431e proposition d’écriture créative imaginée par Pascal Perrat

Jusque-là, entre les Touhaut et les Toubas on s’entendait bien. Mais, quand les Touhaut fondèrent une chorale, la colère monta chez les Toubas.

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 Chaque proposition d’écriture créative est une bataille contre la routine et l’endormissement de l’imagination. Une émulation pour maintenir en éveil l’enthousiasme d’imaginer, d’inventer, de créer. Quand aucun défi n’est à relever, notre créativité somnole.
Ce qui m’a inspiré cette idée d’exercice

23 réponses

  1. Delphine Lejeune dit :

    Jusque là, entre les Touhaut et les Toubas, on s’entendait bien. Mais quand les Touhaut fondèrent leur propre chorale, la colère monta chez les Toubas. Savoir que leurs confrères aient choisi de concrétiser un projet seuls sans leur en faire part, ne fit qu’aggraver leur manière de s’exprimer. Se sentant exclus et trahis, le meneur de leur groupe s’empressa alors de contacter celui des Touhaut pour connaître les raisons de ce coup bas.
    « La raison est simple, lui répondit celui-ci. Il n’est en aucun cas question de vous laisser pour compte mais plutôt d’élargir notre public et de nous ouvrir à l’extérieur. Nous vous invitons d’ailleurs à en faire de même pour le bien-être de votre groupe. Sur le long terme, nos deux chorales pourraient même se rassembler pour attirer un nouveau public. »
    Le meneur des Toubas reconnut que cette suggestion était à étudier. Il en fit part au reste du groupe qui restait sur la réserve :
    « – Qui te dit que nos deux chorales se rassembleront bien un jour ? Demanda le doyen de leur bande.
    – Personne en effet. Mais créer notre propre chorale nous permettrait de voler de nos propres ailes. Celà est, je pense, un bon argument pour nous lancer ds cette aventure. Innover peut, je le conçois, faire peur, mais peut aussi en valoir le coup. A vous de voir maintenant. Souhaitez-vous vous montrer plus graves que d’habitude ou préférez-vous rester sur un ton neutre pour ne pas dire banal ? »

  2. françoise dit :

    Jusque-là, entre les Touhaut et les Toubas on s’entendait bien. Mais, quand les Touhaut fondèrent une chorale, la colère monta chez les Toubas.Pourquoi cette colère ? Eux-mêmes n’auraient su le dire ! En effet, tout en n’ ayant pas de formation musicale ils aimaient écouter de la musique classique, parfois du jazz, avec toujours le souci de ne pas gêner leurs voisins. Or, deux fois la semaine dernière, une dizaine de personnes, après avoir monté les escaliers bruyamment, frappaient chez les Touhaut et sans perdre de temps, accompagnés d’un violoniste et d’un pianiste, se mettaient à « hurler » des chansons pop.
    N’y tenant plus ce soir là Toubas grimpa les escaliers et frappa à la porte de palier des Touhaut pour se plaindre. Cordialement Touhaut lui ouvrit la porte et lui proposa de se joindre à eux en lui faisant remarquer que sa voix « soufflée » ferait merveille. Flatté, Toubas se joignit à eux.
    Quand vers 22 H, il rejoignit son appartement, Mme Toubas avait déserté le domicile conjugal. Sur la table , une feuille sur laquelle il put lire : @ +
    Il eut envie de hurler mais il avait perdu sa voix….Se rappelant quelques citations “L’eau fait pleurer, le vin chanter.” ,“Quand on est dans la merde jusqu’au cou, il ne reste plus qu’à chanter, il prit une bouteille de vin et la but cul sec Oui mais il en avait marre de tout cela. Et si sa femme ne revenait pas ?N’ayant vraiment plus envie de chanter, Il s’allongea sur le canapé et s’endormit.
    La sonnerie du réveil le fit sursauter. Sa femme le secoua en lui disant « réveille-toi tu vas être en retard au boulot ».Une heure après, il claquait la porte de son appartement, son voisin lui dit bonjour. Aphone il le salua et pressa le pas pour arriver à l’heure au bureau.

  3. Françoise - Gare du Nord dit :

    Jusque-là, dans la paisible rue de la Tessiture, entre les Touhaut et les Toubas on s’entendait bien. 
    Les premiers tonitruaient, s’égosillaient, s’époumonaient ; les seconds susurraient, murmuraient, chuchotaient. Malgré ces différences de ton, l’entente était cordiale et la communication courtoise.

    Mais, quand les Touhaut fondèrent une chorale, la colère monta chez les Toubas.
    La raison du mécontentement ? Les Touhaut ne voulaient que des voix du registre grave. Des voix de leur seule famille en fait. Ainsi seuls Basse et Baryton pour les hommes, Soprano et Mezzo-Soprano pour les femmes avaient voix au chapitre. Pas question d’accueillir des aigus.

    Les Toubas, soucieux de faire entendre la voix de leurs fils Ténor et Haute-Contre et de leurs filles Alto et Contre-Alto, s’insurgèrent. Une chorale doit comporter tous les registres, c’est une des lois immuables de la vocalise en particulier et de la musique en général.

    Le ton monta Rue de la Tessiture. Un sacré tapage. Ce ne fut que vociférations, hurlements et braillements au point que certains en devinrent aphones. L’existence de la chorale semblait bien compromise.

    Au milieu de ce vacarme, il advint l’impensable, l’imprévisible, l’inattendu : Soprano Touhaut et Haute-Contre Toubas s’éprirent l’un de l’autre.

    Mais Stentor, le chef de famille Touhaut ne l’entendit pas de cette oreille. Il s’insurgea, fulmina, vociféra, tonitrua « Jamais moi vivant, jamais Ma fille n’épousera cette voix de fausset, ce chante-mou, ce prépubère, ce sous-homme de la mue, ce sous-développé de la vocalise. Vous m’entendez jamais. Je préférerais que l’on m’arrache les cordes vocales et même les… »

    Mais les lois du chœur furent les plus fortes et depuis ce jour, on le surnomme le Castrat.

  4. Souris-Verte dit :

    LA CHORALE DU TEMPS
    Au pays des Touhauts vivent aussi les Toubas. Ces êtres infimes, rapides comme des furets sifflent le vent…
    Ce vent qui siffle au coin des murs et soulève en staccato les tuiles des toitures.
    Ces individus actifs poussent des cris de souris su aigus en
    dents de scie des ultrasons qui cassent les verres et cisaillement sans répit feuilles et branches les couchant en lit au pied de l’arbre maître.

    Les Touhauts, profilés comme des tuyaux d’orgue soufflent en long la mélodie lente et tenace de la pluie jusqu’à gronder l’orage quand ils se fâchent.
    Couche d’eau qui s’égrène en gouttes, grains de riz qui se rient des obstacles et partout s’écoulent.
    Les Toubas implorent la pluie d’arrêter sa musique . ils sont trop petits. elle va les noyer.
    Plus de branches pour les protéger, les Touhaut sortent de leur abri, la pluie a chassé le vent et fait taire la chorale du temps.
    🐀 Souris-Verte

  5. Jean-Pierre dit :

    Jusque-là, entre les Touhaut et les Toubas on s’entendait bien. Mais, quand les Touhaut fondèrent leur chorale, la colère monta chez les Toubas.
    Les parents Toubas avaient quatre fils.
    Joe, le plus petit et le plus hargneux avait une voix de fausset connue de tout le quartier.
    Le prof de musique avait déjà repéré qu’il était capable à lui tout seul de faire dérailler toute une chorale dès qu’il émettait le moindre son.
    Malgré ou peut-être à cause de son caractère explosif, Joe avait réussi à séduire Averelle, la plus grande et la plus douce des sœurs Touhaut.

    Quand le prof a expliqué avec ménagement à Joe qu’il ne participerait pas à la chorale, Joe a gueulé assez fort pour qu’on l’entende à l’autre bout de l’établissement :
    —Rogntudju de merde ! J’ai de la voix ! T’es sourd, ou quoi ?

    Le silence s’était fait dans la salle, et tous se demandaient comment le prof allait s’en sortir.
    — Il faut que je voie avec tes parents, expliqua calmement l’enseignant. Ce sont les Touhaut qui m’ont suggéré de monter une chorale, mais je ne crois pas que ce soit une bonne idée. Laisse- moi réfléchir s’il-te plaît ».
    Cette marque de respect de la part de cette couille molle de prof était suffisante pour calmer Joe, qui en a parlé à sa façon dans sa famille. Ce qui réveilla immédiatement une haine assoupie depuis un siècle et demi entre les Toubas et les Touhaut.

    « Pour la chorale, c’est mal barré », pensait le prof, qui s’attendait à voir débouler les parents du petit Joe, ce qui n’a pas tardé.
    — C’est une honte ! hurla Papa Toubas presque aussi fort que son fils une heure plus tôt. Vous avez insulté mon fils en insinuant qu’il était nul en musique. Vous allez lui donner des complexes et il va nous faire une dépression.
    — Veuillez patienter, s’il-vous-plaît, Monsieur Toubas, fit le prof de sa voix la plus mélodieuse, pendant qu’il recherchant les notes de Joe dans son cahier.

    Il pensait, peut-être un peu trop fort : « Ces parents d’élèves, quelle plaie ! Surtout quand leurs rejetons sont nuls, comme cet abruti de Joe. Ses frères ne valent pas mieux, mais au moins ils sont calmes. »
    Papa Toubas commençait à s’impatienter.

    — J’ai réfléchi, reprit l’enseignant. Votre fils a des dons pour la musique, c’est certain, mais il lui faudrait un instrument qui lui permette d’exprimer sa personnalité dans toute son ampleur.

    L’ampleur de la personnalité de Joe décrite par le prof suffisait pour calmer ce père inquiet.
    Le prof précisa son plan :
    — Je connais quelqu’un qui pourrait vous aider à choisir un instrument adéquat, mais je n’ai pas son adresse ici. Je vous la ferai passer par son grand frère.
    « Celui-là non plus, ce n’est pas une lumière ! », pensait le prof, mais cela n’a pas filtré jusqu’à l’esprit de monsieur Toubas, satisfait de l’entretien.

    Le lendemain, Arthur, le plus grand des fils Toubas, amoureux lui aussi de la belle Averelle, tendit à son père la carte d’un magasin avec le nom de la personne à contacter.
    — Le prof m’a montré la photo des instruments, précisa-t-il à son père. Ce sont des cuivres.
    — Une trompette ?
    — Non. Plus gros que ça. Euh ? Un « Tuba-Riton »… ou un « Sous-Aphone »… ou un Hé… euh ?… non… un « Hilécon ».
    — QUOI !!! explosa le père. Ça ne va pas se passer comme ça !
    — Euh !… papa !… Je suis pas sûr.
    — Eh bien ! Fait le père en prenant la carte. Ils vont m’entendre !!!

    « Hilécon. Ça ne m’étonne pas d’Arthur » pensait son père, tandis que ce dernier voyait très bien Joe avec un tel instrument.

    Et un jour, le prof de musique vit débouler dans sa classe les quatre fils Toubas, trimbalant chacun d’un hélicon de belle taille, à l’exception de Joe qui arborait fièrement un soubassophone plus gros que lui.
    Stupeur générale dans la classe à la vue de ces quatre abrutis emberlificotés dans des instruments rutilants dont le plus petit pesait environ 20 kilos.

    À la demande pressante du prof de musique, le Principal décida de créer au deuxième sous-sol une salle de répétition réservée aux quatre frères Toubas et à quelques excités du djembé.

    Quelque temps plus tard, l’établissement s’effondra pour une raison inconnue, mais les mauvaises langues affirment que c’est à la suite d’une répétition des Toubas dans leur salle réservée.

    C’est dans les décombres du bâtiment que la belle Averelle, alertée par des hurlements puissants, a prévenu les pompiers qui ont réussi à désincarcérer le pauvre Joe dont seule la tête dépassait d’un tas de laiton informe.
    Pendant l’opération, un des pompiers, plus sensible que les autres, a supplié la jeune fille d’embrasser cette face hurlante, seul moyen selon lui de mettre fin à des nuisances sonores intolérables.

    Il en est résulté une période où le quartier a connu une certaine tranquillité, jusqu’au jour où Madame Averelle Toubas a mis au monde un bébé encore plus braillard que son père.

  6. Anne dit :

    N’y aurait il pas un chuchotement comme le vent dans les arbres. A moins que ce ne soit l’avis de tempête? Mais oui, c’est le cas. Il y a chez les tout bas, un administrateur qui use de son influence pour faire taire les notes excédents les 40 décibels. C’est simple, c’est court, mais ce concencus convient à tous.

  7. Michel-Denis ROBERT dit :

    Jusque-là entre les Touhaut et les Toubas, on s’entendait bien. Mais quand les Touhaut fondèrent une chorale, la colère monta chez les Toubas.

    Les oppositions commencèrent à bas bruit. Personne n’en connaît l’origine. Bien malin celui qui fera la lumière sur le début du conflit de ce village sympathique.
    Un ruisseau paisible dont on ne perçoit que le léger clapotis sous le pont du XVIII ème fut sans doute le responsable des prémices de l’ire. Lors d’une crue, la pierre d’un pilier se désolidarisa, elle alla se coller contre la roue du moulin du meunier. Est-ce ce simple caillou qui plomba l’ambiance ? Peut-être que oui, peut-être que non ! Le bruissement courut imperceptiblement sans aucune retenue. Soi-disant ! la pierre endommagea une pale de la roue, l’empêchant de tourner. L’avocat qui défendit le clan dit « des boulangers », s’appuya sur cet argument. D’une réalité en apparence banale, d’un petit caillou grippant un mouvement aussi puissant, ce n’était pas ordinaire, il en fit une montagne. Etait-ce plausible ou non ? Nul ne peut l’affirmer ou dire le contraire ! Le pavé ayant bloqué la roue du moulin provoqua l’arrêt de la répétition de la chorale. Le bruit de l’eau trop martelé déclencha un incident diplomatique majeur dans cette petite bourgade.

    Le mystère s’épaissit quand l’avocat du clan opposé se plaignit d’un couac qui vint perturber son enregistrement. Ce matin-là des pupitres en métal gisant parmi les feuilles mortes balayées par le vent sur la grand-place furent découvert par le maire. Sur le mur de la salle des vocalises près de l’église, des tags cassaient l’harmonie de la façade. Ce fut le début des hostilités entre le « clan pain » des Toubas et le « clan destin » des Touhaut. Un souffle d’agressivité aurait-il eu raison de l’entente cordiale ?

    C’est à ce moment que le grand chef arriva pour mettre de l’ordre. La Moldau en tête, il se dit, il y a du travail. Dans la petite localité qui commençait à s’encroûter dans la routine, il créa l’électrochoc au bon moment. On se demanda si tous ces effets de dégradation ne venaient pas de cet expert ignorant la coutume du pays.

    Tout le monde fut surpris quand la répétition, la dernière, débuta. La mise en scène n’était pas encore aboutie. Il se posa la question de savoir s’il laisserait des blancs pour l’improvisation au risque de déstabiliser la représentation. Il avait bien pressenti les attentes de la population. Toubao-Village créait son identité. Chaque événement ayant marqué son histoire se racontait en chansons. La rivalité n’était qu’une fantaisie que le chef exploitait avec beaucoup de professionnalisme pour le bien de la commune. Maintenant que les deux chorale possédaient bien leur sujet, le spectacle pouvait continuer.

  8. Jusque-là, entre les Touhaut et les Toubas on s’entendait bien. Mais, quand les Touhaut fondèrent leur chorale, la colère monta chez les Toubas.

    Tous les matins, les habitants des arbres, les oiseaux Touhaut chantaient en chœur, dès cinq heures du matin, tous émoustillés par la sève remontante. Ces oiseaux chantaient à tue-tête, célébrant à leur manière l’arrivée du printemps tant attendu et voulant partager ce moment de bonheur de la nature revigorante retrouvée. Quelle belle chorale à l’unisson !
    Adieu les boules de graisse et les graines gentiment déposées dans les arbres pour les aider à franchir ce cap hivernal ! C’était la raison pour laquelle les Touhaut chantaient, gazouillaient, pépiaient pour remercier tout le monde d’être encore en vie à la nouvelle saison ! Ils offraient leur belle chorale au monde !

    Mais, chez les Toubas, c’était un autre son de cloche qui s’élevait au petit matin. Eux vivaient sous la terre, tranquillement, sans bruit apparent, remuant sans cesse le sol pour l’aérer et donner un bel humus qui permettrait aux propriétaires du terrain de récolter de magnifiques légumes. Ils travaillaient comme des acharnés, en silence. Ils n’avaient pas besoin de pérorer comme le faisaient les autres, les Touhaut. Leur tintamarre de ces énergumènes était insupportable. La colère gronda alors chez les Toubas et ils déclarèrent la guerre à ceux qui passaient leur temps à siffler !

    A quoi bon siffler en permanence quand il y avait tant de travail : labourer, se reproduire, nourrir les petits, nettoyer la demeure, éviter les coups de bêche, éviter les prédateurs, sans relâche. Les Touhaut ne comprenaient rien aux enjeux printaniers ; ils semblaient indifférents à la masse de travail que réclamait la nouvelle saison, selon les Toubas. Selon eux, le travail, c’était la santé !
    Quant aux Touhaut, ils rigolaient bien en apercevant ces prisonniers du boulot, qui ne feraient pas, sans doute, de vieux os ! Toujours au boulot, ne profitant de rien comme des sauvages pour essayer de survivre.

    Pour les Touhaut, les Toubas travaillaient à en perdre la boule. Ce n’était pas leur philosophie de vie à eux. Ils envoyaient un message à travers leur chant : Carpe Diem ! Eux aussi chinaient dans tous les coins quelques brindilles de ci de là pour construire leurs nids. Eux aussi se préoccupaient de leurs petits. Mais, ils besognaient dans la gaieté, en virevoltant sans se cacher, de branche en branche, profitant de la clarté du jour.

    Les Touhaut en eurent assez un matin de se faire rabrouer. Et puis, ils avaient mangé assez de graines tout l’hiver, ils avaient besoin de chair fraîche dorénavant. C’est tout l’avantage du printemps. En volant, comme si de rien n’était, ils comptèrent le nombre de vers mis à leur disposition, se régalant par avance de leur futur festin. Des vermisseaux à se mettre sous la dent !
    En un rien de temps, moins qu’il n’en faut pour le dire, un groupe d’oiseaux du jardin se rua sur les sillons retournés et se délecta de ces Toubas sans os, sans consistance, dansant dans tous les sens, coincés dans le bec de leurs prédateurs, leurs petits yeux tout globuleux presque sans vie.

    La morale de cette historie : cessez de râler ou vous pourriez le regretter !

  9. pissenlit dit :

    Jusque-là, entre les Touhaut et les Toubas on s’entendait bien. Mais, quand les Touhaut fondèrent leur chorale, la colère monta chez les Toubas.
    Il faut dire que les deux villages étaient très proches et séparés seulement par le ruisseau Toudroit.
    Les deux tribus vivaient comme les deux amis du Monomotapa de Lafontaine. Cette amitié très exclusive, leur avait donné l’habitude de tout partager. Les chagrins, les peines, les récoltes, les habiletés, les hommes et les femmes, puisqu’il arrivait souvent qu’une Touhaut parte vivre avec un Toubas et réciproquement.
    La tribu Toubas se sentit trahie par ce souhait des Touhaut. Ils n’avaient jamais soupçonné que ces derniers rêvaient de chanter, et ils se sentaient rabaissés, tant par le secret qu’ils avaient bien gardé que par leur incapacité à faire de même. Et oui ! Impossible pour un Toubas de donner de la voix !
    Du côté des Touhaut, c’était la liesse. Cette chorale, ils en rêvaient depuis longtemps et tout le village était partant. Ils ignoraient la colère des Toubas, car après avoir consulté les Toucompris et les Toutafait, ils savaient que cette initiative était bonne.
    Aussi, quand Raymond Toujuste vint les avertir que les Toubas ne l’entendaient pas de cette oreille, ils tombèrent des nues, car toutes les autres tribus de la contrée avaient bien reçu cette nouvelle et avaient même félicité les Touhaut.
    Pierre Tounu avait dit : « Quelle merveilleuse idée, nous allons enfin vous entendre chanter Touhaut ! », tandis que Jacques Toubronzé, de son côté, avait proposé d’écrire quelques chansons pour le répertoire des Touhaut.
    Non, vraiment la colère de leurs plus proches voisins était incompréhensible. Et que dire de cette déclaration de guerre !
    Elle débuta un matin de mars, le 4 exactement, par une avalanche de gros mots. Aux « touchatout » on répondit par des « cépatout », aux « padutout » on répliqua par des « fourtout ». Quand on arriva aux « smeldetout » et aux « onsefoudetout », un Toutacoup proposa de faire le médiateur pour que cesse cette guerre des mots, plus blessante que tout.
    Les Toubas purent expliquer qu’ils avaient été vexés, que jusqu’ici les uns ne possédaient rien qui n’appartint aux autres, et que les Touhaut puissent profiter de leur don sans en avoir été informés les premiers les avaient blessés. Les Touhaut entendirent les plaintes des Toubas et reconnurent leur manque de tact avec des amis si fidèles. Ils proposèrent aux Toubas d’être près d’eux pour les répétitions et les concerts, pour leur souffler les paroles, pour les encourager… Les Toubas seraient la majorité silencieuse de leur chorale, la colonne vertébrale du chœur.
    Les Toubas acceptèrent avec plaisir ce grand honneur, quand aux Touhaut, ils décidèrent de ne plus faire de messes basses et d’être toujours francs. Un point, c’est tout !

  10. Clémence dit :

    Jusque-là, entre les Touhaut et les Toubas on s’entendait bien. Mais quand les Touhaut fondèrent une chorale, la colère monta chez les Toubas.

    Quelque part, au bord d’un lac….
    Le préposé toisa la rouquine et apposa le tampon d’un geste rageur.
    – Roxane Foxtrot, 1 mètre 60, 50 kilos….heu…. voici votre mission.

    Roxane empoigna la feuille, la plia en quatre sans prendre connaissance du contenu et la fourra dans sa poche. Pour cette fois encore, elle ne s’en tirait pas trop mal : des jours et des semaines à tirer en travaux d’intérêt général. Tout ça parce qu’un soir de déprime, elle s’était laissée enfermer dans le musée municipal et qu’elle avait commis son forfait, son crime de lèse-majesté : changer tous les tableaux de place en oubliant les caméras de surveillance ! La police eut vite fait de la retrouver.

    Roxane se dirigea vers le parc aux couleurs printanières. Elle s’installa sur un banc et laissa ses pensées prendre le large, tout comme sa carrière de chanteuse ! Mais celle-ci s’était fracassée contre le premier écueil.

    Roxane se tortilla et s’empara de sa feuille de route. Un mot lui sauta aux yeux : SOPRANO.
    – Waouh ! C’est du pain béni ! Ma carrière va enfin décoller ! Soprano, en personne !
    Le cœur en joie, Roxane se leva et s’en alla en suivant scrupuleusement les indications du plan.

    Après une heure de marche, elle s’arrêta et écarquilla les yeux. Chambord ou Linderhof étaient des résidences miniatures à côté de cette demeure.
    – Décidément, les nouvelles stars ne se refusent rien….

    La grille s’ouvrit lentement et Roxane chemina entre les massifs de fleurs. Un instant, elle imagina les alexandrins de Lamartine ou d’Hugo décrivant les odeurs, les couleurs et les émotions qu’elles suscitaient en leur âme de poète romantique.

    Roxane arriva enfin dans l’immense hall d’accueil et tendit sa feuille de route.
    – SOPRANO ! Ah… SOPRANO….si vous voulez bien me suivre, lui dit l’hôtesse sans âge.

    La déambulation commença et Roxane s’émerveilla.Sa mission s’annonçait grandiose dans ce décor. Une main sèche l’arrêta devant une porte sur laquelle était apposée une plaquette dorée avec ce seul mot : SOPRANO.
    L’hôtesse frappa trois fois et ouvrit la porte. Elle poussa Roxane à l’intérieur et s’en alla.

    La pièce était plongée dans l’obscurité. Roxane appela :
    – SOPRANO ?
    Trois petits coups frappés sur du bois lui indiquèrent la direction à prendre. Roxane hésita. Tout à coup, un gigantesque lustre en verre de Murano jeta mille feux et Roxane poussa un cri. La Fénice en modèle réduit. Mais quelque chose clochait….Il n’était pas dans les habitudes de SOPRANO de se ressourcer dans un endroit pareil. Lui, c’était plutôt la rue, le rap, le port de Marseille !
    Les larmes montèrent aux yeux de Roxane, son moral tomba dans ses chaussettes. Un toussotement brisa l’envol de son dernier rêve de gloire. Elle se retourna et vit une silhouette frêle blottie au fond d’un fauteuil de velours rouge.
    Roxane s’approcha et d’une voix douce, salua la vieille dame. Elle ne bougea pas, ne répondit pas. Roxane respira profondément puis commença à lui parler, à la questionner. Mais ce fut un silence glacial qui lui vint en réponse. Roxane repéra un siège, s’installa à côté de la vielle dame et attendit… jusqu’au soir.
    Trois petits coups frappés. La porte s’ouvrit et l’hôtesse rappela Roxane d’un signe de la main.

    Les trois jours suivants se passèrent à l’identique. Le quatrième jour, Roxane s’énerva et demanda à la vieille dame ce qu’elle avait de commun avec SOPRANO.
    – Diva, lui répondit-elle d’une voix cassée. Son regard se posa sur la chevelure flamboyante de Roxane.
    – Et alors ? demanda Roxane, je ne vois pas le rapport !
    – Vous ressemblez à la petite rousse, Patricia.
    – Patricia ?
    – Oui, la Petitbon. Une voix parmi les Touhaut ! Elle vous ressemble tellement !
    Roxane lui répondit poliment qu’elle ne voyait toujours pas le moindre lien avec SOPRANO.
    – Ah… vous êtes si jeune, répondit la Diva. Revenez demain, je vous expliquerai…
    – Avec plaisir, répondit Roxane, quelque peu décontenancée.

    Et de jour en jour, la Diva raconta, à sa façon, la belle histoire de l’Opéra.
    Elle évoqua la famille des Touhaut. Dans un joyeux désordre, elle parla des hautbois, des ténors, des contre-ténors et des sopranos. Elle raconta la vie des compositeurs comme s’ils avaient vécu ensemble. Elle narra les synopsis comme si c’était elle qui les avait écrits…Roxane découvrait un monde merveilleux.

    Et puis, un matin, la Diva lui dit abruptement :
    – Oui, mais il y avait aussi les Toubas. Leurs voix, accompagnées par les tubas, étaient graves, profondes, du velours… du brocard !
    Roxane essayait vainement d’imaginer ces voix. Mais elle se sentait aussi nulle qu’Antoine Verlay devant une œuvre d’art dans la série « L’art du Crime » …
    – Je comprends, je comprends, acquiesça Roxane en hochant la tête.
    – Mais Ludwig a tout gâché ! Sur un coup de Fantaisie ! reprit la Diva.
    – Ah ?
    – Oui. Il lui fallait des Chœurs. Alors, les Touhaut et les Toubas lui glissèrent discrètement à l’oreille qu’ils avaient leur propre chorale. Hélas, cela tomba dans l’oreille d’un sourd. Ludwig voulait des chœurs. Pas une chorale. Alors le ton monta sur le même tempo que la colère des uns et des autres.
    Les Touhauts, qui avaient les voix de tête, se plaignaient qu’ils étaient installés tout en bas et les Toubas, qui avaient des voix de ventre, se plaignaient d’occuper des places tout en haut.
    La Fantaisie tourna à la cacophonie.
    – C’est déplorable, constata Roxane. Vraiment déplorable….et que fit-il alors ?
    – Qui ? Ludwig ? Ah…il fit appel à Madame Butterfly…
    – Butterfly de Danyel Gérard ?
    – Mais non, petite sotte, celle de Puccini…
    Roxane empoigna son smartphone, pianota et constata avec regrets :
    – Mais il n’était pas encore né….
    – Sans importance, répliqua la Diva en balayant l’espace d’un large mouvement de bras qu’elle acheva en posant ses deux mains sur sa bouche….
    – Et alors ? murmura Roxane. Et alors ?

    L’inoubliable Diva fredonna l’air des Chœurs à bouche fermée.
    Pour la Soprano, ce fut son dernier acte…

    © Clémence.

    https://www.youtube.com/watch?v=Ffxt-Ds0Lm8

  11. Ophélie E. dit :

    Jusque-là, entre les Touhaut et les Toubas on s’entendait bien. Mais, quand les Touhaut fondèrent une chorale, la colère monta chez les Toubas car ils furent vite las d’entendre à longueur de journée la cacophonie que les Touhaut s’évertuaient à produire.

    Les Toubas décidèrent de se réunir dans la forêt des elfes où seuls le chant des oiseaux et le doux murmure d’un ruisseau se faisaient entendre. Ils se prélassaient sur la mousse tendre tapissant le rivage, qui un livre à la main, qui jouant un morceau de harpe, qui peignant le décor enchanteur. À la tombée de la nuit, sereins ils regagnaient leurs pénates dans le village d’en bas. Ils soupaient autour de leur table en compagnie de leurs enfants moqués et harcelés par ceux des Touthaut.

    Le village fit scission et les Toubas décidèrent de bâtir une nouvelle école. Chaque salle de classe fut construite dans un chêne, dans un érable, dans un sapin et même dans un saule pleureur pour la plus grande joie des plus petits. Durant la récréation, ils se régalaient de baies sauvages, d’appétissantes crêpes que confectionnaient les institutrices et se désaltéraient à la fontaine nichée sous une grotte d’où coulait un délicieux sirop d’orgeat. Au loin, ils entendaient les cris des écoliers du village des Touhaut et se disaient qu’ils avaient, quand même, bien de la chance de ne plus supporter leurs incessants quolibets.

    Pendant ce temps, dans village des Touhaut la chorale devenait un vaste ring où tous ses adhérents n’en finissaient plus de s’insulter ; l’une avait une voix trop aiguë, l’autre chantait faux, celle-ci disait ça sur sa voisine, celui-là se prenait pour le chef. Les écoliers n’ayant plus personne à narguer tournaient en rond dans la minuscule cour pleine d’ornières où pas un seul arbre ne pouvait les protéger des rayons de l’ardent soleil. Chacun de leur jeu se terminait par des coups de pied, des injures, des bosses, des bleus, des tignasses arrachées. L’ambiance dans les foyers devenait insupportable avec ces mères énervées, ces gosses intenables, ces pères harassés de fatigue et d’énervement. Lorsqu’un Touhaut croisait, par hasard, un Toubas toujours souriant ou sifflotant, il s’étonnait de le voir si serein. Mais sa fierté, ou son idiotie, l’empêchait de comprendre cette joie de vivre. Lors de leurs incessants et stupides conciliabules, les Touhaut se gaussaient de la façon de vivre de leurs voisins du bas qui, disaient-ils, vivaient comme des attardés.

    Un jour, un roi s’arrêta dans cette contrée. Descendant de son carrosse pour se dégourdir les jambes, il demanda à un Touhaut où il pourrait se loger pour la nuit. Après maintes courbettes, un Touhaut lui désigna l’auberge aux volets dégondés. En entrant dans l’unique chambre, le roi fit la moue et pensa qu’il était impossible de passer la nuit dans ce cloaque. La chorale avertie se para de ses plus beaux atours et, sur la place pierreuse, entama un chant tellement plein de couacs que le souverain faillit en perdre l’ouïe et s’enfuit en courant rejoindre son carrosse qui l’attendait devant la fontaine asséchée. Le cocher fouetta son cheval qui partit au grand galop. À la croisée d’un chemin, le roi aperçut un petit village joli tout plein et demanda au postillon de stopper l’attelage. Quel ne fut pas son étonnement de se trouver sous une grande voute d’arbres où gazouillaient une multitude d’oiseaux chamarrés. Un Toubas s’approcha humblement de lui et lui présenta son village qui l’enchanta. Entouré de la population avenante, il accepta leur invitation à partager leur repas. Après s’être régalé de mets simples, mais tellement délicieux, il ne se fit pas prier pour accepter un lit dans la chambre d’une charmante chaumière. Jamais il ne dormit aussi bien et, à son réveil, décida de s’établir, ici, loin de sa cour qu’il ne supportait plus.

    Tandis que les Touhaut, verts de jalousie, continuaient de s’écharper, le roi épousa une belle et gentille Toubas. Il fit construire une charmante maisonnette crépie de roudoudous. Quelques années plus tard, une ribambelle d’enfants égaya son jardin rempli d’arbustes décorés de guimauve multicolores.

  12. Blackrain dit :

    Même si elle n’était pas « à fric », la colère des Toubas était noire, noire comme celle des toubabs qui avaient perdu leur gouvernance. Ils avaient à cœur de retrouver la voie de la dominance. Ils écrivirent notes sur notes pour intégrer la chorale. Ils voulaient avoir droit au chapitre en créant deux nouveaux pupitres. Les Touhaut acceptèrent tout en disant « halte au » tout classique. Elles préféraient étudier Soprano et ses mélodies des Rap. Déraper et détourner étaient leur crédo. Elles se consacraient au chant profane plutôt que d’être fan de chant sacré. Si les ténors firent main basse sur le volume, c’est avec douleur qu’ils concédèrent aux femmes, la primeur d’être chef de chœur. Ils se laissèrent toutefois cuisiner par le charisme de ce chef de partie. Plutôt que de les diriger à la « baguette », elle utilisa plutôt le charme de la « flute » de Hamelin. Avec douceur et chaleur, cette « cheffe » atténua la détermination de son orchestration et les toucha en plein cœur. Loin d’être des bœufs enfermés dans un corral, les Toubas s’épanouirent dans cette chorale. Ils gagnèrent en harmonie ce qu’ils concédèrent en pouvoir. Ainsi, pour s’élever et voir plus haut, les Toubas acceptèrent de mettre à « mâle » la suprématie masculine.

  13. Grumpy dit :

    Ah mais non, c’est tout le contraire…

    Les Touhaut et les Toubas ne pouvaient pas s’encadrer. Ça avait commencé dès la maternelle où les mamans des bambins constataient que bizarrement certains, bien que nourris à la même Blédine, grandissaient plus vite que les autres.

    On avait beau bourrer les petits de produits de croissance, ça ne marchait pas. Ils ne gagnaient que quelques centimètres pendant que les grands en prenaient trois fois plus.

    Il arriva plus d’une fois qu’à la sortie des classes les mamans des uns et des autres, suite à une réflexion déplacée, en vinrent à s’empoigner, se griffer et se tirer les cheveux (aussi à s’envoyer des crachats) les premières traitant les secondes soit de mère d’avorton soit de grand dadais selon la taille atteinte par leur progéniture.

    Ce fut ainsi tout au long de leur scolarité, le mépris envers les plus petits que soi s’affirmait pendant que la rancœur envers les plus grands emplissait de bile le foie de ces derniers.

    Cette situation contrariait beaucoup les enseignants, le plus à plaindre était le professeur de sport plongé au plus profond des dilemmes et de la perplexité lorsqu’il s’agissait d’organiser des jeux d’équipes.

    Il n’y avait guère qu’à la pétanque que les Toubas remportaient le plus souvent la partie, dû au fait qu’ils avaient une bonne fois pour toutes mis les choses au clair en utilisant leurs boules comme munitions amochant sévèrement quelques crânes d’adversaires qui se le tinrent pour dit, en ce qui concernait ce jeu en tout cas.

    Les Touhaut ricanaient sachant qu’ils tiendraient leur revanche lors des matchs de basket. Là, le prof de sport s’arrachait les cheveux, jetait sa casquette par terre et la piétinait de rage devant son impuissance à maintenir un déroulé normal de la partie.

    Les Touhaut non seulement dominaient les Toubas mais ils prenaient un malin plaisir à les utiliser comme ballon pour marquer des paniers. Pour eux c’était la grande rigolade, à celui qui viserait le mieux, ça marchait presque à chaque lancer. Les Toubas sortaient de ces matchs tellement cabossés que le proviseur dut régler au pharmacien une note salée de mercurochrome et de tricostéril, et limiter les parties tant de pétanque que de basket à deux par mois le temps que les croûtes guérissent.

    C’est l’aumônier du collège, le Père Moyen (surnommé ainsi par les deux camps car il n’était ni grand ni petit) qui, réfléchissant depuis longtemps à la façon la plus chrétienne de solutionner le problème, imagina que créer une chorale serait susceptible de réconcilier grands et petits.

    Et (merci Mon Dieu) ça marcha. Les Touhaut derrière, les Toubas devant, le chœur avait belle allure, les chants un peu moins, les ados étant en train de muer, les fausses notes fusaient, mais qu’importe.

    A tue-tête et à l’unisson, une fois de plus, la musique avait adouci les mœurs des grands comme des petits.

  14. Nadine de Bernardy dit :

     » Tu étais au courant pour cette chorale? demanda le grand père Toubas à son fils aîné
    – Mais non, je t’en aurait parlé sinon.Qu’est ce que c’est encore que cette histoire?Ils n’ont jamais chanté de leur vie et ne sont que sept.
    – On fait quoi,nous alors?
    Toute la famille se mit à réfléchir et en vint à la conclusion que le mieux serait de monter une fanfare qui ferait plus de bruit que quelques Touhaut.
    Ils travaillèrent d’arrache pied,choisirent un répertoire,se répartirent les instruments.Maman Toubas cousit les costumes rouges à galon doré,tante Lavinia fabriquât les couvre chefs,cousin Emile fut désigné comme chef.
    La commune n’ayant qu’une seule salle polyvalente,l’on pouvait voir tous les mardi soir se croiser,à 18h30,les Touhaut sortant de leur répétition,leur partition sous le bras,passer dignement devant les Toubas avec leurs cuivres,leur grosse caisse et leurs cymbales,s’ignorant superbement.
    Et pendant deux heures la salle résonnait des accents de la fanfare.
    Pour la fête de la musique,diverses manifestations furent organisées,le service culturel placardât le programme un peu partout dans le bourg.La chorale Touhaut se produirait à 15h dans l’église Notre Dame de Bon Secours,la fanfare sous le kiosque à musique à la tombée de la nuit.
    Vers 14h55,on put voir se faufiler les Toubas par la porte latérale de l’église où,cachés derrière les piliers, ils écoutèrent chanter les Touhaut. Fort bien ils durent le reconnaître.
    A la tombée de la nuit,des ombres furtives se glissèrent parmi la foule entourant le kiosque pour entendre les accents martiaux de la fanfare.Un petit Toubas reçut une gifle pour s’être laissé aller à applaudir un morceau particulièrement enlevé.
    La vie reprit son cours,les répétitions continuèrent comme avant, sans qu’aucune des deux parties ne jette l’éponge sur la querelle.
    En choeur,ils restèrent fâchés.

  15. Camomille dit :

    Ho merci Odile pour ce tableau que je ne connaissais pas encore!
    Un pur bonheur…..

  16. iris79 dit :

    Jusque-là, entre les Touhaut et les Toubas on s’entendait bien. Mais, quand les Touhaut fondèrent leur chorale, la colère monta chez les Toubas.

    Ce qui les vexa le plus c’est que les touhaut ne se soient pas dit qu’ils auraient besoin des toubas pour faire une chorale exceptionnelle. Ensemble, ils auraient pu être la chorale du siècle, aborder tous les registres, remplir toutes les plus salles du monde.
    Mais non, à la place, ils avaient préféré la jouer solo et ça, c’était impardonnable, d’un égoïsme sans nom qui laissait les toubas sans voix. La nouvelle les sonna tous, puis l’un d’entre eux prit la parole pour dire qu’il avait peut-être un plan mais qu’il restait un gros bémol à son idée qu’il préférait donc taire pour le moment.
    Ils continuèrent donc à partager la salle de répétitions car il n’était pas possible de faire autrement. Ils étaient obligés de se croiser quand les uns partaient et les autres arrivaient. Il y avait alors un silence à couper au couteau. Mais bizarrement, les uns de l’extérieur écoutaient les autres sans rien dire mais en appréciant à leur juste valeur et en secret leurs envolées respectives, les mélodies, les échappées, les différents mouvements. Qu’ils le veulent ou non ils partageaient avant tout l’amour de la musique et ne pouvaient rien contre ça.
    Un jour de vents mauvais, les touhaut qui attendaient leur tour pour répéter entrèrent dans la salle de répétitions avant que les toubas aient fini pour échapper aux bourrasques et se mettre à l’abri. Les toubas grondèrent alors aussi fort qu’ils le purent et rivalisèrent sans honte contre l’orage qui se déchainait maintenant à l’extérieur. Les touhaut ne se laissèrent pas faire et donnèrent de la voix en laissant chacun s’exprimer sans retenue ! Ce fut un raffut innommable mais leur âme de musicien même en ce moment précis de colère donna un drôle de ton à ces péroraisons des uns et des autres et bientôt, contre toute attente, se forma à leur corps défendant une mélodie puissante, faite d’harmonies musicales indéniables qui commençaient à produire une forme de partition où chacun trouvait sa place ! Ils en prirent conscience les uns après les autres et les notes laissèrent place à un silence de plomb. Chaque membre des toubas scrutait ceux des touhaut et vice-versa. Puis le chef autoproclamé des touhaut fit le pas qu’il fallait, celui vers la réconciliation. Il s’avança pour aller au-devant des membres des toubas et chacun fit la même chose. Ils se mêlèrent laissant planer des murmures d’une douceur qu’une berceuse n’aurait pas renié et prirent place comme les professionnels de musique qu’ils étaient. Côte à côte suivant les codes établis de la chorale, ils se serrèrent un peu plus pour que la nouvelle chorale qui était en train de naitre puisse s’éveiller et s’exprimer. Spontanément, le chef de chacun des deux groupes s’avança au centre et de façon collégiale, s’improvisèrent chef de cœur.

    Dehors l’orage avait cessé. Les gens qui avaient repointé le nez à l’extérieur de leur maison s’avancèrent de toute part vers la salle de répétitions d’où s’élevait une étrange mélodie incroyablement hypnotisante, puissante et belle.

  17. Laurence noyer dit :

    Jusque-là, entre les Touhaut et les Toubas
    On s’entendait comme larron en foirail
    Mais, quand les Touhaut fondèrent une chorale,
    Une colère sourde monta chez les Toubas.

    Ils se sentirent soudain bien SOL
    Comme privés de FA MI
    Eux qui rêvaient de ciel Do Ré
    Et qui pensaient: le bonheur est La
    Tout en haut de la portée
    Las ! Cette vie n’est pas FA SI
    Quand on lui dièse le BEMOL

    Bientôt leur esprit Si La
    N’arriva plus à se Mi Ré
    Ils se laissèrent bercer par le FaDo
    De son chant Si Do
    Le silence est devenu La Mi
    De leurs envies de Do Mi

    Entre les Touhaut et les Toubas
    Dorénavant, ça va lento, Do Si Do La !

    Les Touhaut solfègent au diapason
    Et laisse le contre-ut à Do Mi Si
    Les Toubat montent l’arpège de l’adagio
    Pour mettre le point d’orgue à leur Ré Si

  18. durand JEAN MARC dit :

    Jusque- là, entre les Touhaut et les toubas on s’entendait bien.

    Mais quand les Touhaut fondèrent leur chorale, la colère monta chez les Toubas, même si la raison de leur courroux descendait naturellement d’en haut. La langue française veut ainsi qu’on ne signale pas certaines anomalies, qu’on ne dise pas tout haut ce que l’on pense tout bas.

    Dans ce classique épisode de conflit de voisinage, par objectivité momentanée de journaliste à la manque d’emploi et d’historien à la petite semaine creuse, je me dois de rétablir les vérités, les contre-vérités, sans sévérité partisane du soir.

    Pour la façade, souvent triste ménage de conciliation et de rancune à ravaler, les deux populations bien que ne s’écoutant pas s’entendaient bien.

    A l’origine, on l’oublie trop vite, les Toubas avaient quand même créé un orchestre symphonique de tubas interprétant nuit et jour des adaptations réduites pour 50 solistes d’opéras d’un vague nerf ayant tendance à taper sur ceux de leurs voisins.

    Leur tentative de se faire passer pour une peuplade arriérée, d’avant l’âge du cuivre ne passa pas. Et leurs voisins se rebiffèrent en créant leur chœur des esclaves, verdi de rage.

    Un négociateur nommé proposa bien aux deux belligérants de composer autour des opéras, les uns se chargeant de la partie vocale, les autres de l’orchestrale. Mais rien n’y fit, yavait du rififi dans l’air de ne pas toucher à son tomahawk.

    Par contre, tout le monde accepta de se cotiser pour construire un mur du son entre les deux voix inconciliables. Chacun coincé dans son conciliabulle pour secrètement protéger sa propre effervescence, le diesel étant décrété trop polluant.

    A l’heure d’hiver actuelle, on ne sait pas exactement quelles précipitations prévoir sur cette zone clairement orageuse. Les tempêtes couvent sous les crânes alors que les hommes crânent moins sous les tempêtes.

    Et que les poules, ailes, sereines, continuent à couver.

  19. Camomille dit :

    Jusque-là, entre les Touhaut et les Toubas on s’entendait bien. 
    Mais, quand les Touhaut fondèrent une chorale, la colère monta chez les Toubas.
    On s’entendait bien….. on s’entendait bien…., ça c’est vous qui le dites !
    Apparences mon Cher, tout n’était qu’apparences.
    Cette relation chaotique se maintenait tant bien que mal, avec ses hauts et ses bas, oserais-je dire.
    Mais une chorale… vous vous rendez compte ?
    Une chorale….ça ne pouvait que mettre le feu aux poudres….
    Comprenez que c’était révéler au grand public et à haute voix leur opposition, leur discorde.
    Je m’explique :
    La théorie des TOUBAS : discrétion, murmures, culte du sous-entendu voire du non-dit.
    La théorie des TOUHAUT : libérer la parole, parler haut et fort, culte de la révélation voire de l’indiscrétion.

    Et lorsque les TOUBAS surent que les TOUHAUT mettaient en place une chorale, ils décidèrent d’en faire autant afin de ne pas être laissé-pour-compte et de revendiquer leur identité.
    Leur différence allait éclater au grand jour.
    Et le grand jour, c’est ce soir.
    La salle est comble.
    Le public est enthousiaste et a hâte de découvrir ces deux nouvelles chorales.

    LES TOUTHAUT commencent et entament : 
    « je voudrais chanter tout haut
    ce que je pense tout bas,
    je voudrais chanter mes hontes
    ma faiblesse et ma peur »…..etc (Moustaki)

    La moitié du public applaudit à tout rompre et en redemande.
    Puis, grand silence.

    C’est au tour des TOUBAS qui entament :
    « Parle plus bas car on pourrait bien nous entendre
    le monde n’est pas prêt pour tes paroles tendres
    le monde n’est pas prêt pour nous »…etc (Dalida)

    L’autre moitié du public applaudit à tout rompre et en redemande.
    Puis, grand silence.

    Conscients des conséquences dommageables de leur opposition, ils se mirent d’accord, oui ! Ils se mirent enfin d’accord pour lancer cette annonce :

    « CHERCHONS CHEF DE CHOEUR MODERATEUR »

    En conclusion : pour bien s’entendre, rien ne vaut un juste-milieu.
    (encore faut-il le trouver!)

  20. Odile dit :

    Jusque-là, entre les Touhaut et les Toubas on s’entendait bien. Mais, quand les Touhaut fondèrent leur chorale, la colère monta chez les Toubas. Du fond de leurs souterrains, ils entendaient les hymnes et les oratorios jusqu’au plus’profnd de leurs cavernes qu’ils aimaient silencieuses. Ils détestaient ce bruit qui les envahissait. Alors ils sortirent armés de gourdins, de frondes, de boucliers. Tous étaient présents : les vieux appuyés sur des bâtons ferrés, les enfants un lance pierre à la main et les femmes un pot sur la tête et des plats devant elles. Elles portaient les bébés dans leurs dos. Tout ce peuple était là au pied des arbres cherchant d’où venait le vacarme. Les Touhaut ne les voyaient pas, trop occupés à chanter ou à écouter la musique. Les Toubas secouèrent les arbres pour signaler leur présence. Un jeune Touhaut tomba de sa branche avec un cri et ce fut le silence. Les choristes ne savaient que faire, les Toubas aveuglés par la lumière du printemps cherchaient vainement des cibles. Quand ils lancèrent leur première volée de flèches, les musiciens étaient à l’abri dans les frondaisons et le public s’était réfugié hors d’atteinte. Ce fut à ce moment là que la soprano entonna un air d’opéra, son meilleur solo. Elle sortit de l’ombre et avança, elle était brune, grande et fière et sa voix magnifique portait loin. Le reste du chœur l’accompagna peu à peu. Les Toubas attendaient pétrifiés …
    ce tableau que vous voyez au musée des Beaux arts … illustre bien … Ça veut dire quoi illustre, Madame … chut chut laisse parler la maîtresse sinon on n’aura pas la fin de l’histoire des Touhaut et des Toubas .

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