409e proposition d’écriture créative imaginée par Pascal Perrat

Elle s’était cachée dans un pot de yaourt à %.
Une super planque, pensait-elle.
Là, elle était sûre de…

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Chaque proposition d’écriture créative est une bataille contre la routine et l’endormissement de l’imagination. Un petit combat pour maintenir en vie l’enthousiasme d’imaginer, d’inventer, de créer. Quand aucun défi n’est à relever, notre créativité somnole.

24 réponses

  1. Blanche Ziba dit :

    Il etait une fois un pot de yaourt bulgare brassé nature qui cachait tout au fond de son pot une mouche échappée d’Isfahan un jour de Septembre…

    Ladite mouche , qui avait des envies folles de liberté occidentale, s’etait debrouillée pour se glisser incognito au fond du pot un matin d’été indien … cette demi-saison douce qui prolonge un peu de façon poétique l’été qui se meurt …l’été fini …l’été qui résiste de toutes ses forces encore un peu…l’été qui nous manque déjà…
    l’été qui reviendra in challah …

    En attendant le retour de la belle saison,
    Elza fine mouche orientale, se souvenait Avec bonheur du bal de Katmandou où ce soir là, elle avait ete posée lascivement sur la joue droite d’une princesse népalaise en quête d’amour…
    Elle venai juste de se faire jeter – larguer – priée de partir !

    Et se blottissait
    Elle se calait
    Elle se posait

    Larguée oui
    en beauté,
    vraiment en toute beauté !

    Vous savez le genre de souffrance infligée comme ça à 6h30 du mat …à grands coups de mots de merde indélébiles qui vous salissent grave jusque dans la moëlle de vos os…

    Elle était en train de mélanger de la confiture de fraises bio à un yaourt nature brassé bulgare de chez Lidl…lorsque le couperet est tombé…

    Joie de vivre guillotinée illico presto
    Espoir vers le futur au placard fermé à double tour …

    T’avais qu’à pas te projeter Camille comme ca tête baissée, toutes voiles dehors, un bandeau sur les yeux

    VERS. LE. fUTUR.

    Cela devenait intenable …

    C‘est alors que d‘un seul coup de la baguette magique d’un bel ange gardien aux ailes déployées qui passait par là,
    (absolument pas par hasard précisons-le)
    elle fut transformée en minuscule bacteria,
    Bacteria XB12 (Amore Mia) bien calée-blottie-relax au fond du pot de yaourt nature brassé bulgare de chez Lidl et vécu une nouvelle vie, à l’abri, enfin à l’abri…

  2. baudinot dit :

    Elle s’était cachée dans un pot de yaourt à %. Une super planque, pensait-elle. Là, elle était…

    Elle était entrain de déchanter.

    Pourtant cet océan de blancheur, pureté immaculée était de bon augure.
    A ses yeux cette blancheur était celle de l’innocence juvénile, c’était aussi celle de l’hymen des justes noces et celle du linceul du dernier voyage. Les symboles d’un havre de quiétude.

    Elle déchantait car d’un coup d’un seul, plongeant sans vergogne une petite cuillère pourfendait cette onctuosité blanche qui fut rassurante. Tel une excavatrice la cuillère taillait des brèches successives, rognant, creusant et faisant apparaître le trou béant d’une carrière à ciel ouvert. La cuillère, insatiable, continuait son œuvre de destruction à la manière d’un tractopelle évacuant pelletée par pelletée cette masse de yaourt vers une destination alors inconnue.

    Happée dans un pelletée qu’elle ne pue esquiver elle se trouva irrésistiblement emportée vers un vestibule un peu sombre. Un vestibule ceinturé par une barrière d’émail, des ratiches ou des chicots lui dit on. Elle n’eut pas le temps de comprendre cette subtilité qu’elle se trouva malaxée par une puissante lécheuse avant d’être éjecté dans une voix œsophagienne.

    Au terme de ce parcours elle fini par aboutir dans un nouvel environnement un peu plus sombre encore. S’habituant à la pénombre et au lieu elle découvrit une vaste flore qu’elle ne connaissait pas. Curieuse, peut être une super planque, pensât-elle ?

    L. Baudinot
    http://www.ecouteCoaching.fr

  3. Clémence dit :

    Elle s’était cachée dans un pot de yaourt à %. Une super planque, pensait-elle.
    Là, elle était sûre de…

    Ce matin-là, Benjamin trouva une enveloppe brune, jetée négligemment sur le coin de sa table. Il s’en empara et la retourna en tous sens. Il ne releva aucun indice sur l’identité l’expéditeur et encore moins sur la provenance. Il se frotta la tempe droite avec son index. Signe d’une grande perplexité.

    Son voisin, qui planchait sur un projet depuis une semaine, le regarda et lui demanda :
    – Alors, tu ouvres, ou pas ?
    – Je ne sais pas, je ne…
    – Ah, mais moi, si j’étais à ta place, j’ouvrirais de suite. Et puis, tant qu’à faire, moi je…
    – Hum… hum, lui répondit Benjamin en s’asseyant sur sa chaise.

    Benjamin redéposa l’enveloppe là où il l’avait trouvée tout en se demandant ce qui s’était glissé à l’intérieur. Un nouveau projet ? Une sollicitation ? Des reproches ? Des félicitations ?
    Ces instants de flottement lui permettaient de laisser s’épanouir les idées qui s’étaient bousculées toute la nuit.

    – Alors, tu ouvres ?
    – Oui, oui…murmura Benjamin en empoignant la lettre et en faisant sauter le rabat.
    Son collègue le regarda et n’en crut pas ses yeux. Le visage de Benjamin se métamorphosa, ses yeux s’agrandirent, sa bouche se tordit puis un éclat de rire, puissant, déchira l’air de la pièce.
    – Alors ?
    – Alors ? Il fait de nouveau appel à mes services !
    – Et ?
    – Et rien ! Je ne te dirai rien, lui dit-il en raflant une poignée de crayons, un carnet et une gomme qu’il jeta dans son sac. Pas ici que je trouverai l’inspiration, enchaîna-t-il en regardant sa montre. On est vendredi, je prends le train et je passe la fin de la semaine à la montagne. Je rentrerai lundi et tout sera dans la poche !

    C’était un paysage de carte postale. Montagne encapuchonnées de blanc, verts alpages, carillon des clochettes, chalets de bois clair…Benjamin respira profondément en fermant les yeux. Il se sentait bien. Le rituel pouvait commencer. Petit sac à dos et matériel de dessin. Tous sens en éveil, il était prêt pour sa déambulation.

    Il emprunta un petit chemin qui menait vers les hauteurs. Le soleil serait au zénith lorsque Benjamin arriverait au refuge. Et il en était certain, là, il trouverait l’idée qui collerait exactement au projet.

    Plus que quelques mètres. Et… et ce qu’il vit le laissa pantois.
    Il ouvrit ses mains et compta : cinq, six, huit…Ce … ce pot de yaourt ! C’était la quantième ? Il continuait de compter en s’avançant près de la voiture et en se demandant comment elle était arrivée là !

    Il s’approcha avec précaution. Une silhouette était affalée derrière le volant.
    Il tapota sur la vitre latérale.
    Une jeune femme tourna lentement la tête, écarta une mèche de cheveux blond. Il reçut le bleu de ses yeux en plein cœur. Touché. Coulé.

    Il ouvrit la portière, lui tendit la main.
    Il la laissa parler.
    Elle lui raconta son histoire.
    Une histoire qui avait trop bien commencé et qui s’était trop mal finie.
    Elle avait fui les injures et les coups.
    Elle s’était sauvée.
    Elle s’était cachée dans cette guimbarde, une vieille Fiat qu’on appelait « le pot de yaourt » !

    Benjamin lui demanda son nom.
    Lisette.
    Il aimait bien, Lisette. Il trouvait que ça chantait, que ça appelait le bonheur. Il la prit par la taille et ils redescendirent au village. Il restait peu de temps et le projet était toujours au point mort.
    Ils se dirigèrent vers l’auberge, l’y installa et lui demanda de l’attendre. Elle acquiesça d’un hochement de tête.

    D’un pas léger, il s’en alla puis revint d’un pas tout aussi léger. Son cœur bondit de joie lorsqu’il la vit, assise à une table sur la terrasse fleurie.
    Il s’approcha et déposa un petit paquet devant elle.
    Lentement, elle défit le nœud. Le papier de soie glissa et laissa apparaître un pot de yaourt et une cuiller en plastique.
    Benjamin souriait.
    – C’est tout ce que j’ai trouvé, dit-il avec un sourire énigmatique.

    Lisette prit la cuiller, la plongea dans le pot et savoura le yaourt à 0 % de matière grasse.
    Benjamin souriait.
    Lisette gratta le fond du pot et haussa les sourcils.
    Les yeux de Benjamin pétillèrent lorsqu’il lui avoua :
    – Elle avait manifesté l’idée de se cacher là croyant que c’était une super planque, mais moi je crois que c’est là qu’elle sera le mieux, lui dit-il en prenant sa main….

    © Clémence.

  4. françoise dit :

    Elle s’était dissimulée dans un pot de yaourt à %.
    Une super planque, pensait-elle.
    Là, elle était sûre de …. mais sûre de quoi ? Que ce pot de yaourt ouvert et dont la date de préemption était ce jour , allait rester sur le plat blanc de Limoges indéfiniment.
    Et cette insouciante crevette avait l’air d’avoir oublié que le Docteur Bouquet lui avait interdit les produits laitiers car elle était allergique.
    Mais quoi faire se dit-elle alors qu’elle commençait à étoduffer ? Adieu mes congénères pensa-t-elle non sans quelque mélancolie. Soudain une cuiller en argent la happa mais elle n’eut pas le temps de se réjouir. En effet, elle entendit un grand cri et fut projetée sur le gazon.Elle eut à peine le temps de reprendre ses esprits quand un homme la mit dans sa main soignée, aux longs doigts et appela ses jeunes enfants pour leur donner un genre de leçon de choses. Ceux-ci s’assirent près de lui sans grand enthousiasme :
    Il commença :
    les anciens pensaient que les crevettes étaient roses Certains attribuent la décoloration orange de la crevette dite rose au moment de la cuisson à la forte teneur en cuivre de l’animal. Cependant, cette couleur provient en réalité de l’astaxanthine, dont la molécule ne présente aucune trace de cuivre.
    Les crevettes sont unisexuées (mâles ou femelles). Cependant, certains mâles peuvent se transformer en femelles après un certain temps, qui en moyenne se situe autour des deux ans.
    La quantité d’œufs pondus par la femelle croît en fonction de son âge. Ainsi, à l’âge de trois ans, une crevette femelle peut pondre plus de 25 000 œufs. Une fois fécondés, les œufs sont suspendus par la femelle à son abdomen à l’aide d’un mucus naturel collant sécrété sur les soies, protection de la future progéniture face à ses congénères, ou autres prédateurs. Elle portera les œufs jusqu’à leur éclosion. La durée de celle-ce varie selon la température de l’eau et donc des saisons. en été le processus peut prendre quatre semaines, alors qu’en hiver il peut durer jusqu’à environ trois mois.
    Je pourrais vous en parler des crevettes encore pendant des heures,de leurs différents noms, des élevages industriels en Asie, mais je vois que çà ne vous intéresse pas plus que cela. Allez jouer, je vais me rendre utile dans la cuisine. Ceux-ne se le firent pas dire deux fois , ils partirent tous dans de grands éclats de voix joyeux et plongèrent dans la piscine du jardin.
    Qu’a fait de la crevette  l’homme aux longs doigts ? Je vous le donne en mille ? Il l’a mangée ! Pouah !!!

  5. Delphine L dit :

    Elle s’était cachée dans un pot de yaourt à %. Une super planque, pensait-elle. Là, elle était sûre de…ne pas se faire prendre par la gourmandise et, dans le même temps, de retrouver la ligne de ses folles années. C’était sans compter sur l’arrivée prochaine d’un petit être qui fût une excuse pour dévorer à la cuillère, la célèbre pâte à tartiner gorgée d’huile de palme. Elle vit s’éloigner toute perspective de se réconcilier avec sa balance. Mais qu’importe, le bonheur n’a pas de complexe quand il s’agit d’amour.

  6. Beryl Dey Hemm dit :

    « A table ! »
    Des mots magiques pour Coline.
    Elle était toujours la première grimpée sur son tabouret de bar à la table haute, serviette nouée autour du cou, les deux mains posées sagement de chaque côté du couvert, bien droite, pour éviter à sa mère de différer le service en la réprimandant. Ça sentait bon, et Coline suivait du regard chaque louche qui se déposait au creux de son assiette, avant de la récupérer et d’y plonger le nez pour dévorer son contenu.
    Mais ça, c’était avant.
    Aujourd’hui, il est huit heures, et Coline vient de se lever. C’est en traînant les pieds qu’elle s’approche, se hisse lourdement sur son siège. A table, elle a mis les coudes, et son menton au creux de sa main droite qui soutient avec difficulté le poids de la tête, dans un équilibre branlant. Elle lorgne le plateau. Vide. Sa mère s’affaire à la cuisine, passe et repasse, et lui glisse au passage : « Allons, Coline, un peu de courage ! »
    Du courage, il lui en faudra.
    La table est vide ? Non. Devant Coline trône un pot de plastique. Blanc. Encore fermé d’une capsule de papier. Blanc. Mais Coline sait qu’en l’ouvrant elle verra une gélatine. Blanche. Elle regarde le pot d’un œil torve et soupire à rendre l’âme.
    Avant, le petit déjeuner se prenait en famille, surtout pendant les vacances. La table pleine offrait un assortiment de petits pains dorés. Il y avait le pot de beurre avec son couteau assorti ; des confitures à tous les parfums, du miel aussi ; la grosse cruche pleine de jus de fruit ; du fromage blanc crémeux, avec du sucre roux à volonté ; un bol pour chacun avec café pour les parents, et chocolat chaud odorant et mousseux pour les plus jeunes. Du chocolat !…
    Aujourd’hui, papa et maman ont pris le ptit déj en vitesse, sur un coin du comptoir, en s’assurant que Coline n’était pas encore réveillée, puis ont débarrassé bien vite pain et beurre comme pour cacher un larcin. Ses frères et sœurs se planquent dans le couloir pour dévorer à la va-vite une tartine de confiture.
    Il y a un mois, une visite médicale au lycée a envoyé Coline tout droit chez un spécialiste de l’obésité, qui a ordonné un régime sévère et établi une fiche où il est surtout question de la dégoûter à tout jamais de manger.
    Ça, c’est l’avis de Coline.
    Mais quand elle regarde devant elle, ce matin-là, on ne peut pas lui donner tort.
    Car est-ce encore manger, que d’absorber cette gélification acre, sans sucre, qui se prétend abusivement du yaourt ? Même à 0%, ce faux alibi n’excuse pas un goût aussi dégueulasse. « Pas étonnant qu’on fait de la pub pour les vendre », pense Coline, « sans ça tous les magasins resteraient avec ! »
    Et elle imagine les rayonnages du supermarché remplis de yaourts à 0%, un cauchemar pour les « bien-portants », soudain contraints de se nourrir de cet exutoire parce qu’un décret présidentiel a décidé que chaque Français devait en manger au moins trois par jour.
    Une pensée qui parvient à la dérider un peu. Sa mère qui la guette dépose un baiser sur son front et Coline lui sourit sans conviction.
    Elle a pris sa petite cuillère et l’enfonce jusqu’au fond dans la matière vaguement visqueuse, qui aspire l’ustensile comme un marais vaseux… Coline frissonne. Elle s’est soudain imaginée, engloutie dans un océan de yaourt. Elle cherche désespéramment un appui pour remonter à la surface, appelle à l’aide en vain, s’enfonce toujours plus profond jusqu’à disparaître.
    Elle prend le pot avec rage et le presse trop fort. Le plastique souple se rebiffe et pour se venger lui crache son contenu au nez. Sa mère proteste et la gronde mollement. Munie d’une lavette elle efface les traces blanchâtres qui dégagent une vague odeur de vomi.
    Il reste la moitié du pot en place.
    Coline le regarde fixement, avec agressivité. Une joute sans merci s’annonce, un affrontement face à face. Chacun mesure ses propres forces et ses chances de berner l’autre.
    « Allez Coline ! » chantonne sa mère sans conviction. « Tu nous remercieras plus tard d’avoir pris ce problème en main et de t’avoir contrainte. Tu verras après comme tu vas plaire aux garçons ! »
    Alors ça ! C’est le dernier argument auquel Coline avait pensé ! Qu’a-t-elle à faire des garçons ? Sa meilleure copine lui suffit, qui ne lui a jamais fait sentir qu’elle était grosse. Les garçons sont bêtes, prétentieux, sans intérêt. Comment peut-on être attiré par ces grands dadais raides comme des manches à balais, aux bras trop longs, au cou de volaille déplumée, à la face en pleine floraison qu’elle que soit la saison, et si fiers des trois poils qui ombrent leur lèvre qu’ils se les teintent en noir pour le cas où on ne les remarquerait pas ! Ah non alors ! Coline est bien trop contente d’être une fille et ne comprend pas pourquoi le monde n’est pas rempli de femmes !
    Le yaourt la regarde, goguenard. Ou plutôt l’espèce de smiley sur le pot, qui se paie sa fiole depuis tout à l’heure et emprunte le zéro dont il s’est fait un visage bêtement hilare.
    Parce qu’en plus, en avalant ça il faudrait qu’on soit heureux !
    Elle prend le pot, le tourne, le retourne, le frictionne.
    Est-ce qu’en le frottant un génie va apparaître ?
    « Génie, gentil génie, fais disparaître cet ersatz couleur d’hôpital et donne moi à la place une brioche au beurre bien mousseuse avec un cœur fondant de praline rose… »
    Une main a surgi derrière Coline. Elle tient une cuillère qui plonge et ressort pleine.
    « Allez ! Coline, une cuillère pour maman, une cuillère pour… »
    Et Coline, de guerre lasse, ouvre la bouche. En deux passes l’objet est vide.
    Alors, elle dégouline en boudant de sa chaise, pose le pied au sol et s’essuie la bouche du revers de son pyjama.
    Fini pour aujourd’hui… Mais demain, il faudra remettre ça.

  7. Antonio dit :

    Elle s’était caché dans un pot de yaourt à %.
    Une super planque, pensait-elle.
    Là, elle était sûre de ne pas subir les vannes à 60% de matière grasse de la crème de la cité, chaque matin qu’elle faisait rouler des mécaniques à son popotin en dévalant la rue de la République qui menait à son bureau d’experte comptable.

    Marcel, le chef de la petite bande (on l’appelait aussi La Teigne depuis que Renaud avait sorti sa chanson éponyme l’an dernier), était toujours le premier à ouvrir son pot-pourri de refrains, parce que lui savait parler aux femmes, soit disant.

    — Vous avez souri, ne dites pas non, vous avez souri…
    — Non mais t’as vu ma tronche, est-ce que j’ai une gueule à sourire, ce matin ? Va plutôt voir ailleurs si j’y suis !
    — Paris est tout petit pour ceux qui comme nous…
    — Ici, t’es à Bondy, pas Paname, Marcel. Change de disque, ou de film. Allez, laisse-moi passer, je suis déjà en retard.

    Momo, toujours caché derrière le boss, des étoiles de Play-Boy plein les yeux, emboîtait le pas accéléré de la silhouette de ses magazines, avec toujours la même réplique (quand il en tenait une, il ne la lâchait pas) :

    — Hep, m’dame, vous avez fait tomber kekchose…
    — Rho Momo, ramasse plutôt ta vanne et fous la à la poubelle, elle est aussi mauvaise que ton haleine. T’as pas du dentifrice chez toi ?

    Ce matin-là, donc, elle roulait anonymement dans son pot de yaourt à zéro % de se faire emmerder par la bande à Marcel. Les mômes ne jetèrent même pas un regard sur cette voiturette pour personne âgée, trop occupés à débrider une 103 SP volée qui pétaradait déjà sous les coups d’accélérateurs de Momo.

    — ‘tain, Momo ! T’es lourd. Tu vas user tout le gasoil sur le parking !

    Le laid attelage descendait la rue de la République sans bruit quand, juste après le premier feu, un gendarme en faction l’interpella.

    — Garez-vous sour l’côté, s’i-yo-plaît, m’dame, dit-il avec un accent à manger à la petite cuiller.

    Il était d’origine bulgare, plus laid que nature.

    — J’ai commis une infraction, monsieur l’agent ? demanda-t-elle, innocemment.
    — Le fou était rouge m’dame.
    — Le fou ? Quel fou ? … C’est vous mon grand fou, lâcha-t-elle effrontément, le buste en avant, dégageant un parfum vanille et framboise. Vous a-t-on dit que vous êtes plutôt beau garçon ? …

    L’agent, troublé, était aussi rouge que le pot de yaourt.

    — Oh ! Vous avez rougi ! Ne dites pas non, vous avez rougi !
    — …
    — Croyez-vous au destin ? Il a fallu que je brûle ce feu pour que je vois brûler cette flamme dans vos yeux.
    — …
    — Bondy est tout petit pour ceux qui s’aiment comme nous d’un aussi grand amour.
    — …
    — Vous n’allez pas me verbaliser, dites ! Vous n’allez pas dénaturer cet instant délicieux avec une mauvaise prune.
    — …
    — Je crois que vous venez de faire tomber quelque chose.
    — Quoi m’dame ?
    — Mon cœur.
    — …
    — Si vous aviez l’obligeance de le ramasser, sans le briser.
    — Mais… C’est que…

    Quand une mobylette vrombissante les dépassa avec deux ados sans casque dessus. Le gendarme se retourna et porta le sifflet à sa bouche.

    — ‘tain, c’était pas la meuf de not’ cité, dans le pot de yaourt, là ?
    — Si Momo, j’crois bien qu’elle était en train de déguster grave. Barrons-nous avant que ce soit notre tour.
    — En tout cas, elle fait moins la maligne, là !

  8. Ophélie E. dit :

    Elle s’était cachée dans les pots de yaourt à 0 % de sucre.
    Une super planque, pensait-elle.
    Là, elle était sûre de faire de nombreuses victimes.

    Mise en promo au rayon bio de l’épicerie fine qui venait d’ouvrir au rez-de-chaussée de l’immeuble « Les sapins », elle connaissait un succès fou depuis que les habitants alarmés par les journaux avaient appris qu’ils mangeaient de la vache, peut être folle, quand ils trempaient leur cuillère dans leur pot de yaourt.

    Sa première victime fut le chat de la concierge de l’immeuble, mais personne ne s’alarma. Il faut dire qu’elle était si vieille la pauvre bête qui atterrit sans autre forme de procès dans « La jaune ». Puis, l’aide-ménagère du petit vieux diabétique, logeant au premier, appela le 15 quand elle le découvrit fiévreux, nauséeux et pris d’insupportables crampes d’estomac. À force de lui tirer les vers du nez, elle comprit qu’il avait englouti dans la soirée tout un pack de yaourts. Le top-modèle du deuxième étage avait dîné de quatre ou cinq de ces laitages et d’une pomme pleine de cire si bons pour sa ligne et, toute déconfite, ne put se rendre au défilé de mode de l’année. Et ainsi de suite, jusqu’au 6ème étage sans ascenseur. L’immeuble se vida au propre comme au figuré.

    Une enquête fut diligentée sur cette surprenante hécatombe qui coûta la vie à Mistigri. Et c’est ainsi que la perfide salmonelle fut démasquée au grand dam de l’épicier.

  9. Souris verte dit :

    Comme vous je le pense, tous les samedis j’attends et guette avec impatience la proposition d’écrire de Pascal Perrat pour nous la partager.
    Ce qui doit être et le rester un beau moment commun :un sucre.

    Cette semaine encore, la lecture du sujet de Pascal a fait fleurir un bouquet d’ idées…
    Mais allez savoir pourquoi, ces pétales n’ont pas de couleur et ne sont plus parfumées. Pourtant j’espère, j’espère qu’au fond de moi elles ne sont pas fanées… Pour continuer avec vous, chers blogueurs de déguster notre Sucre d’orge du samedi.

    Je n’écrirai donc pas cette semaine (ce qui n’est pas grave en soi) mais lirai donc l’esprit serein vos textes, comme d’habitude, avec grand intérêt et en toute sympathie
    Souris-Verte🐀

  10. durand JEAN MARC dit :

    Merci Liliane!

  11. iris79 dit :

    Elle s’était caché dans un pot de yaourt à %.
    Une super planque, pensait-elle.
    Là, elle était sûre de…

    trouver une attention particulière sans qu’on la cerne vraiment.
    Que c’était excitant d’être ce qu’elle était !

    Elle ne se voyait pas, ne se sentait pas mais se glissait bien confortablement dans tous les recoins de la tête des gens et par ricochets dans les aliments ou les accessoires, pas les plus rigolards, vous pouvez me croire !

    Se glisser dans les aliments dégraissés (mais toujours aussi sucrés!) était une vieille tradition familiale ! Et la famille était grande ! Très grande !
    Quant à ses cousins et cousines, ils s’étaient illustrés dans le domaine du sport, ils excellaient dans la vente de baskets ! Ils s’y installaient bien confortablement tapis derrière les lacets.

    Culpabilité !

    C’était son nom ! Elle en était fière ! Elle adorait se mirer dans le regard de ceux qui ouvraient d’une main fébrile les yaourts 0% ou les mines déconfites de ceux qui enfilaient leurs chaussures avant d’aller souffrir pour essayer de perdre les kilos en trop.
    Qu’elle se réjouissait de tous ces crédules ! Et elle faisait recette !
    De plus en plus d’adeptes essayaient de la chasser et elle adorait les défier !
    Un vrai jeu plus qu’un vrai métier !

    Tous ces petits bons hommes qui ne pouvaient résister à tant de tentations, de jolis macarons
    et autres victuailles qui mettaient bien vite la pagaille !

    Elle était reine et s’immisçait partout, elle étendait son domaine d’activité de façon exponentielle et son ascension ne faisait que progresser.
    Elle adorait les femmes ! Il lui fallait encore réfléchir à comment mieux embrigader les messieurs.

    Un défi à relever qui ne devrait pas être trop compliqué…

  12. Laurence Noyer dit :

    Là, au 4ème niveau de sa tour cosmopolite elle était sûre de pouvoir épier sans être épiée.
    Pareille à une concierge dans l’escalier, elle assista au retour des vacanciers.
    Dans la cave, les tomates toutes fourbues de coup de soleil, en compagnie de leurs potes pommes, poires, pêches prêtes à la mise en compote.
    Au rez-de-chaussée, parées à sauter, des pommes de terre, en déshabillées version robes des champs.
    Au premier, un retour au port d’une sardine aguicheuse, mise en ménage avec un colin rencontré en boite ; amour de vacances longue conservation.
    Au second, une rentrée de colonie, en provenance de Loué, progéniture d’une mère poule, sans OGM, datée, triée à la main.
    Au troisième, des reliefs de pique-nique, accompagnés d’air iodé, de brins de paille collés à la rondelle, de paquets de ships en purée, et de rires en gobelet.
    Au quatrième, un réveil sous la voie lactée, cachée dans un pot de yaourt à % depuis le début de l’été. Elle sortit de sa planque. La lumière du frigo était restée allumée.

  13. melanconia dit :

    Il me semble qu’elle s’était cachée serait grammaticalement plus exact qu’elle s’était caché ?

  14. Odile Zeller dit :

    Elle s’était caché dans un pot de yaourt à %.
    Une super planque, pensait-elle.
    Là, elle était sûre de ne mourir ni de faim ni de soif. Elle pensait aussi la bactérie que dans la masse blanche personne ne la trouverait. Elle se glissa sans bruit dans le doux velouté. Une c’était bon, voluptueux et tout ce lait riche et frais. Elle n’avait pas prévu qu’elle n’y serait pas seule et qu’il lui faudrait partager logis et subsistance. Un lactovirus y avait établi sa demeure et n’était pas décidé au moindre partage. Très vite la cohabitation vira à l’aigre. Il tournait sur lui même et ses remous lui donnaient mal au cœur. Quand elle essayait de se nourrir un peu, il se mettait à bouillonner de colère. La perspective qu’il fonda une famille et se multiplie à la faveur de ces mouvements cycliques la paniquait. Bref elle préféra prendre la fuite et chercher un autre logis. Encore fallait il qu’elle sortit du pot dont les bords lisses n’offraient aucune prise. Ce qui lui sauva la mise fut une cuillère qui puisait bouchée après bouchée le succulent lacté. Elle tenta l’escalade mais n’y réussit pas. Dans un élan de hargne elle se dit que le méchant virus serait pris lui aussi et obligé de partir. Mais quand elle se trouva avalée avec lui elle désespéra de l’avenir. Dans cet antre obscur il faisait tiède et l’atmosphère y était fort acide. Elle ignorait totalement où elle se trouvait et craignait le pire. Finalement elle entendit une voix flûtée lui indiquer : par ici, viens par ici … et de fait toute une colonie de bactéries avait élu domicile dans un recoin. Elles étaient d’une autre famille mais l’adoptèrent sans façon. Du lactovirus elle n’entendit plus parler. Il avait lui dit-on été assimilé.

  15. Camomille dit :

    Elle s’était caché dans un pot de yaourt à %.
    Une super planque, pensait-elle.
    Là, elle était sûre de…
    ne pas être repérée.
    Ha ! Enfin…ne plus être pourchassée!
    Et c’est dans cet état d’esprit que Dame MAUVAISE CONSCIENCE trouva refuge au fond du pot de yaourt à 0% que Joséphine avait rangé dans le frigo.
    Joséphine était de mèche avec Dame BONNE CONSCIENCE.
    Des fruits…. des légume…du soja… du tofu???Beurk ! Que des trucs pour plaire à BONNE CONSCIENCE et mettre à la rue MAUVAISE CONSCIENCE .
    – On veut ma mort !pensait-elle, on ne veut plus de moi…on veut m’anéantir !
    – Joséphine ne me calcule même plus !
    – Mais faut voir comment ils l’ont embrigadée la pauvre…Elle me fait de la peine.
    – Dès le matin ils la surveillent :
    – elle doit boire des trucs bizarres avec des protéines avant de partir faire son jogging.
    – Puis elle se pèse,
    – Puis elle se fait bouillir des pâtes,
    – Puis elle boit de l’eau,
    – Puis…. mais ils vont la faire crever bon sang !
    – Ha !…. aujourd’hui c’est des graines de lin et de sésame (ça, elle y a droit)…
    – Sûr qu’elle a maigri dans ces conditions… sûr que Dame Bonne Conscience se frotte les mains…. sûr que plus personne ne parle de moi. Misère de misère…. à quoi je sers alors ?
    Et au fond du pot de yaourt à 0%, bien rangé au fond du frigo, Dame MAUVAISE CONSCIENCE se morfond.
    Au fur et à mesure que Joséphine consomme ses insipides yaourts à 0%, Dame MAUVAISE CONSCIENCE passe d’un pot à l’autre…. le réassort s’opérant systématiquement, et les jours s’écoulant ainsi tristement.., comme des yaourts à 0%.
    Mais un beau jour, voilà que Joséphine ouvre rapidement le frigo et y dépose…. et y dépose…deux énormes choux à la chantilly !
    Alors, Dame MAUVAISE CONSCIENCE s’exclame :
    – Ha ! Enfin ! ma chère Joséphine, merci de redonner du sens à ma vie !

    • Delphine dit :

      Bonsoir camomille.
      J’aime beaucoup votre texte. Une belle description de ce qui nous rend complexé et nous incite pour ne pas dire oblige à toujours se priver de tous.
      Merci pour cette belle histoire.
      Delphine

  16. durand dit :

    Elle s’était caché dans un pot de yaourt à 0,0000099%. Une super planque, pensait-elle. Là, elle était sûre de ne pas être tenté. Elle avait tout organisé. Stock de poireaux, eau de source à volonté, raisin italien, filets de soles et, quand même petit pot de crème allégée.

    Le fond de sa muche (1) s’avérait largement suffisant pour un jogging matinal. La sueur était ramassée à la cuillère à café, stockée dans un dé à coudre puis éjectée à l’extérieur.

    A deux semaines de ce régime, elle en mesurait déjà les bénéfices. La balance romaine ne dépassait plus les 49 kilos. Satisfaite, elle s’autorisait une sieste, une pause flottante. Elle naviguait sur de petits nuages en forme de pédalos l’aidant à traverser le lac du ciel.

    C’était un petit lac sans tempêtes, sans marées, une petite mer d’huile d’où surgissaient parfois les fantômes des sardines. Alors, elle courait jusqu’au débarcadère, sautait sur la croûte ferme du comté et se braisait une endive.

    Derrière, là-haut, elle sentait la présence du gros profiterole, laissant baver sa pulpe tentatrice de chocolat. Alors, elle fermait les doigts, elle croisait les yeux, elle jouait à troubler toutes les perceptions interdites.

    Encore 20 kilos à perdre et son prince charmant l’embarquerait, juste à côté du château en Espagne, une cabane au Portugal.

    Mais pour cela, il fallait encore éviter la cuillère du monstre raclant le fond du pot et la langue émeri du chat.

    Pour réussir, éviter les pires de tout, il fallait encore maigrir, maigrir, fondre, se ratatiner des gras, sans trop se momifier.

    Et surtout, ne pas se réveiller…

    (1) cachette en picard.

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