392e proposition d’écriture créative imaginée par Pascal Perrat

Sa colère éclata au moment où on ne s’y attendait pas. Ses éclats se disséminèrent tout alentour. Nul n’osait y toucher, de peur de se blesser. Dans le lointain, un chien hurla à la mort…

Tentez d’inventer la suite

 

Chaque proposition d’écriture créative est une bataille contre la routine et l’endormissement de l’imagination. Un petit combat pour maintenir en vie l’enthousiasme d’imaginer, d’inventer, de créer. Quand aucun défi n’est à relever, notre créativité somnole.

36 réponses

  1. Laurent B dit :

    Sa colère éclata au moment où on ne s’y attendait pas. Ses éclats se disséminèrent tout alentour. Nul n’osait y toucher, de peur de se blesser. Dans le lointain, un chien hurla à la mort. …

    Certes il avait parfois des sautes d’humeur,  comme tout à chacun, mais là il avait véritablement surpris tout son monde. D’ordinaire il aimait que les choses soient bien faites et ordonnées, considérait les erreurs comme des pistes d’apprentissages plutôt que comme des fautes répréhensibles.
    Pourquoi ce jour là ?
    De cette erreur là, il s’en était aperçu juste au moment d’arriver chez leurs amis. Le petit Théodore avait mis une paire de chaussettes dépareillée ! L’une était noire, l’autre bleu marine ! Et en plus il ne pouvait même pas les cacher sous son pantalon puisque, en cette journée qui sentait bon l’été, il était en shorts.
    Cette vision avait provoqué chez lui un choc, une émotion sans commune mesure. Elle avait électrisée son humeur. Cette perception chromatique décalée avait transpercé son regard à la vitesse d’un éclair. La puissance de celui-ci éclaboussait tout sur son passage, brûlait les couleurs, mangeait les ombres et rabotait les reliefs.
    Achevant son parcours l’éblouissante lumière avait percuté brutalement son cerveau. Sous la violence de l’impact ses neurones s’étaient déconnectés les uns des autres. Ainsi libérés ils s’entrechoquaient mutuellement dans un charivari indescriptible. Tout ce capharnaüm créait des interconnexions contre nature, un cataclysme mental. Assurément une première dans l’histoire cérébrale de l’humanité.
    Plus les secondes s’engrenaient plus les collisions étaient nombreuses et fracassantes. Une réaction en chaîne grondait sourdement au fond de lui, comme puissante énergie souterraine.
    Toute cette énergie tellurique le poussait au bout de lui mème sans qu’il puisse en contrôler le développement et encore moins l’issue
    C’est alors que au moment ou nul ne s’y attendait, dans un vacarme assourdissant, il explosa
    Il fulminait projetant dans les nuées un verbiage opaque et incandescent, obstruant toute idée réaliste ou espoir viable,
    Tel une coulée de lave son flot verbal se déversa sur tout l’environnement bousculant la moindre des syllabes, ne laissant subsister aucune syntaxe équilibrée sur son passage.

    Ses éclats se voix se disséminèrent tout alentour, faisant frémir la moindre parcelle de vie. De peur nul n’osa intervenir.
    Sans réellement savoir pourquoi, juste par instinct, tout au fond de l’horizon un chien hurla à la mort.

    Laurent Baudinot

  2. Catherine G dit :

    Sa colère éclata au moment où on ne s’y attendait pas. Ses éclats se disséminèrent tout alentour. Nul n’osait y toucher de peur de se blesser. Dan le lointain un chien hurla à la mort.

    A ce moment-là, Hubert leva les yeux de son livre, se leva et sorti dans la nuit noire. Parterre, devant lui, une boule lumineuse, de la taille d’une balle de tennis. Elle irradiait d’une lumière rouge-orange, et hypnotisait Hubert.

    Hubert avait une très grande expérience des noirceurs des humains et des non-humains. Il avait déjà vu ces éclats de colère : c’était un Colérex. Chaque fois de quelqu’un laisse éclater sa colère, des parcelles de colère sont propulsées à travers le monde.

    Ces fragments tuent qui quoique les touchent, à cause du poisson superpuissant qu’ils contiennent : le cœur est paralysé.

    Par le passé, Hubert a touché une de ces sphères empoisonnées. Il est mort sur le coup.

    A cette époque-là, il traversait la région de l’étang d’Emeraude, à l’est des trois soleils.

    Cacoline, la chamane des lieux vint au secours d’Hubert.

    Jour après jour, elle partait dans les mondes parallèles afin de récupérer les parcelles de l’âme d’Hubert, afin de reconstituer son âme et de l’injecter dans son corps et qu’il reprenne vie.

    De retour à la vie, Hubert resta auprès de Cacoline pour apprendre et maitriser les arts chamaniques.

    Aujourd’hui, Hubert se trouve devant un Coérex. Sans hésiter, il le pris entre ses mains. Le rapprocha de sa bouche et insuffla tout l’amour de l’univers.

    Le Colérex changea aussitôt de couleur et de luminosité. Il devint tendre, moelleux et gouteux : tel un abricot bien mûr. Hubert l’introduit dans ma bouche et le mangea. Après quoi, il retourna à sa lecture.

    Ce soir, un éclat de colère ne nuira pas.

  3. Claude DUCORNETZ dit :

    Sa colère éclata au moment où on ne s’y attendait pas.
    Ses éclats se disséminèrent tout alentour. Nul n’osait y toucher, de peur de se blesser. Dans le lointain, un chien hurla à la mort…
    « Faites taire le chien, nom de dieu, hurla le vieux Sébastien, je ne le supporte plus ! »
    Il se tenait là debout, une masse de bon calibre dans une main, sa vieille pétoire bien entretenue dans l’autre.
    « sinon j’le tire » ajouta-t-il en levant son arme.
    « N’avancez pas, ça peut encore péter », affirma le grand Serge, qui avait pris avec autorité la direction des opérations, ce que nul ne lui contesta, car tout le monde savait dans le village qu’il était pompier volontaire. Il tourna la tête pour apprécier l’effet de son injonction, et il fut assez satisfait.
    En effet, un cercle d’ombres étonnement figées se tenait à bonne distance de lui : il y avait un moment déjà que plus personne n’osait bouger. Sans doute avait-il crié cela pour se rassurer lui-même, et probablement pour montrer aux autres qu’il maitrisait la situation.
    En réalité, il avait les mains moites, son cœur battait à cent à l’heure, et il considérait avec consternation les dégâts provoqués par la colère de Sébastien, le plus vieux viticulteur du village.
    Le sol était couvert de bris de verre.
    « Seb, l’interpella le Maire, qui se tenait prudemment à l’écart avec quelques conseillers, fais pas d’connerie, pose ton arme ou j’appelle les gendarmes ».
    « Ta gueule, le traitre, vociféra Sébastien, ou je t’en colle une ! ».
    Instinctivement le Maire recula d’un pas.
    Les gendarmes, pensa Serge, il aurait fallu les avoir prévenus déjà, mais le Maire s’y était opposé. Il ne voulait pas que son village, et lui par-dessus le marché, fasse la une des journaux locaux. Mais si ça tournait au drame, là, c’est la télé qui se déplacerait, se dit Serge.
    Le vieux Sébastien, de caractère certes un peu taciturne, ne passait pas, loin s’en faut, pour un méchant bougre. Au contraire, s’il n’était guère « causeux », il avait le silence souriant, et son visage anguleux reflétait beaucoup d’humanité, si bien qu’on lui aurait donné ses enfants à garder sans la moindre hésitation. D’ailleurs c’est toujours avec les jeunes qu’il se montrait le plus bavard, surtout quand il s’agissait de parler de sa vigne.
    Sa vigne ! Sa passion, sa vie, son sang ! Il y avait consacré toute son énergie depuis qu’il avait…il ne comptait plus les années, mais ça faisait longtemps. S’il avait dû mourir déjà, il aurait voulu être foudroyé brusquement, comme par surprise, au milieu de sa parcelle d’à peine quatre hectares, et qu’il fût enterré là, au pied d’un cep…
    Mais le sort s’acharnait. On confond facilement le sort avec la météo dans certaines campagnes, surtout quand elle est mauvaise. Mauvaise, on peut dire cruelle pour quelques-uns, elle l’avait été, c’est sûr ! La gelée tardive d’il y a trois ans, la sécheresse de l’année dernière, et la grêle cette année : c’en était trop !
    Trop pour la plupart, beaucoup trop pour Sébastien, qui avait tout perdu en trois ans : il avait « péter les plombs » littéralement. D’où l’exclamation très judicieuse de Serge, ça peut encore péter !
    Tous ceux qui le connaissaient un peu mieux que les autres, mieux que ce Maire nouvellement élu, qui parlait de lui en disant « le vieux rustique », sobriquet qui se voulait gentiment goguenard, tous avaient constaté que son humeur se gâtait et qu’il souriait moins qu’avant. C’est au café de la place, lorsqu’il était encore ouvert, que Sébastien avait compris que le « rustique », c’était lui. Il avait fixé le Maire de ses yeux sombres et marmonné suffisamment fort pour qu’on l’entende : « rustique, comme les meubles de ton salon, que ton grand-père a récupéré pendant l’occupation ».
    Il n’avait aucune preuve de ce qu’il avançait. Un silence stupéfait, mélange d’approbation et de réprobation selon qu’on appréciait ou pas l’édile, venait de figer en vol toutes les conversations. Le Maire, pris de court, resta coi. Sébastien, blanc de colère rentrée, mais content de lui, sorti dignement du bar.
    Quelle mouche l’a piqué, avait pensé Serge, qui ne l’avait jamais vu si froidement en colère. Ni si mauvaise langue !
    Il faut dire que la fermeture du café il y a 5 ans avait été un coup pour le viticulteur. Son vin rouge, ni meilleur ni pire que celui de toute l’appellation locale, avait un petit débouché assuré auprès de Louis, son vieil ami le cafetier. Une rentrée d’argent régulière, même si elle n’était pas bien grosse. Il aurait dû se démener pour trouver à écouler sa production aux alentours mais la concurrence était rude, et lui un piètre commercial. Alors il avait un peu baissé les bras !
    Lorsqu’il avait appris qu’avec l’aide de la Mairie, donc du Maire, une association d’habitants envisageait de créer un café solidaire, il avait espéré récupérer une source de revenu.
    Mais pour éviter tout problème, sur le conseil avisé du Maire, les membres de l’association rédigèrent des statuts qui excluaient explicitement toute vente d’alcool, avec une tolérance pour la bière
    Quand le Président de l’association se présenta chez Sébastien pour essayer de lui faire comprendre le sens de cette restriction, il fut assez mal reçu, et la discussion tourna court. Le vieil homme n’en démordait pas, c’était une vengeance du Maire, un point c’est tout, le reste c’était du baratin pour l’endormir, une feuille de vigne sur le sexe des anges, criait ce vieux mécréant de Sébastien.
    C’est pourtant ce jour-là, que par une sorte d’esprit de croisade, Sébastien décida de détruire le temple qui, avec la bénédiction du Maire, attirait en son sein ses infidèles de concitoyens.
    Le résultat se sa furie destructrice jonchait le sol, en petits morceaux coupants : la vitrine en verre dépoli du café solidaire n’avait pas résisté à ses coups de masse !
    « Pose ton fusil, Séb, lui dit Serge d’un ton calme – au fond de lui, il comprenait sans l’approuver la fureur du vieil homme – tu vas finir par blesser quelqu’un, un enfant peut-être ». Serge sentait faiblir la détermination du « rustique », il ajouta :
    « il y a des enfants ici, tu ne voudrais pas faire un malheur ».
    Brusquement, comme s’il prenait conscience d’un coup du drame dont il était le héros dérisoire, Sébastien jeta son fusil d’abord et sa masse ensuite, ou le contraire, le pompier volontaire ne savait jamais dans quel ordre quand il le racontait encore bien des années plus tard, car l’image prégnante qu’il gardait de ce dénouement heureux, c’est le visage ruisselant de larmes du pauvre viticulteur.
    On ne fit jamais appel aux gendarmes. Le village ne fit pas la une des journaux – personne ne sut si le Maire en sorti soulagé ou déçu – tout juste un entrefilet dans le bulletin municipal.

  4. françoise dit :

    Sa colère éclata au moment où on ne s’y attendait pas. Ses éclats se disséminèrent tout alentour. Nul n’osait y toucher, de peur de se blesser. Dans le lointain, un chien hurla à la mort//les coqs lancèrent de forts cocoricos,les ânes se mirent à braire
    ,J’avais envie de lui rappeler que quand la grenouille se met en colère, l’étang n’en a cure  et qu’il ne faut pas non plus se mettre en colère ni jurer devant les abeilles.
    Les fourmis aussi avaient parfois des motifs de s’énerver et de se faire entendre mais elles préféraient toujours rester autour de leur reine dans leur fourmillière.
    Je me contentai de lui envoyer un sms, car j’avais appris qu’il avait depuis peu un portable
    « calme-toi »
    à +
    Un silence assourdissant s’ensuivit…..

  5. Fleuriet Mireille dit :

    Sa colère éclata au moment où on ne s’y attendait pas. Ses éclats se disséminèrent tout alentour. Nul n’osait y toucher, de peur de se blesser. Dans le lointain, un chien hurla à la mort…

    Lui c’était l’ogre de la forêt qui venait de s’apercevoir dans la vitre qui lui servait de glace,qu’ il était maigre et émacié, ce n’était plus lui, que lui arrivait-il ?

    Cela avait commencé la semaine dernière, les enfants du village voisin en eurent assez de voir disparaître un à un leurs compagnons de jeu, engloutis par l’ogre, ils décidèrent d’un commun accord de tuer le monstre d’une façon peu commune. Ils construisirent un mannequin représentant un enfant joufflu et rubicond plus vrai que nature, ce n’était pas une poupée de son, mais, une poupée remplie de gros et lourds cailloux, qu’ils déposèrent pendant la nuit devant la maison de l’ogre. Ils se cachèrent derrière les arbres et attendirent.
    Alléché par l’odeur de la chair fraîche (celle des enfants cachés) il sortit de chez lui et se trouva nez à nez avec un enfant bien dodu, trompé par l’odeur des autres enfants, il se jeta sur lui et le dévora tout cru, c’est le cas de le dire. En son for intérieur il se dit : si maintenant les enfants viennent tout seul se jeter dans la gueule de l’ogre, voilà qui n’était pas commun.
    Dans l’après midi, il ne se sentit pas très bien, il n’avait pas faim. Sa femme, la douce Elise, (comment avait elle pu épouser un homme pareil ?) lui donna des tisanes pour le faire digérer rien n’y fit, il se sentait lourd, lourd (nous on sait pourquoi…) Il était dégoûté de tout, il n’avait plus envie de manger de la chair fraîche, que lui arrivait-il ? Et de jour en jour, il dépérissait.
    Il se mit en colère, mais, c’était trop tard, il était trop faible, il mourrait à petit feu.
    Rentrés chez eux tremblants, les enfants attendirent la suite des événements.

    La semaine passa, pas d’ogre à l’horizon, c’était de bon augure. Les enfants se réjouissaient et si leur plan avait fonctionné, ils seraient à tout jamais débarrassés de ce dernier.
    Un matin, ils virent Elise partir un baluchon sur le dos.
    Les enfants curieux allèrent, en se cachant vers la maison de l’ogre pour savoir, l’odeur de chair fraîche pouvait les trahir, ils osèrent, et de loin, ils aperçurent la maison les volets fermés, à côté un monticule de terre attira leur attention, l’ogre avait été enterré.

    Ils revinrent en courant au village annonçant à toute la population la bonne nouvelle : l’ogre était mort.

    La forêt s’éveilla, les fleurs montrèrent leurs multiples couleurs, les oiseaux gazouillèrent , la nature reprenait ses droits, la terreur n’existait plus.

    On revit les enfants jouer sur la place du village, les fenêtres des maisons s’ouvrirent, les maris partaient gaiement en chantant aux champs. On n’entendit plus parler de l’ogre, il avait disparu de l’horizon.

    Ne nous réjouissons pas trop vite, il est encore là, caché près de nous, coincé dans le Robert illustré de 1999, pour ce qui me concerne, à la page 1007, entre l’Ogoué et le mot Oh… Y restera-t-il ? Là ce sera une autre histoire.

  6. Clémence dit :

    Sa colère éclata au moment où on ne s’y attendait pas. Ses éclats se disséminèrent tout alentour. Nul n’osait y toucher, de peur de se blesser. Dans le lointain, un chien hurla à la mort…

    Quelques années avant….

    Elle fut éblouie lorsqu’elle le rencontra pour la première fois.
    Il était magnifique et dégageait une force tranquille.
    Elle fit quelques pas vers lui, lui confia ses secrets et la magie opéra.
    Elle ne se lassait pas de le regarder, de l’admirer, de le contempler.
    Elle scrutait chaque détail et était capable de discerner le moindre changement.
    Leur relation devint très vite fusionnelle.
    Avant de s’endormir, s’était son image qu’elle emportait.
    Dès le réveil, ses premières pensées allaient vers lui.
    Il lui narrait des histoires sans fin et des histoires séculaires.
    Elle rêvait d’aventures fantastiques…
    Elle était tombée en amour.
    Elle n’avait aucune inquiétude, le sentiment était partagé. Leur amour, immarcescible.

    Quelques mois avant…

    Quelques signes avant coureurs lui mirent les sens en alerte.
    Des mouvements furtifs, des déplacements insolites, des bruits inquiétants.
    Une tension perceptible, partagée.
    Mais aucune parole ne fut échangée.
    Juste des regards emplis de tristesse.

    Deux semaines avant…

    Elle lui fit part d’une décision qu’elle avait longuement mûrie.
    Elle ne pouvait repousser la main qui l’appelait.
    Elle lui parla longtemps.
    Se lova contre lui, humant son odeur sauvage et s’en imprégnant pour les jours à venir.
    Elle le rassura, il garda le silence.
    La séparation fut déchirante.
    Elle s’en alla.

    Le jour même.
    Le soir.

    Il faisait nuit lorsqu’elle revint. Elle s’engagea sur le chemin de la maison.
    Elle n’eut aucun doute. Quelque chose avait changé.
    Elle coupa le moteur et s’avança doucement.
    Son coeur explosa.
    Sa colère éclata au moment où on ne s’y attendait pas.
    Ses éclats se disséminèrent tout alentour.
    Nul n’osait l’effleurer ou la toucher, de peur de se blesser.
    Dans le lointain, un chien hurla à la mort…
    La lune s’était arrêtée sur la pointe du cyprès.
    Il n’était plus là.

    Un voisin, un fou de Stilh, l’avait lâchement décapité et tronçonné.
    De son ami, le chêne tricentenaire, il ne restait qu’un cercle pâle d’où s’écoulaient des larmes ambrées.

    Elle hurla à mort.

    © Clémence.

  7. Cétonie dit :

    Sa colère éclata au moment où on ne s’y attendait pas. Ses éclats se disséminèrent tout alentour. Nul n’osait y toucher, de peur de se blesser. Dans le lointain, un chien hurla à la mort…Sidérés, les villageois se regardèrent, cherchant à comprendre… le bruit, la pluie d’éclats brillants, sans doute dangereux, et ces hurlements qui les terrorisaient peut-être encore plus. Ils cherchèrent d’abord à se protéger, se couvrant la tête, cherchant un abri, courant, criant, pleurant. Mais le bruit ne cessait pas, un sourd grondement d’orage qui ne ressemblait à rien de connu, et puis, ces particules de colère qui pénétraient partout, semblaient même les suivre jusque dans les maisons et dont il fallait surtout se protéger, leur semblait-il.
    Mais les plus courageux commencèrent à s’interroger, quel Dieu tout-puissant avait pu déclencher une telle colère, et surtout, quel méfait énorme avait pu le provoquer ? Il leur semblait impossible que ce soit simplement la Terre qui manifestait son mécontentement de se voir ainsi exploitée par ces bipèdes qui ne savaient que se servir sans rien rendre en retour, alors que toutes les autres créatures savaient tenir leur place dans l’ordre des choses, s’équilibrant mutuellement lorsque l’une ou l’autre prétendait s’imposer.
    Tendant l’oreille, ils perçurent la voix de la Nature au creux du grondement : « Hommes maudits, vous n’avez plus votre place sur la terre ! Déjà, j’ai supprimé toutes vos machines modernes, sans lesquelles vous n’êtes plus capables de survivre, mais je laisse une chance à ceux qui sauront faire face à ce retour au dénuement total qui précéda encore ce que vous appelez la préhistoire, ils n’auront plus ni Dieu ni langage, ni maisons, ni outils, ni souvenirs, ni aucune protection, ils devront tout inventer.
    Je vous laisse cependant une aide, si vous savez l’utiliser : ces petites pierres qui cherchent à vous atteindre sont bienveillantes et seront précieuses à ceux qui sauront les entendre.
    Heureux villageois qui eurent la chance d’écouter la voix de la colère !
    Il ne leur fallut que quelques millénaires pour retrouver tout ce qu’ils avaient perdu, et tout fut à recommencer !

  8. LABROSSE dit :

    Tout avait commencé par une belle journée printanière, la grande chartreuse resplendissait ! Un flot de lumière venait s’épancher au sein du petit cloitre. A l’heure des vêpres des larmes de soleil caressaient le poitrail du christ, l’instant était magique, divin !
    Les sœurs entonnaient un « Ave Maria » plein de grâce avec une ferveur plus prononcée qu’à l’accoutumée. Aujourd’hui la journée serait fête ! Un passage, une minute particulière dans leur vie. Chacune en connaissait l’instant, la saveur. Les noviales (sœurs récemment entraient dans l’ordre) allaient exprimer leurs vœux : Pauvreté, Obéissance, Chasteté !
    Des Mots en désuétude, en total anachronisme avec le monde de l’extérieur. De pauvreté personne ne souhaitait. D’obéissance perdurait quelques réminiscences des bons écoliers de naguère, futurs soldats alignés lors du 14 juillet, d’ouvriers aux ordres de la mondialisation. De Chasteté, ce fut bien impossible d’en trouver l’expression, l’heure était aux ébats, au coït généralisé, à la démocratisation des chairs, à la gloire du pornographique, il fallait bien s’épanouir dans ce monde en furie !
    Et pourtant quelques âmes, hors du temps, s’apprêtaient à rallier ce triptyque !
    Elisabeth, un prénom prémonitoire, une vie à coucher dehors ou à rentrer dans les ordres. Bien entendu, la famille s’était gardée de l’afficher. Le père priait, la mère priait, la fille priait … Que fut une vie sans entendre la cause du Christ, notre seigneur, tout puissant … D’école, elle fut convié en catimini, école privée, catéchisme et vie d’ascèse. Et puis l’oisillon saigna, des règles abondantes ! La vie allait changer, la fille se reproduirait, serait soumise au malin, aux vices ! Mais la petite Elisabeth résista, elle avait entendu les voix du ciel.
    La parenté se fut presque soulagée de la conduire au couvent ! Elle serait épargnée de la sauvagerie, des nuisances du temps, des foudres du mal.
    A peine franchit les portes du carmel, on s’empressa de l’emballer dans de modestes emballages gris souris, cachant au plus vite de trop belles formes, des lèvres outrageuses, un sourire de garçonne, une peau duveteuse, charnelle et de grands cheveux noirs de gitane.
    Ses trois premières années de retraite, n’eurent point d’achoppement notoire, elle pleurait parfois mais doucement, intérieurement, le christ était là !
    Pourtant, parfois son cœur battait vite, trop vite, de voir le monde, de le sauver, d’aider, d’accomplir, se mettre au service de son prochain, une tout autre approche que la prière, piètre onction contre les appels du dehors, la prière comme ultime rempart à la défaillance de ce monde. Se pouvait-il que quelque part, un être miraculeux, un embryon céleste, une molécule divine, un atome de la voie lactée, puisse entendre votre plaidoirie pour en porter la résonnance aux confins du monde. Se pouvait- il qu’une prière répare vos pêchés, nourrisse les pauvres et humanise le monde. Comme ça d’un coup de baguette magique ?
    Voilà les pensées qui percutaient le lobe frontal de la jeune Elisabeth, des coups de semonce qui résonnaient comme le tonnerre ! Dans quelques minutes, elle allait renouveler son engagement, ad vitam aeternam. Quelques paroles suffiraient, et la sentence tomberait, implacable, la prière pour ultime vocation. Prier, prier, à tout jamais …
    Au sein de la petite église, les cœurs résonnaient comme jamais, quelques voies chevrotantes, d’autres plus guillerettes, on entonna quelques Paters noster puis l’ave maria ! Celui de l’engagement ou du renoncement, définitif, sans appel.
    Au loin, un chien hurla à la mort…
    Quelques frissons parcoururent l’assemblée, la mère supérieure fit son entrée, solennelle !
    Les sœurs s’inclinèrent, les unes après les autres, une petite dizaine d’écolières, des noviales au foulard blanc comme la neige s’approchaient, s’inclinaient comme de preux chevaliers en attente de l’adoubement !
    Timidement on percevait un murmure d’approbation, une inclinaison de la tête et c’était finit, elles allaient rejoindre le cortège de sœurs aux foulards noir comme la terre, comme l’ombre des catacombes.
    Elisabeth s’approcha, pieuse et docile comme à son habitude. Une gentille jeune fille tout en discrétion, tout à l’œuvre du seigneur !
    Et puis une porte claqua, un coup de vent imprévu ?
    Un premier vitrail éclata, celui du centre de la nef, ses éclats se disséminèrent tout alentour. Nul n’osait y toucher, de peur de se blesser.
    Au dehors, on perçut des voix, lancinantes, hurlantes. Des plaintes, ou plutôt des suppliques : celle d’un homme, graves et tonitruantes. La révolution revenait, allait-on confisquer les biens du cloitre, bruler le carmel ?
    Et puis au-dedans, Elisabeth hurla ! Un cri bestial, celui d’une louve aux abois … dans un éclair de folie, elle déchira ses frusques, jeta au sol ce maudit foulard gris souris, lança en direction de l’autel ses maudits souliers vernis qui lui brisaient les métatarses.
    Adoptant une posture de défi, la tête haute, le corps en alerte, les cheveux en bataille, elle était prête pour tenir tête à une armée tout entière :
    – Mes sœurs comprenaient moi, Il me faut de l’air, du vivant, de l’engagement, vivre le monde, guérir des gueux ou des pestiférés, être utile, non en prière mais en actes… Au diable vos dévotes prières, je ne comprends point vos prières idolâtres : croyez-vous aimer le monde avec des psaumes, ne comprenez-vous point les appels du christ ?
    Réveillez-vous non de dieu !
    Et puis elle se fit aussi volatile qu’un ange, à peine percevait-on de petits pieds libres qui courraient rejoindre le monde. Il y eut un vrombissement de moteur et puis le silence abyssal, sidéral, satanique !

  9. Nadine de Bernardy dit :

    Sa colère éclata au moment où on ne s’y attendait pas.
    Ses éclats se disséminèrent tout alentour.Nul n’osait y toucher de peur de se blesser.
    Dans le lointain,un chien hurlait à la mort.

    C’est vrai quoi,combien d’années à rester enfermée dans le noir,emmaillotée d’un bout de couverture dans une vieille boîte en fer qui rouillait sans y voir de mal,au pied d’un des pommiers du fond du jardin.
    Il l’avait ramenée d’une guerre dont elle n’avait jamais su le nom.Elle se souvenait de l’enguirlandade monumentale qu’il avait essuyé.
     » Tu es complètement fou,c’est dangereux de ramener ça,que comptes tu en faire? Tu as pensé aux enfants s’ils mettaient la main dessus.Débarrasse moi de cet engin de malheur,cette guerre n’a pas arrangée tes idées biscornues! »
    Depuis,le noir et le silence.
    Elle entendait bien au fil du temps, des voix au dessus d’elle:
     » Il paraîtrait que le père,votre grand père,aurait enterré une boîte en fer quelque part par là,mais on ne sait pas exactement où, ni ce qu’elle contient,certainement pas des Louis d’or en tout cas.
    Je creuserai bien par curiosité, mais je ne sais par ou attaquer les fouilles et il m’a fait jurer de ne pas aller creuser dans son jardin.
    Il était un peu zinzin,il avait dû voir de drôles de choses pendant cette guerre dont il était obsédé. »

    Depuis belle heurette personne ne venait plus dans ce coin,les pommes pourries lui tombaient dessus, elle se sentait abandonnée.
    Elle n’en pouvait plus de cette solitude alors,un beau jour,elle laissa monter sa colère jusque là contenue.
    Elle éclata,soulagée,en veillant bien à faire le plus de bruit et de dégâts possible.Pour leur apprendre.
    Devenue inutile,ses entrailles éparpillées aux quatre coins du jardin quasi abandonné,elle n’entendit pas les commentaires des gens autour du cratère,qui enjambaient les branches de pommier,les cailloux,n’osant s’approcher trop près de peur que quelque chose d’autre ne se produise.
    « Ben dis donc,on dirait bien que c’est une grenade qui a fait ces dégâts,regarde, on voit la goupille,là.
    Il avait raison le vieux fou,c’était bien dangereux.Mais comment ça a pu se produire,personne n’a touché à rien et elle était là depuis tant d’années à ce que j’ai entendu dire.Vous voyez un peu ce que ça peut faire ce genre de truc! »
    Un silence presque respectueux régnait à présent dans le groupe.

    Dans le lointain on entendit un chien hurler à la mort.

  10. Catherine M.S dit :

    Orage,ô rage

    Sa colère éclata
    Au moment où on ne s’y attendait pas
    Ses éclats se disperserent alentour
    Renversant tous les stigmates de l’amour
    Nul n’osait y toucher, de peur de se blesser
    Un orage amoureux peut venir tout casser
    Tout le monde le sait. ..
    Dans le lointain un chien hurla à la mort
    On l’entendit jusqu’au vieux port
    Les anciens s’ecrierent :
    _ Tous à l’abri
    Méfions-nous des débris !
    Un coeur brisé peut faire très mal
    Si vous passez juste à côté
    Des rêves en mille morceaux
    Qui tombent sur des carreaux
    Peuvent causer des dégâts
    En veux tu en voilà
    Des illusions perdues
    Peuvent vouloir se venger
    Et hacher menu
    Tout se qui passe à proximité
    L’ire conjugale peut être fatale
    Et tout broyer sur son passage
    Pire qu’un braquage !

    Le village dut s’accoutumer
    À être foudroyé régulièrement
    Par la guerre que se livraient les deux amants
    Même le chien dut se faire opérer
    Pour cause d’ouïe pulvérisée.

  11. Christine Macé dit :

    Les elfes s’éveillèrent, inquiets. Pressentant que quelque chose se préparait. Une chose qu’ils ne savaient nommer.
    Depuis plusieurs jours, l’air était moins léger. Suffoquant même parfois. Répandant des vapeurs de soufre sur la terre encore humide de rosée matinale. Surtout, il y avait le bruit. Un grondement, plutôt.
    Tauron, le chef des elfes et seigneur des forêts, décida de partir consulter le vieux druide. Il marcha jours et nuits, pendant plusieurs lunes, jusqu’au grand chêne.
    La cabane paraissait déserte. Il se souvint des paroles du vieillard qui, l’an passé, s’était dit prêt à quitter ce monde.
    L’homme gisait sur sa paillasse, les yeux grands ouverts pourtant. S’approchant de lui, l’elfe vit qu’il respirait encore.
    – Maître, êtes-vous toujours parmi nous ? Il se passe des choses étranges qui font peur.
    Le druide cilla à peine. Allait-il se taire à tout jamais, les abandonner ? Tauron devrait-il repartir auprès des siens pour attendre la fin ?
    La masure trembla sur sa charpente vermoulue. Un volet claqua et dans le lointain, un chien hurla à la mort. Soudain le sol se fendit en cratères, les arbres alentour furent arrachés, soulevés comme de vulgaires brindilles. L’eau des rivières sortit de ses lits, gorgeant les plaines. Le ciel couleur de cendre se chargea de nuages libérant des décharges électriques aveuglantes. Le druide se raidit et cessa de respirer.
    Tauron se revit, jeune elfe, plein d’espoir. Bouillonnant d’illusions, toujours prêt à en découdre avec les puissances maléfiques qui souillaient Terra depuis trop longtemps, valeureux guerrier protecteur de ce Graal.
    Alors il sut qu’il ne reverrait pas les siens. Sa colère éclata, en parfaite osmose avec le chaos extérieur. Libérant des éclats dévastateurs et mêlant la folie des hommes à celle des elfes qui avaient cru pouvoir sauver cette terre meurtrie.
    Trop tard ! Ce furent ses dernières pensées.

    Bon dimanche,Christine

  12. Odile Zeller dit :

    Sa colère éclata au moment où on ne s’y attendait pas. Ses éclats se disséminèrent tout alentour. Nul n’osait y toucher, de peur de se blesser. Dans le lointain, un chien hurla à la mort…On pensait que l’explosion allait mettrevun terme au conflit, au malaise et que la tension retomberait d’elle même mais entre les débris une boule rouge se forma. Minuscule elle semblait inoffensive, facile à neutraliser, mais elle était brûlante en constant mouvement. Elle tournait sur elle même comme une toupie et ceux qui voulurent la balayer au loin se brûlèrent. Ils reculèrent de cette bille incandescente. On ne pouvait s’éloigner, la quitter du regard, elle vous fascinait, happait votre énergie, votre attention et pénétrait peu à peu votre esprit, occupait vos pensées. Quelqu’un poussa un cri rauque, la boule gonfla et émit une langue gazeuse, elle s’empara de la femme. Celle ci trembla de tout son corps et son regard changea. Elle ne parlait pas, elle éructait des menaces, des injures, elle cherchait à donner des coups. On s’écarta un peu pour se protéger mais c’était trop tard un homme était contaminé. On le regardait, plus personne ne bougeait. Il devint blême, se contracta, ses yeux se fixaient dns un éclat noir. Il ne cherchait pas à approcher la femme, elle n’existait plus, il semblait ailleurs. Et la boule grossissait, émettait des sons violents, sa couleur changeait, virait du roiuge au noir. Il faisait chaud l’ours, le ciel était orageux, le tonnerre roulait et en un instant la boule devint humaine formant une masse de bras, de jambes qui se battait, hurlait et restait bloquée dans un combat inextricable. Tous ceux qui avaient pu le faire s’étaient écartés. Mais ils restaient là bras ballants fascinés par la haine, la fureur, la colère devenue cette grappe humaine en furie. On ne pouvait les arracher les uns des autres. Ce se ferait tout seul, ils se lasseraient, la fatigue aurait raison de leur colère. Ils baissaient le regard, prenaient un air consterné. La boule s’agitait encore. Elle prenait le regard tour à tour jubilatoire ou terrorisée, adorait cette tension en elle. Les autres, son public, restaient là inutiles oscillant entre attraction et dégoût. Ils savaient l’emprise violente de la colère.

  13. Ophélie E. dit :

    Pour le repas de famille dominical obligatoire, une femme, à la soixantaine épanouie, avait convié ses quatre enfants, leurs conjoints et sa douzaine de petits-enfants.

    Son menu se composait de quelques asperges sauce mousseline et du sempiternel gigot-fayots et, pour clôturer le festin, elle posa sur la table sa légendaire tarte à la bouillie. Après avoir découpé son dessert en parts parfaitement égales, elle fouilla dans la poche de son tablier et en sortit une lettre qu’elle brandit sous le nez de sa progéniture.

    – Bon… Ben… voilà, dit-elle un tantinet mal à l’aise, je vous ai écrit une lettre et je veux que vous la lisiez pour comprendre ce que j’exige de vous.

    Dubitatifs et un brin estomaqués tous les convives se regardaient pendant que l’aînée lisait la missive à haute voix. Arrivée au terme de sa lecture, d’un geste sec, elle posa la lettre sur la table et sa colère éclata au moment où personne ne s’y attendait.

    Regardant sa mère droit dans les yeux, elle lui sortit tout ce qu’elle avait sur le cœur depuis sa prime jeunesse. Ses surprenants éclats de voix se disséminaient dans toute la salle à manger. Peut-être, de peur de blesser l’une ou l’autre des protagonistes de cette hallucinante prise de bec, nul n’osait intervenir. Aussi, bien lancée, l’ainée poursuivit sa diatribe et vida son sac jusque dans ses moindres replis.

    Stupéfaite devant tant d’impudence, la grand-mère, figée sur sa chaise, porta la main à son cœur et fit mine de s’évanouir. Apeurés les gamins, qui depuis lors fixaient leur dessert dominical abhorré, se réfugièrent dans les bras de leurs parents et se mirent à sangloter à chaudes larmes, et de concert, le bichon maltais qui rêvait d’un os à moelle sur les coussins bien moelleux du canapé, se dressa sur son séant, leva la tête et hurla à la mort.

  14. iris79 dit :

    Sa colère éclata au moment où on ne s’y attendait pas.
    Ses éclats se disséminèrent tout alentour. Nul n’osait y toucher, de peur de se blesser. Dans le lointain, un chien hurla à la mort…

    Le vieux paysan fut tiré de son sommeil par la violence du cri. Il savait ce qu’il lui restait à faire…

    Il ne connaissait que trop bien cette révolte qui grondait et dispersait ses éclats ça et là. La provenance du cri lui indiquait quelle direction prendre. Il se couvrit chaudement. En ce début de printemps les nuits étaient encore très fraîches, et se dirigea vers le vieux hangar pour préparer la charrette.

    A pas lents et mesurés, il se dirigea sous les premières lueurs de l’aube vers le site qu’il reconnut très vite. Le champ des Durand, ces gros producteurs avides qui s’étaient mis à maltraiter la terre pour engranger des profits.
    Un halo sombre dessinait un point dans le ciel brumeux et lui confirma l’emplacement des éclats.

    Quand il fut à quelques pas, les premiers rayons de soleil les firent miroiter leur donnant un aspect froid, translucide et quelque peu menaçant. Il passa ses épais gants de laine à l’intérieur desquels il avait cousu une épaisseur de cuir pour ne pas se blesser, se pencha comme s’il saluait respectueusement ses débris et se mit à les ramasser avec d’infinies précautions. Il les déposa comme d’habitude à l’arrière de la charrette sur une couverture qu’il replia. Quand il eut terminé de tout charger, il reprit tranquillement le chemin du retour, le pas un peu plus lourd.

    Chaque geste était devenu rituel. De retour à la maison, il transportait les débris de la colère dans sa maison, les entreposaient dans un endroit sec puis les faisaient chauffer dans l’âtre de la cheminée. Il veillait à ce que chaque éclat fasse son œuvre. En effet, sous l’effet de la chaleur il avait découvert bien par hasard que ces éclats qui prenaient l’aspect de petites bûches de bois après plusieurs heures formaient une fois chauffée une cendre aux vertus incomparables.

    C’était au cours de la première manifestation de la colère. Au cœur d’un rude hiver. Son cri l’avait arraché à une nuit agité par des journées sans manger. Il s’était levé et était sorti sur le pas de la porte. Il avait assisté pétrifié à sa manifestation. Il avait vu saisi, des volutes rougeoyantes s’élever vers le ciel avant de retomber sous forme d’éclats sur la terre. Une fois le jour levé il s’était approché muni de son fusil et avait été surpris de trouver à l’endroit du méfait un tas de matière qui semblait se transformer au fil des heures en un objet s’apparentant à du bois. Aussi de retour chez lui, les avaient-ils mis au feu rendant grâce à dieu de lui permettre de se réchauffer un peu. Après plusieurs jours de chauffe, le vieil homme débarrassa les cendres qu’il alla disperser au pied des arbres fruitiers. Il oublia ce geste pour lui anodin mais qui lui revint comme un éclat en plein cœur quand au printemps il fit une récolte extraordinaire !

    Depuis la colère était revenue. Plusieurs fois. Et à chaque manifestation, il avait nourri sa modeste terre, obtenant des productions potagères et fruitières magnifiques. Il priait cette terre qu’il respectait. Menacée, elle s’exprimait et il fallait écouter. Lui l’avait toujours fait. Il la respectait et essayait de la protéger. Il la nettoyait, la chérissait et faisait de son ire un engrais inégalé.

    Aujourd’hui c’est au pied des ceps noeux de sa modeste vigne qu’il déposerait la poudre grise pour pouvoir récolter en septembre les raisins de la colère…

  15. Souris verte dit :

    🐀 LA DANSE DES SEPT CEPS ET LE BOURGEON BOUGON.
    Il y a bien longtemps, dans cette région peu amène sur une bosse de terrain et pas tout à fait au soleil, sept ceps de vigne et un rosier essayaient de survivre. Rescapés du phylloxéra ils combattaient ensemble autant la maladie que l’humide climat afin de se perpétuer, continuer de produire leurs grains fabuleux au goût infiniment délicat.
    Le rosier miraculé exhibait fièrement en portant haut son seul bourgeon. Mais ce bourgeon bougon si gros et gonflé d’orgueil refusait d’éclore.
    Non ! Il ne voulait pas reprendre le flambeau : être le défenseur de ces noceurs.
    Car si ces rescapés avaient survécu, il faut savoir pourquoi!
    La nuit tombée dans un rayon de lune ils se gavaient des grains de leur raisin. Ces grains magiques qui poussaient déjà fermentés, titraient à quatorze degrés les plongeant dans un état d’ébriété avancée. Ils se lançaient alors dans la danse effrénée des sept ceps.
    C’est ainsi que ces mauvais garçons avaient échappé à la contamination.
    Mais vous ne savez pas tout car, le lendemain il n’y paraissait plus: sagement et à leur place les grains magiques avait repoussé.
    Le bourgeon renfrogné, du haut de sa tige ne voyait pas l’intérêt de continuer de défendre ces alcooliques. Il aurait préféré s’épanouir dans une région bucolique et tranquille.
    Mais la nature a ses devoirs dont les rosiers ne sont pas exclus.
    Un jour, fatigué de lutter sans doute et particulièrement fâché par le charivari de la nuit, il explosa en une toux tel un claquement de tonnerre qui fit hurler un chien au loin.
    D’un coup les pétales rouges de cette rose nouvelle, comme en colère s’étendirent partout sur la région touchant en écho et les herbes et les arbres, les cèps rougirent de confusion, les feuilles se piquèrent d’or en fusion.
    Ce fut la naissance de l’automne.🐀

  16. Michel-Denis ROBERT dit :

    Sa colère éclata au moment où on ne s’y attendait pas. Ses éclats se disséminèrent tout alentour. Nul n’osait y toucher de peur de se blesser.Des morceaux de verre jonchèrent le sol en quelques secondes. Il explosa comme une cocotte-minute sous pression. Des boulons restés bloqués se mutèrent en projectiles supersoniques. Plaff ! Un seul aurait pu tuer n’importe qui. La porte de la cuisine avait rendu l’âme. Involontairement, disait-il, il l’avait claquée. La mortaise du haut avait cédé d’épuisement. Le carreau descendu ne fit pas de plis. La chute en dégringolade amplifia son effroi de bruits de verres brisés. Il avait peur de quelque chose, il fallait que cela se voit sur son visage. Ses débordements frisaient l’inconscience. L’assurance ne paierait pas, c’était secondaire. Le constat s’établirait le moment venu. En attendant que le calme revienne !

    Ses papiers déchirés à même le sol s’envolèrent par la baie entr’ouverte. Le zef mêle-tout tourbillonna la même partie. Comme une roulette russe, celui-ci frappa à l’aveugle et sembla même l’encourager. Les cendres de l’âtre s’envolèrent qu’il recracha de ses poumons. Il manqua l’asphyxie. Il toussa et reprit aussitôt son souffle. Par une étrange coïncidence, la porte de l’insert subit le même sort que celui de la porte de la cuisine. Gênant son passage, il l’avait repoussée violemment du pied. Pas de plis non plus ! Les bling bling des débris se ramasseraient à la pelle. Il piétina les fragments aux arêtes tranchantes. Il s’enfila une esquille dans la plante du pied dénudé. Il étala son sang sur le carrelage. Un billet qui volait s’enflamma et faillit mettre le feu partout. Ses conseillers n’en revinrent pas. Ils en restaient babas. Ils avaient usé leurs rotules à le supplier d’arrêter. Car il n’avait plus la maîtrise de son aventure. Il risquait l’intervention de la police.

    Personne ne sut pourquoi il s’était mis dans cette furie. On le connaissait pourtant d’un calme naturel. Mais ce jour-là ses origines anglo-saxonnes s’étaient tues. Elles l’avaient laissé tomber comme la vieille chaussette d’un soupirant dépressif. Elles avaient renoncé à le soutenir. Son flegme avait mystérieusement disparu. En montant à l’étage, il se prit dans le fil de la lampe rouge. Fauchée comme les blés, la belle poterie rejoignit les verres cassés. Pour se justifier, il dit qu’il ne l’avait pas fait exprès. Cette lampe valant une fortune, l’assurance ne marcherait pas. Sa tornade ne pouvait se terminer que dans un capharnaüm indescriptible. Quand il reprendrait ses esprits, il n’en reviendrait pas.

    Son chien hurla à la mort. C’est la seule intervention qui put le remettre dans ses bottes. Il le regarda comme s’il sortait d’un autre monde. Il resta interdit pendant quelques secondes. Le pauvre animal tremblait de tous ses membres. Dans son expression, on pouvait lire : « Qu’est-ce qui te prend, t’es pas net ! On pourra être copains de nouveau quand tu auras refait surface. » Il ne restait que lui comme compagnon. Les conseillers avaient déguerpis.

    Dans sa chaise pliante, Jack, le metteur en scène laissa venir le gros plan sur les yeux apeurés du Pyrénées. Quand il fut bien stabilisé sur le regard, il souffla :

    – Coupez ! Quinze minutes pour nettoyer les dégâts. On la refait. Il n’y a pas assez de hargne. On n’y croit pas. Il me faut d’autres vues. Allez ! On bouge !

    Les acteurs fatigués…

  17. Laurence Noyer dit :

    Inventez la suite !
    On nous demande d’inventer la suite
    Cette fameuse suite
    Et alors…
    Comment inventer LA suite
    De quoi, de qui ?
    De la vie, des hommes, de la terre ?
    Comment, pourquoi ?
    Quel avenir, dans quel but ?
    L’ultérieur, le subséquent.
    Qui sait ce qui viendra après
    Qui sait ce que sera l’après
    La suite…
    La fleur fera-t-elle un fruit ?
    La cause produira-t-elle son effet ?
    Et alors
    Quelle sera la conclusion ?
    Y-aura-t-il des conséquences ?
    Inventer la suite
    Son issue, son aboutissement
    Son prolongement, ses répercussions
    La suite de la suite c’est la suite
    Encore et encore
    Ses kyrielles de demain
    Ses ribambelles d’incertain
    Et après…
    Inventez la suite !

  18. Maryse Durand dit :

    Sa colère éclata au moment où on ne s’y attendait pas.
    Ses éclats se disséminèrent tout alentour. Nul n’osait y toucher de peur de se blesser. Dans le lointain, un chien hurla à la mort…
    relayé par tous les chiens de la ville.
    Ainsi, il s’était réveillé ! Depuis des siècles qu’il semblait dormir tranquille, on pensait l’avoir apprivoisé, on le croyait inoffensif. On avait, siècle après siècle, colonisé ses flancs, planté des vignes, aménagé des jardins, desservis par des routes… Quelques maisons s’étaient bâties, directement à ses pieds, où l’on vivait sereins, comme placés sous sa protection bienveillante. La terre qui le composait était féconde, et, même si on ne l’adorait ni ne le craignait plus comme dans les temps primitifs, on lui était reconnaissants, lui attribuant une partie de la prospérité de la ville.
    Et récemment un grand groupe hôtelier avait entrepris la construction d’un vaste complexe de loisirs destiné à une clientèle aisée. Le maire et son conseil avaient soutenu le projet qui classerait définitivement l’endroit comme incontournable pour la jet-set, la vue sur le Golfe depuis l’immense terrasse étant absolument sublime !
    Etait-ce justement cela que le vieux géant avait jugé insupportable ? C’est fort probable, car il a choisi justement le jour de l’inauguration pour commencer à gronder… Le ballet des limousines déversant leur lot de personnalités en tenue de soirée venait de cesser, et l’on se dirigeait vers les cocktails, lorsque les premiers jets de pierre avaient commencé.
    Lorsqu’il cracha des gerbes de lave incandescente, les sirènes retentirent et des voitures de pompiers roulèrent à toute allure, dans la lueur bleutée de leurs gyrophares. Les cloches des églises retentissant ajoutèrent une note tragique à la scène. Toute la nuit, les eaux dans le Golfe reflétèrent des lueurs rouges et orangées, poursuivant leur ressac comme si de rien n’était !

  19. Laurence Noyer dit :

    Que deviennent les éclats de voix dispersés ?
    Tessons de paroles blessantes.
    Où se terrent les colères rentrées ?
    Ces chiennes, rongeuses de sang.

    Si vous êtes touchés,
    Ne craignez pas la contagion
    Ramassez ces débris de passion,
    ces carreaux de fureur, et de fougue.
    Rassemblez ces fragments
    Triez-les, par degré, par nuance.
    Chaque colère a sa couleur !
    Et faites-en un vitrail, une verrière
    Une rosace d’éclats de rire,
    Sertie d’écoute, plombée de patience.
    Une marquise consolidante,
    Des bris de glace à la fraise…

    Pour vos émaux-tions

  20. Mamireille dit :

    Sa colère éclata au moment où on ne s’y attendait pas.
    Ses éclats se disséminèrent tout alentour. Nul n’osait y toucher, de peur de se blesser. Dans le lointain, un chien hurla à la mort… mais la camarde ne daigna pas se montrer. Depuis qu’elle avait migré à l’étranger, pour faucher la mer et récolter ce que les munitions avaient semé ça et là, elle était overbookée.
    La colère était partout. Elle montait en puissance dans les rues, comme l’eau des orages alimente les crues dévastatrices mais du haut de leurs aires privilégiées, les décideurs n’y voyaient que de petits rus.
    Les petits ruisseaux firent alors les grandes rivières qui débordèrent jusqu’aux fleuves, dévastant les palais, leurs princes incrédules et leurs courtisans désespérés. Tous se retrouvèrent à la mer où la camarde avait dû recruter quelques intérimaires.
    La colère du peuple s’apaisa. Il fallait réparer les dégâts. Nettoyer. Reconstruire. La solidarité montra son efficacité. Ses élans firent florès tout alentour. Chacun y goûtait sans peur de blesser qui que se soit. Dans le lointain, le brame du cerf se fit entendre. L’amour était revenu.
    mamireille

  21. Mangataye Francine dit :

    …..aouh, aouh, aouh, je laissais tout simplement ce que j’étais en train de faire pour écouter attentivement les hurlements au loin.
    Malgré cette belle période de l’anné, un orage d’été grondait au dessus de nos têtes accompagnés d’éclairs.
    Sous cette chaleur moite mon sang ne fit qu’un tour. Oui, c’était bel et bien le retour de cette bête qui nous terrorisait enfant.

    Que voulait il ? Pourquoi revenir maintenant ? Était-ce un signe, de mort…. ? La matinée s’annonçait très préoccupante.
    Quand bien même, je n’allais pas laisser cet anmal prodige me gâcher l’existence.

    En tendant l’oreille, je m’approche et aperçu un spectacle inattendu . Comment est-ce possible ? Une odeur âcre et fétide se dégageait de cette espace.
    Quelle découverrte ! Mon cœur battait la chamade, de peur dans un premier temps puis de bonheur.

    Une découverte extraordinaire et pourtant si ordinaire. Un tableau à la fois lumineux et émouvant dans ce recoin livide dépourvu de clarté .

    Ces hurlements n’étaient autres que des hurlements de délivrance , de joie et de continuité à la vie.
    Trois magnifiques louveteaux étaient arrivés dans ce monde de prédateurs. La louve protectrice n’allait pas laisser faire, elle était prête à assumer son rôle .

    Quel beau dessein! Intuitif et instinctif.

  22. durand dit :

    Sa colère éclata au moment où on ne s’y attendait pas. Ses éclats se disséminèrent tout alentour. Nul n’osait y toucher, de peur de se blesser. Seuls quelques touristes chinois prenaient des photos, moquaient la fabrication française et tentaient de récupérer un morceau, sans se griller, pour un souvenir brûlant. Dans le lointain, un chien hurla à la mort.Des pigeons la roucoulaient. Sur La Seine, un bateau mouche accrocha la pile d’un pont et coula.Une flèche de Notre-Dame bascula, vrilla et empala un bus.

    L’alerte fut rapidement donnée, les secours, les pompiers, tout le monde se précipita dans la petite cour du musée.

    René Malgloire, reporter pour MFB réussit à passer au-delà des cordons de sécurité, s’infiltra dans le couloir. Son commentaire supposait déjà l’existence de plusieurs attentats dans Paris. Mais la dignité lui interdisait de condamner d’avance les horribles images qu’il était censé découvrir.

    Les jeunes enfants se collèrent un peu plus au poste de tv. Les ménagères suspendirent leurs cuillères au-dessus de leur casseroles, les directeurs de ressources humaines leur stylo de la réalité des feuilles de suppression de postes. Plusieurs hélicoptères abusèrent du vol stationnaire. Un parachutiste refusa de toucher le sol.

    Tout un chacun et chacun pour tous était suspendu aux lèvres de l’évènement. Celles-ci bavaient un peu, comme d’habitude, des deux côtés.

    René Malgloire pénétra parmi les premiers dans la cour. Il tourna sa caméra vers l’objectif et l’objectif, subjectivement vers le sujet… Mais ce n’était que çà!

    Les mômes allaient retourner à leurs jeux vidéo, les ménagères suspendre leur linge, les DRH appliquer les règles du marché. Les hélicoptères allaient filer droit et le para se prendre un gadin.

    Tout ce bruit et ces échos de bruit, parce que, à force de retourner de sombres méditations, le penseur de Rodin s’était résolu à se faire exploser la tête.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Répondez à ce calcul pour prouver que vous n'êtes pas un robot * Time limit is exhausted. Please reload CAPTCHA.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

libero ipsum Phasellus mi, efficitur. fringilla nunc