le Père Cepteur fit le tour de la table pour récolter des dons.
    A un moment, le Père Ception, attentif au moindre détail, remarqua que le Père Issable n’avait pratiquement pas touché à son assiette, lui qui faisait d’habitude si attention à ne rien jeter. Chacun s’interrogeait, mais le Père Spicace comprit le premier que le Père Issable faisait un malaise…
    Tout le monde se rassembla autour du pauvre Père tout pâle, sur le point de s’évanouir. Il fallait faire quelque chose. Le Père Manganate et le Père Chlorate proposèrent une décoction de leur cru, et le Père Limpinpin un peu de sa poudre magique, mais l’assemblée des Pères hésitait, débattait, s’interrogeait : pouvait-on leur faire confiance ? Le Père Fide, qui détestait le Père Issable, suggéra de ne rien faire, mais le Père Suasif fit entendre sa raison : la Sœur Ingue, qui était infirmière, fut appelée d’urgence.
    Que contenait la piqure que fit la Sœur Ingue au malade, nul le sut, mais il se rétablit immédiatement, au contraire du Père Idural qui, à la vue de l’aiguille, s’affaissa dans son fauteuil, comme anesthésié !
    Puis la Mère Idienne sonna l’heure de la sieste.
    Les Pères s’installèrent sur les divers sofas, fauteuils et canapés du salon pour, dans le calme, se remettre de leurs émotions et digérer un peu avant de repartir. Le Père Vers profita du mouvement de foule pour susurrer quelques paroles osées à l’oreille de la petite Sœur Ise, qui rougit comme une tomate.
    Enfin, la Mère Imée vint saluer tous les séminaristes avant leur départ, et le Père Omnia Saecula Saeculorum, qui s’était déplacé pour l’occasion, leur souhaita une bonne route.

  4. Souris verte dit :

    🐀L’USAGE DES MOTS ET LEUR TRAVERS

    La Mère Imée lisait de sa voix forte et convaincante, les mots que nous devions écrire sur nos cahiers.
    Et nous serrions et le porte-plume et les fesses tant nous étions attentifs à ce que nous marquions sur le papier, aussi par peur des représailles.
    Écrivez :
    L’usage des mots et leur travers.
    Méfiez-vous des hypocrites – attention! dit-elle, il y a deux pièges.. avec un I et un A à la place du I, et toc, le sournois devient médecin- car il en va des mots comme des gens, des gens bons et des mots laids… et de bons mots auxquels on ne résiste pas, ces charmeurs qui se disent de la même façon mais nous étonnent par leur sens divers..
    D’hiver, comme en toute saison l’usage sage des mots doit être raisonnable, sans fioriture, mais juste car le mot qui trahit la pensée est banni voire dangereux s’il est mal compris. Il faudra alors faire un compromis; c’est la loi.
    Au taquet, l’attaqué se défend, coupe le trait d’union, plus de liaisons. Les S se rebellent refusant d’ être en Z et les X avec. De fois  »z’en » fois ! Deux  »z’en » deux !
    Déjà bien assez de l’être avec tour de reins… Non ! Ce n’est pas Rien !!! Chaque lettre a sa place… Un tour de rien !!! Non ! Un tour pour rien oui, parce qu’un Pour, pour un De et hop! On n’a plus mal… La magie des mots !!!
    On aime le H aspiré, doux comme celui de la houpette en duvet de cygne… attention dit Mère Imée, si vous oubliez l’ O c’est le cri de l’oiseau: la Hupette que vous entendrez et si vous aspirez le H pour un R vous aurez une roupette… La plus connue est celle de sansonnet qui ne vaut pas plus cher que la monnaie de singe !!!
    Méfiez-vous, soyez sur vos gardes, mais fiez-vous à moi, pour vous faire éviter les chausse-trappes, les attrape-nigauds pour les têtes de linottes, les têtes en l’air qui baillent aux corneilles ou qui regardent les mouches voler…
    Trois points de suspension..

    Ça suffit pour aujourd’hui, fermez vos cahiers.

    Ça finit bien, et je crois que, dans la dictée, de cet assemblage de mots, ce sont ces points de suspension que je préfère, Ils laissent la place au rêve, bien alignés ils guettent en catimini une suite éventuelle.🐀

  5. Michel-Denis ROBERT dit :

    Antoine aimait s’adoniser. Aussi stricte sur la toilette que sur l’orthographe, sa mère Imée lui avait inculqué les règles de bienséance. Elle ne tapait pas sur les doigts, elle avait, par contre, une méthode infaillible. Une dictée mémorable avant de partir à l’école. Parfois il devait rédiger une petite dissertation en grec ou en latin et en vers dactyles.En souvenir, il avait gardé un satisfecit qu’il avait encadré. Sa mère lui en remettait un quand il n’avait fait aucune faute. Il en avait collectionné une petite dizaine. De ces contraintes, il fit un maximum pour s’en départir mais il était resté à cheval sur certaines habitudes.

    Ce matin-là, il brossa ses bacchantes devant la glace, puis en regardant le billet affiché, il égalisa le mésophryon. Ce terme lui rappela de beaux souvenirs. C’était important pour l’harmonie de son visage. Il pensa à un milliers de choses disparates. Il eut envie de flâner tel un leude, un jour de fête.

    Dans dix jours, il toucherait sa première retraite. Officiellement, à la paierie, on lui avait dit qu’il avait une possibilité optative.
    Il avait choisi la préretraite grâce, ou plutôt à cause de son contact prolongé avec la wocheinite. Et donc ses occupations pouvaient s’orienter vers des parties de chasse.

    La semaine passée, la femme d’un chasseur avait confectionné de drôles de petits gâteaux bacciformes.  » C’est plus facile à ranger, avait-elle dit. » Antoine en avait rempli son cache-platine, mais en se précipitant, sous les ordres, vers un bocquillon, il s’empiergea dans un rubus et s’entrucha avec un des ces gâteaux devenu déliquescent et son rifle s’encrassa dans la gadouille. Cette journée lui laisserait, en plus le méchant souvenir d’un cerf en cacothanasie.

    Son emploi du temps dépendait de la météo locale. En attendant le programme, il zappa sur un documentaire de papyrologie qui décrivait la façon d’emballer les momies d’infules.En écoutant le commentaire, il s’occupa de l’hydrie bleue qu’il garnit de grémillets unicaudes. Puis il jeta les myosotis fanés.

    Il retira le flipot qu’il avait coincé sous la porte de la salle de bains. Il zappa : un western qui se déroulait dans une mine aurifère. Un cow-boy cherchant fortune avec son riffle qu’il plongeait dans le sable venait de découvrir un ichtyornis fossile. Sa gloire était faite.

    Il chaussa son trilby et s’efforça de faire bonne figure en se regardant de nouveau dans la psyché. Il s’était rasé d’un peu trop près et un érythème sur la joue le démangeait. « Ca passera, se dit-il ».

    Il salua son porte-bonheur, un scytale de général spartiate.

    C’était jour de marché. Avant de partir, il nourrit ses quatre harles et s’en alla vérifier ses fourrées grillagées. Il découvrit quantité d’insectes flottant sur l’eau que les carpillons gavés dédaignaient.

    Il y avait là des thrips, des courtilières, des tigres du poirier, des fourmis lion, des psoques, des cerfs-volants, des nymphales, des noctuelles, des sphinx, des oestres dont les larves se développent dans l’intestin du cheval, des xylophages, des ilybies quatre-taches et une cicindèle en train de se noyer. Un entomologiste aura jeté sa collection. Il s’empara de la freloche qu’il emplit de ces insectes. Il les jeta dans la fourrée d’à-côté où les poissons étaient plus matures.

    Un vent échars changea soudain de rhumb emportant son trilby. « Un sombrero Bogart aurait mieux tenu, se dit-il. Il croisa une femme en tchador… Ou un tchador, murmura-t-il. C’est plus hermétique. »

    Chez le mytiliculteur épaulu, il commanda des rollmops et des telphuses pour la semaine suivante. Plus loin il commandera des raisins élèmes

    Un engoulevent cria au-dessus de sa tête. Il croisa le manadier du village. Il s’attarda sur les occupants de l’hippocycle. Un flie se leva, il pressa le pas.

  6. Clémence dit :

    391. Inventez l’invraisemblable dictée de Mère Imée , grammairienne renommée et tortionnaire d’écoliers…

    C’est avec une certaine effervescence, pour ne pas dire une effervescence certaine, qu’elle ouvrit la fenêtre. Cette ouverture quotidienne et matinale lui était devenue vitale.
    Elle, la petite Provinciale, se métamorphosait en reine de l’univers, en impératrice de tous les savoirs.

    Ce samedi matin, elle commença par la première page de ses favoris. Un titre retint son attention. Le contenu en valait la peine. Elle cliqua sur l’étoile en se disant que la lecture se ferait en un moment plus propice.

    Avec application, elle ouvrit la deuxième page de ses favoris. A nouveau, son regard s’attarda sur un titre, proche du premier. Elle répéta le même geste. Cliquer sur l’étoile …lire plus tard.

    Elle se hâta de cliquer sur la troisième page de ses favoris et n’en crut pas ses yeux. Le thème devenait récurrent. Etoile. A lire plus tard.

    Avec un peu d’appréhension, elle cliqua sur la quatrième page de ses favoris et sans même prendre le temps de lire, elle cliqua sur l’étoile.

    Alors qu’elle s’apprêtait à ouvrir la cinquième page, elle retint son geste, puis se ravisa. Et cette fois, elle ouvrit la quinzième page. Toujours le même titre. Elle se demanda ce qu’ils avaient tous à mettre ce sujet en première ligne.
    Tous ? Encore fallait-il vérifier.

    Elle hésita un instant, mais la tentation était trop grande. Elle essaya de se rappeler une phrase que parlait de la tentation. Céder ? Résister ? La citation lui revient tout d’un coup lorsque son chat Oscar lui sauta sur les genoux. « La meilleure façon de résister à la tentation, c’est d’y céder ! »

    Alors, elle ne résista plus, elle céda et ouvrit la trois-cent-quatre-vingt-onzième page. Elle s’étonna à peine d’y lire la même information. Elle en conclut qu’ils s’étaient tous donné le mot. Et quel mot ! Un mot empli d’affres et de douleurs. De tortures et de perversions.
    Un mot valise contenant des accords incertains, des genres indéfinissables, des pièges et des chausse-trappe.

    – Bien, s’exclama-t-elle en enfonçant un crayon dans son chignon, va falloir que je m’y mette aussi. Inventer une dictée ! Ma dictée ! On va voir ce que l’on va voir ! C’est parti !

    Elle trifouilla dans sa mémoire à la recherche de mots oubliés, de mots tordus. Elle passa en revue les auteurs contemporains et trépassés. Illustres connus ou inconnus. La liste s’allongeait en concurrence déloyale avec les conditions – en caractères minuscules – des polices d’assurances ou de protection des données personnelles… ou un truc de ce genre !

    Une dictée! Eh bien ils allaient être servis ! Et comment donc! Elle allait faire jouer une ultime clause : la protection des droits d’auteurs. Et ils pourraient tous aller se rhabiller. Pas question de leur livrer sa dernière production. SA dictée !

    Un doux rayon de soleil caressa sa joue.
    Oscar ronronna doucement à son oreille.
    Madame Imée ouvrit les yeux et jeta un coup d’oeil sur le réveil.

    Elle se leva tranquillement. Fit sa toilette, prit son petit déjeuner et imagina sa journée…

    Dans quelques minutes, les premiers bambins arriveraient.

    La dictée ? Quelle dictée ? Mais quelle idée saugrenue d’inventer une dictée pour eux !

    © Clémence.

  7. iris79 dit :

    Inventez l’invraisemblable dictée de Mère Imée 
    grammairienne renommée et
    tortionnaire d’écoliers

    Mère Imée se délectait du temps passé à préparer ses dictées renommées dans le monde entier.

    Tous les élèves savaient que l’année où ils essuieraient les bancs de sa classe, les dictées seraient corsées.

    Derrière ses petites lunettes cerclées, on devinait aisément une jubilation malsaine à mettre à mal les petits écoliers.

    Ce qui la chagrinait pourtant, c’était malgré tout d’être le Mère Imée la mal aimée.

    Comment remédier à ça ? Comment leur faire comprendre à tous que derrière cette carapace de jupons noirs il y avait aussi un cœur qui bat, un amour pour les langues, un attrait aussi pour ses élèves même si elle se gardait bien de leur montrer.

    Elle allait élaborer une nouvelle dictée ! Truffée de pièges certes ! Mais elle saurait y faire passer le message qu’elle voulait leur envoyer.

    Elle y passa une nuit entière, à la lueur de sa bougie puis à celle de l’aube. Elle était vidée mais heureuse. Elle avait découvert le poids et la magie de certains mots sans que ceux-ci fussent compliqués. Non décidément les mots les plus difficiles n’étaient pas forcément ceux que l’on croit. Elle, la reine de la dictée s’était régalée cette nuit de mots nouveaux et elle en tirait un bénéfice à l’âme incroyable. Ça oui, il fallait le transmettre aussi.

    Le lendemain, les élèves pénétrèrent dans la classe le cœur un peu lourd par l’épreuve du lundi matin qui les attendait, la fameuse dictée et beaucoup furent étonnés de surprendre une nouvelle lueur dans le regard de la Mère Imée.

    Ils s’installèrent en silence et la main posée sur le cahier, la plume affûtée, ils écoutèrent les premiers mots de la dictée…

    « Elle vivait seule depuis longtemps mais ne l’était pas vraiment… »

  8. françoise dit :

    Inventez l’invraisemblable dictée de Mère Imée, 
grammairienne renommée et tortionnaire d’écoliers :
    C’était le dernier lundi de la dernière semaine d’ école avant les vacances d’été.
    Pour l’institutrice <mère Imée » c'était aussi la dernière semaine car elle partait en retraite. Elle en était à la fois ravie et triste, ravie de pouvoir se reposer, triste car elle ne verrait plus tous ces garnements qui l'avaient souvent fait enrager et qu'elle avait menés à la baguette mais auxquels elle s'était attaché.
    Elle demanda à ses élèves d'ouvrir leur cahier. Elle leur précisa que pour écrire le texte elle s'était inspirée en partie d'une lettre qu'avait écrite et dictée à la Cour Prosper Mérimée (sur la demande de l'impératrice Eugénie )
    Napoléon III avait fait 75 fautes, Eugénie 62, A Dumas 24, Metternich 3 .
    çà m'étonne pas dit un gamin qu'il eut été obligé de s'exiler.
    – je ne crois pas que ce soit la raison de son exil !
    – qu'est-ce que vous en savez, vous n'étiez pas née.
    Bien entendu tous les élèves rirent bruyamment.
    Madame Mère Imée après un coup de règle sur son bureau, l'air contrarié, commença :
    « Pour parler sans façon , ce dîner à Sainte-Adresse, près du Havre, malgré les effluves embaumés de la mer, malgré les vins de très bons crus, les tranches de veau et de chevreuil prodigués par le cuisinier, fut un vrai guêpier.
    De plus celui-ci fut quelque peu gâché par l'arrivée de matelots légèrement éméchés et une addition fort salée.
    Nous allons nous arrêter là et corriger car c'est bientôt l'heure de la sortie.
    Le meilleur fit mieux que Metternich, le plus mauvais fit une faute de plus qu'Alexandre Dumas.
    La cloche sonna. Madame Mère Imée claqua dans ses mains et souhaita bonne chance à ses élèves. quelle ne fut pas sa surprise quand elle vit leurs parents arriver des fleurs à la main…..
    De retour dans son logement elle se promit de se rendre rapidement à l'état civil de la mairie pour faire rectifier son nom (car il ne pouvait s'agir que d'une erreur ) et qu'il soit orthographié en un seul mot Mérimée ou si ce n'était pas possible elle reprendrait son nom de jeune fille Maupassant.

  9. Cétonie dit :

    Madame Imée était aux anges : enfin, un Ministre lui donnait raison en prônant le retour de la dictée quotidienne pour tous les écoliers ! Elle ne manquait pas de pièges dans sa besace, et se réjouissait déjà de l’embarras dans lequel elle allait plonger ces pauvres enfants.
    Mais elle se trompait d’époque : un SMS circulait déjà, se multipliant telle une tache d’encre qui s’étale, et invitant les écoliers à boycotter toute dictée n’utilisant pas exclusivement l’un des quelque 300 mots utilisés habituellement par cette génération, et surtout, les encourageant à utiliser largement les abréviations familières à tous – inutile de prolonger le supplice au-delà du temps strictement nécessaire (Un écrit n’est-il pas destiné à être compris par ceux à qui il s’adresse ? Et qui se soucie actuellement des subtilités d’un passé sur-composé ? Ou d’un futur totalement hypothétique ?)
    Apparemment soumis, ils sortirent leurs cahiers et s’appliquèrent, cherchant même comment traduire en langue contemporaine ce charabia infâme qu’elle leur déversait avec volupté.
    A la correction, elle fut fort surprise, chaque copie était unique, chacun ayant interprété à sa manière ce qu’elle leur proposait.
    Comment réagir à une telle révolte ? Elle hésita puis, pas trop sotte, en conclut qu’elle n’avait plus les capacités d’enseigner la seule matière où elle était compétente ; elle se retira et entreprit la rédaction d’un ouvrage savant « La langue française de mon enfance ».

  10. Grumpy dit :

    De l’institutrice, Madame Imée, les écoliers avaient une peur bleue. Craignant ses représailles ce n’est que sous cape qu’ils l’appelaient la mère Imée, une vraie peau de vache. Morts de trouille lorsqu’approchait l’heure du cours de français. En quoi ils n’avaient pas tort.

    Arrivant déjà furax, c’est à grandes enjambées qu’elle remontait la travée menant à son estrade et au tableau noir. C’est alors qu’elle annonçait la couleur :

    « Aujourd’hui la dictée portera sur les mots en OUILLE et en AILLE. Pas la peine de faire cette bouille, je fais confiance à votre habituelle débrouille. Le premier qui fait le malin avec l’histoire de Jeannot dans la mare aux grenouilles, je le débarbouille ! »

    Allez, on se grouille, sortez vos cahiers, yala !

    Le titre : La petite racaille.

    À 14 ans, Paulo était déjà une canaille. Dans la cité, c’était de loin lui le roi de l’embrouille et de la magouille. Très tôt il avait déraillé, et bientôt il allait dérouiller.

    Point, à la ligne …

    La flicaille (la volaille, si vous préférez) avait enfin réussi à coincer cette fripouille en flagrant délit de carabistouille, repérée depuis longtemps entrain de glandouiller sur son canapé à guetter les pedzouilles en vadrouille venus chercher leur dose de ravitaille.

    Point, à la ligne …

    Paulo, pris en tenaille et menotté écopa de 2 ans en comparution immédiate. Ah ! Après la fouille et la verrouille, il la ramenait moins le petit arsouille… En taule, les anciens se moquaient de voir défaillir cette bleusaille, devant la réalité du derrière les barreaux ‘avec vue’ sur la grisaille des murailles écaillées.

    Point, à la ligne …

    A jeun après des heures de garde-à-vue, son ventre gargouillait, enfin vint l’heure de la boustifaille. Pas la peine d’espérer grailler le moindre morceau de ratatouille ou de charcutaille. En prison : tambouille maison. Après maigre ripaille, il s’allongea sur sa paillasse et se mit à apprendre les bruits de la prison, la patrouille du maton, son regard dans l’œilleton, la cliquaille des clés, la criaille des embastillés.

    Point, à la ligne …

    Résigné, toute gouaille ravalée, dans le plâtre, de l’ongle de son pouce, il se mit à creuser l’entaille du premier jour d’une longue lignée.

    Attention, je relis !

  11. Catherine M.S dit :

    Lourde responsabilité

    Dimanche soir elle a eu bien du mal à s’endormir
    Elle se tournait et se retournait dans son lit
    Pauvre Lili :
    Le lendemain elle devait subir
    LA dictée
    De la célèbre Mère Imée !
    Alors toute la nuit elle a fait d’épouvantables cauchemars
    Peuplés de personnages si bizarres
    Des noms composés qui se battaient
    Avec leurs pluriels
    Des faux-amis en kyrielle
    Des participe passés qui n’arrivaient pas à s’accorder
    Des noms propres aux mains sales
    Des noms communs empilés dans un vieux bocal
    Des adjectifs épithètes
    Qui avaient totalement perdu la tête
    Et des adjectifs attributs
    Qui avaient trop bu …
    Un vrai carnaval !

    A son réveil lundi matin
    Lili se précipita dans ses bouquins
    Pour tenter d’éclaircir ses idées
    Las ! Tout était embrouillé dans son esprit
    Arrivée à l’école, elle était prête à pleurer
    Quand la maîtresse les a tous réunis
    Pour leur annoncer :
    Chers enfants, cette nuit Mère Imée est décédée
    Alors pour lui faire honneur
    C’est vous qui allez l’imaginer
    LA fameuse dictée pour la postérité
    Vous avez une heure …
    Et je ne veux pas entendre une faute voler !

  12. Blackrain dit :

    Prenez la plume et commencez la dictée :
    « Mon frère est masseur. Il travaille de ses deux mains. Il hait ma sœur et demain il haïra la mer. A cause de la mère, il ne nage point dans le bonheur et se noie dans un verre d’eau. En brasse, il mal étreint car la mère ne lui a pas appris et le traite de malappris. Il brasse de l’air, embrasse les vers d’eau, se débat avant de sombrer sous l’eau. Il est vert d’autant plus qu’il persévère, qu’il se bat avec les verres pour ne pas être soulot. Des bas, il en connait depuis toujours, depuis qu’il fait débat, depuis qu’il porte des bas sous les moqueries de ma sœur, de masseurs perverses et intolérants. La colère le ronge. A ire répond le rejet, la haine parfois. Mon frère se sent désespérément seul. Va-t-il se jeter dans les bras de la mer ou bien se noyer dans ceux de la mère. Florence, une mère bien trop absente, mais c’est la sienne. C’est là Siennes, cette vile cité où il va lui parler, retrouver cette mère aimée avec qui il aurait tant voulu être prospère.»

  13. Nadine de Bernardy dit :

    Mère Imée commençait à perdre la boule et ses dictées s’en ressentaient. Personne n’osait en parler mais en voici la preuve:

    Quelle aventure vais je vous esclamouffer cette fois mes tartigales.
    Depuis moulte andronefs il y avait un rubigaleu qui ne voulait plus larmoyer dès le matin quand le soleil permulait à l’horizon.
    Le bon peuple était respirachon,fulminant mais en vain devant cet état de fait.
    Le rubigaleu ne larmoyant plus, cela empêchait les canadiennes de commencer la traite des iguanes,les archers de fourbir leur espinguette,les gendres de dévouffer leur belle mère.
    Tout était bouleversifié,keutrophylé,une truie n’y aurait pas retrouver ses filtenôtres.
    Un sagement entendant parler de la trémuillante situation, vint proposer ses services aux pauvres aberrationnés.
    Ceux ci furent recerbatiés un par un pour exprimer leurs doléances que le sagement écouta avec détrocherie et périscélidité pendant une journée entière.
    Le lendemain il rassembla gérancièrement les braves gens qui estropaient beaucoup de lui et leur annonça:
    chers conchoïdes, votre rubigaleu souffre de gaîeté alternative licéronide.Il ne doit plus larmoyeer sous peine de disparition définitive.
    Chantez,dansez,embrassez qui vous voudrez et vaquez maternellement à vos hystriodromes en toute tranquillité.Vous n’avez pas besoin de déhortation pour vivre.Tout va rentrer dans l’ordre synchysement dans les trois xylomoces qui viennent.
    Bien le bonsoir braves modorites et que Blanchaille vous protège.
    Ainsi fut dit,ainsi fut fait.

    Mére Imée mit le point final à sa dictée avec sérénité et alla prendre un repos bien mérité.

  14. Ophélie E. dit :

    Depuis qu’elle avait épousé Prospère, mère Imée se targuait d’être grammairienne renommée et s’en donnait à cœur de joie pour torturer les jeunes esprits dont elle avait la charge depuis des décennies dans ce bourg perdu au fin fond du haut Forez.

    – Sortez vos cahiers d’orthographe, énonça-t-elle de sa voix jadis cristalline qui, fut un temps, avait tant séduit Prospère. J’ai inventé ce poème que vous réciterez dimanche matin à vos mamans. Attention ! À partir de trois fautes vous ferez, à cloche-pied, trois fois le tour de la mare aux canards devant le presbytère, puis un tour de plus pour chaque erreur supplémentaire. Et au-delà de cinq âneries, je confisquerai votre téléphone portable jusqu’à lundi matin.

    Épouvantés et certains de ne pas faire le tour de la mare, les gamins s’attelèrent à la tâche :

    « À ma mère *

    Nous qui devons garder sur nos fronts éclatants,
    Comme de frais dictames,
    Le sourire immortel et fleuri du printemps
    Et la douceur des femmes,

    N’est-ce pas, n’est-ce pas, dis-le, toi qui me vois
    Rire aux peines amères,
    Que le souffle attendri qui passe dans nos voix
    Est celui de nos mères ?

    Petits, leurs mains calmaient nos plus vives douleurs,
    Patientes et sûres :
    Elles nous ont donné des mains comme les leurs
    Pour toucher aux blessures.

    Notre mère enchantait notre calme sommeil,
    Et comme elle, sans trêve,
    Quand la foule s’endort dans un espoir vermeil,
    Nous enchantons son rêve »

    Malgré son plagiat, Mère Imée dormit telle une bienheureuse. Après avoir écouté d’une oreille distraite le sublime poème, les mères de famille passèrent une inoubliable journée en compagnie de la chair de leur chair privée de Facebook.

    * extrait du poème « À ma mère » de Théodore de Banville.

    Bonsoir Pascal. Je confirme mon accord pour recevoir vos courriels et vos propositions d’écriture. Bonne fin de semaine à vous. Cordialement. Ophélie.

  15. Ophélie E. dit :

    Bonsoir Pascal,

    Après 4 tentatives pour vous envoyer mon texte, je vous confirme que je vous autorise à m’envoyer vos courriels et vos propositions d’écriture. Amicalement. Ophélie

  16. Ophélie E. dit :

    Depuis qu’elle avait épousé Prospère, mère Imée se targuait d’être grammairienne renommée et s’en donnait à cœur de joie pour torturer les jeunes esprits dont elle avait la charge depuis des décennies dans ce bourg perdu au fin fond du haut Forez.

    – Sortez vos cahiers d’orthographe, énonça-t-elle de sa voix jadis cristalline qui, fut un temps, avait tant séduit Prospère. J’ai inventé ce poème que vous réciterez dimanche matin à vos mamans. Attention ! À partir de trois fautes vous ferez, à cloche-pied, trois fois le tour de la mare aux canards devant le presbytère, puis un tour de plus pour chaque erreur supplémentaire. Et au-delà de cinq âneries, je confisquerai votre téléphone portable jusqu’à lundi matin.

    Épouvantés et certains de ne pas faire le tour de la mare, les gamins s’attelèrent à la tâche :

    « À ma mère *

    Nous qui devons garder sur nos fronts éclatants,
    Comme de frais dictames,
    Le sourire immortel et fleuri du printemps
    Et la douceur des femmes,

    N’est-ce pas, n’est-ce pas, dis-le, toi qui me vois
    Rire aux peines amères,
    Que le souffle attendri qui passe dans nos voix
    Est celui de nos mères ?

    Petits, leurs mains calmaient nos plus vives douleurs,
    Patientes et sûres :
    Elles nous ont donné des mains comme les leurs
    Pour toucher aux blessures.

    Notre mère enchantait notre calme sommeil,
    Et comme elle, sans trêve,
    Quand la foule s’endort dans un espoir vermeil,
    Nous enchantons son rêve »

    Malgré son plagiat, Mère Imée dormit telle une bienheureuse. Après avoir écouté d’une oreille distraite le sublime poème, les mères de famille passèrent une inoubliable journée en compagnie de la chair de leur chair privée de Facebook.

    * extrait du poème « À ma mère » de Théodore de Banville.

    Bonsoir Pascal. Je confirme mon accord pour recevoir vos courriels et vos propositions d’écriture. Bonne fin de semaine à vous. Cordialement. Ophélie.

  17. LABROSSE dit :

    Lorsqu’elle entra en scène, Madame Imée, en imposait à toute l’assemblée :
    Petits ou grands se pliaient à ses règles, à son cortège de sortilège, à sa verve académicienne.
    Elle claqua la porte d’un geste sec, aussitôt se fut une nuée de moineaux qui se leva promptement comme une armée de soldat.
    Personne n’eut osé bouger, pas le moindre murmure, pas même un battement de cil, l’heure était grave. L’immense règle jaune claqua sur le bureau, d’un seul mouvement comme le ressac d’une vague. Chacun prit place derrière son petit pupitre.
    Un crayon roula sur une table et tomba au sol ! Un ploc sonore se fit entendre, presque un coup de tonnerre parmi cette assemblée monastique.
    Madame Imée souleva un sourcil, un gros sourcil noir, son œil perçant visa le coupable. L’élève se leva, s’excusa en balbutiant, une grosse goutte de sueur perlait à ses tempes !
    Allait-il mourir ? Personne n’eut osé le défendre, la matrone l’aurait conduit sans ambages au peloton d’exécution, seul devant le tableau noir.
    _ Ramasse ! Beugla-t-elle.
    Le bougre se jeta à terre, la queue basse et la peur au ventre. En se relevant prestement, le crayon entre les dents tel un caniche soumis, il se heurta la tête contre le bureau, il se mordit les lèvres, et resta au garde à vous comme un imbécile, pour peu il aurait pissé dans son froc.
    _ Assis !
    L’élève ne se fit pas prier, il claqua les talons et s’assit sans attendre.
    Aujourd’hui, vous connaissez la sentence ! Persifla Madame Imée.
    Des doigts se levèrent sans attendre.
    _ Tu peux répondre jeune demoiselle, signifia Madame Imée surnommée loutre poilue en raison d’un gros bouton disgracieux qui ourlait le coin de ses babines inférieures. Le pire étant l’unique poil disgracieux qui se dressait comme un dard sur cette boursouflure cramoisie.
    _ C’est le jour de la dictée prononça avec fierté la gentille petite fille.
    _ Tout à fait, j’espère que chacun a révisé avec sérieux ses conjugaisons !
    _ Oui Madame se justifia la gentille jeune fille !
    _ Suffit ! Prenez une feuille blanche et un crayon bleu. Notez nom et prénom en haut à droite de la feuille à deux centimètres du bord gauche, sautez deux lignes, notez la date, sautez encore une ligne et au centre de la feuille écrivez :
    Dictée de Madame Irmée – Evaluation du deuxième trimestre
    Chacun s’appliquait, courbant l’échine , tentant de bien enrouler son poignet, de tenir son crayon suivant un angle précis, de ne point trembler… l’encre s’écoulait si facilement, un temps d’inattention et la tache apparaitrait, promesse d’une copie à recommencer , d’une grosse boule de papier qui irait droit au panier, de mille lignes à recopier, des soirées imbéciles à aligner les mêmes mots : je suis un goujat , je dois m’appliquer, ne pas salir de mes vilaines pattes ma jolie feuille blanche .
    En attendant, les mots s’enchainaient, on entendait claquer les syllabes, crisser les virgules, exploser les majuscules…
    Les copies furent relevées lorsque le gong pointa sa grosse aiguille sur le chiffre douze, heure sacrée du diner.
    Et puis il y eut un brouhaha, des sirènes d’alarmes intenses, des claquements de portes, quelqu’un cria : au secours !
    Lorsque les pompiers se présentèrent devant la classe de Madame Irmée, il était trop tard !
    La pauvre bougresse était affalée, comme une grosse grenouille, la langue pendante, la jupe à mi- cuisse, l’œil vitreux, la bave aux lèvres, une crise d’épilepsie sans aucun doute !
    On eut du mal à lui extraire des mains, un petit papier mal griffonné, son testament ? Une lettre d’amour ? Que nenni ! Juste une petite dictée d’un certain Nano Léon :

    NANOLÉON III : MA DICTÉE D’OURTE-BOMBE

    Moi, NANO Léon , encreur des Fanssais, je le déplore soldanelle-ment ô aye-ant croit de ma cité et ö non payants de ma régence : mes fotes à la dictée de Madame loutre c’est du pipo ! de la désincarcération viscérale, de la brousse indénichiffrable ! une cochenille dans la soupe de poireaux…
    Que loutre maline ou poil au néné ut inventer la dictée pour m’achliffaient .
    Et puis com ele va trop vite pour dicté, je n’ai pas eu le tant de voir ses seins, ni son ogresse, ni sa tête de veau.
    Alors mon copin momo il ma souffloter de ne point être coquin et la magouille serait escaloter.
    En échange d’une tête brulée ….

  18. durand dit :

    Tout bon cultivateur se doit de connaître intimement la constitution des machines agricoles qu’il sera amené à employer le plus souvent, pour effectuer les travaux agraires du labour, ce bouleversement saisonnier des sols régulièrement entretenus par des soins appropriés.

    Ainsi les travaux légers, dits superficiels se feront au scarificateur, maître de la frêle incision ou au pulvérisateur, seigneur de l’éclatement concerté de la parcelle en petits morceaux.

    Pour les labours moyens et profonds, représentant l’essentiel de la préparation des sols, il sera donné la préférence à la charrue ordinaire ou au brabant.

    Une charrue traditionnelle, c’est à dire respectueuse des acquis d’un usage ancien et familier comprend cinq pièces essentielles, pour ne pas dire incontournables.

    L’age qui est la charpente de la charrue, son bâti, son ossature, terminée par les mancherons.

    Le coutre qui coupe la terre verticalement, en suivant la pesanteur imaginaire d’un fil à plomb.

    Le soc qui coupe la terre horizontalement, soit perpendiculairement à la direction de la pesanteur du lieu.

    Le versoir, qui rabat la terre détachée par le soc sur le côté.

    Le régulateur, qui comme son nom l’indique est un système de commande destiné à maintenir la régularité du mécanisme, soit dans le cas présent l’égale profondeur et largeur du sillon.

    Parvenu à ce stade de connaissance, le bon agriculteur pourra songer à sortir les bœufs, ruminants réputés suffisamment vigoureux pour haler le mécanisme décrit ci dessus.

    Mère Imée, d’après les dires de son
    époux, le père Imée, actuellement
    en maison, habilitée à recevoir
    les personnes en manque d’autonomie
    factorielle.

  19. Tibo dit :

    L’agonie de la craie

    Sur le grand tableau noir de la vie,
    Une larmoyante langue frise,
    Le poil de main écolier.

    Dame ponctuation porte l’oriflamme,
    D’orthographiques bombes sautent, Aux yeux du lecteur courroucé.

    Les ratures soulagent la besogne,
    Pour que l’écho d’une consonne réponde,
    Aux cris de deux voyelles esseulées.

    Au panthéon moderne,
    Les exceptions se dressent telles des hymnes,
    Là où les règles s’affichent,
    Et le sens, fut donné.

  20. Odile Zeller dit :

    Allez, allez on prend sa feuille et son stylo et courage ! Il n’y aura que des sans fautes

    « Pour parler franchement, ce dîner à Sainte-Adresse, près du Havre, malgré le bord …. Marie je dis bord euh bord euh de la mer, malgré les vins de très bons crus, les cuisses de veau et les cuisses de chevreuil prodigués par le maître de maison , fut un vrai guêpier.
    Madame il se répète c’est normal ça demande Marc Hernri, le doigt levé.
    Oui Marc Henri une répétition eh bien oui il se répète, il a bien le droit non ? Je me répète bien tout le temps moi ! Et je redouble chaque année !
    Madame, les accents …
    Oui Élodie si les accents compteront ? Non les accents, tu sais bien … je les corrige mais je les compte pas …

    La doyenne s’est fâchée et en est venue à prendre un râteau et qu’elle s’est crue obligée de frapper son voisin sur son omoplate vieillie. Deux alvéoles furent brisés ; une colique se déclara suivie d’une pneumonie, et l’imbécillité du malheureux s’accrut.

    — Par saint Martin ! quelle hémorragie ! s’écria ce fâcheux
    À cet événement, saisissant son goupillon, ridicule excédent de bagage, il la poursuivit dans l’église tout entière. »

    Oh la la trop difficile votre dictée Madame ! S’écrie Maxence
    C’est le nouveau programme, toutes les autres seront pareilles ? Pleure la petite Émilie. J’aurai encore une mauvaise note et mes parents.
    Ça ne sera pas une note de la moyenne …
    allez vous relisez et on corrige
    Toute la petite classe se penche sur sa feuille. On entend des grattages, des soupirs et quelques murmures.
    Maxence … ton voisin fait aussi des fautes pas la peine de t’en inspirer !
    Encore une minute et je ramasse …

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