419e proposition d’écriture créative imaginée par Pascal Perrat

Un vieux grain de sable se souvient
de sa vie d’esclave, quand il était
enfermé dans un sablier.

Racontez cette vie

Chaque proposition d’écriture créative est une bataille contre la routine et l’endormissement de l’imagination. Un petit combat pour maintenir en vie l’enthousiasme d’imaginer, d’inventer, de créer. Quand aucun défi n’est à relever, notre créativité somnole.

34 réponses

  1. Bitsch dit :

    J’étais enfermé dans le mouvement. J’étais vieux, presque antique. Je venais des roches gigantesques des côtes. La mer a dévoré mon ancien corps, petit à petit je me suis désagrégé dans l’eau. Je suis le Dieu du temps. Je serai sur terre bien après votre mort. La vague m’a amené parmi d’autre membres de ma famille. Sur la plage, on avait chaud, on était libres. On s’amusait bien tous ensemble, dorés par les rayons du soleil.
    J’étais sur la plage depuis dix ans. Je m’y plaisais mais j’avais envie de voyager un peu. Quand vous veniez avec vos aux pieds mouillés, je priais l’Océan de me coller à votre peau. De partir sur les chemins, loin de plage et de mes amis les grains. Nous sommes si minuscules, si petits face à vous. Pourtant, nous vous voyons apprendre à marcher, courir sur le sable, puis boiter et tomber. J’aimerais être vous parfois. J’aimerais être de chaire et d’os. L’on m’a enlevé, je ne me souviens plus quand. C’était pendant la nuit, la mer noire grondait sous le ciel noir, là où la lune tremble J’ai fermé les yeux. J’ai ouvert les yeux.
    On m’avait fait prisonnier dans un tube de verre en deux parties. Là dedans, nous hurlions de nos poumons solides – la mer, le ciel, les oiseaux, les algues. En guise de réponse, vous nous aviez secoués, nous sommes tombés. Si la chute avait été unique nous nous en serions accoutumés, mais nous tombions éternellement. Le temps filait avec nous. J’étais l’esclave de vos mains impatientes. Vous les humain êtes si mortels, si faibles que vous avez besoin de briser votre journée en petites parties. Les esclaves dorés aident les hommes à connaître le temps. Nous poussions des cris de détresse à votre attention. Un peu et je m’en serais voulu d’avoir prié l’Océan de partir sous vos pieds, car désormais j’étais la victime de vos gestes. De ce balancement continuel, des secousses habituelles, des amis enterrés et emportés au fil de vos exigences.
    Trente années de prison, d’attente et de chutes. Je m’ennuyais des rayons du soleil, je m’ennuyais du rivage mouvant et des rires des mouettes.
    Je rêvais.
    — Gaston, ne touche pas aux affaires de Papi.
    Une voix. Cela faisait si longtemps. Je murmurais avec mes amis. Et si l’enfant nous secouais ? Il pourrait nous ramener sur la plage. On nous portais. J’avais peur et en même temps j’étais très impatient. On nous secouais. Nous coulions comme de l’eau d’or sur les pentes froides du verre. Nous étions une mer nous aussi. Les grains de sables.
    — Gaston, pose ce sablier s’il te plaît.
    Sablier. Sablier. Esclaves du sablier.
    Je tombais. Le verre se fracassa sur le parquet. Je tombais dans les fentes, je roulais et roulais au souffle des vents. Ensuite, je ne sais plus du tout.
    J’étais libre.

  2. Bitsch dit :

    Un vieux grain de sable se souvient
    de sa vie d’esclave, quand il était
    enfermé dans un sablier.

    J’étais enfermé dans le mouvement. J’étais vieux, presque antique. Je venais des roches gigantesques des côtes. La mer a dévoré mon ancien corps, petit à petit je me suis désagrégé dans l’eau. Je suis le Dieu du temps. Je serai sur terre bien après votre mort. La vague m’a amené parmi d’autre membres de ma famille. Sur la plage, on avait chaud, on était libres. On s’amusait bien tous ensemble, dorés par les rayons du soleil.
    J’étais sur la plage depuis dix ans. Je m’y plaisais mais j’avais envie de voyager un peu. Quand vous veniez avec vos aux pieds mouillés, je priais l’Océan de me coller à votre peau. De partir sur les chemins, loin de plage et de mes amis les grains. Nous sommes si minuscules, si petits face à vous. Pourtant, nous vous voyons apprendre à marcher, courir sur le sable, puis boiter et tomber. J’aimerais être vous parfois. J’aimerais être de chaire et d’os. L’on m’a enlevé, je ne me souviens plus quand. C’était pendant la nuit, la mer noire grondait sous le ciel noir, là où la lune tremble J’ai fermé les yeux. J’ai ouvert les yeux.
    On m’avait fait prisonnier dans un tube de verre en deux parties. Là dedans, nous hurlions de nos poumons solides – la mer, le ciel, les oiseaux, les algues. En guise de réponse, vous nous aviez secoués, nous sommes tombés. Si la chute avait été unique nous nous en serions accoutumés, mais nous tombions éternellement. Le temps filait avec nous. J’étais l’esclave de vos mains impatientes. Vous les humain êtes si mortels, si faibles que vous avez besoin de briser votre journée en petites parties. Les esclaves dorés aident les hommes à connaître le temps. Nous poussions des cris de détresse à votre attention. Un peu et je m’en serais voulu d’avoir prié l’Océan de partir sous vos pieds, car désormais j’étais la victime de vos gestes. De ce balancement continuel, des secousses habituelles, des amis enterrés et emportés au fil de vos exigences.
    Trente années de prison, d’attente et de chutes. Je m’ennuyais des rayons du soleil, je m’ennuyais du rivage mouvant et des rires des mouettes.
    Je rêvais.
    — Gaston, ne touche pas aux affaires de Papi.
    Une voix. Cela faisait si longtemps. Je murmurais avec mes amis. Et si l’enfant nous secouais ? Il pourrait nous ramener sur la plage. On nous portais. J’avais peur et en même temps j’étais très impatient. On nous secouais. Nous coulions comme de l’eau d’or sur les pentes froides du verre. Nous étions une mer nous aussi. Les grains de sables.
    — Gaston, pose ce sablier s’il te plaît.
    Sablier. Sablier. Esclaves du sablier.
    Je tombais. Le verre se fracassa sur le parquet. Je tombais dans les fentes, je roulais et roulais au souffle des vents. Ensuite, je ne sais plus du tout.
    J’étais libre.

  3. Blanche dit :

    Il était une fois un vieux grain de sable tout sec, tout rabougri, tout malheureux, en situation de profonde solitude ( solitude qui s’éternisait trop à son goût), bref tout triste, tout mélancolique, se sentant même en état de déréliction… [grave pas cool la déréliction hein ! pour les connaisseurs …] donc, je reprends, vieux grain de sable en „dèp“
    qui était occupé à se remémorer sa situation critique d’esclave …au fond d’un sablier tout BOUCHÉ en son milieu … là où l‘espace se rétrécit de façon drastique mais pratique pour compter le temps !

    Ah! Si le temps ne m‘était plus compté …
    Non mais là je m‘égare grave …

    Grain de sable :
    Impossible pour lui d’atteindre la partie inférieure de ce foutu sablier hors service, ni de bouger un peu, encore moins de tester si la gravité terrestre si commode fonctionnait toujours (?) faute de liberté de mouvement !

    Bref, la CATA comme on dit familièrement …

    Il restait donc LÀ-HAUT, dans la partie supérieure du sablier, collé au verre, prisonnier statique et pas extatique du tout, du tout, du tout !

    Gel gâchis pensait-il …

    Moi, grain de silice unique …

    ( puisque selon des sources sûres et célestes, il n’existe pas deux grains de sable identiques sur notre jolie planète bleue…)

    … Moi grain de silice unique , condamné à une immobilité toxique, voir mortelle…

    Alors que, …… ……
    je pourrais avec fierté et une grande précision, continuer de coacher mon
    « gentil-petit-Jimmy-aux-yeux-verts »
    au quotidien durant les 3 minutes du brossage matinal de ses jolies petites dents de lait …ce qui me donnait vraiment un mega but dans ma vie de grain de silice unique …

    Et puis, voyez-vous, il se trouve qu‘à l’époque où s’écrivait cette histoire, on approchait tout doucement de Noël et soyez en assurés, les miracles existent

    Ils existent bel et bien !

    Soudain, envoyé par le Créateur qui savait écouter, et qui savait agir aussi, un SAGE aux doigts d’argent toucha le sablier du bout de son index ( avec. sur l’ongle d’une minuscule pierre précieuse, magique et bleue et qui accrochait grave bien les rayons de lumière ) ( trop belle l’image quand on s‘imagine l‘effet produit ) bon ! le sage donc… puis claqua ensuite ensemble pouce et majeur et Zackkk ! ! !
    ( son à rajouter par le conteur à l‘instant T )
    Et Zackk déboucha en un millième de seconde le sablier !

    Comme ma vie de grain de sable est de nouveau si belle, pensa-t-il avec gratitude …

    Blanche Ziba

  4. françoise dit :

    Un vieux grain de sable se souvient
    de sa vie d’esclave, quand il était
    enfermé dans un sablier.
    À côté de lui sur la plage une épingle à cheveux qui s’était échappée du chignon de la cuisinière, le morigéna :
    C’est le passé tout çà, et un passé dont moi je suis nostalgique. Je me souviens que la cuisinière aimait se servir de toi quand elle faisait cuire l’oeuf que Monsieur mangeait chaque matin au petit déjeuner. Dès qu’elle le mettait dans l’eau bouillante, à laquelle elle avait ajouté un peu de vinaigre pour que le blanc soit solide et le jaune liquide, elle te retournait simultanément et elle était sûre que sa cuisson serait parfaite et que Monsieur serait de bonne humeur toute la journée. Peu lui importait à ce dernier qu’aux autres repas, la soupe soit trop épaisse, le bifteck trop cuit ou que sais-je encore. Il avait la passion des œufs ; Sa collection d’oeufs de Fabergé en témoigne. Quand il recevait quelques-uns de ses illustres amis, il attirait particulièrement leur attention sur celui qui avait appartenu à la collection d’Alexandre III et ne manquait pas de leur faire lire l’acte d’authenticité, avant de les conduire à table où le repas commençait invariablement par un œuf à la coque dont il avait vérifié la cuisson grâce à toi. Ce n’était pas rare d’ailleurs qu’il te posât ensuite parmi ses œufs de collection .Tu sais qu’un jour je suis tombée dans l’assiette de Monsieur. Il m’a sortie de cette mauvaise impasse, m’a léchée et redonnée à la cuisinière pour qu’elle se recoiffe correctement.

    Alors as-tu toujours envie que j’aille te jeter petit grain de sable au bord de la plage où tu iras te mélanger , soit au fond marin sablonneux, soit tu rejoindras une zone intertidale à 4 ou 6 milles nautiques. Tu sais je ne peux pas t’en dire plus bien que je sois allée me renseigner sur wikipedia car je n’ai pas tout saisi.
    Oh épingle à cheveux, à tout bien réfléchir, je crois bien qu’il vaut mieux continuer notre concubinage si tu en es d’accord. Nous sommes si bien ensemble quand la cuisinière nous met dans la poche ventrale de son tablier.
    Tope là lui répondit-elle !

  5. Françoise - Gare du Nord dit :

    Un vieux grain de sable se souvient de sa vie d’esclave, quand il était enfermé dans un sablier.

    J’ai été capturé tout jeune sur une plage de l’lle de Gorée pour être embarqué sur un navire négrier à destination de la Louisiane.

    J’ai été réduit en esclavage, enfermé dans un sablier de la cuisine d’une riche plantation de coton de Bâton Rouge où, chaque matin, je devais, comme des centaines de mes frères de souffrance mesurer le temps de cuisson d’un œuf à la coque. Trois minutes.
    C’est long trois minutes !

    Toujours le premier parti, premier arrivé. C’était une course impitoyable, il s’en allait de notre survie si nous ne voulions pas être écrasés.

    Mais je rêvais à la grève de l’Ile de Gorée.

    Je fus remarqué pour ma célérité et fus asservi dans une maison close de La Nouvelle-Orléans pour intégrer un plus grand sablier.
    Je devais mesurer, comme des milliers de mes frères de désespérance, le temps d’un coït tarifé.
    Dix minutes. C’est court dix minutes !

    Et toujours le premier parti, le premier arrivé. Là aussi, c’était une course implacable, il s’en allait de notre survie si nous ne voulions pas être pulvérisés.

    Mais je rêvais des rivages du Mississippi.

    Là encore, je fus repéré pour ma rapidité et embarqué de force sur un bateau pour le Sud-ouest de la France où je devais mesurer dans un plus grand sablier encore le temps de maturation d’un grand vin.

    Et je rêvais des berges du Golfe du Mexique.

    Mais je décidai de ne plus me précipiter et, avec mes millions de frères de résistance nous décidâmes de nous révolter et prîmes la fuite pour nous réfugier dans une lagune qui devait plus tard se nommer le Bassin d’Arcachon. Nous y fondèrent avec des milliards de frères de délivrance une colonie de grains de sable libres : la dune du Pilat.

  6. osebo-moaka dit :

    Un vieux grain de sable se souvenait de sa vie d’esclave quant il était enfermé dans un sablier.

    _Ah docteur si vous saviez…des jours et des jours à faire ce mouvement qui lentement mais sûrement nous vidaient de notre essence.
    Nous étions tous des grains assez gros, notre lieu de résidence était l’un des plus magnifique qui soit…la grande dune qui chante avait sa réputation.
    Des milliers et des milliers de personnes venaient l’entendre, la voir, s’extasier et c’est là que fut notre malheur.
    Une poignée prise par une main gigantesque, enfermé dans une petite fiole, refermée par un étrange bouchon.
    Le voyage fut long et douloureux. Nous étions serrés les uns contre les autres, le froid nous paru si vif, les couleurs si étranges, les cris, les bruits tout nous percutaient sans cesse avec violence puis… la main fut de nouveau là.
    D’un mouvement ample, elle nous jeta dans un autre récipient ou vase étranglé en son centre.
    Le vase fut scellé et nous avec. Fini l’air libre, les odeurs suaves ou non, enfermés le sentiment de liberté.
    Serrés fort les uns contre les autres nous, nous frottions afin de ressentir l’odeur des vagues.
    On nous secoua avec violence, l’étrange vase posé avec force sur une surface dure puis lentement le mouvement nous invita, le glissement était léger…
    puis il devint plus rapide, nous avions cette impression de glissés sur la vague sauf qu’après l’étranglement désagréable, il n’y avait rien…rien d’autre qu’un sentiment d’écrasement.
    Des jours, des mois, des années passèrent, notre maître joua avec nous sans cesse. petit à petit nous devenions plus mince,plus fragile, de la poussière apparaissait de plus en plus et lorsque le vase ou sablier
    se retournait…elle restait en suspend comme si elle attendait notre retour.
    Notre maître en eut assez de notre maigreur et un petit matin, il jeta avec force ce maudit sablier contre le sol .
    Il se fracassa, nous libérant, un vent âpre nous souleva et nous dispersa et voila nous étions libre mais si vide…si épars, si seul, j’étais seul.
    _Alors Docteur que dois-je faire?
    _Et bien Madame Jamberg, il fait beau aujourd’hui…pourquoi n’iriez-vous pas sur cette belle plage que le Maire à si habillement mis à disposition pour tout et tous!
    _Ah docteur Adune c’est une belle idée.
    Comment! ce n’était pas pour moi! Docteur vous ne m’écoutiez pas! Ah misère que faire? Qui peut m’entendre à présent moi qui ne suis qu’un simple grain de sable presque de poussière! Je suis si vide.
    Je vois une masse sombre qui m’entoure,un poids énorme me tombe dessus, des plis , de la chaleur, de la moiteur…puis, je m’élève,je voyage de nouveau.
    Des odeurs, des rires, des cris, le vent et je me libère de cette masse, de cette moiteur, le vent tombe soudain léger et je cris de joie…
    Je suis happé par une multitude, ils sont différents, les odeurs sont différentes mais nous sommes frères,libre, je suis libre.
    Je crisse de nouveau, je surfe sur la vague du vent t celui-ci m’élève à nouveau vers cette dune mouvante là…là je suis dans mon élément. Moi simple grain de sable presque poussière, je reviens parmi les miens…mon temps bien qu’incertain me redonne goût à la vie.
    Sur une idée de Pascal Perrat.
    y-l.

  7. TRISTE DESTIN

    « C’était une autre époque. La marine à voile ne s’appelait pas Cochonou ou Lustucru. D’orgueilleux bâtiments couraient les mers. 
    A leur bord, j’en ai fait des voyages !..»

    Ainsi parlait l’Ancien. Et dans cet espace confiné, tous ceux, en mal de rêverie, que leurs souvenirs tourmentaient, s’étaient agglutinés autour de lui.

    « J’avais été ramassé avec tant d’autres sur les plages de Normandie où je me chauffais innocemment au soleil, en attendant mon bain quotidien. Emporté dans de grands sacs, passé au tamis, on me sélectionna pour ma finesse et ma rondeur, gage d’efficacité dans la fonction qu’on me promettait.
    Je me retrouvais ainsi, enfermé dans un récipient de verre soufflé à double compartiments reliés par un étroit passage, qu’encadraient quatre piliers d’étain, montés sur un socle. Bel objet, de taille appréciable, un tel sablier était précieux à bord d’un navire au long cours.
    Notre mission était simple et répétitive. Encore demandait-elle une coordination exemplaire, comme j’allais vite m’en rendre compte. Il s’agissait de glisser d’un niveau à l’autre, avec une fluidité sans faille, jusqu’au dernier grain. La pesanteur nous dirigeait naturellement vers le bas, et sans les remous du navire, qui devenaient roulis épouvantable en cas de tempête, il aurait suffi de se laisser aller. Mais par gros temps, bousculés et cognés, c’est dans un désordre invraisemblable que nous retrouvions notre base. Il ne s’agissait pas d’avoir le mal de mer ou le hoquet. Il fallait coûte que coûte passer à l’étage inférieur, dans le délai prévu. Nous ne pouvions alors indiquer qu’une durée approximative.
    Cependant, par temps calme ou modéré, l’engin servait d’horloge, d’une précision suffisante à bord. Calibré pour que l’écoulement d’une ampoule à l’autre soit de 4 h, 6 retournements couvraient 24h. Nous comptions ainsi les longitudes, anticipant ou remontant le temps selon la direction prise par le navire, et nous participions modestement aux grandes découvertes du siècle des lumières.
    A cette époque, c’est nous qui donnions la mesure : Le Temps n’avait rien d’absolu. Relatif, il satisfaisait nos maîtres. Ils ne connaissaient pas encore l’esclavage des journées balisées et n’avaient pas le nez sur des montres.
    Humblement, dans notre sablier, nous avions l’illusion de nous unir à l’harmonie du Cosmos et de ressentir la pulsation du Monde. Le Temps glissait en silence par la fluidité de notre écoulement serein.
    Le Temps était notre jouet.
    Et la traversée des océans donnait un sentiment d’éternité.
    Aussi bien, né d’une falaise et devenu grain de sable, j’étais déjà poussière, donc insécable. Promis, dans un état permanent, à la succession des siècles depuis des millénaires, rien dans le futur ne pouvait atteindre mon intégrité… »

    « Crois-tu ? »
    La question avait fusé du fond du public.
    Notre orateur n’y prêtât aucune attention, et poursuivit.

    « Un jour, le navire qui me transportait fit naufrage. Une tempête effroyable vit déferler à bâbord de notre vaisseau une vague monstrueuse de plus de vingt mètres qui le culbuta sur des écueils tout proches.
    La lourde coque éventrée but d’un coup toute l’eau de la mer et plongea vers les abysses.
    J’accompagnai le mouvement et tombait mollement sur le fond, toujours enfermé dans mon globe »

    « Tu y étais toujours mieux que là-dedans …» pleurnicha un auditeur

    « Je me souviens d’un spectacle hallucinant, d’une vie foisonnante autour de moi, d’un univers insoupçonné de couleurs ondulantes…
    Le temps passa.
    La chute d’un gros caillou brisa enfin l’écran de verre du sablier.
    Je m’extirpai de ma prison et rejoignis mes congénères, enfin libre , pour toujours.. C’est du moins ce que je croyais, jusqu’à ce qu’une suceuse géante vienne m’extirper de mon tranquille refuge…»

    Sa dernière phrase disparut dans un grondement prolongé et sourd qui couvrit sa voix.
    Une culbute brutale les avertit que la machine avait repris son lent manège.
    La bétonnière se remettait en route.

  8. Clémence dit :

    Un vieux grain de sable se souvient de sa vie d’esclave, quand il était enfermé dans un sablier.

    En ces temps de grand trouble, il s’était plongé dans ses livres. Il voulait à tout prix: comprendre, donner du sens, expliquer, argumenter, anticiper. Hélas, il ne trouvait aucune réponse à ses questions. Pas le moindre indice. Pas la moindre piste. C’était affolant.

    Ses yeux brûlaient sous ses paupières. Sa gorge était sèche. Il était temps de faire une pause.
    Son regard se perdit sur les planches de sa bibliothèque et s’arrêtèrent longuement sur sa collection.
    Collection qui avait suscité bien des moqueries !
    – Franchement, Achille, à l’heure des montres à ressort, automatiques ou à piles, utiliser des instruments à sable, à eau ou à huile ou je ne sais quoi encore pour gérer tes tâches quotidiennes et chronophages , c’est … c’est… rétrograde ! gazouillait sa compagne.
    – Mais non, chère Agathe, vous ne pouvez imaginer à quel point c’est apaisant, relaxant, poétique et même romantique, lui répondait Achille en lui décochant un sourire espiègle.
    – Romantique?
    – Romantique. Oui, dans le sens le plus noble. Venez vous asseoir ici, fermez les yeux…Imaginez, ma Belle amie…Dans un pays lointain, celui des Mille et une nuits,…sur une table basse, un sablier et une clepsydre, dramatisa Achille.
    – Une cleps quoi ?
    – Une clepsydre, euh, comment dire ? Un sablier à eau si on veut. Je continue. Imaginez donc un prince ou une princesse, un messager ou une messagère, une servante ou un serviteur …
    – Ta liste va-t-elle encore s’allonger ? demanda Agathe.
    – Encore plus, ma Tendre amie, si vous m’interrompez. Allons ! Imaginez ce grain de sable dans un sablier. Prisonnier de deux bulles de verres. Quelles sont ses chances de tomber le premier ? Quelles sont ses chances de tomber le dernier, quand on sait qu’il y a …
    – Combien de grains de sable en tout ?
    – Je ne sais pas, ça dépend. De la taille du sablier, de la qualité du sable, de sa provenance… continua Achille, imperturbable.
    – Ah, bon.

    Achille se leva et se dirigea vers la fenêtre. Il tourna le dos à sa compagne et continua, comme pour lui-même.
    Dramaturgie d’un grain de sable enfermé dans un sablier. Ses chances de tomber en premier ou en dernier sont infimes.
    Dramaturgie d’une goutte d’eau enfermée dans une clepsydre. Ses chances de tomber en premier ou en dernier sont minimes.

    Il se retourna vivement et regarda sa Tendre amie droit dans les yeux.
    – Imaginez les tourments de ce grain de sable s’il venait à tomber amoureux. Imaginez les tourments de cette goutte d’eau si elle venait à tomber amoureuse. Et la tragédie si le grain de sable était amoureux de la goutte d’eau. C’est d’une atrocité incommensurable ! J’en deviens atrabilaire…
    – Et moi, mélancolique, murmura Agathe. C’est d’une tristesse. Mais comment se termine leur histoire ?
    – Plusieurs versions existent…Ma préférée étant celle du Lapin.
    – Du Lapin ?
    – Oui, le Lapin d’Alice, vous savez, Alice…
    – Oui, oui, Alice répéta Agathe. Et qu’a-t-il fait, ce Lapin pour dénouer les fils de cet imbroglio ?
    – Dans sa course contre Chronos, il aurait bousculé le sablier et la clepsydre. Tous deux ce sont brisés, libérant la goutte d’eau et le grain de sable de leur esclavage. Il purent enfin se…
    – Et ils eurent beaucoup d’enfants, c’est banal !
    – Non, ma Chère. Après avoir vécu quelques temps d’un amour platonique, ils se sont associés !
    – Comment est-ce possible, demanda Agathe en ouvrant de grands yeux.
    – Simple ! Dans leur agence, l’un est le petit grain de sable qui met son grain de sel partout et fait dérailler tous les systèmes alors qu’elle….
    – Elle est la goutte d’eau qui met le feu aux poudres ! s’exclama Agathe dans un grand éclat de rite.

    Est-ce bien sérieux, tout cela ?
    Par les temps qui courent, pourquoi pas ?

    © Clémence.

  9. Claude DUCORNETZ dit :

    Un vieux grain de sable se souvient de sa vie d’esclave, quand il était enfermé dans un sablier.
    « Tu sais, petit, je ne te dirais pas que la vie était plus belle avant, oh ça non, on ne peut pas dire, mais, plus utile, oui, plus utile. Enfin, plus utile de temps en temps… ».
    Le jeune grain de sable de rivière enviait ce vieux grain tout poli, si rond et si lisse qu’on l’aurait cru façonné exprès, comme s’il avait bénéficié d’opérations de chirurgie esthétique. Lui dont les aspérités, quoique minuscules, lui paraissaient des monstruosités…
    « Si je suis si rondement parfait, reprit le vieux grain, répondant sans le savoir aux pensées du plus jeune, c’est par la grâce du vent… »
    « Le vent ? » s’étonna le grain imparfait.
    « Oui, le vent, le vent du désert, qui fait chanter les dunes et ride les surfaces… Tu comprends, petit, pendant des millénaires, le vent nous pousse les uns contre les autres, nous roule, nous érode. Avec constance et obstination… Nous sommes des millions, des milliards, autant que les étoiles dans la pureté sombre de la nuit du désert… Tous semblables, tous aussi fins et ronds, des clones de clones. Parfois le vent nous lève et nous porte très loin, et alors les hommes nous craignent, et parlent de tempêtes… Il y en a même, m’a-t-on dit, qui traversent les mers ».
    « Aaah, tu as traversé les mers avec le vent ? » demanda, admiratif, le grain mineur qui n’avait quitté les berges de sa rivière natale que pour échouer dans ce jardin de ville.
    « Non, ou plutôt si, mais dans le sac d’un voyageur, il y a très très longtemps ».
    « Toi tout seul ? » s’enquit ingénument le jeune grain.
    « Tout seul, ah, ça non, bien sûr, un grain de sable isolé ne sert à rien, il ne peut rien faire tout seul, il faut toujours l’aide des autres. Nous ne sommes utiles que si on est nombreux et solidaire ».
    « Mais j’ai entendu dire une fois qu’un grain de sable ça pouvait empêcher un rouage de tourner ».
    « Ah oui, c’est ce que prétendent les hommes quand ils font quelque chose qui ne marche pas…mais je n’ai jamais rencontré de grain de sable qui avait fait ça, et pourtant j’en ai connu beaucoup…Avant ! quand j’étais enfermé dans un sablier, avec beaucoup d’autres grains de sable… ».
    « C’est quoi un sablier ? »
    « Un sablier, c’est un récipient en verre, deux cônes renversés l’un sur l’autre, qui communiquent par un seul petit trou, dans lequel on a mis un certain nombre de grains de sable, qui vont d’un cône à l’autre pour… »
    « Et ça sert à quoi ? » demanda, impatient, le grain de rivière.
    « A quoi ça sert, mais à mesurer le temps, pardi. Un sablier, c’est une réserve de temps, du temps mis en boite…C’est complètement paradoxal, tu vois… »
    Le jeune grain ne voyait rien du tout, mais il se balança doucement en signe d’encouragement : même s’il ne comprenait pas tout, il aimait bien écouter les histoires du vieux grain.
    « C’est paradoxal parce qu’on ne peut pas mettre le temps en conserve, ni en boite, car le temps n’a pas d’existence en tant que tel, ce sont les choses, leur écoulement, qui rendent sensibles le passé, l’avenir. Le temps ne s’arrête jamais, le temps c’est du mouvement, c’est du changement, tu comprends. Tout le temps… ».
    Le vieux grain de sablier fit une pause et reprit.
    « Mais nous, je veux dire nous, tous les grains de sable du sablier, nous restions souvent à attendre, à ne rien faire, à perdre notre temps. Et puis tout à coup quelqu’un mettait notre prison de verre cul par-dessus tête, et hop, on y allait, on n’avait pas le choix, il fallait bien suivre le mouvement, toujours du haut vers le bas… ».
    « Et ça durait longtemps ? ».
    « Non, la durée dépend du sablier, en fait, nous, on était fait pour durer trois minutes, je crois, on était un sablier de cuisine…Enfin à peu près 3 minutes, le temps de cuire des œufs à la coque, par exemple… ».
    « Et toi, tu étais une petite portion du temps alors, combien ? ».
    « Ah, vois-tu, c’est difficile à dire…Le temps, ce n’est pas comme la lumière, qui peut être coupée en toutes petites portions…on appelle ça des photons, il me semble…non le temps quand il coule, on ne peut pas le diviser…car à l’instant même où tu crois le figer, en disant par exemple que c’est le présent, eh bien, ce présent-là, c’est déjà du passé ! Et l’instant d’après, ce n’est que du futur, le présent n’existe pas…ce que je suis en train de te dire, au moment même où je te le dis, c’est déjà passé… Alors, non, je n’étais pas, je n’ai jamais été une portion de temps à moi tout seul. C’est tout le sablier, tous les grains ensembles qui faisaient trois minutes…Une portion de temps, oui, vu de l’extérieur, on aurait pu le croire, mais en réalité par vraiment toujours la même, ça dépendait où tu te trouvais quand on mettait le sablier en branle : au début, tous les grains se précipitaient, mais il y avait encombrement autour de l’orifice de descente, alors il fallait ralentir et s’organiser, pour que le temps ne s’arrête pas…et puis vers la fin, quand il ne restait plus que quelques grains, alors la descente était plus rapide, mais au bout du compte, quand le dernier grain avait rejoint les autres dans le cône du bas, ça faisait toujours trois minutes, c’était ça le plus important ».
    « Et moi, un jour, je serai dans un sablier ? »
    « Oh, petit, je ne te le souhaite pas. Tu sais, rester enfermé dans un local minuscule avec des tas d’autres semblables, des copies parfaites de soi-même, il y avait des moments où l’on ne savait plus qui on était, je veux dire, qui on était individuellement…non, ce n’est pas un passe-temps enviable…mais ça ne risque pas de t’arriver, parce que vous, les grains de sable de rivière, vous n’êtes pas assez ronds, lisses et réguliers pour faire couler le temps, vous êtes trop individualistes, il y aurait des accrochages, des blocages, ça ne marcherait pas…de toute façon, dans les sabliers modernes, en fait, il n’y a plus de sable, de vrai sable je veux dire, mais ils ont gardé le nom quand même… »
    « Je ne sers à rien, alors ? » s’inquiéta le petit grain.
    « Oh la la, ne crois pas cela, petit, les hommes ont beaucoup d’imagination : le sable de rivière est parfait pour faire du béton, pour faire des parpaings, pour construire toutes sortes de choses…tellement parfait d’ailleurs que les rivières ont été draguées, vidées de leur sable, et qu’aujourd’hui, il vient à manquer…mais, crois-moi, finir malaxé dans une centrale à béton, noyé dans l’eau, emprisonné dans le ciment qui chauffe et qui t’étouffe, et te fige à jamais, je ne pense pas que ça puisse être un rêve de grain de sable ».
    « Une vie de grain de sable, c’est vraiment pas drôle » se lamenta le jeune grain.
    « Tu ne dois pas pleurer, petit, tu es là, dans une allée de jardin, entouré de d’herbe et de fleurs, personne ne songe à venir te chercher, tu es libre, tu ne crains ni le soleil, ni l’eau…imagine un peu, si tu avais été un grain de sel, à la moindre averse, tu aurais disparu !! ».

  10. RysameVdW dit :

    Un vieux grain de sable se souvient de sa vie d’esclave, quand il était enfermé dans un… bac à sable sur une place de jeu pour enfants.
    « Quand ils arrivaient tous en même temps avec leurs pelles et leurs moules, ha ! je vous jure on avait une de ces trouilles !
    Et que je te déplace à gauche, à droite, devant, derrière.
    Parfois on devait prendre des pauses, devenir tour bancale, château pas fort ou encore mirador !
    Dès fois on nous sautaient dessus et à pieds joints, bien fort, à plusieurs, si, si j’invente rien, très casse gueule !
    Mais il y a bien pire, quand on nous a bien roulés, bien usés, on venait nous sortir d’un bac pour aller dans un autre, celui des crottes à chiens, et là, mon gars on perds toute sa dignité, je te dis on était dans la merde et jusqu’au cou !
    Comment j’ai fait pour m’en sortir ?
    La chance, la baraka, le destin le hasard quoi !
    Un jour un gosse croyant que c’était un bac à sable y a mis les pieds, je suis restée collée sous sa chaussure avec des copains.
    Certains ce sont perdus en chemin, mais moi j’ai tenu bon et j’ai fini dans ce jardin.
    Ha ! c’est le jardin de la Mamie ! je m’y sent bien entre le pissenlit et le plantin, j’espère y rester encore longtemps et toi mon gars, d’où tu sors ? »

    « de la fosse à purin du fermier d’a côté ! ben mon gars t’as plus roulé ta bosse que moi ! »

  11. isabelle Mantel dit :

    Un vieux grain de sable se souvient
    de sa vie d’esclave, quand il était
    enfermé dans un sablier.
    A force de tourner il devenait fêlé. De fêlure en fêlure il a pu s’échapper. Aujourd’hui ce vieux grain dans le sable il y est. Libre de passer le temps sans y être enfermé. Et devinez un peu c’qu’il fait de ses journées….Il s’amuse a conter des contes du temps passé !!!!

  12. Odile Zeller dit :

    Un vieux grain de sable se souvient
de sa vie d’esclave, quand il était
enfermé dans un sablier.D‘abord on nous avait enfermés dans un grand sac. On nous avait assuré que ce ne serait pas long mais une aventure passionnante. On s’est laissé faire et on est passé à la teinture. On puait certains jaunirent, d’autres rougirent et les plus malheureux sont passés au bleu. Ils puaient et puent encore les pauvres. Ensuite séchage, on cuisait au soleil sans les bienfaits de la marée. A partir du séchage plus personne n’a pris la peine de nous tenir informés de notre destinée. On était devenu du matériau et on devait se réjouir de ne pas être mixé en crépi ou en ciment. Et là on nous a versé dans des sabliers, prisonniers dans une bulle de verre. J’étais plutôt chanceux le mien était plutôt grand. Plus de grand air, aucune aération. Certains se sont endormis, d’autres sont morts désespérés. Nous on s’entraînait aux exercices de méditation: inspirer, expirer. De temps à autre bascule totale, bousculade pour passer dans le goulot, il fallait rester au dessus pour ne pas étouffer donc nager à contre courant. A la fin nous étions un petit groupe de survivants. Et un jour pris d’un grain de folie on a décidé de se rebeller. A la culbute suivante on s’est collé grain à grain, on a formé un chapelet de grains et on ne passait plus. Sous la pression le goulot a explosé, tout le sable s’est éparpillé. Le maître était surpris. Nous sommes restés unis mais balayés et jetés nous nous sommes retrouvés dans le jardin, puis avec la pluie dans le ruisseau, dans la rivière puis enfin sur une plage. On a perdu nos couleurs et retrouvé le bonheur. Mais déjà le danger nous guette. Tu ne me crois pas, tu es si jeune, quelques siècles … nous nous sommes millénaires et vois tu l’ennemi ce sont ces petites billes bleues. Je n’ai rien contre elles personnellement mais elles sont légères, elles vont nous étouffer, détruire la plage, notre lieu de vie … on va se battre, monter une action sablemeretvent … faut que vous les jeunes, vous vous joigniez à nous … ensemble on gagnera … n’oublie pas qu’un grain de sable peut ruiner tout un mécanisme… l’union fait la force …

  13. Liliane dit :

    Un vieux grain de sable se souvient de sa vie d’esclave, quand il était enfermé dans le sablier de Mémé. Si elle avait su qu’il se prenait pour un captif, de colère, elle aurait immédiatement fracassé le sablier. Il ne voyait pas, lui, le privilégié, qu’elle avait une chienne de vie.
    Le froid, la faim parfois, les humiliations, les coups la désespérèrent.
    Elle se noya dans la Moselle.
    Pépé resta seul. Il pourrait boire tout son saoul, la vieille ne grincerait plus. Mais il se demandait sur qui il allait cogner désormais.

    Le vieux grincheux dépérissait. Il était encore assez lucide pour en prendre conscience. Mais, jour après jour, nuit après nuit, verre après verre, le désordre de son cerveau bien imbibé le fit basculer dans la folie.
    Il prit le fusil et tira sur tout ce qui ne bougeait plus.
    Les cadres. Les assiettes accrochées aux murs. Les ampoules. Les bibelots de Mémé. Les vitres. Le sablier…
    Et lui.

    Le vieux grain de sable avait ainsi retrouvé la Liberté. Qu’allait-il en faire ?
    Il s’est blessé aux éclats de verre. Il roula dans une flaque de sang. Prisonnier par l’hémoglobine, devenu poisseux, il vit, avant de se dissoudre, le regard céruléen de Mémé.

  14. Jean-Pierre dit :

    Un vieux grain de sable se souvient de sa vie d’esclave, quand il était enfermé dans un sablier.
    – À l’époque, j’étais jeune. Vous ne savez pas ce que c’est, vous les jeunes, d’être enfermé dans une grande pièce en forme de tube, entassés avec les copains. Tout le monde en vrac les uns sur les autres en attendant le grand renversement. Les sardines ne connaissent pas ça. Les humains non plus.
    – Mais voyons, Tonton ! Les humains ils connaissent ! Le métro, qu’est-ce que tu en fais ? Surtout le métro anglais qu’ils appellent « the Tube ».
    – Rien à voir, fiston ! D’abord, sauf accident grave, leur tube reste horizontal, et ils sont rarement les uns sur les autres pendant le voyage. Tu imagines, toi, cent-vingt mille mecs entassés dans un machin en verre gros comme le doigt…
    – Il n’y a pas que des mecs, il y a aussi des filles.
    – C’est d’ailleurs pour ça qu’ils ne se plaignent pas. Les mecs qui sont pressés contre des filles trouvent en général que c’est agréable. De toute façon, ils sont toujours pressés, même lorsqu’ils ont tout le temps devant eux. Nous, quand on se déplace, on ne dispose que de trois minutes. Le temps d’aller se faire cuire un œuf.
    – Pourquoi un neuf ? Le marché de l’occasion n’existe plus ? Et pourquoi les faire cuire ?
    – J’ai dit un œuf, pas un neuf.
    – Pardon ? La différence s’il te plaît ?
    – C’est une histoire de liaison.
    – J’ai compris : quand ils sont pressés l’un contre l’autre et qu’ils ont une liaison, c’est agréable pour eux, mais quand ils n’en ont pas, il y en a au moins un des deux qui se plaint.
    – On ne connaît pas ça chez nous. On est tous pareils. Ronds comme des billes. Faut pas croire les BD ! Et il paraît que le tube transparent est constitué de nos malheureux semblables cuits à feu vif jusqu’à ce qu’ils coulent comme de l’eau et torturés jusqu’à ce qu’ils se transforment en tube de verre. Ce foutu tube dont il est impossible de sortir. Sauf si, comme nous, on a la chance de tomber sur un crétin d’humain qui fout le tube par terre et qui le casse.
    – Et alors ?
    – La vie continue, mon neveu.
    – Tu peux me dire où on en est en ce moment, tous les deux ? Cette odeur ? Il me semble que la tête me tourne.
    – On a de la chance : l’humain qui possédait le sablier a jeté les restes dans le container à verre, et on se trouve au milieu d’un tas de bouteilles cassées. On vient juste d’atterrir dans un lac de cognac. C’est plutôt (hic!) sympa, non ?

  15. Ophélie E. dit :

    Je me rappelle que je depuis des milliers d’années je me prélassais sur une plage. Du plus loin que je me souvienne, mes congénères et moi nous nous ennuyions passablement. Mais bon, au gré des marées et des vents, je trouvais toujours quelques grains avec qui faire connaissance et nous papotions au clair de lune jusqu’à tard dans la nuit. Puis, au fil des siècles, la plage fut envahie par des hordes de vacanciers venus prendre des bains de soleil ; les plus enhardis trempaient les orteils dans la mer. J’en ai tant vu et tant entendu de ces touristes, si vous saviez ! Je me plaisais à voir gambader les bambins, à écouter les humains discuter, débattre de politique, se chamailler, s’engueuler, rire. La vie quoi ! Je n’avais pas besoin de journal pour connaître le monde. L’agitation devint infernale durant les périodes estivales, vous savez quand les congés payés furent accordés. Nous étions piétinés, brulés par des mégots de cigarettes, transbahutés dans des seaux pour devenir d’éphémères châteaux, transpercés par des pieds de parasol. Tiens, je me souviens qu’un jour j’ai même fait un tour en scooter des mers accroché au teeshirt d’un jeune. Quelle virée, j’en étais tout chaviré. J’avais bien un peu la crainte de me retrouver au fond de la mer. Il paraît qu’elle est bien polluée, elle aussi. C’était le bon temps quand même, mon bon monsieur. Un jour, je ne sais pas comment c’est arrivé, vous savez ma mémoire me joue des tours parfois, je me suis retrouvé enfermé dans un tube en verre avec quelques-uns de mes congénères. Alors là je ne vous dis pas ! On n’y voyait goutte parce ce que notre geôle fut emprisonnée dans une boîte. On mourrait d’ennui là-dedans. Notre leitmotiv était de savoir comment nous pourrions échapper à cette double peine ? Et je ne vous parle même pas des tensions dans notre cachot. Un matin, nous vîmes des lumières scintillantes et nous fûmes posés sur une table. Des gamins discutaient, se chamaillaient pour savoir qui commencerait le premier. Et, d’un coup, nous nous mîmes à dégringoler pour atterrir dans un autre tube. Toute la soirée, nous fîmes ainsi des allers-retours d’une cellule à l’autre. On en avait le tournis et des hauts le cœur irrépressibles. On hurlait là-dedans, mais personne ne nous entendait. Quelques heures plus tard, nous nous retrouvâmes à nouveau dans notre prison où nous restâmes une éternité. Notre seule occupation était de nous remémorer notre folle virée. Puis, un jour, nous revîmes la clarté du jour sur un plan de travail et nos culbutes reprirent de plus belle tous les matins. Nous étions devenus des mesureurs de temps pour faire cuire des œufs à la coque. Enfin, un peu de vie, mais moi j’en avais assez de cette vie d’esclave. Je me languissais des embruns, des touristes et surtout du soleil bon pour mes rhumatismes. Quelle vie, j’ai eue ! J’ai terminé sur le carrelage d’une cuisine, ramassé par une pelle et une balayette et fut vite expédié par la fenêtre. Désormais, je me prélasse et passe une retraite bien méritée sous un odorant rosier. Si ce n’était la bétonnière ronronnant à côte de l’atelier, je serais le plus heureux des grains de sable. Ça me fend le cœur de voir mes congénères finir ainsi dans un mur. Je gamberge de plus en plus ; je me fais bien vieux mon bon monsieur. Aussi, j’espère finir mes jours à l’air libre car pour rien au monde je ne voudrais revivre cette intolérable oppression.

    Je me demande qui a eu cette idée folle un jour d’inventer le sablier ?

  16. Catherine M.S dit :

    Mademoiselle

    Il est devenu fou
    Qui ça ?
    Le mini mini caillou
    Où ça ?
    Au fond d’un sablier
    Comment ça ?
    Il a perdu la raison
    Pourquoi ça ?
    A force de tourner en rond
    Dans la poche du tablier de Mademoiselle.

    Mademoiselle n’a ni montre ni pendule
    Je sais ça peut paraître ridicule
    Elle possède juste un petit sablier
    Au cas où
    Pour un galant rendez-vous. ..
    Car de tout temps
    Mademoiselle a toujours eu peur du temps
    Celui qui passe
    Celui qu’on perd
    Celui qu’on donne
    Celui qu’on n’a pas
    Celui qu’on regrette
    Celui qu’on oublie

    Un jour Mademoiselle est allée gambader
    Pieds nus au bord de l’eau
    Elle a sauté, sauté en l’air
    Le sablier s’est cassé
    Et tous les petits grains en ont profité
    Pour s’échapper
    Et retrouver leurs congénères
    Notre tout petit ami a guéri de sa folie
    Mais Mademoiselle s’est définitivement perdue
    Dans les méandres de la vie.

  17. Patrick LABROSSE dit :

    Un vieux grain de sable se souvient de sa vie d’esclave, quand il était enfermé dans un sablier.
    Une vie comme tant d’autres, un long fleuve tranquille, à voir le temps qui s’écoule. Un agencement d’engrenages bien huilés, de gestes mécaniques, répétitifs.
    L’homme pouvait être comparé à un mécanisme d’horlogerie. Le matin à sept heures précises, il commençait sa journée. A seize heures pétante, la sonnerie de l’usine lui signalait la fin de son labeur. A seize heures une seconde, il pédalait, quarante minutes de balancier à un rythme régulier. A seize heures quarante-cinq, il nettoyait sa bicyclette, pièce après pièce, dans un ordre savamment orchestré. À dix-sept heures il se douchait. À dix-sept heures trente il buvait son thé. À dix-huit il allumait sa télé. À dix-neuf il mangeait. À vingt heures il dormait … ainsi se succédait ses journées. Au rythme des grains du sablier.
    Puis vint le désordre, le chaos, un simple petit caillou qui fit tout basculer. Un grain insolite, coloré, légèrement déformé. Il avait suffi de ce simple élément, un zest défectueux pour tout foutre en l’air. Sa vie ne serait plus jamais ordonnée. Les rouages s’emballaient. Une force inconnue le poussait à commettre un pas de côté.
    Nom de dieu, c’est quoi ce bordel ! Qui avait osé ?
    A présent, les mécanismes grinçaient, il pédalait comme un dératé, arrivait avec vingt-deux secondes de retard, ne buvait plus son thé mais un verre de rosé, ne regardait plus la télé, mangeait au restaurant un jour sur deux, ne dormait qu’à moitié. Les heures passaient vite trop vite…
    Le sablier avait implosé, littéralement. Des éclats de verre éparpillés par milliers. Le sable fut jeté à la mer. Que de temps perdu à rester enfermé. La vie était craquement, fracture, fissure, rugosité, aspérité. Au diable les petits grains bien lisses qui s’agglomèrent comme du sucre. D’ailleurs il avait prévu de faire un tour du monde à vélo pour contempler les étendus de sable, le temps d’hier, des longueurs de plage monotone. Il avait même décidé de collectionner tous les sabliers du monde, il ferait un musée du sablier, du temps qui passe, des grains insipides.
    Et puis juste en face du temple du sablier, du musée du temps écoulé, il y aurait l’autre : la galerie divergente, l’éloge du fou, du grain révolté, étranger, déformé. Il vous suffirait de parcourir son labyrinthe pour le rencontrer, ce tout petit grain enfin libéré.

  18. Michel-Denis ROBERT dit :

    Un vieux grain de sable se souvient de sa vie d’esclave quand il était enfermé dans un sablier.

    « J’avais le temps devant moi, c’était mieux que l’avoir vu passer. Il s’était arrêté dans une boutique et on me regardait à travers la vitre comme un reptile placide dans un vivarium. Quel grain de folie a saisi celui qui m’a cloîtré là dans cet espace exigu ? Je cherchais à comprendre l’intérêt que je suscitais dans mon bocal horlogique. Les fouineurs ne s’intéressaient pas à moi mais à la maison de retraite de verre où ils voyaient que le temps stagnait. Il suffisait d’un geste pour que de nouveau il s’écoule, captivés qu’ils étaient par l’effet de la multitude qui se meut telle un vol d’étourneaux dans le ciel. La différence venait de ce qu’ils pouvaient verrouiller ce nuage et le faire jouer entre deux billes transparentes. Ils le surveillaient parfois comme autrefois Christophe Colomb l’avait fait pour vérifier sa démonstration. Comment faire tenir un oeuf debout ? Mais c’est une autre histoire que je raconterais plus tard.

    Voir le temps s’écouler grain par grain fait rêver. Je faisais donc rêver : capturer le temps, c’est comme voler de ses propres ailes.

    Je ne volais pas mais j’étais perché très haut, nostalgique de ma spiritualité perdue. Habitué aux grands espaces que je contemplais depuis des siècles du haut de ma pyramide, je me suis vu confiné, condamné à devenir l’objet d’une curiosité temporelle.

    Je me concentrais sur le moyen d’en sortir. Il n’y avait aucune issue, j’étais condamné pour l’éternité et je commençais à me résigner quand je vis soudain s’approcher de moi une jolie graine à cinq pétales. Telle une étoile elle éclaircit ma voie. Comme le flux du temps apporte des ouvertures, la fluidité de notre premier contact pourrait donner des impulsions dans une direction précise. Un flot nous rapprocha. Je pus sentir son parfum du large qui me donna des ailes. Je voyais une plage proche de Wellington. Mais l’afflux grandit et nous dirigea vers une sorte d’entonnoir. Un embouteillage. Le temps se précipita et nous bascula dans un autre monde. En trois minutes je perdis mon étoile.
    Comment faire pour la retrouver quand on est un tout petit isolé dans l’affluence ? J’avais coincé des machines astronomiques mais cette fois-ci, dans cette minuterie confortable, mon destin avait changé d’idée.

    Comme disait un autre Christophe qui dessinait sur les plages, il suffisait d’y penser pour que les choses arrivent. Trois minutes plus tard un miracle se produisit. Je retrouvais mon étoile. »

  19. durand JEAN MARC dit :

    Esclave, esclave…tout de suite les grands mots, captif du lieu, prisonnier du temps…mouaih…c’est une opinion!

    J’avais un cousin, installé sur une plage de Gironde…bousculé deux fois par jour par des marées intrusives. D’accord, il a bien roulé ses bosses, il a flirté avec des étoiles, il s’est frotté à d’exotiques coquillages, il a visité les fonds de bouteilles de vodka balancés par des marins d’acier. Mais lui, né silex, a vu sa vie défiler à la vitesse d’une jeune tortue tentant de rejoindre l’océan.

    C’était son choix. Moi, un peu nonchalant de nature, parfois taxé de paresseux par les agités des bocaux, rien à secouer. Contrairement à mes compères en liberté naturelle, je n’ai pas à subir la proximité puante des mégots, les étrons policés des chiens en laisse, les puces de mer et les gros culs des touristes vautrés.

    Dans mon entourage, j’ai eu un gladiateur voulant nous libérer, péter la cage en verre. Mais c’est toujours lui qui devait passer le premier en nous marchant sur la tête.

    Alors que ma vue sur cette cuisine à l’ancienne avec son poêle en fonte et sa cheminée profonde, moi elle me plait. Elle me fournit de bons horizons pour mon esprit baladeur.

    J’écris de petites histoires idiotes pour faire marrer mes compagnons.

    Par exemple, l’histoire d’un petit diamant égaré dans un sablier creusant le verre, projetant une grande évasion.

    Mais à chaque fois qu’il pense atteindre le but…on le retourne!

  20. Grumpy dit :

    Je suis né au Sahara d’un caillou érodé par le papier de verre tout à tour du Simoun et du Sirocco. A force de roulés boulés et de frottis frottas durant des milliards d’années, grain de sable je devins.

    C’est là que le Nil Blanc m’embarqua dans son lit. Rejoindre dans les plis de ses draps le confluent du Nil Bleu fut un long voyage. Très agréable. Bercé par le flot, pour prendre patience, je m’amusais à compter à travers les eaux transparentes les coups de rames de tant et tant de felouques flottant au-dessus de ma tête.

    Enfin, me voilà un jour déposé par le hasard sur la rive au détour d’un méandre. Là je vécus longtemps très au calme jusqu’à ce qu’un copain de fortune m’apprit qu’un jour viendrait la crue. Et je le crus.

    J’attendis avec impatience l’arrivée de l’été et avec lui la survenue de l’eau fertile qui après m’avoir enduit de limon, me laverait de mes tout petits péchés. Et il y en avait : mon comportement n’était pas toujours égal, on m’excusait disant que sans doute, je devais avoir un petit grain.

    Moi et mes amis, purifiés par les eaux de ce fleuve magique, passâmes ainsi un plaisant temps immobile jusqu’au jour où un esclave nous ramassa, nous entassa dans son panier. On lui avait bien recommandé de choisir le sable le plus fin sans quoi il serait jeté aux crocodiles.

    Si ça avait été possible je me serais fait encore plus petit devant les pyramides et me serais ratatiné davantage encore en passant devant cette espèce de gros lion de pierre gardant de son regard énigmatique le pas de la porte.

    C’est ainsi que je me retrouvai dans le palais royal. Je fus carrément ébloui par la beauté des bâtiments, des fresques, et fus à deux doigts de m’évanouir quand je vis celle de la Reine.

    Cléopâtre ! Si j’avais pensé …. Je n’en eus pas le temps. Me voilà emmené manu militari par un garde romain jusque chez le joaillier de la Reine.

    Ce petit homme glabre et au teint bistre est penché sur l’ouvrage qu’il est en train d’achever : un fin globe de verre étranglé en son milieu. Il me dépose prestement dans un bol d’or où je rejoins des milliers de collègues (l’un d’eux me souffle « ah, toi aussi tu t’es fait choper »)

    Je comprends ce qu’il veut dire par là lorsque l’homme nous glisse à travers un petit entonnoir de papier dans son œuvre de verre. Une prison ! De verre mais une prison quand même et dans laquelle on attrape la maladie dite du tournis, tête en haut, tête en bas, et ainsi de suite.

    Marc Antoine vient chercher son cadeau (nous autres …) puis se précipite à toute pompe dans les couloirs jusqu’à la couche de sa Cléopâtre adorée.

    Elle fait la gueule en ouvrant le petit coffret de bambou et hurle sur son amant romain en jupette « Un sablier ! Ça alors, tu es gonflé ! Tu m’avais promis une Rolex !  Je vais me tuer, je vais me tuer !» Elle se met à pleurer hi hi hi hi hi hi …

    De dépit, elle tend la main vers sa corbeille de figues et tchack … la vipère.

    Sa main raidie par le venin lâche le sablier, ainsi se termina ma vie d’esclave.

  21. ourcqs dit :

    Un vieux grain de sable se souvient de sa vie d’esclave, quand il était enfermé dans un sablier. Quelle vie ! tant d’années passées coincé avec les autres dans un mouvement perpétuel de descente par un goulet, loin de paysages fantastiques. La promiscuité devenait insupportable, l’obligation de suivre le mouvement, pas moyen de faire un pas de côté.Toujours descendre, mais pourquoi ne pas monter, remonter ? bien sûr ce n’est pas si simple, mais terriblement excitant. Je rêvais de grands espaces, grand air, de vent de sable m’entrainant dans de folles traversées au dessus des dunes.
    Enfin seul au Monde, je me voyais méditer sur le Temps qui passe, loin de ce chronométrage obligé de trois minutes, et au-delà que se passe-t-il ? d’irrésistibles envies d’étirer cette limitation.
    Par bonheur, un ouragan de rangement a tout bousculé et le sablier s’est envolé. Me voilà enfin libre, libéré de toutes contraintes.Enfin je peux me glisser partout, de préférence dans les rouages, les chaussures, en attendant voyages et expéditions en terres lointaines.

  22. Souris-Verte dit :

    🐀 LE GRAIN DE SABLE QUI DÉFIE LE TEMPS.

    Cela fait une éternité que ce grain de sable est enfermé avec d’autres dans un sablier.
    Savoir compter le temps!
    Rêve inaccessible ?
    Tous ensemble l’ont rendu possible.
    Lui, suit le mouvement.
    En effet, son action est de trois minutes très exactement … Juste la cuisson d’un œuf coque et son jaune baveux.
    Il est, sans le savoir, l’ indicateur gastronomique précieux de ce met aussi simple que délicieux.
    Mais voilà! Ça, il ne le sait pas !
    Il arrête le temps ! Soit !
    Mais au prix de souffrances abominables. Il démarre la tête en haut,trois minutes après,renversé, les pieds en l’air et c’est reparti pour encore trois minutes interminables.
    Nous, quand ça dure trop longtemps, que ça nous laisse, on compte en minutes de coiffeur, mais a-t-on pensé à celles éternelles du sablier ?
    Il a beau être exercé,dominer le temps lui monte à la tête, en un mot: il l’a enflée !
    Tant et tant, qu’un jour, le sablier fatigué de cette exhubérance, explosa en l’expulsant.
    Avant, il comptait le temps, maintenant il traine de vagues en plages . Pour l’instant il a trouvé refuge dans un jardin nain japonais au nez de Bouddha et au pied d’un ‘bonsaï-zen’, et puis, ils l’ont peint couleur citrouille pour le Feng Shui !
    Il a honte et s’enfouit, alors trois fois par jour et à la même heure le maître le peigne et le lisse.
    En un mot, il se fait ratisser !
    Rituel accompli dans le respect de la sérénité où rien ne doit dépasser.
    Lui qui le mesurait est devenu l’esclave du temps.
    🐀 Souris-Verte (8/12/18

  23. Laurence Noyer dit :

    Quand j’étais pimpant grain de sable
    Je flânais heureux sur ma plage
    En bord de vagues
    Intarissables

    Quand un jour une armée de mains hostiles
    Est venue m’arracher à mon île
    A grands coups de pelles, on m’a rudoyé, trié, privé
    D’indispensable

    Je fus séparé de mes frères envoyés vers d’autres corvées
    L’un chez un marchand pour faire dormir les enfants
    L’autre pour engraisser le mont Pyla
    Convertissables

    Otage d’une cage en verre,
    Esclave à fixer le temps
    Je me suis mis à couler
    Inlassable

    Quand un système suffit à bloquer un grain de sable
    Un grain de sable suffit
    A bloquer un système
    Controversable

  24. iris79 dit :

    Un vieux grain de sable se souvient
    de sa vie d’esclave, quand il était
    enfermé dans un sablier.

    C’était il y a quelques années. Sans s’en rendre compte il avait été emporté par une énorme pelletée et projeté dans une immense benne au milieu de ses congénères. Attendant son sort, résigné, il se demandait ce qui l’attendait. Serait-il voué à consolider un ouvrage, à distraire des enfants dans un bac ? Dans un jardin ? Dans un parc ? cela ne lui aurait point déplu. Car jamais encore il n’avait imaginé se retrouver enfermer dans un espace aussi étroit que ce sablier où on le déposa, lui et une petite poignée d’autres grains pour faire passer le temps.
    Confinés dans ce petit étui aux couleurs criardes, il devint le meilleur ami d’un petit garçon qui le reçut en cadeau avec une brosse à dents. Lui, ses camarades d’infortune et l’enfant devinrent vite inséparables.
    Destiné en premier lieu à mesurer le temps d’un brossage efficace, le sablier ne quitta presque plus la main de l’enfant. A travers le plastique du sablier, le grain de sable pouvait sentir la chaleur qui se dégageait de ses petits doigts curieux. L’enfant emmenait le sablier partout. Dans la salle de bains, dans la cuisine pour mettre le couvert en un temps record, sur la table du salon où il jouait avec ses parents à des jeux de société, sur son lit, où, couché à plat ventre il observait, fasciné et hypnotisé, l’écoulement des grains de sable s’écouler. Il ne cessait alors de tourner et retourner le sablier. Le vieux grain de sable en était tout chamboulé, il en avait des migraines carabinées. Cette promiscuité avec ses camarades d’infortune le tuait à petit feu. Ils priaient sans conviction pour qu’un événement quel qu’il soit les arrachent à ce triste sort.
    Un soir, alors que le sablier se tenait sur la table de chevet du petit garçon, l’un des petits grains de sable, dans la fougue de sa jeunesse se révolta et implora ses compagnons jeunes et vieux. Il fallait sortir de cette prison. Bien sûr qu’il y avait pire, l’enfant était mignon, le foyer chaleureux mais ils n’étaient pas libres et ils n’en pouvaient plus de leur condition !
    Alors un plan germa chez le vieux grain de sable et pour la première fois de sa vie il osa s’affirmer vraiment et leur soumit son idée. Il avait remarqué que le sablier avait été déposé tout prêt du bord de la table de chevet. Qu’en s’y mettant tous il pourrait peut-être le faire basculer et le faire tomber au sol.
    -Et après ? Crièrent une poignée de sceptiques.
    Nous glisserons sous le lit ou derrière sa tête et la possibilité d’être perdu par l’enfant un moment leur donnerait quelques heures de répit, ils n’en pouvaient plus d’être brassés constamment.
    N’ayant rien à perdre, ils usèrent de leurs maigres forces et se massèrent du même côté pour déséquilibrer le sablier. Contre toute attente cela fonctionna mais le sablier glissa et roula juste derrière les chaussures du petit garçon ! Désespérés et fatigués par cet effort intense, ils sombrèrent dans une léthargie collective.

    Le lendemain matin, le petit garçon en retard, s’habilla en toute hâte et marcha sur le sablier ! Il le brisa net et pleura en ramassant les débris. Le petit attaché à son objet, s’appliqua à séparer les morceaux de plastique cassés des grains de sable qu’il déposa cérémonieusement dans sa petite main d’enfant. Sidérés par cet événement le vieux grain de sable et ses camarades restaient interdits, tétanisés face au sort inconnu qu’il leur réservait. Puis le petit garçon ouvrit sa fenêtre et les déposa sur le rebord, là où une légère brise prit le relais et les transporta sur la plage qui se trouvait seulement à quelques mètres de là.
    Le vieux grain de sable soulagé et tellement fatigué, se reposa au pied d’un gros caillou qui lui servit de protection. C’est ici qu’il continuerait et finirait sa vie. Bercé par le mouvement des flots, caressé par les embruns et poli par le vent.

  25. Blackrain dit :

    Allongé dans le fond de l’aquarium, Feldspath égrainait sa vieillesse. Malgré ses douleurs et son manque de calcium, il profitait. Il écoutait Mika à travers la paroi vitrée et discutait tranquillement avec le volcanique Olivine et gypse le gitan. Avec eux il se souvenait de ses années prison, de tout ce temps passé à glisser vers cet abîme qui l’engloutissait avec tous ses compagnons de bagne. Quand le calme revenait, il se sentait à nouveau basculer pour glisser encore vers un ce goulot d’étranglement qui le compressait sur ses semblables. Il en était tout retourné à chaque fois. Depuis la plage de son enfance, il avait été enlevé, emmené contre son grès pour être enfermé dans une forme en verre. Il se retrouvait avec des grains de toutes les races : quartz, feldspath, plomb, zinc, poudre de marbre ou de calcaire. Ils étaient enfermés dans une double arène pour que l’homme puisse mesurer le temps. La vie s’écoula lentement. Les multiples frottements limaient son grain de peau. Il s’effritait toujours plus. Et puis un jour ce fut la liberté. L’homme préférait lire le temps sur un cadran. Le sablier fut brisé. Alors l’homme ramassa les grains usés pour les déposer dans son aquarium d’eau salée, plus vaste, plus doux. Feldspath allait y finir sa vie, le dos caressé par l’eau de mer de son enfance.

  26. Camomille dit :

    Un vieux grain de sable se souvient
    de sa vie d’esclave, quand il était
    enfermé dans un sablier :

    Me voilà bien fatigué
    me voilà bien inutile
    une vie sans saveur
    une vie pour rien
    à passer le temps
    c’est la cas de la dire
    à passer le temps
    à viser le fond
    une fois au fond
    On me remet en haut
    et je recommence
    à passer le temps
    à viser le fond
    une fois au fond…
    C’est triste non ?
    Aurais-je été plus heureux dans une chaussure ?

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