432e proposition d’écriture créative imaginée par Pascal Perrat

Jamais on ne l’avait interviewée, mais Dieu sait si elle en rêvait. Devenue très âgée, elle décida de s’interviewer elle-même. Mais, par quelle question allait-elle commencer ?

Ce qui m’a inspiré cette idée d’exercice

45 réponses

  1. pissenlit dit :

    Jamais on ne l’avait interviewée, mais Dieu sait si elle en rêvait. Devenue très âgée, elle décida de s’interviewer elle-même. Mais, par quelle question allait-elle commencer ?
    C’est vrai, sa vie n’avait été ni merveilleuse, ni extraordinaire.
    Mais c’était la vie et ça suffisait à justifier son interview. Elle n’avait pas à rougir de la sienne, elle n’avait pas été méchante. Ah si, une fois volontairement et d’autres fois sans chercher à nuire.
    Commencerait-elle par : Quels sont vos actes les plus répréhensibles ?
    Oui elle se vouvoierait, elle avait l’âge et ça faisait bien.
    Elle pourrait raconter qu’à 12 ans elle avait dit à une petite cousine que sa maman était morte pour la faire pleurer. Elle en rougissait encore. Elle n’avait jamais osé avouer sa honte à sa cousine et combien elle regrettait.
    Ce n’était pas une bonne idée cette première question, elle la rendait mélancolique, elle se rappelait avoir manqué de patience avec ses enfants, avoir préféré passer du temps chez elle égoïstement au lieu d’assister un ami dans la peine, oui, elle avait eu ces moments où elle n’avait pas été la meilleure des mères, la meilleure des femmes, la meilleure des filles.
    Inutile de s’en vanter. Voilà maintenant qu’elle ne voyait que le mal qu’elle avait fait, que les actes manqués, et puis, un chagrin en appelant un autre, elle se remémorait la peine qu’elle avait eue quand les autres avaient eu des méchancetés volontaires ou non envers elle.
    Elle pleurait doucement, submergée par l’émotion. Si proche de la fin, rien ne pourrait plus être réparé.
    Aurait-il fallu commencer par ses actes les plus glorieux ? Un chat coincé dans un arbre sauvé ? Son fils consolé ? Un poulet bien rôti ? Une course à l’école remportée ? Une voisine véhiculée ? Pas de quoi pavoiser.
    Non, décidément, réduire son interview à une série d’actes positifs ou négatifs ne la satisfaisait pas. Elle ne voulait pas que sa vie soit un catalogue, une série d’images un peu jaunies par le temps, ou floues parce qu’on a bougé au moment de la pose, à moins que ce ne soit le photographe qui était mauvais, ou le point de vue sans intérêt.
    Votre plus grand amour ?
    Le premier, le dernier, le père de mes enfants, mes enfants ? Tous les six probablement.
    Cette question n’avait rien de pétillant.
    Alors, sa boisson préférée ? Le champagne bien-sûr !
    Elle n’en avait pas abusé, mais elle l’avait trouvé agréable, voire bien plus à n’importe quel moment de la journée. Depuis combien de temps n’avait-elle pas bu une coupe. Oh ! Cette réponse la faisait assurément passer pour une bourgeoise snob. Il ne fallait pas la mettre dans la liste. En revanche, elle avait réveillé sa gourmandise et lui donnait des envies.
    La première question pourrait-être : Pourquoi cette interview ? C’est vrai pourquoi ? Pour rêver à être importante, précieuse. Faire comme si elle avait été une référence, une célébrité… Mais dans quel domaine alors ? C’était là la magie de son interview, elle pouvait être qui elle voulait. Se rêver Janis Joplin, Georges Sand, Marie Curie, Simone de Beauvoir, Simone Veil mais en mieux bien-sûr ! En moins morte surtout !
    Voilà qu’elle riait maintenant. Ah, c’était certainement les bienfaits du champagne. Elle aurait dû en boire plus tiens.
    Justement, si elle devait commencer par une question, pourquoi ne pas se demander « Qu’est-ce que tu referais si tu le pouvais? ». Elle se tutoyait maintenant, les méfaits de l’alcool, après plusieurs coupes on perd en dignité, on se donne des tapes dans le dos, le verbe devient lourd et pâteux.
    Elle réfléchissait à cette dernière question. Répondrait-elle : « Je reprendrais bien une petite coupe s’il en reste » ?
    Ça y était, elle l’avait enfin trouvée la première question à son interview. À coup sûr, elle ferait mouche, elle ferait d’elle cette personne unique que tout le monde rêve d’imiter : « Est-ce qu’il reste du champagne ? ». Sur ce, elle trinqua à santé ! A son âge, c’était encore le plus raisonnable !

  2. Clémence dit :

    Jamais on ne l’avait interviewée, mais Dieu sait si elle en rêvait. Devenue très âgée, elle décida de s’interviewer elle-même. Mais, par quelle question allait-elle commencer ?

    D’elle, on ne gardait que le souvenir de sa beauté, de sa grâce.
    Certains la disaient angélique, d’autres la trouvaient diabolique.
    Et qui détenait la vérité ? On ne le saurait jamais.

    De son lieu de vie, on ne se souvenait que d’un jardin, idyllique.
    Certains le trouvaient exotique, d’autres le trouvaient ennuyeux.
    Qui donc détenait la vérité ?
    Ce qui est certain, c’est que le monde est toujours à sa recherche.
    Une quête sans fin.

    De sa vie, on ne sait que peu de choses.
    Elle aurait connu des bonheurs intenses et des peines atroces.
    Aux plaintes fracassantes, elle préférait les silences.
    Les yeux dans le vague, un sourire énigmatique.

    Jamais elle ne s’était posée de questions.
    Tout lui semblait naturel et couler de source.

    Aujourd’hui, beaucoup l’enviaient encore.
    Aujourd’hui, beaucoup la haïssaient encore.
    Et pourtant, son image était toujours la même,
    Quels que soient les livres, quelles que soient les gravures.
    Même décor, même tenue.
    Même longue chevelure, même sourire étrange.

    Vint enfin le jour où quelqu’un osa poser une question, qui devint alors lancinante :
    « Mais qu’est-ce qu’il lui a pris ? »
    Il semblerait que, jusqu’à aujourd’hui, personne n’ait trouvé la moindre ébauche de réponse.
    C’est alors qu’une idée germa.
    « Il faut l’interviewer ! »

    On dépêcha un jeune journaliste, beau comme un dieu, habile comme renard. Il réussit à la faire parler, elle qui depuis la nuit des temps n’avait prononcé un seul mot.
    Très vite, elle montra quelques signes d’agacement, car les questions alambiquées et à double sens s’éloignaient irrémédiablement de celle qui lui semblait être l’essentielle.

    D’un geste vif, elle s’empara du micro , comme on se serait saisi d’une pomme pendue là, au bout d’une branche.
    Le journaliste la regarda, éberlué. D’un geste théâtral, elle déclama :
    – Croquer ou ne pas croquer ? Telle est la question ! Et ne pas croquer en eut-il changé la face du monde…
    – Cela fait deux questions, avança timidement le journaliste.
    – Ah… une seule question ! Vous la voulez, vraiment ?
    – S’il vous plaît….
    – Ah, jeune homme, vous savez qui je suis, n’est-ce pas ?
    – Oui !
    – Puis-je être franche, quitte à vous…heurter ?
    – Certes ! répondit le journaliste.
    – Avez-vous un nombril ?  Voilà la question qu’il fallait me poser !

    Le journaliste la laissa retourner à ses pensées et s’en alla, discrètement.
    Il le tenait son scoop ! Ses doigts couraient sur le clavier. Penché au-dessus de son épaule, sa collègue put lire sur l’écran :

    « Eve révèle enfin le drame de son existence ! »

    © Clémence.

  3. Michel-Denis ROBERT dit :

    Jamais on ne l’avait interviewée et Dieu sait si elle en rêvait. Devenue très âgée, elle décida de s’interviewer elle-même. Mais par quelle question allait-elle commencer ?
    – Allo !
    – Je suis la société Hem ! Hem ! et je vous somme de répondre à mes questions. Vous avez oublié de mettre une croix pour l’assurance ! Et si jamais vous étiez hospitalisée, l’assurance rembourserait la totalité de ce que vous devez. Ce serait une sécurité !
    C’est sûr, je devais rêver, j’ai commis un oubli. Et maintenant on me dérange pour une croix.
    – Si je n’ai pas mis de croix, c’est que je ne veux pas d’assurance.
    – Mais…
    – Je ne veux pas continuer la conversation, merci. Bonne journée !
    Deux minutes plus tard, la sonnerie du téléphone.
    – Allo !
    – Vous venez d’être en communication avec la société Hem ! Hem ! Si vous deviez mettre une note, combien donneriez-vous à la personne qui vient de vous appeler ?
    Décidément, aujourd’hui je suis dérangée. Cette fois-ci c’est pour une note qui leur manque et une assurance pour leur boîte à sous. Qu’ils ne comptent pas sur moi !
    __________________

    Et si je me faisais une interview du dimanche ! Pour une fois, je fais exception, je m’intéresse à moi. Cela tombe bien, aujourd’hui j’ai la visite du journal « Votre Baraka ! » Je vais les attendre, ils pourront s’installer tranquillement. Un thé ou café avec des petits Lu, on verra.
    Dix heures. Ils sont pile à l’heure !
    Le jeune homme, un grand dégingandé, décoiffé, les cheveux blonds dans tous les sens, comme je les aime. Avec ses bretelles rouges, sa chemise à carreaux et son pantalon de velours côtelé marron clair et de superbes pompes bien cirées de la couleur du pantalon, quelle classe !
    La jeune femme brune, toute mignonne avec son papillon d’or dans ses cheveux coupés au carré. Ses mains très fines, les doigts bagués d’or, un tailleur noir à boléro de fin velours et un chemisier lilas. Très élégante !
    Je suis très heureuse de les recevoir. Le temps qu’ils préparent leur matériel, qu’ils se mettent à l’aise. Je suis impatiente de les rencontrer, pas trop sûre de mes réponses, vont-elles être dans l’air du temps, cadrer avec l’actualité ?
    Voilà, on peut commencer l’entretien. Je dois vous quitter, c’est privé, je vous raconterai la suite par un petit résumé.

    _______________________

    On a parlé pendant presque une heure de tous les sujets possibles. Cela m’a permis de me détendre et me concentrer. On a passé ma vie au crible.
    – Vous venez de sortir votre dernier album.
    – En effet, j’ai beaucoup travaillé.
    – C’est un testament, vous paraissez si jeune ? dit le jeune homme un peu gêné de me poser cette question.
    – C’est marrant ce que vous me dites. En effet, mais je crois que c’est plus lui qui m’a testée que l’inverse. Enfin je souris, on s’est bien aimés tous les deux. Je reçois toujours des lettres auxquelles je réponds avec beaucoup de nostalgie. Des lettres pleines d’amour qui me racontent des souvenirs que j’avais oubliés.
    Hier, j’en ai reçu une qui sentait la lavande du midi. Je voyais le ciel bleu et le vent venant de la mer, les embruns et la Canebière.
    – Vous avez tellement prédit de choses pour le monde, quel serait votre dernier souhait ?
    – Dernier ! Ne m’enterrez pas, j’ai encore plein de souhaits à réaliser. Et comme je suis superstitieuse, je n’en parlerai pas, c’est privé ! Non, je plaisante encore, l’interview paraîtra le mois prochain dans le journal « VOTRE BARAKA ! »

  4. Françoise - Gare du Nord dit :

    432 Jamais on ne l’avait interviewée, mais Dieu sait si elle en rêvait. Devenue très âgée, elle décida de s’interviewer elle-même. Mais, par quelle question allait-elle commencer ?

    Pourquoi, selon moi, n’ai-je jamais été interviewée ?
    A cause de ma mauvaise réputation, j’imagine
    Ai-je une idée sur quoi elle repose ?
    Au sale petit bonhomme qui m’a accompagnée toute ma vie
    Puis-je dire qui il est puisque apparemment je l’ai bien connu ?
    Pas le genre à mourir pour des idées. Rien du mauvais sujet repenti non plus.
    Celui qui a mal tourné ?
    Pas vraiment, lui, ce fut plutôt la complainte des filles de joie. Misogynie à part, toutes des …
    Des noms !
    Jeanne, la première fille, une jolie fleur dans une peau de vache
    Et…
    Margot, la nymphomane
    Seulement ?
    Hélène, la femme d’Hector, la traîtresse
    Encore une !
    Marinette, la fille à cent sous. Et Mireille. Si seulement elle était jolie !
    Et c’est tout ?
    Et puis bien sûr,Fernande.
    Un vrai Don Juan
    Même pas beau ! Velu comme un gorille. Non je dirais plutôt un pornographe. Encore heureux, il n’a pas eu la chaude-pisse.
    A m’entendre, on l’appellerait le fossoyeur des amours d’antan
    Il n’y a pas d’amour heureux. Et puis, je n’oublie pas que 95% des fois la femme …
    Ai-je effeuillé la marguerite  avec lui?
    Mille fois, elle tomba sur pas du tout. Cupidon s’en fout, je me dis et me répète!
    Je sais que le temps ne fait rien à l’affaire. Mais pourquoi suis-je restée avec lui ?
    Il en est des mots comme des êtres qui ne peuvent vivre l’un sans l’autre au point qu’on pourrait les croire siamois.
    Puis-je citer des exemples ?
    Les us ne sont rien sans les coutumes, on ne convole qu’en justes noces, l’anévrisme n’est découvert que lorsqu’il y a rupture et il n’y a de suppôt que de Satan
    Puis-je révéler son nom ?
    Stupre
    Et le mien ?
    Fornication
    Une dernière question…
    Hélas non ! Je dois me quitter car j’ai rendez-vous avec Vous

    PS. J’ai glissé dans ce texte 32 titres de chansons de Georges Brassens

  5. AB dit :

    Elle allait pouvoir commencer son interview fictive, un jeu qu’elle rêvait de faire et où une première question s’imposait. Car c’était bien cela son deal, s’interviewer elle-même. Pour rien. Seulement pour se faire plaisir.
    Après tout, elle s’en octroyait le droit. Elle aurait bien aimé être un personnage reconnu, adulé. Elle avait trouvé enfin ce jour de quoi s’occuper, se distraire et c’était bien.
    Petite fille, elle s’amusait à chanter devant le miroir qui était vissé à la porte de l’armoire. Elle se voyait en grand et cela l’amusait, elle adorait se prendre pour une chanteuse ou une maîtresse d’école, c’était si jouissif, elle se rappela soudain ces émotions et ses lèvres dessinèrent une petite banane rigolote. Elle disputait ses élèves, les accablant de mise au piquet et elle jubilait.
    Alors, ici, aujourd’hui, quel rôle allait-elle se donner dans son jeu d’interview. Lequel ? Une femme politique ? Surtout pas, elle avait horreur des compromis, des jeux de pouvoir, à son âge, elle ne se déguiserait pas dans une comédie grandguignolesque. Une artiste ? Peut-être, cela aurait pu être intéressant de discuter couleurs, matière, lignes, chorégraphies, chants ou écriture. Oui, cela lui aurait plu de répondre à une question sur l’écriture mais, sans doute se serait-t-elle perdue à cette accroche de la première question, bien qu’elle aurait eu mille réponses qui lui seraient venues de suite avant de se perdre dans un dédale de noms plus merveilleux les uns que les autres ne sachant plus justifier alors une dernière question. Et, il y en aurait tant et tant eues avec autant de réponses que son interview se serait transformée en un feuilleton à plusieurs volets. Or, elle se sentait si vieille et fatiguée.
    Alors par quelle question pouvait-elle commencer à se poser pour que l’interview soit cohérente, juste et intéressante même un tantinet amusante ?
    Elle réfléchit, c’était drôle de réfléchir et se concentrer encore à son âge. Cela lui parut si agréable et tellement rare. Oui, rare. Parce qu’ où elle se trouvait, elle n’avait plus bien le loisir de réfléchir encore. Lui en laissait-on le pouvoir ? Du temps, oh cela, elle n’en manquait pas ! Mais, dans ce désert blanc, sans bruit, presque sans âmes que seuls dans quelques fauteuils roulants des visages éteints n’attendant plus rien lui renvoyaient, elle avait été mais, ne se sentait plus « ETRE ». Alors, même une seule question qui se voudrait première, elle ne savait pas ou bien elle ne savait plus.
    – Madame Gar….ni..er ?
    Le son de son nom lui arriva en découpé comme tranché. Elle se tourna vers la blouse blanche et vit le visage en attente comme celui des autres.
    – Sauce tomate ou pas, sur les pâtes ?
    Elle eut envie de rire ou plutôt de pleurer et ses larmes l’auraient sans aucun doute brûlée. En voilà une question qui tombait! Elle était bien bonne celle-là et sans fioriture au moins, sonore presque impertinente, pas alambiquée, nette, précise, un rien invalidante mais qualitative et colorée en rouge. De la sauce tomate ou pas ? Et il n’était que cinq heures un quart de l’après-midi, elle, Sylvianne Garnier s’amusait si bien au jeu des questions et réponses et on lui demandait à cinq heures un quart du soir si elle voulait de la sauce tomate sur des pâtes!!! L’assiette était déjà devant elle, quelle tristesse ! A cinq heures un quart de l’après-midi !
    – J’attends, Madame Garnier, sauce ou pas ?
    Ici, dans cet pré-mort il n’était question que d’une seule réponse et avait-elle encore le droit de s’ y soustraire ?

  6. LURON'OURS dit :

    NI OUI NI NON
    Surnuméraire, Jeannette compte pour peu. Aucun risque de lui donner la parole, encore moins de lui demander une interview.
    Elle va s’interviewer elle-même mais au jeu du ni oui-ni non.
    -Jeannette êtes vous contente de travailler dans cette entreprise ?
    -C’est une problématique qui interpelle.
    -Avant de m’engager, je devrai
    consulter ma base .
    -Jeannette, c’est une non réponse.
    – Je suis contente d’être au monde mais, je ne suis que de passage ici comme là.
    – Pensez-vous être une existentialiste ?
    – L’existentialisme n’est pas une pensée c’est un état mais l’état c’est pas moi.
    – Dans une échelle de 1 à 10 ou vous situez-vous?
    – jJ’essaie déjà de l’adosser au mur pour ne pas me casser la ‘ g…’
    -Donc vous êtes au bas de l’échelle !
    -Puisque vous le dites….
    – Alors consultez votre base et dites-nous votre indice de satisfaction.
    – Oui…
    – Oui qui ?
    – Oui moi.
    Mamma mia, je ne suis pas prête à recommencer maugréer Jeannette , ça non !
    LURON’OURS

  7. Jean-Pierre dit :

    Jamais on ne l’avait interviewée et Dieu sait si elle en rêvait. Devenue très âgée, elle décida de s’interviewer elle-même. Mais, par quelle question allait-elle commencer ?
    Le problème, c’est qu’elle était atteinte d’Alzheimer et qu’elle oubliait tout.

    — Nom de Dieu ! s’écria-t-elle, qu’est-ce que j’ai foutu du micro ???

    C’étaient ses dernières paroles.

    Comme elle n’était surveillée ni par les plombiers, ni par la CIA, ni la STASI, elle n’a jamais pu être interviewée de son vivant. C’est bien dommage, car sa vie avait été sacrément croustillante.

    Par chance, l’acheteur de sa vieille demeure avait trouvé dans son grenier quelques cahiers de son journal intime, et il les a publiés sous le vrai nom de cette dame.
    Comme il était honnête, ce qui est devenu assez rare de nos jours, il en a fait part au vendeur de la maison, ce qui lui a permis d’échapper à un procès coûteux, mais pas de gagner beaucoup d’argent, car ce sont les héritiers de la vieille dame, l’éditeur et le fisc qui se sont partagés la quasi-totalité des droits d’auteur.

    Il vivait heureux dans cette maison qu’il venait d’acquérir.
    Et il a retrouvé le micro qui lui a permis d’organiser un karaoké avec une bande de copains.

  8. Jamais on ne l’avait interviewée et Dieu sait si elle en rêvait. Devenue très âgée, elle décida de s’interviewer elle-même. Mais, par quelle question allait-elle commencer ?

    Jeanne avait désormais 82 ans. Elle savait sa fin proche, et comme personne dans sa famille ne l’avait jamais interrogée sur sa vie, elle décida d’écrire sa vie par le truchement de quelques questions qu’elle posterait à chacun de ses enfants et petits-enfants.
    Comme une lettre d’adieu. Comme un testament.
    Même si elle voyait ses enfants et sa descendance souvent, elle voulait laisser un témoignage, quelque chose qu’on ne dit pas avec des paroles !

    A quel âge j’ai compris la dureté de la vie ?
    A 4 ans. J’habitais Biarritz à cette époque, en 1909. Ce n’était pas la ville qu’on connaissait aujourd’hui. Moi, j’habitais un quartier pauvre, avec mon frère et mon père, ma mère étant morte en me mettant au monde. Mon père, sans argent, vivotait entre des petits boulots, laissait ses enfants se débrouiller. J’étais crasseuse, moi la petite Jeanne, et comme je trainais partout, je finis par ramasser des poux. En j’en fus envahie, à tel point que cela me rendit aveugle pendant de longues semaines.
    Les médecins, ça courait pas les rues, disait mon père, et ils demandaient des pièces sonnantes et trébuchantes pour se faire payer. Il me remit à sa sœur comme un paquet de linge sale dont on veut se débarrasser au plus vite. Cette dernière s’occupa de la fillette que j’étais et me prodigua les soins nécessaires à ma rémission.
    Voilà comment ma vie commença !

    Suis-je allée à l’école ?
    L’école était bien obligatoire, mais comme on menait une vie nomade avec mon père, il valait mieux l’oublier l’école. Comme j’aurais aimé m’installer toute la journée à un pupitre de bois et respirer l’odeur de l’encre violette et entendre le bruit de la plume crisser sur le papier !
    Au lieu de me rendre à l’école, je servais de bonniche chez des gens lors de nos arrêts fréquents. Quand je me suis mariée à 18 ans, j’étais ce qu’on appelle analphabète. Les cours pour apprendre à lire n’existaient pas dans mon village d’adoption picard. Alors, j’ai réussi à apprendre à lire et à écrire toute seule, à la seule force de ma volonté, foi de Basque !
    J’ai écouté les chansons, beaucoup. J’ai aussi parlé, beaucoup, ce que je ne faisais pas quand j’étais petite. Et j’ai aussi beaucoup lu. Au début en cachette de mon mari, qui m’aurait traitée de paresseuse s’il m’avait surprise dans cette activité. Puis, ouvertement ensuite, quand les enfants furent partis. J’ai adoré découvrir la langue française, moi qui avait été privée de mots dans mon enfance !

    Ai-je été heureuse avec mon mari ?
    NON. C’est simple, c’est non. Je me suis mariée avec Albert, au gré d’une étape dans un village où mon père avait trouvé du boulot. Je lui plaisais, j’ai dit oui, plus pour échapper à ma vie errante que par amour. Pour me poser. Pour poser mes bagages. Pour échapper à mon père.
    J’ai fondé une famille. J’ai eu dix enfants. C’était comme ça à l’époque, la pilule n’existait pas. Cela a été dur. Les hommes, dans ce temps-là, buvaient beaucoup, jouaient beaucoup, mais ils étaient courageux, parfois violents, quand ils avaient un coup dans le nez, comme on dit !
    Au début, j’étais timide, soumise, apeurée. Mais, au fil du temps, j’ai pris le dessus, et il s’est calmé, l’Albert fougueux et dominant que j’avais connu au début de notre mariage.
    Je ne peux pas dire que je l’avais aimé, mais quand il est mort dans son sommeil et que je l’ai découvert inerte dans son lit, j’ai beaucoup pleuré. Je me suis sentie vide.
    C’est comme ça, allez comprendre les méandres qui tissent nos cœurs !

    Ai-je aimé ma vie ?
    Je ne sais pas si j’ai été vraiment heureuse. On ne se posait pas ces questions-là à mon époque. On ne courait pas après le bonheur. Quand Albert est parti à la retraite, la vie a été plus facile, plus douce, les enfants partis et les progrès de la société nous ont permis une retraite paisible, entourée des nôtres, de vous. On jouait à la belote tous les jours avec les amis ou les voisins, on mangeait mieux, on regardait la télévision.
    Est-ce alors le bonheur ? Peut-être. En tout cas, mon plus grand regret sera d’être restée toue ma vie coincée en Picardie, loin de mon cher Pays Basque natal. Je n’ai jamais pu convaincre Albert de partir là-bas, au moins pour la retraite. Il était enraciné dans son village picard, et n’en serait parti pour rien au monde.
    Ce sont les hommes de ma vie qui ont toujours décidé de ma destinée, de mon lieu de vie. Je n’ai jamais choisi où je vivais. C’est comme ça.
    Comme chantait Edith Piaf, rien de rien, je ne regrette rien. Cela aurait pu être différent, mais aurait-ce été mieux que ce que j’ai vécu ?
    Personne ne peut l’affirmer !
    Parce que mes enfants sont en bonne santé, et leurs enfants à eux aussi, pour ça, je suis heureuse. Je peux partir l’esprit tranquille et serein, vous sachant tous et toutes bien établis dans vos vies, et trimant moins que nous.

    J’ai encore plein d’autres questions à me poser, mais ce sera pour un autre jour, une autre feuille de cahier.

  9. Souris-Verte dit :

    🐀 UNE SONDÉE…
    Dans un récent reportage, l’âge des interviewés ne dépassait pas la cinquantaine. Forcément, un demi siècle… Ça compte, ils ont de l’expérience.
    En ce qui me concerne, la cinquantaine m’a quittée depuis pas mal d’années… Au point que je préfère ne plus compter. Mon avis n’intéresse personne. À part moi qui résiste et insiste à me questionner…
    J’existe; ce n’est pas une question : j’existe ou pas ? Comme se le demandait ce dadais Anglais qui nous a bien pris la tête avec ça sous couvert de philosophie.
    Non ! Moi je le sais ! Je suis bien là.
    Le tout, pour vivre en harmonie avec soi-même est de se poser les bonnes questions.
    Ce que je vais faire puisqu’on n’a jamais jugé utile de me sonder…
    Passons sur la météo…
    Encore que, et ce n’est pas pour me vanter, il fait beau aujourd’hui !
    Parlons de moi.
    Combien mesurez-vous ?
    Ah! La voilà celle qui fâche, parce qu’avant j’arrivais tout en haut du buffet, j’avais le chignon à la corniche, maintenant, même en levant la tête je suis à peine au tiroir…
    Tant mieux! J’y ai gagné dans l’effort.
    Soyons positifs !
    Je la sens bien arriver la suivante !.
    Pour me ménager, on va me demander : Avez-vous connu les Untels? Ah bon ! Vous êtes née quand ? Ou plus cruellement : ça vous fait quel âge actuellement ?
    C’est ça qui me tracasse cet âge qui change tout le temps. Moi, je trottine maintenant pendant que lui galope allègrement…
    Il ne pourrait pas, l’espace d’un instant se faire une crampe, juste un petit torticolis… Ça nous laisserait le temps de souffler.
    Que nenni ! C’est à moi de garder la cadence.
     » Magne-toi  » tu ne vois pas à la pendule des année les aiguilles qui filent après les mois, les heures qui se transforment en minutes à la vitesse de l’éclair.
    Bon, c’est décidé, quand j’en serai aux secondes je ne me parlerai plus pour, m’économiser.
    Il faut savoir raison garder et ne pas se précipiter au devant d’une déception.
    Calme-toi Germaine, calme-toi!
    C’est comme pour les reportages. Pour être sûre d’en être, mieux vaut que je me parle à moi-même.
    Il me reste combien de temps ? Qu’elle est longue cette interview et les questions que je me pose font elles bien avancer la machine ? Il est vrai que de temps en temps il faut bien la mettre à tourner.
    Ma mère me le disait sans cesse : Germaine, quand on sort il faut toujours avoir une culotte propre et regarder où on met les pieds.
    Ça je l’ai fait… Et bien regardé et pour les pieds et pour les mains… Je me suis tellement méfiée qu’on ne s’est pas hasardé à me la demander! Je suis restée seule. Ainsi, personne n’a même jamais su si mon petit linge était net.
    Sauf moi ! Ce qui est, à mon avis le plus important et le restera… De toute façon, je n’ai pas le moyen de faire autrement n’ayant pas reçu en héritage la pendule à remonter le temps.
    S’Ils en avaient une, les parents, ils ont dû avoir tellement peur de s’en servir et de revenir qu’elle doit être entrain de rouiller dans un coin.
    C’est l’heure ? L’interview est terminée ?
    Ouf! Enfin je suis sondée!
    🐀 Souris-Verte

  10. iris79 dit :

    Jamais on ne l’avait interviewée, mais Dieu sait si elle en rêvait. Devenue très âgée, elle décida de s’interviewer elle-même. Mais, par quelle question allait-elle commencer ?

    Elle se plaça devant la fenêtre prenant à témoin et pour public les arbres presqu’aussi vieux qu’elle. Et puis elle se dit qu’elle pouvait bien se passer des conventions de l’interview, qu’elle avait passé l’âge de faire tout comme il faut en suivant à la lettre les règles quel qu’elles fussent. Elle décida de ne pas se poser de questions mais de dérouler son récit à sa guise, celui de sa vie, la sienne.

    Mais elle trouvait tout à coup bien vertigineux de se prêter à cet exercice. On lui avait si peu donné la parole ! Et elle ne s’était jamais vraiment sentie légitime de la prendre. Mais pourquoi ? se demanda-t-elle soudain.
    Tant d’années derrière elle, une vie chargée, bien remplie. Des bonheurs, des chagrins, des sentiments mêlés qui lui donnèrent finalement le courage de se lancer.

    Elle commença d’une voix tremblante et faible « je suis née le 5 novembre 1920 dans la ferme de mes parents » …Puis sa timidité et la gêne de cet exercice se dissipèrent, elle s’aguerrit et se redressa. Le ton se fit plus affirmé, sûr et posé. Absorbée par sa propre histoire, elle ne percevait plus les bruits alentours. Ni les sonneries de l’horloge, ni les craquements de la vieille bâtisse qui l’abritait, elle, sa famille et sa vie depuis ses vingt ans.
    Elle tira le fil de sa mémoire et vécut à nouveau dans un tourbillon d’émotions, des moments de vie, tristes, excitants, de bonheurs tout simples, ou intenses, d’épreuves comme tant d’autres ont eu à connaître.
    Ce qui fut le plus excitant, le plus enivrant peut-être fut de confier à la terre et au vent, au silence, aux oiseaux, les épisodes de sa vie qu’elle avait dû taire. Elle n’avait pas toujours été que la jolie petite fille sage aux cheveux bien coiffés, ni la femme belle au sourire franc, ni même l’épouse modèle qu’elle s’était appliquée à vouloir être.

    Elle avait été une autre aussi, celle que l’on ne voyait pas sur les photos, faite de ce qui avait été tû ou caché, enfoui ou même oublié. Ce qui faisait aussi partie d’elle mais qu’elle ne pouvait raconter lors des repas de famille, tout ce qui n’avait pu être dit par manque d’intérêts, par la culture du secret, par les interdits, par pudeur, par l’absence de questionnements aussi tout simplement, de ses enfants, de ses petits-enfants.

    La femme discrète et aimante avait aussi été une amante, une femme engagée dans la clandestinité, dans l’ignorance de sa propre famille qu’elle ne voulait pas heurter, ni mettre en danger, peur des représailles…Il y avait un tel fossé entre eux, qu’il avait été vain de vouloir le combler, elle l’avait bien compris. Elle se sentit bien souvent seule, parfois morte à l’intérieur mais aussi fréquemment passionnée !

    Elle ne s’arrêtait plus de raconter. Point besoin de questions, l’interview avait viré à la confession, libre et heureuse, décomplexée et contre toute attente sacrément revigorante ! Elle se réappropriait son histoire et jamais elle n’aurait pu croire que cela allait être aussi délicieux, doux et précieux.

    Elle crut percevoir des bruits venus du passé. Sa mémoire maintenant exacerbée lui redonnait accès aux parfums, aux voix, aux couleurs d’alors. Mais un craquement sourd la fit se retourner au milieu d’un songe auquel elle donnait vie. Elle tressaillit en découvrant celle qu’elle avait été, crut-elle une seconde. Depuis combien de temps était-elle ici ? Peu importait maintenant.
    Puis la bouche de la femme qui la regardait, arrêtée, interdite, la main crispée sur la poignée de la porte qu’elle n’osait plus lâcher, s’entrouvrit, laissant glisser une larme qui se mit à trembler quand la question fut enfin posée.

    -Maman, qui es-tu vraiment ?

  11. Grumpy dit :

    Aujourd’hui elle est octogénaire. Elle trouve qu’il est temps de se poser la question qui la taraude depuis un bon moment. Je vais bientôt passer l’arme à gauche, alors si c’est pas maintenant c’est jamais.

    « Pourquoi ne m’a-t-on jamais interviewée ? »

    J’en aurais eu pourtant des choses à dire, et pas qu’un peu, pas du tout venant.

    Vrai, elle avait mené une riche vie la Mado. Ou plutôt la « Belle Mado ». Depuis petite, tout le monde l’appelait ainsi, surtout les garçons dès le collège, qui la sifflaient à chacune de ses apparitions. Elle aimait bien ça, émoustillée, elle en tournait encore un peu plus du cul.

    Ses copines en crevaient de jalousie mais ne lui voulaient pas de mal pour autant parce que la Mado elle était aussi gentille que belle. Elle voulait juste plaire, elle aimait qu’on la regarde, pas plus. Pas une once d’orgueil ou de mesquinerie, pas sa faute si elle était née superbe.

    En effet, elle plut beaucoup et beaucoup plus encore d’année en année. Pourtant arriva le jour ou, fini, terminé, on ne la regardait plus. Elle comprit qu’avec l’embonpoint et les rides, la reine du monde c’était fini et pire, irréversible, pour toujours. Disparue des écrans radar qu’elle était.

    Quel dommage se dit-elle qu’on ne l’ai pas interrogée du temps de sa splendeur. Mais je veux laisser ma trace. Elle ouvrit son ordinateur, connecta la caméra, s’installa devant sa télé et se mit à se raconter.

    Elle s’était toujours aimée, alors forcément elle se trouva intéressante et très réussie : coiffée, fardée, guillerette, elle passait très bien à la télé (elle aurait adoré être speakerine) L’exercice l’enchanta au point qu’elle le perpétua chaque jour qui lui restait. Sa façon à elle d’écrire son journal, ses mémoires.

    Quelqu’un finirait bien par avoir la curiosité d’allumer la caméra, des fois qu’elle y eut enregistré son testament ?

    Ce fut Berthe son aide-ménagère venue comme tous les matins l’aider à sa toilette et faire son lit qui la trouva ‘morte-assise-dans-son-fauteuil’ devant la télé allumée, la caméra tournant encore.

    Même comme ça, dans sa belle mort, elle était belle à voir Mado.

  12. osebo-moaka dit :

    une phrase de trop, zut.

  13. osebo-moaka dit :

    Bonjour,
    je m’appelle Anthéna Fabras-Villier.
    J’ai bientôt quatre vingt ans…ma vie fut bien remplie. Longtemps, j’ai voyagé,accompagnant des hommes de pouvoirs, des femmes fortes éprisent d’un fort désir de conquérir.
    Oui, j’ai connue des hommes et des femmes aux goûts plus que parfait. Qu’est ce que cela m’a apporté? Oh j’appris le sens du  » mieux connaître,pour le mieux apprécié ». Dans mon métier voyez-vous ce savoir être est un passe partout.
    Jusqu’à l’âge de cinquante ans ( disons plutôt cinquante sept!) j’ai continué mon métier. J’avoue que celui-ci me fit voir du pays ( sans jeu de mot).

    J’ai appris aussi le rôle des mains, douces, rêches, franches, inquiétantes, brutales. Celles des peaux sensibles, ou couvertes de boutons, de cicatrices, de varices…

    Puis un jour, je l’ai rencontré! Que vous dire!!! Oui je l’ai rencontré le  » Président » et là… je sut que mon heure de gloire était arrivé. La folie de cet homme, de ceux qui l’escorte, des larbins presque à genoux afin d’avoir des miettes…des femmes mariées, belles ou pas, jeunes filles prêtes à s’encanaillées avec lui. Buvant, mangeant, jetant l’oseille par tous les bouts.

    Des pots de vins ou dessous de table changeant vivement de mains, quelques drogues dures ou douces après le repas…des palaces, des suites complètes, des villas, des paradis fiscaux, des plages, des yachts plus grands les uns que les autres, des bolides à perdre la têtes, le luxe dans toute sa décadence voila ce que j’ai vécue avec lui…

    Des princes à notre tables, des émirs, des sultans, un ou deux rois d’Afrique( bien sûr). Bref, j’ai des carnets pleins. Des noms, c’est ce que vous voulez? Bien mais avant cela écoutez moi.

    J’aimais peindre, la plupart de ces hommes ont dans leur collection une huile ou une toile,un pastel sombre ou éblouissant de luminosité. Des plages, des forêts, des hommes, des femmes et certains dont j’ai gardé le nom, des tout petit nu sur le sable blanc…

    J’ai attendue avec patience je vous le dis, croyant qu’un jour quelqu’un se souviendrait de moi…du fait que je gravissais autour de  » Lui »! Mais non, un mur de béton armé semblait recouvrir mon nom, j’étais enterré …sous silence…un silence sombre,pesant. J’ai écrit …mes livres ont encore du succès, certains ont même servis de toile de fond pour un film…mais pas un mot sur celle qui a craché le morceau! Alors aujourd’hui, j’ai lâché la bombe.

    Mon dernier roman  » L’amour avec lui », vient de sortir. Des noms de villes, de palaces, des villas, des yachts , des princes et rois, ministres et autres  » Présidents », tout les noms et leurs petits secrets pervers ou simplement besoin du moment…la drogue fait souvent jaillir des envies que jamais des hommes se disant saints, ne feraient aux femmes ou aux enfants…

    Vous m’avez vue, j’en suis sûre. J’étais cette femme habillées d’un ensemble écru veste et pantalon, chemisier blanc en soie…longue liane brune aux yeux pers…le  » Chanel » m’allait bien. Ma pochette perlée me suivant partout ( j’avais un petit enregistreur à l’intérieur). Et  » Elle » Oui même elle la belle, la talentueuse Norma ne parvenait plus à me surpassé.

    J’en ai vue, connue, subie, mon plus beau cadeau? Celui d’un Prince perse, il m’a offert une seule émeraude, éblouissante. Je la porte le plus possible. Dès que je rentre de voyage, à peine mes bagages défaits, je rejette les perles, rubis ou encore diamants et je me pare de ma seule beauté . Oui je peux dire je fus séduite par cet homme. Un homme simple, pas très beau, au phrasé impeccable, humain en dehors de la cohue humaine des bens pensants…froid, distant, un aigle parmi les poussins…tendre la nuit venue. La rupture fut terrible…Il devait épousé une jeune noble,moi…moi je devais m’éloignée, c’est ainsi.

    Mon émeraude reste le seul souvenir de ce temps là. Je n’ai jamais trahie les femmes, toutes savaient que leur époux ou futur époux avaient des contacts plus que rapprochés avec mon corps! Les deux jeunes frères? Oui aussi, quoi! Jeunes! Oh pas par là, certainement pas par là et puis tant qu’à faire partie de cette famille de dingues fallait bien que j’arrange mon coup!
    pour moi…si je le connais! Oh oui alors,je connais bien cet assassin de l’ombre. Je fini ici.
    J’aurais aimé qu’on m’ interviewe , vraiment, je ne suis pas triste. Ma vie fut splendide. Oh cela ne fut pas toujours rose, j’en veux de certains vilains secrets dît d’états! Moi? Moi je vais partir en fumée sans un regret. Je n’ai plus personne, un peu de vérité ne fera jamais tremblés ceux qu’on appel grands. Requins et compagnies amis pour la vie, du moins le temps qu’on soit utile à leurs petites magouilles.

    Voila, il arrive, j’ai posté mon message, il est parti. Lui! Il m’a laissé un message sur mon répondeur, il vient ent d’un fort désir de conquérirpour moi…si je le connais! Oh oui alors,je connais bien cet assassin de l’ombre. Je fini ici.

    Un flop, deux flops, mes yeux se ferment. Un crac, oh le saligaud, une petite déflagration, de la fumée…les rideaux s’enflamment. Mon coeur manque un battement, deux battement, je ferme les yeux.
    Moi Anthéna Fabras-Villier, connue sous le petit nom de Morna…je viens de finir mon interviewe …Achetez donc mon livre…vous serez surpris!
    y-l.
    sur une idée de Pascal Perrat.

  14. Blackrain dit :

    Qui se souviendra de mon Auguste ? Un drôle de clown, ce champion de boule Lyonnaise qui faisait tourner la mienne. Trônant derrière le bar à lisser sa moustache, il fanfaronnait ses exploits à toute jupe qui voulait bien l’entendre. Mais du haut de ses cent quatre-vingt quatorze centimètres, ses épaules se courbaient, comme sur « l’origine du monde », lorsque mes yeux se plissaient pour monter jusqu’à lui. Alors, il avalait un fond de Pernod pour se donner bonne contenance, puis il abandonnait ses auditrices dans un sourire caché pour passer le torchon sur le marbre du bistrot que je dirigeais. On disait : « Elle a un sacré caractère la Berthe. Elle n’a pas de grands pieds mais du haut de son mètre soixante huit, quarante têtes la contemplent ».

    Souvent, le dimanche, je rejoignais mon Auguste aux abords des terrains de l’amicale, la société bouliste. Je suivais du regard sa course d’élan de tireur, puis sa boule qui s’envolait dans les airs avant de percuter dans un fracas métallique la sphère qu’il avait désignée et marquée auparavant par le demi-cercle réglementaire. Pan ! Carreau. Mes yeux pétillaient d’admiration. Le pointeur devait se remettre à l’ouvrage. Il essuyait consciencieusement sa boule, puis de la semelle, il tâtait le terrain, enregistrait chaque modulation de la surface avant de faire rouler la boule dorée, lentement, avec précision, la jambe arrière faisant un entrechat plus ou moins gracieux, puis il l’accompagnait jusqu’à ce qu’elle vienne mourir au bout de son erre à proximité du but. Mais mon grand échalas la faisait gicler à nouveau. La Lyonnaise c’était du sérieux, pas comme la pétanque, « une galéjade marseillaise » comme il aimait à se moquer. Mon Auguste Chardon était un champion. Il avait même fait parti de l’équipe de France.

    Oui, mon Auguste compte beaucoup pour moi. Il est parti bien trop tôt. Il me manque tant. Bientôt je le rejoindrai. Comme autrefois, j’ajusterai le col de sa chemise blanche et j’inclinerai sur son front sa casquette de la même couleur. Mais comme chaque fois, il s’empressera de rectifier cette inclinaison.

  15. Sylvianne Perrat dit :

    Jamais on ne l’avait interviewée, mais Dieu sait si elle en rêvait. Devenue très âgée, elle décida de s’interviewer elle-même. Mais, par quelle question allait-elle commencer ?
    – Mon Dieu, si vous êtes féminine, que s est il passé pour que durant tous ces siècles, on vous prenne pour un Dieu masculin ?
    Serait ce vraiment la 1re question ? Est ce important que cette confusion persiste au 21e siècle ? Dieu ou déesse ? Non, la 1ere question serait plutôt êtes vous immortelle ? Ou à l instar du Dalai lama, allez vous décider de nous quitter ? Les hommes voient que je vieillis…. je n ai pas su évoluer assez vite. Je suis pourtant dans le Cloud mais ils ne me captent plus !
    J ai ouvert un compte Facebook, des milliers de like… mais c est insuffisant. Les hommes ne croient plus au miracle. Ils vénèrent The Voice mais n entendent plus ma voix.
    La 1re bonne question serait : Croyez vous encore en les Hommes ?
    – Prions !

  16. durand JEAN MARC dit :

    Jamais on ne l’avait interviewé et Dieu ou Diable ou Saint Glinglin savaient comme elle en rêvait. Devenue très âgée, elle décida de s’interviewer elle-même. Désir d’ailleurs, délire d’aïeule, allez savoir ce qui leur trépasse? Par quelle question pouvait ‘elle plus ou moins bien commencer ? Une essentielle, une aléatoire, une subie, une suggérée ?? Les questions ont si peu à espérer des réponses. Tant de questions périlleuses, tant de réponses douteuses!

    Depuis le décès de son père en 1982, elle ne voyait plus grand monde. Personne ne se souciait d’elle, et si peu de son père. Pourtant, elle aurait bien aimé qu’on la questionna sur son enfance, sur l’inattention d’un père, ailleurs, au- dessus, à côté, selon les diverses perspectives, celle de la famille de sang, celle du quotidien, ou celle de l’autre famille, l’étrange brouhaha distant ou gluant des lecteurs et des critiques.

    Elle aurait aimé oublier les histoires que son père ne lui lisait pas mais chantonner toutes celles qu’il lui avait inventées. Elle aurait apprécié qu’on lui demande pourquoi elle s’était fâchée des bouquins. A trop, tout le temps croiser les mots, leurs sens, à ne pas se soucier de ses propres galipettes enfantines, si poussiéreuses, si terre à terre…si maigre, d’une si petite enfance, si souvent égarée d’un père.

    Elle aurait voulu qu’on s’inquiète de la savoir assommée au fond du bac à sable, à ne rien comprendre des jeux de cet adulte là…sorti de toutes les cours d’école pour mener ses propres récréations. Ses croissances étaient demeurées imperceptibles sous la frondaison du papaobab.

    Pourtant, c’est elle, le soir qui lui serrait son café quand il choisissait de mesurer son œuvre à son sommeil. C’est elle qui lui préparait sa robe de chambre, la seule, pour une vraie musique littéraire et de confortables charentaises pour lui éviter de se cogner aux pieds des mots malvenus.

    Elle n’en tirait aucune gloire, n’espérait rien de plus que ce qui parfois, après la naissance survient, la reco.

    Elle lui avait pourtant sacrifié toute une adolescence, n’en espérait pas de seconde. Les garçons passaient au delà de son ombre. Son père la moquait gentiment : » Un baiser de raté, ce n’est quand-même pas l’apocalips ».

    On se fait à tout ce qu’on accepte et elle ôta l’essentiel des lipogrammes de sa vie.

    A l’heure où elle savait sa théière déjà trop culottée, aucun biographe ne l’aiderait à trier ses reliques, aucun journaliste ne lui tendrait un micro. Elle-même ne comprenait rien à l’évidence des robots du présent.

    Comme sa voix ne percerait jamais les tympans bétonnés des murs, qu’aucune mémoire ne pouvait retenir le croche-pied du silence, elle opta pour.

    Elle prit le crayon sorti du bois, les feuilles entassées de ses automnes, la blancheur sablé du passé, de quoi décaper le terni.

    Et, comme son père, comme l’un des nombreux membres de sa famille de lecteurs, ellle posa l’essentiel d’une première phrase à suivre…

    « Je me souviens »

  17. Catherine M.S dit :

    Une théorie mise à mal

    Au seuil de sa vie
    Avec dans l’œil la même coquetterie
    Mathilde continue à se poser mille questions
    Elle veut à tout prix et tout le temps
    Comprendre le pourquoi du comment
    Ça lui procure toujours le même frisson
    Mais là, aujourd’hui
    Il en est une en particulier qui la tracasse :
    La terre est-elle vraiment ronde ?
    Quelle audace !
    Remettre en question la théorie de Galilée
    Quelle mouche l’a donc piquée ?
    C’est vrai que depuis quelques temps
    Elle trouve que non, décidément
    Le monde ne tourne pas rond
    Et rond et rond petit patapon
    Elle aimait bien chanter cette chanson
    Avec toutes les filles et les garçons
    Dans la cour de récréation
    C’était il y a si longtemps …

    Mais là, maintenant
    On marche sur la tête
    Dit-elle en colère à ses petits-enfants
    Avec la télé, internet et vos satanés réseaux
    Où sont passés tous mes oiseaux ?
    Il paraît que dans le ciel
    Il n’y aura plus d’hirondelles
    Qu’on ne verra plus de coccinelles
    Et qu’on ne lèchera plus jamais nos cuillers de miel …

    Alors toujours ronde la Terre ?
    Se demande Mathilde d’une voix douce-amère 

  18. Camomille dit :

    Et la voilà donc face à son miroir, le regard facétieux:

    -Madame, pouvez-vous nous dire pourquoi vous l’avez tué ?
    -Voyons jeune fille, mais par peur qu’il ne me tue lui-même évidemment….
    -Vous le craignez tant que ça alors ?
    -Oui…..terriblement !
    -Que lui reprochiez vous  exactement?
    -Oh… beaucoup de choses, mais surtout sa perversion
    -Et ça vous a pris quand ?
    -Un jour que je m’ennuyais
    -Vous le regrettez ?
    -Pas vraiment et puis ça m’a fait passer le temps
    -Aucun regret ?
    -Bof ! Quelqu’un de célèbre a bien dit qu’il n’était que quelque chose de très relatif je crois ?….alors….relativisons !
    -Ne craignez-vous pas la récidive ?
    -Oh Oui ! Oh Oui….. je m’ennuie tellement savez-vous ?
    Elle éteint la lumière en souriant avant d’aller se coucher.
    Et elle se promet de continuer l’interview dès demain soir…histoire de tuer le temps….

  19. Antonio dit :

    Jamais on ne l’avait interviewée, mais Dieu sait si elle en rêvait. Devenue très âgée, elle décida de s’interviewer elle-même. Mais, par quelle question allait-elle commencer ?

    « Ah oui ! se réjouit-elle de sa trouvaille. Madame de Rowlands, quel est le souvenir le plus lointain de votre enfance ? »

    Elle crut percevoir un sourire dans le miroir qui lui faisait face. Des ampoules tout autour éclairaient une table où elle avait posé un micro. Du maquillage, des poudres, des agrafes, une brosse à cheveux, gisaient en pagaille à ses côtés. Votre enfance, Madame Rowlands. Elle se saisit du rouge à lèvres dont le bout luisait d’un beau magenta. Elle se mit à tracer sur la glace les formes d’une maison avec au dessus un soleil rouge et dedans un papa et une maman. Elle ajouta une fleur, puis aune autre, mieux réussie. Un semblant de chien ou de chat compléta le tableau. Elle ne vit pas derrière qu’elle ne souriait plus. Des larmes coulèrent sur son visage. Puis elle pris la poudre blanche et l’étala dans le ciel tandis que le soleil pleurait sur la maison. Le rouge à lèvres coulait comme s’il pleuvait sur le tableau. La maison se déforma, avalant maman et papa, les fleurs puis le chien raté. Elle se saisit d’un torchon déjà souillé de couleurs et nettoya le miroir qui se couvrit d’une brume rose pale avec des formes illisibles. On aurait dit un tableau de Monet. Elle posa un doigt dessus et écrivit son prénom, Gena, avec la même application qu’une première fois. Puis elle y apposa toute la main écartant chaque doigt pour y laisser une belle empreinte de star. Elle fit de même avec l’autre avant de tout effacer et nettoyer à l’eau claire, comme elle aimait faire. Le miroir réfléchissait à nouveau son intervieweuse dont le visage était barbouillé de maquillage qui avait dégouliné. Elle reconnut l’actrice qu’elle avait été. Jamais on ne l’avait interviewée, mais Dieu sait si elle en rêvait. Et pourquoi ne s’interviewerait-elle pas elle-même ? Mais, par quelle question allait-elle commencer ?

    « Ah oui ! se réjouit-elle de sa trouvaille. Madame Hayworth, quel est le plus beau souvenir de votre carrière ? »

    Cette fois, elle était sûre, la journaliste souriait de sa question. Quelle impertinence ! Elle ne lui répondrait pas. Elle avait d’ailleurs horreur des interviews. Et puis ça allait bientôt être à elle. Elle entendait le metteur en scène approcher de sa caravane. On frappa à la porte.

    « Madame Van der Bursk, pour la dernière fois, veuillez rejoindre le réfectoire, s’il vous plaît. Le dîner a été servi. Et pour l’amour du ciel, débarbouillez-vous avant de descendre ! »

    « J’arrive, répondit-elle. L’interview est terminé. »

  20. nadine de Bernardy dit :

    Jamais on ne l’avait interviewée et Dieu sait si elle en rêvait.Devenue très âgée,elle décida de s’interviewer elle même, mais par quelle question allait-elle commencer.

    Des milliers de visiteurs s’étaient postés devant elle,des milliers de flashs l’avaient éblouie.Elle avait tout vu,tout entendu, dans toutes les langues.

    Ah c’est ça!Mais elle n’est pas bien grande.
    Quelle merveille!Ce sourire,le travail des mains c’est renversant, n’est ce pas mon cher?

    On l’avait convoitée,dérobée,elle avait été l’objet d’études savantes ,de thèses multiples,de films et romans,de fantasmes à travers le monde.
    On l’avait quasi disséquée.Pourquoi – comment – qui était elle, et ce regard qui vous suivrait des yeux quand vous vous déplacez.
    On parlait aussi d’autoportrait de Léonard.Là elle ricanait intérieurement,on voyait bien que ce n’était pas eux qui avaient posé des heures pour le vieux peintre perfectionniste.
    De tout ceci,elle aurait voulu témoigner pour la postérité.
    Les micros,ce n’était pas cela qui avait manqué mais jamais tournés vers elle,on l’ignorait, sur ce plan là.
    Elle en avait vraiment marre,en plus de cinq siècles, son sourire s’était crispé,craquelé, assombri.Il était question de le restaurer mais la valeur inestimable de son portrait ne permettait pas d’engager ces frais.
    Donc Mona Lisa se disant que l’on n’est jamais mieux servi que par soi même,elle devait réaliser son rêve sans l’aide de personne.
    Par quoi commencer en évitant les clichés sur son énigmatique sourire,le mystère du paysage devant lequel elle était assise.
    Elle réfléchissait à la chose quand un petit garçon,qui la regardait gravement depuis un bon moment,demanda à sa mère:
    « Mais elle ne s’ennuie pas la dame à rester là comme ça sans bouger » ? »
    La voilà la bonne question!
    Pourquoi diable ai-je accepté de poser gracieusement pour ce monsieur de Vinci? »

  21. Ophélie E. dit :

    Jamais on ne l’avait interviewée, mais Dieu sait si elle en rêvait. Devenue très âgée, elle décida de s’interviewer elle-même. Mais, par quelle question allait-elle commencer ?

    Célestine se rappela :

    Ses jouets et ses sottises, ses peurs des monstres sous son lit et le réconfort de ses parents, ses pleurs à son entrée à l’école maternelle apaisés par sa douce institutrice, ses étourdissants jeux d’enfants avec sa fratrie et leurs chamailleries, sa timidité et ses rêveries apaisantes, son irrésistible envie de communiquer et de s’en trouver incapable, son besoin d’aider son prochain et d’être incomprise, ses gaucheries involontaires et les railleries de ses camarades, sa passion infinie pour les livres lus en cachette, les chansons entraînantes ou tristes à pleurer, la merveilleuse et désapprouvée rencontre de sa vie, sa robe de mariée et la pièce montée écroulée, les douleurs de l’enfantement et son indicible bonheur de tenir ses deux poupons dans ses bras, leurs premiers pas et leurs bosses sur le front, ses nuits d’insomnie et son soulagement de les voir guéris, son amusement et son ravissement de recevoir en cadeau des colliers de nouilles, ses angoisses d’accident lorsque ses enfants étaient sur la route et son apaisement de les voir rentrer sains et saufs, l’amour de son père souffrant le martyre, son étrange consolation de le savoir apaisé après son décès, ses infinies questions sur l’existence de Dieu et ses conclusions que nous le portons en nous, son immense bonheur de devenir grand-mère de deux poupées sans espoir de l’être à nouveau, ses élans du cœur et l’ingratitude reçue en retour, ses emplois épanouissants et ses galères pour en trouver, l’amitié sincère envolée, ses voyages inoubliables et ceux qu’elle ne pourra plus faire, la frimousse de son chat sur le bord de son clavier et parti dans d’atroces souffrances, son plaisir et sa mélancolie d’avoir rédigé son autobiographie, sa joie de vivre et ses moments de spleen, les bavards et les brillants causeurs, ses rencontres passagères et celles impérissables, ses questionnements sur le bien et le mal, ses petits mensonges afin de ne pas froisser, l’arrogance de ceux qui savent tout et l’humilité de ceux qui se taisent, sa curiosité du monde qui l’entoure et sa discrétion, sa joie d’être toujours mariée et ses inquiétudes de perdre sa tendre moitié, sa relative bonne santé et son anxiété de devenir une charge pour ses proches, ses craintes pour la destinée de ses petites-filles gâtées et choyées, ses interrogations sur l’avenir de notre planète bleue.

    Finalement, Célestine pensa que sa vie fut bien banale. Son introspection l’amena à penser que la première question qu’elle aimerait qu’on lui pose serait :

    – Si Dieu existe, qu’aimeriez-vous, après votre mort, l’entendre vous dire ?

    Il lui répondrait :

    – Tu as toujours essayé de faire de ton mieux.

  22. Nouchka dit :

    Elle avait tant vécu d’époques en une seule vie, tant aimée, admirée, déplorée qu’elle aurait souhaité en témoigner.
    Malheureusement, les intervieweurs ne s’intéressent qu’aux personnes connues qui souvent redisent ce que tout le monde sait déjà.
    Elle, se sait « assez » singulière et pense que son témoignage pourrait être utile.
    C’est amusant de repenser aux thèmes d’interview qu’elle a pu échafauder au fil de ces dernières années. Ces thèmes auraient alors été marqués par les réminiscences de sa vie d’enfant pendant la guerre, de celle de la jeune secrétaire qui fréquentait les bals d’écoles prestigieuses espérant y trouver un fiancé à l’avenir prometteur ou de ses goûts pour les couleurs et la lumière…
    Maintenant, elle tenterait de partager ce qu’elle ressent comme résidente de l’EHPAD où elle a été admise il y a déjà plusieurs années. Elle n’est pas une femme à geindre sur son sort ; d’ailleurs en y réfléchissant, elle ne voit pas ce qu’il y a de désagréable ici et maintenant par rapport à la vie qu’elle menait avec son mari précédemment.
    Alors quelle première question se poserait-elle ?
    – Vous êtes ici depuis longtemps ?
    – Vous êtes ici de votre propre volonté ?
    – Vous m’entendez et me comprenez ?
    Non, tout cela est stupide. Il faut entrer tout de suite dans le vif du sujet et accrocher l’attention. Oui, c’est cela.
    – Dites-moi pourquoi cette interview vous tient-elle tant à cœur ?
    – A maintenant 90 ans, quelles sont vos attentes ?
    Oui, c’est pas mal çà. Elle réfléchit à abordage de l’interview par ce biais. Elle se sent tout à coup un brin fatiguée mais espère poursuivre sa réflexion avant de sombrer dans le sommeil. Ici, elle a développé une patience qu’elle ne se connaissait pas. Comme sa parole s’est éteinte et ses gestes devenus quasi inexistants, elle dépend totalement des soignants qui l’entourent. Ce n’est pas désagréable de se retrouver lavé comme un bébé entre leurs mains ou nourrit de purée à la petite cuiller. Elle se souvient d’un film qui jadis l’avait marqué, un film intitulé Johnny got hIs gone. Elle n’aurait jamais pensé se retrouver un jour, peu s’en faut, dans la même situation. Non, j’exagère se dit-elle. Johnny ne voyait pas ce qui l’entourait, moi, si. Mais, cette idée d’interview ne pourrait fonctionner que si un système pouvait être branché sur mon cerveau, mes pensées. C’est bien compliqué. Même pour un célèbre Président de la République algérienne, personne n’a imaginé un tel dispositif…alors pour moi !!

  23. Anne dit :

    Nous allons faire concis.
    -« quelles sont vos valeurs dans la vie? »

    Mais quel dommage que personne ne puisse lui renvoyer des questions…. Une forme de tristesse dans cet échange avec elle même. Irait elle au bout de ce questionnement avec elle même.

  24. Odile dit :

    Jamais on ne l’avait interviewée, mais Dieu sait si elle en rêvait. Devenue très âgée, elle décida de s’interviewer elle-même. Mais, par quelle question allait-elle commencer ?
    Quelle est ta pointure ? Ou es tu née ? Comment s’app…? Qui…? Pourqu…? Les questions se bousculaient dans un chaos infernal qui bouillonnait dans sa tête. Elle avait chaud, ses joues rougissaient, elle se tenait le front, la sueur perlait à la racine de ses cheveux et la migraine menaçait. Son poing s’abattit sur ma table pour faire silence. Ça suffit ! Je vais mettre de l’ordre dans tout ça. C’est moi qui décide, moi qui interviewe. Alors vous les questions, vous vous taisez ! Elle avait crié, hurlé et son hurlement la fit tressaillir. Devenait elle folle ? Qu’allaient penser les voisins ? Avait elle perdu la raison ? Qui avait parlé ? Était ce sa voix ? Où ? Comment ? Pour…? Quand? De nouveau les questions se livraient bataille sous son crâne. Elle n’y arriverait jamais, elle allait abandonner, tant pis, ses enfants ne trouveraient jamais ce document sonore qu’elle voulait leur laisser. De nouveau son poing s’abattit sur le bois. Le silence se fit dans sa tête et elle prit son stylo :
    Qui suis-je : identité
    Que suis-je :métier
    Où ai-je vécu ? Mes racines, mes maisons, mes périples
    Quelles sont mes activités favorites, mes amis, mon réseau ?
    Les questions usuelles quoi? Pourquoi celles la ? Comment varier ? Qui? Que ? Quoi ? De nouveau ça lui chahutait les neurones. De nouveau le poing. Aïe elle s’était fait mal en tapant. Elle rédigea la question qui dérangeait : qui écouterait l’interview ? Ses enfants ? Ses petits enfants ? Les visiteurs de son blog ? Elle connaissait les questions et les réponses, çela n’avait aucun intérêt si personne ne…. Non il restait une question, une seule question pour laquelle elle n’aurait jamais … elle ne connaîtrait ni le jour ni le lieu, ni l’heure … la question cruelle qu’on ne posait jamais, celle qui terrorisait chacun … elle posa sa plume, repoussa le cahier, posa sa tête dans ses bras sur le bureau et sentit les larmes couler.

  25. Christophe COUSIN dit :

    Elle sursauta en voyant l’étrangère dans le miroir de la coiffeuse car elle venait d’oublier ce qu’était un miroir. En revanche, les automatismes de sa mémoire procédurale, patinés par des décennies de journalisme étaient encore vivaces. Elle entreprit tout-à-trac d’interviewer cette vieille femme au visage étrangement familier.

    – Bonjour Madame, que faites vous dans ma chambre ?
    – Silence
    – Madame, vous m’entendez ?
    Là, elle remarqua que les lèvres de l’étrangère articulaient quelque chose pendant la question.
    – Madame, que pensez-vous de ce Herr Hitler dont parlent les journaux. Daladier dit que c’est un gentleman …

    Elle n’eût pas le temps de terminer sa question. Un anévrisme s’était rompu, quelque part dans les circonvolutions de son cerveau usé. Elle se sentit envahie d’un engourdissement presque agréable et mourût, délicatement, comme un soir d’été sur une mer calme.

    Passée de l’autre côté du miroir, elle entendit l’écho de sa question prononcée par une jeune femme. La jeune femme c’était elle-même, à vingt ans. Elle reconnût sa petite robe mauve et s’étonna de la beauté de ses traits. Dans ses souvenirs, elle se trouvait sans charme. Et puis elle aperçut sa mère entrer et ranger les draps épais dans l’armoire vernissée de la chambre, dont le grincement éveilla d’un coup tout ses souvenirs. Une peine immense lui serrait la gorge.

    – Ce que je pense de Monsieur Hitler ? C’est un monstre, il n’a pas de parole, il veut tous nous tuer. Vous devez partir avec Papa, Maman et Micha. Fuyez en Amérique ou en Angleterre.

    Mais la jeune femme restait impassible et peignait lentement ses longs cheveux noirs. Elle allait hurler lorsque le tableau de sa jeunesse s’anima. Le petit Micha venait de sauter au cou de sa grande sœur, avec son éternel sourire, le sourire qu’il avait sur la dernière photo de lui. Celle que toute sa vie elle gardera dans son sac.

    – Coucou Anne ! Viens jouer avec moi !
    – Non, je dois partir au journal, Micha chéri.

    De l’autre côté du miroir, le néant aspira les dernières fumerolles de conscience de la vieille femme et le tableau s’évapora dans la mystérieuse alchimie d’un cortex exsangue. L’ultime émotion qu’en produisirent les hormones lui firent l’effet d’un amour immense affranchi du temps et de l’espace.

  26. Michele.B.Beguin dit :

    Je suis Jane, j’ai 82 ans et je vis seule depuis 10 ans, par choix, en retrait, mais toujours dans une vie évolutive.
    C’est une évidence pour moi, que personne ne commencerait par ce que je souhaite.
    Moi, je sais…. Je commencerais par : Qui suis-je?
    Oui par cette question, la 1ere pour pouvoir m’étendre sur ma vie profonde, sur moi même, sur ce que j’ai tout au fond de moi, sur ce que j’ai fait pour rester MOI, sur mes émotions et comment j’ai fait vibrer mes 5 sens, mon évolution intérieure. Sur ce que je suis aujourd’hui, ce que je peux offrir à mes enfants et petits enfants de meilleur en moi.

    Les questions telles que:
    Qu’as-tu fait dans ta vie ?
    Quel a été ton métier ? etc etc
    Sont des questions qui ne parlent que des autres, du regard que les autres ont posé sur moi. Des questions auxquelles je devrais répondre pour rester dans la convenance, dans l’attitude du mouton, pour répondre à leurs attentes. Surtout pas chercher à sortir du rang. Être « comme il faut », rester dans les conventions.

    NON, je ne dirai pas ce qu’ils attendent…
    NON je n’ouvrirai pas la bouche par peur de…
    NON je ne parlerai pas de ce que j’ai fait, comme superbe vitrine de ce qu’ils souhaitent.
    NON je ne dirai pas que j’aurais dû faire math sup au lieu de littéraire, parce qu’il paraît que c’est mieux.
    NON je ne me ferai pas plus belle que je ne suis pour passer derrière l’écran

    Avez vous déjà vu comment on s’intéresse aux autres?
    La 1ere question que l’on pose est « qu’est ce que vous faites dans la vie ? »
    Cette question est liée à l’image que l’on doit offrir et non à la partie réelle de soi. Cette vitrine qui est la partie extérieure qui peut changer du jour au lendemain, qui est illusoire, qui ne nous représente que sur l’instant…et c’est pourtant sur celle-ci que l’on s’appuie pour juger, commenter, embaucher, etc
    Quand on me pose cette question je souris, et je réponds : « peu importe ! ce que je fais est pour survivre économiquement, ce n’est pas réellement moi. » j’essaye juste de coller à ce que j’ai choisi matériellement, mais souvent c’est difficile.

    DONC je préfère m’interviewer moi-même et démarrer par cette question essentielle, en me tournant vers mon coeur.
    Pour réussir à déployer la lumière cachée. Réussir à Rayonner de l’intérieur, pour faire bouger les choses réelles.
    « QUI SUIS-JE ? »

  27. Christine Macé dit :

    Jamais on ne l’avait interviewée, mais Dieu sait si elle en rêvait. Devenue très âgée, elle décida de s’interviewer elle-même. Mais, par quelle question allait-elle commencer ?

    Car des questions, il y en avait. Ca allait des « Et si c’était à refaire ? » en passant par les imparables « Quel est votre plus beau souvenir… votre grand regret ? » Sans oublier son âge, si elle aimait ses voisins, les menus des repas à domicile ou quelle était son émission de télé préférée !
    D’un coup de crayon tremblotant, elle biffa ses amorces de réflexions et repoussa le petit carnet où elle notait ses courses, les rendez-vous de coiffeur ou de médecin, une pensée parfois.
    Encore une idée farfelue pour titiller sa mémoire, cette traitresse qui s’obstinait désormais à oublier ce qu’elle venait de faire cinq minutes avant ou pourquoi elle s’était levée, pour faire quoi, aller où ? Heureusement, en forme de compensation, cette mémoire-là avait une sorte de jumelle, plus âgée et plus sage, qui ne jouait jamais à cache-cache, elle. Attendant docilement qu’on lui demande d’ouvrir la boîte aux souvenirs anciens et d’en tirer un au sort. Il suffisait alors de se taire et d’écouter l’histoire : une histoire toujours un peu différente, enjolivée ou amochée, selon son désir et l’inspiration du moment.
    Mais cette fois, plus question d’à-peu-près ou de petits mensonges : une interview, c’était du sérieux et ça se préparait. Mais, par quelle question allait-elle commencer ?…
    Quand le facteur, reconverti en veilleur de parents vieillissants, entra pour sa visite hebdomadaire, il trouva la vieille dame endormie dans son fauteuil, son crayon à la main. A ses pieds, le petit carnet où elle avait écrit « interview », dans l’espoir sans doute de faire un mot compte triple à leur prochain scrabble… Pourquoi d’autre ?
    Bon week-end, Christine

  28. Emilie KAH dit :

    Madame Volochenko, assise dans son fauteuil roulant, à l’Ehpad de Pétaouchnok, coquette bourgade connue de tous, attendait depuis toujours que quelqu’un vienne l’interviewer. Le grand jour était enfin arrivé. Elle fêtait son centième anniversaire. La gazette locale ne pouvait ignorer cet événement.
    La journée était presque passée, Madame Volochenko avait envoyé un petit souffle mouillé sur une bougie de clafoutis, le directeur de la maison de retraite lui avait offert un bouquet : « À l’année prochaine, Madame Volo ! Vous nous enterrerez tous ! ». Aucun journaliste n’avait surgi dans sa chambre, la mèche ravageuse, l’œil frisé, le carnet et le stylo à la main. C’était fichu. Jamais elle ne verrait écrite dans un journal la question à laquelle elle brûlait de répondre : « À quoi ressemblait votre enfance russe ? » Elle avait tant à raconter.
    On viendrait bientôt l’aider à son coucher, c’était le moment où jamais. Elle se redressa dans son fauteuil, se passa les mains dans les cheveux, humecta ses lèvres. Elle était prête. Elle ferma les yeux et entendit la question qu’elle espérait.
    — Alors, Madame, dites-moi tout, est-ce que votre mère vous manque ?
    Personne n’entendit la réponse de Madame Volochenko. Elle était partie rejoindre sa mère.

  29. michele dit :

    Suis-je satisfaite de la vie que j’ai vécue?

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