438e proposition d’écriture créative imaginée par Pascal Perrat

Croyant faire preuve d’originalité mes géniteurs m’ont prénommée Obsolète.
C’est quand j’ai commencé à me sentir périmée que j’ai pris conscience que…

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Processus de murissement de cette idée d’exercice

48 réponses

  1. MF Morel dit :

    Croyant faire preuve d’originalité mes géniteurs m’ont prénommée Obsolète.
    C’est quand j’ai commencé à me sentir périmée que j’ai pris conscience que cela ne pouvait plus durer. Rester Obsolète allait me tuer !
    Je commençai à faire des rêves obsédants concernant l’obscurcissement de mon avenir. De sombres pensées alimentaient incessamment l’activité de mon cerveau, dont la fébrilité commençait à m’obstruer le jugement.

    Mais dans quel relent d’obscurantisme crasse avaient donc vécu mes parents pour m’infliger un tel prénom, qui ne pouvait que m’obscurcir l’avenir ?
    A quoi avaient-ils donc songé ? Se sentaient-ils déjà, eux aussi, frappés d’une obsolescence telle qu’ils jugeassent utile de me la transmettre ? Ils seraient donc des monstres ? Devrais-je m’en débarrasser ?
    Je commençai à être obsédée par ces pensées malencontreuses. Mais, non, je ne resterais pas sans défense et j’allais franchir cet obstacle, car j’étais une fille sacrément obstinée et j’étais capable d’observer des règles de vie rigoureuses et de réfléchir calmement à toute situation.

    Je décidai donc de faire front et d’interroger directement mes parents auxquels je n’avais jamais pu jusqu’alors poser cette obsédante question.
    – Pourquoi, mais pourquoi donc m’avoir baptisée Obsolète ?
    Mes parents eurent l’air abominablement gênés. Ils restèrent silencieux un long moment, puis mon père se lâcha :
    « Nous étions persuadés d’avoir un garçon, que nous avions choisi d’appeler Paul. Te voyant à la place du fils désiré, nous ne savions plus que faire. Ta mère était très fatiguée, elle me laissa donc décider seul…. mais je n’y étais pas préparé, je ne savais vraiment pas comment t’appeler, alors j’ai posé la question à l’obstétricien. Il s’est mis à rigoler. Eh oui, me dit-il hilare, Paul, c’est dépassé, périmé, maintenant c’est obsolète. Mais oui, me suis-je dit, quelle bonne idée, c’est mignon, Obsolète ! et voilà, tu devins ma fille Obsolète. »
    Obsolète éclata de rage. « Mais enfin papa, ton fichu obstétricien voulait simplement te dire qu’il te fallait trouver un prénom féminin. Vous auriez pu m’appeler Paulette, pourquoi pas. C’est moche Paulette, mais au moins c’est un prénom. Et, …. commençant par obs …. eh bien, vous auriez pu choisir … tiens …. obsidienne, c’est joli obsidienne, la ravissante pierre d’Obsius. »
    Obsolète se tut un instant puis poursuivit l’air rêveur. « Obsidienne …. ce verre volcanique vert très foncé, ou presque noir … opaque à translucide avec cet éclat mystérieux … oh, oui, oui …. et qui était utilisé durant la Préhistoire pour fabriquer des tranchants d’armes ou d’outils… vous le saviez ? »
    Non, bien sûr, le père ne le savait pas, pas plus que la mère d’ailleurs !
    Tous deux contemplaient obstinément leur fille, qui leur jetait de curieux regards, indéchiffrables, obscons, non, abscons, que dis-je, intensément profonds, acérés, à l’éclat très sombre, qu’on aurait pu carrément qualifier d’assassins !

    Mais qu’avait-elle donc en tête, voulait-elle se venger ? Songerait-elle à leurs obsèques ?
    Quelle obscénité !!!!
    Le père reprit, songeur, sans même demander l’avis de sa femme « eh bien, soit, ma fille, désormais, tu seras Obsidienne, tu as raison et tu seras magnifique ».

  2. oholibama dit :

    Obsolète, Obsolète! Cette voix qui cri de plus en plus fort est celle de mon inventeur.Mon non, du moins celui que celui-ci me donna lors de ma première vie, n’est pas celui qu’il me donne aujourd’hui. je me souviens de ce jour heureux et baigné de lumière…ou enfin, j’ouvris les yeux.
    Deux cercles bleu lumineux, me fixait. Une chose immonde se tenait au milieu d’un triangle ou ces deux cercle bleu se tenaient.
    des choses sombres étaient juste au dessus de ceux-ci. Plus bas après la chose immonde, il y avait un trou entouré de rebords un peu disgracieux qui, se tordaient et au milieu de ce trou… des billes moitiés blanches, moitiés jaunâtre pas de niveaux et elles semblaient vouloir m’intimider. De longs fils sombre retombaient autour de ce triangle étrange.

    Je refermais mon centre devant cette horreur. Une étrange forme de mélodie m’incita de nouveau à ouvrir mon centre…puis, j’entendis
    -Ah! Enfin tu daigne me regardé…m’entends-tu? Ah non, ne te referme pas-allez ouvre donc tes yeux et réponds moi c’est un ordre tu comprends cela n’est ce pas ?
    _Oui, je comprends ce mot  » ordre », je dois obéir à la per…pers…perso
    _ Personne, répète après moi, personne je dois répondre à la personne qui me parle. Bien tu sais qui je suis?
    _ Mon inventeur, mon père!
    _Bon on va pas aller jusque là, ton inventeur c’est bien, c’est même très bien… tu peux m’appeler Elfort, et à partir de maintenant, tu feras tous ce que je te demanderai de faire est ce bien clair?
    _ Oui Elfort, je ferais ce que tu me demande de faire.
    _Ahhh! C’est tellement bon de t’avoir avec moi… je suis seul depuis trop longtemps, un peu de compagnie me fera le plus grand bien.
    Je vais t’apprendre presque tout ce que je sais.Obsolète, Obsolète! Cette voix qui cri de plus en plus f
    A partir de ce jour là, il tint parole et j’appris beaucoup de chose; le visage ainsi , je su que ce que je prenais pour une chose immonde, s’appelait  » visage » avec son nez qui pend, ses yeux bleu, sa bouche et ses dents beurkkk, ses oreilles trop longues, ses cheveux graisseux et filasse ça, c’est pour le visage,le reste vint après et il y a à dire!
    Il m’apprit le jardinage, le fait de tenir propre la maison, dObsolète, Obsolète! Cette voix qui cri de plus en plus fort est celle de mon inventeur.Mon non, du moins celui que celui-ci me donna lors de ma première vie, e faire les repas avec ce que l’on a, de faire la lessive et le reste!
    Puis, il m’apprit le métier de la pierre car mon inventeur était le meilleur tailleur de pierre de la région et le roi avait grand besoin de ses services?
    le temps passa très vite si vous voulez mon avis, le travail devint pénible pour Elfort, moi_même je commençais à avoir de sérieux soucis.
    Oui ce travail lui pesait de plus en plus?
    Elfort devint méchant avec moi, plus d’une fois, j’eus droit à un coup de baguette parce que je ne venais pas assez vite… pourtant Elfort me disait qu’il aimait ma compagnie, que sans moi, plus d’une fois sa vie serait bien triste.
    Je connaissais ses journées, ses peines, les défis du roi, les insultes du roi parce qu’il ne parvenait pas assez vite à le satisfaire. Un jour, je dis à mon maître: » Pourquoi ne pas faire d’autres comme moi? »
    Il pesa le pour et le contre puis dans un éclat de voix dit: »tu as raison Dix, je vais le faire, pourquoi n’y ai_je pas penser…
    Dix, c’est ainsi qu’il m’appela.
    Quant enfin il leur donna le souffle, les corvées étaient plus facile, le travail de la pierre avançait bien plus vite, le Roi était heureux. Il donna encore plus de travail à Elfort.
    Dix, j’étais le premier, les autres n’avaient pas de nom, Elfort les faisaient fonctionné avec les chiffres, un, deux, trois et voila! Moi je souriais à le voir avec ses doigts crochus que le temps rendait plus malhabile. Elfort devenait bizarre avec le temps. Un soir alors que le ciel déversait son eau sur le sol, il m’appela, dix, dix! Viens là vite! Je fis ce qu’il me demandait, d’un pas un peu saccader j’atteignis son fauteuil.
    _Ah mais tu en as mis du temps_serais-tu obsolète. Obsolète …fichu,mon meilleur outil, plus de pièces pour ahhh!
    Il me laissa en plan. Au petit matin, il me laissa à la maison me disant: » tu as assez de travail ici, puisque tu es Obsolète, tu resteras à la maison.
    C’est ainsi que ma vie commença à changer, j’étais moins habile, je cassais souvent des choses, je faisais tout de travers et mes frères se moquèrent de moi.
    _Obsolète, Obsolète, tu es reste donc dans ton coin là au moins, tu ne feras pas de dégâts… reste donc tranquille Obsolète le maître l’a dit.
    Mes jours furent un enfer, mon maître un matin hurla de douleur… Le Seigneur venait de lui commandait une statut pour rendre hommage à son épouse. Mon maître avait accepté la commande avec joie. Ainsi mes frères et mon maître travaillaient sur cette sculpture chaque jour durant. Je faisais de mon mieux pour aider car depuis bien longtemps , j’avais appris ce qu’Obsolète voulait dire. Mes ans étaient encore longs avant que je ne rende mon souffle.
    Puis alors que je faisais du tri dans le coffre de mon maître, un grand fracas retentit. Des cris, des hurlements, la voix de mon maître m’appelant…Dix, Dixxxx! Viens vite mon garçon! Je bousculais tout sur mon passage, chargeant comme un cheval de guerre…je vis mon maître enseveli sous de gros morceaux de pierre. Mes frères étaient à ses côtés mais,ils ne bougeaient pas et pour cause…

    _Dix me murmura mon maître aide moi fils j’ai si mal, tes frères ne me sont d’aucune aide. Fils s’il te plaît! J’enlevais ces blocs puis doucement à l’aide de mes petits bras j’aidais mon maître à sortir.Ma f éraille grinça quelques boulons sautèrent mais je ramenais mon maître chez nous. Il lui fallut du temps pour guérir… Mes frères furent remplacés du moins la façon de s’en servir. Elfort mis au point l’ordre à la voix ce qui était bien mieux. ma vie fut longue et lente…

    J’étais Obslète, mais moi je rendais quand même service.y-l.
    sur une idée de Pascal Perrat.

  3. MALLERET dit :

    Croyant faire preuve d’originalité mes géniteurs m’ont prénommée Obsolète.
    C’est quand j’ai commencé à me sentir périmée que j’ai pris conscience que…

    Ce prénom que j’avais pourtant beaucoup aimé, prononcez-le et vous sentirez comme il est agréable en bouche, m’était devenu insupportable. Je n’ai jamais envié ceux, tout à fait communs, de mon frère et de ma sœur. Moi, au moins, personne ne me confondait.
    Certes, les quolibets et les méchancetés m’ont égratignée, mais être unique me plaisait et me rendait forte.

    C’est beaucoup plus tard qu’il a commencé à me peser. Je ne réussissais plus à me projeter dans l’avenir ! Pourtant je débordais d’énergie. Pleine d’enthousiasme, j’étais prête à me lancer dans de nouvelles passions, de nouveaux objectifs, mais je n’y arrivais pas. Obsolète, que j’avais trouvé si charmant, se transformait en : usée, dépassée, vétuste, finalement, bonne pour la poubelle ! Vous, dont le prénom est normal, votre vie s’écoule tranquillement. Vous ne ressentez pas cette épée de Damoclès suspendue au-dessus de votre tête, vous rappelant à chaque instant, que vous serez caduque avant l’heure, comme en obsolescence programmée.
    Mes parents auraient pu me nommer Éternité, vous imaginez la différence ! Aller toujours de l’avant, sans frein, ni penser que vous êtes déjà finie. D’ailleurs, Éternité est comme un psychotonique, on ne peut que se sentir bien, puisqu’il vous dit : « Vas y ma belle, l’avenir sans fin est à toi ! ». Or, ils ne m’avaient pas appelée Éternité, mais Obsolète.

    Petit à petit, je sombrais dans une dépression, qui ne me ressemblait pas. De médecins en psys, de paramédical en professions plus farfelues les unes que les autres, rien ne me réussissait.
    Il me semblait tomber dans un puits comme Alice au pays des merveilles, mais sans merveilles…
    Sans merveilles, finalement pas tout à fait, car, pendant cette chute qui me parut sans fin, mes idées noires se sont éclaircies.

    Le lendemain, munie de tous les documents nécessaires, j’allais à la mairie faire changer mon prénom en : Éternité !

  4. Croyant faire preuve d’originalité mes géniteurs m’ont prénommée Obsolète.
    C’est quand j’ai commencé à me sentir périmée que j’ai pris conscience que j’avais une drôle de tête, une drôle d’allure.
    « Atmosphère, atmosphère, est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère ? », se lamenta Obsolète à ses géniteurs, un de ses soirs d’ennui.
    Pas de réponse. Hors circuit, étaient-ils depuis un moment.
    De toute façon, Obsolète n’attendait rien de ses parents, avec lesquels elle ne s’était jamais bien entendue de toute façon.
    Quel drôle de nom ils lui avaient donné ! Elle n’avait jamais bien compris pourquoi. Jamais accepté non plus de s’appeler ainsi !
    Si encore elle s’était appelée «quelque chose ‘Lète’ », encore, cela aurait passé, comme Arlette, Colette, Linette, cela aurait été même formidable d’avoir un prénom normal !
    Elle leur en voulait à ses parents de l’avoir isolée à cause d’un tel prénom, la condamnant à ne pas vivre trop vieille, la condamnant à une morne existence d’emblée
    Elle en avait marre de cette vie monotone, entre ses parents peu communicatifs et peu aimants, depuis tant d’années. Elle ne supportait plus leur façon de vivre, ni de les aider comme une esclave à la ferme.
    Elle se trouvait vieille pour son âge. 50 ans.
    « Je suis périmée », se disait-elle souvent. Pas de mari. Pas d’enfants. Mais, qu’allait-elle faire le reste de sa vie ? Elle s’ennuyait. Ferme !
    Elle avait déjà décidé, en son for intérieur, qu’à la mort de ses parents, elle vendrait tout. Elle ne garderait rien de son ancienne vie. Elle irait à la ville, jouer à la grande dame. Elle ferait toutes les boutiques. Elle ferait tout ce qu’elle n’avait jamais pu faire tout au long de ces années. Elle profiterait de sa liberté, même si cela incluait la mort de ses parents.
    Rêver à ce qu’elle ferait. C’étai le nouveau but de la vie d’Obsolète !

  5. Clémence dit :

    Croyant faire preuve d’originalité mes géniteurs m’ont prénommée Obsolète.
    C’est quand j’ai commencé à me sentir périmée que j’ai pris conscience que…

    C’était un matin blafard. Un de ces matins où on se prend la tête en se posant la question fatale dont la réponse vous conduit vers des méandres obscurément déprimants.
    Et c’est ainsi qu’au ixième tournant de ma vie, j’ai pris conscience qu’il me fallait aller de l’alpha à l’oméga. Que le voyage serait ponctué de multiples péremptions dont l’ultime frappée du sceau de obsolescence.

    Mes neurones se mirent à clignoter dangereusement, signe qu’il était urgent de faire une pause. Celle-ci me fit remonter le fil de ma vie. Du moins, jusqu’à mes premiers souvenirs.
    La première image qui se dessina sous mes paupières était celle d’une carte postale colorisée où une fillette aux boucles dorées et aux joues rondes faisait la moue, l’œil rageur et les deux petits poings posés sur ses hanches. Jamais je n’oublierai le motif de cette colère : les railleries des enfants de la maternelle qui se moquaient de mon prénom. Obsolète !
    Franchement, mes géniteurs auraient pu m’appeler Colette ou Violette ! Mais non. Ils avaient voulu faire preuve d’originalité en arrêtant aveuglément un doigt sur la troisième page d’une revue scientifique.

    Obsolète. Çà promettait des lendemains désenchanteurs. Enfin pour moi, pas pour eux.

    L’image s’estompa pour laisser place à un souvenir fracassant. Deux mots, qui jaillissaient en tout temps, en tout lieu. Deux mots que mes géniteurs avaient trouvés pour remplacer mon prénom, jugé tout à coup… périmé.
    Les rires diaboliques des enfants de l’école primaire percent encore mes tympans. Je les entends encore s’esclaffer : Ma Puce ! La Puce.
    C’est à cette époque que se dessinèrent de façon indélébile, les traits de mon caractère. Binaire, ironisait mon père. Cyclique, se lamentait ma mère.
    Moi, je me trouvais juste entière, carrée. C’était blanc ou noir.

    Et puis, comme un train prenant de la vitesse, le fil de ma vie se déroula.

    J’assimilais les connaissances à une cadence infernale. Rien ne m’échappait. Mes capacités m’exaltaient. J’exultais alors que d’autres s’affolaient.
    J’étais pareille à une grenade dégoupillée.
    Qui exploserait on ne sait quand. Mais qui exploserait. Que ce soit pour le meilleur comme pour le pire, pour le tragique, ou pour le rire.

    Ma Puce ! Non mais franchement quelle idée… Ma Puce par ci, Ma Puce par là ! J’étais devenue envahissante. Pas un seul moment de répit. Le voyage était devenue mon mode de vie.
    De jour comme de nuit.
    Ici ou à l’autre bout du monde. Sollicitée à l’infini. Ma Puce ! Ma Puce chérie.

    Petit à petit, ma santé se dégrada. Mes sautes d’humeur se firent de plus en plus fréquentes et de plus en plus dévastatrices. Mes géniteurs furent pris de panique et appelèrent leurs confrères scientifiques à la rescousse. Il était urgent de trouver une solution à mes délires.

    Ils se penchèrent sur moi et leurs paroles me glacèrent d’effroi. J’entendais leurs délires sur l’état, non pas de ma santé, mais de leurs finances.
    Il fallait que je réagisse dans l’urgence. Sortir de l’impasse. Mais au prix de quel sacrifice ?

    L’idée me vint comme ça, tout d’un coup. Coup de génie ou de folie ? Coup de grâce qui m’entraînerait vers quel précipice ?
    La peur du néant me fit faire un faux mouvement.
    Une légère faille …
    Et voilà….
    Ci-gît Obsolète Périmée.
    L’obsolescence programmée renaît de ses cendres.

    © Clémence.

  6. Jean-Marc Durand dit :

    Croyant faire preuve d’originalité mes géniteurs m’ont prénommée Obsolète. C’est quand j’ai commencé à me sentir périmée que j’ai pris conscience que le choix de mon prénom allait marquer ma vie.
    Mes « vieux » n’avaient pas volé leur surnom. Ils m’avaient conçu dans une grange, sur une banquette de 2cv hors d’usage. La belle mère avait décrété que son fils chéri était bien couillon de s’intéresser à une femelle dont la date limite de consommation était dépassée. 10 ans de différence, pour elle, c’était l’océan à ingurgiter.
    Ma mère s’était mélangé dans les origines latines du mot et confondu tomber enceinte et en désuétude. En fait d’études, j’allais déjà rater mon certificat de naissance et la belle-mère en rajoutait une couche sur les miennes en moquant mes origines latrines.
    Mon père s’était montré tout aussi archaïque en faisant sa cour très courte. Un bouquet de fleurs de betterave et une chèvre à échanger, ça n’avait pas fait palpiter la pompe à émotions.
    A l’époque, c’était comme ça, un petit arrangement face à la longueur du quotidien et la pétoche du saut final.
    Elever un gosse quand la graine pousse de travers, très largement en deçà des normes établies, ça coince de partout. J’ai échappé de peu au temps soi-disant révolu où l’on se débarrassait des filles dès la naissance. Dans le monde des poules, j’aurai eu plus de chance de survivre. On m’aurait peut-être détecté comme bonne pondeuse et laissé deux heures de liberté quotidienne à déambuler dans les herbes fraîches. Ah la Pâture de la vie !
    Longtemps, je fus cantonné au biberon survitaminé pour tenter de rattraper ma croissance égarée. On me fit avaler du lait d’ânesse, de jument, de biche, de cétacé… mais le calcium rechignait à s’imprimer dans mes circuits.
    A 10 ans, je me déplaçais encore sur mes 4 membres et je n’avais prononcé que 2 mots : « Mère » pour nommer ma maman et « Père » pour interpeller mon papa.
    A 15 ans, je ne parlais guère plus mais je m’en moquais car je voulais devenir marquise ou femme de lettres. Je voulais écrire des romans d’armour, de cap d’espérance de paix sur la Terre, des histoires tarabiscottés de pain grillé. Mes œuvres me permettraient de promener partout mon grand chapeau, d’être accueilli dans les châteaux européens bien éclairés, là où on n’avait pas encore éteint le siècle des lumières.
    La belle-mère qui n’en ratait pas une me narguait ouvertement. Un jour, elle me sortit : « Eh, la Périmée, si on avait espéré un quelconque avenir littéraire, tes parents auraient conçu un garçon qu’ils auraient baptisé Prosper ». C’en était trop. Je l’ai massacré à coups d’ hallebarde.
    Bien qu’un peu suranné, ce meurtre ne me fit pas passer pour une sorcière. Le juge déclara que ce n’était parce que j’écrivais comme un pied qu’on aller me brûler avec mes papuscrits.
    Depuis, je croupis dans une oubliette et je grave avec mes ongles, dans la pierre, mes courtes mémoires car mon délai de vitalité s’amenuise d’heure en heure.

  7. iris79 dit :

    Croyant faire preuve d’originalité mes géniteurs m’ont prénommée Obsolète.
    C’est quand j’ai commencé à me sentir périmée que j’ai pris conscience que ma fin avait été depuis longtemps programmée…Je savais que j’avais eu de grands frères aujourd’hui assez âgés. On ne m’avait jamais parlé d’eux. Une chappe de plomb planait sur leur existence et je sentais bien que je ne devais pas poser de question. J’en mourrai pourtant d’envie mais ce n’est point de cela que viendrait ma fin, mon dernier souffle et je sus très vite que ma vie ne tenait qu’à un fil.
    Oui, j’étais assez fragile, je l’avais bien compris. Mais je découvris que cela ne freina en rien le désir de mes parents de me donner des petits frères. Ils s’adonnèrent même à ce souhait à un rythme inédit, effréné… Je savais que j’allais dans peu de temps changer de place, trouver refuge dans un cocon de douceur avec d’autres congénères, colorés, bigarrés. On me traitait pourtant avec délicatesse. Certains enfilaient des gants avant de me toucher, de me découvrir avec douceur avec des airs appliqués.
    La première fois que l’on me déroula fut une expérience de sensualité inégalée. Je sentais que ce souffle de passion me brûlait, peut-être même me mettait en danger. Mais quelle volupté ! La Belle, consciente de ma fragilité me tenait avec mille précautions et se mordait les lèvres de peur de me blesser.
    Et ce que je pressentais finit par arriver. Des mailles filèrent laissant place à un trou béant qui dessinait maintenant sur la jambe de la Belle une empreinte disgracieuse telle une crevasse au milieu de ce corps superbe et apprêté. La Belle qui m’avait jusqu’ici si bien traité m’arracha violemment en étouffant un juron et m’envoya valser dans la poubelle où je découvris quelques-uns de mes frères qui me racontèrent le destin tragique des collants, autrefois solides bas nylons les appelait-on.

  8. AMARYLLIS dit :

    Croyant faire preuve d’originalité mes géniteurs m’ont prénommée Obsolète.
    C’est quand j’ai commencé à me sentir périmée que j’ai pris conscience que…
    Maman se croyait une esthète,
    elle était rondelette
    et s’appelait Ginette
    Papa se voyait en poète.
    Tirant des plans sur la comète,
    ils m’appelèrent «Obsolète»…
    Moi, j’étais plutôt fluette
    et jolie blondinette,
    séduisante midinette.
    J’eus quelques amourettes
    partant, avec ma bicyclette,
    fis quelques galipettes.
    J’avoue que c’était plutôt chouette
    Mais l’horloge est discrète
    Adieu jupette, bonjour lorgnette
    La vie est comme une allumette ;
    elle détruit le squelette ,
    nous prenant pour des marionnettes
    A présent, que je l’admette…
    Je suis devenue obsolète !

  9. Marbot dit :

    Merci à toutes et tous pour cet exercice que je fis de vous lire entre les lignes et de vous poster un commentaire. Pardonnez ma maladresse s’il en fut ainsi. A votre disposition d’esprit !

    • Souris verte dit :

      🐀 mais vous êtes quoi exactement ? Une plaisanterie de garçon de bains ? Un vers dans le fruit ? Une mise en abîme qui ‘ amochit  »tout ce qu’il lit et qui s’ennuie le dimanche?
      Satisfaite d’être passée aux travers de vos dents de la  » mère » comme du père » Iméé » de nombreuses fois cité, ou pas. Mon seul papa de blog c’est Perrat et il le restera. 🐀

  10. Grumpy dit :

    Oui, je sais, c’est une histoire au goût amer, mais voilà …

    Stupéfaction à la sortie du bébé du ventre de sa mère. Le père déjà au bord de l’évanouissement poussa un cri déchirant.

    Ils attendaient une jolie petite fille blonde et potelée, l’échographie l’avait confirmé.

    Le père, fou de dépit autant que de colère se dit qu’il irait casser la figure du gynéco pour leur avoir refilé un bébé, sans doute soldé, tellement il était …

    Il était si moche : peau si blanche, comme transparente, plissée, ridée, chauve, bigleux, des tâches brunes sur les mains et le front. Bon sang, 50cm de long et 3K 200, normal, mais le reste !

    Une petite vieille, et quand on dit vieille … elle semblait avoir déjà plus de 60 ans, à la retraite et vécu toute une vie avant même que d’avoir eu seulement une enfance.

    La petite avait bien des bras et des mains, des jambes et des pieds, encore heureux, mais tout ça déjà si usé. Même son cri de bébé naissant chevrotait.

    La sage-femme en pleurait, jamais encore depuis qu’elle exerçait elle n’avait été confrontée à pareil cas de progéria. La maman, encore dans les brumes de l’anesthésie n’avait encore rien vu. Tellement bourrée de Dramadal et d’Aspitrin tout au long de sa grossesse, ceci expliquant sans doute cela.

    Mais qu’est-ce qu’on va faire avec elle ?

    – On va la garder dit la jeune mère, c’est comme ça, ce sera notre bébé âgé.

    Il va bien falloir lui trouver un prénom. On avait prévu de la baptiser ‘Primevère’, on oublie… Vu son âge, on va donner dans le vieillot, comme elle : Augustine, Georgette, Alberte, Marcelle, Rosalie ?

    – Arrête ! dit la maman. J’ai trouvé le plus adapté et celui qui sonne le mieux. On l’appellera ‘Obsolète’ et on l’aimera encore plus qu’un autre bébé.

  11. Dameleine dit :

    Croyant faire preuve d’originalité mes géniteurs m’ont prénommée Obsolète. Quand j’ai commencé à me sentir périmée, j’ai alors pris conscience que vieillir n’est pas périr et je suis partie à la recherche d’une seconde chance. J’ai commencé par les vide-greniers et les brocantes, les recycleries, friperies, réderies, foires aux puces et bric à brac. Enfin tous ces endroits où on se bouscule pour dénicher l’objet de nos souvenirs, celui qui nous fera retrouver le goût authentique des choses d’antan.
    C’est là que j’ai retrouvé mes vieux amis, l’électrophone et ses disques vinyles, un radio-cassette et un minitel ; le solex 2200, la mobylette biplace et une Simca 1000 ; un panty, des pattes d’eph, des pelles à tarte ; un collec de salut les copains et mademoiselle âge tendre et une autre de la gueule ouverte et politique hebdo ; un tabouret tam-tam orange, des rouleaux de papier peint à losanges dans un dégradé allant du jaune au marron et un tableau de Vasarely ; des films de Jean Pierre Melville, Claude Sautet et Georges Lautner, où les acteurs allument une nouvelle clope avec le mégot de la dernière.
    Avec tous mes nouveaux amis, j’ai pris conscience que je n’étais ni périmé, ni obsolète, mais juste vintage.

  12. Nouchka dit :

    Croyant faire preuve d’originalité mes géniteurs m’ont prénommée Obsolète. Ils avaient leurs raisons. En effet, leurs difficultés à concevoir leur descendance, les avaient amenés à demander à l’OBS, Organisation Bretonne de Sélection, un peu d’aide. Ma mère, espagnole au sang chaud, trouvait mon père « So Letárgico » quand il s’agissait de s’accoupler. Lui, était plutôt du style Amour Courtois, voyez-vous.
    Donc, quand ma naissance fut imminente, mes parents se penchèrent sur le choix du prénom qu’il conviendrait de me donner. Mon père proposa Vivace et ma mère, marquée par tout ce temps perdu à cause de mon père, opta pour Obs-so-let, n’osant tout de même pas achever sa pensée. Le tout fut féminisé en Obsolète. Mon père trouva ce choix curieux, inhabituel mais comme toujours, ma mère eut le dernier mot et je m’appelle Obsolète.
    Après des mois de croissance en plein champ, grâce à l’eau dont je suis gourmande, je me suis révélée une très belle plante. Ma tête blanche et mes grandes feuilles vertes faisaient plaisir aux représentants de l’OBS qui passaient par là. Tout avait été suivi à la lettre afin d’éviter d’arroser mon feuillage, de lutter contre le mildiou, les pucerons et, naturellement les chenilles.
    Quand j’ai vu la moitié du champ labourer pour de nouveaux plants, que l’on est venu me couper la tête, jetant mes feuilles au compost, j’ai commencé à me sentir périmée, déprimée. J’ai pris conscience que tous les efforts faits jusque-là n’avaient d’autres buts que de me mettre dans un réfrigérateur puis sur une table, et enfin dans l’estomac d’une famille. J’ai alors repensé à mes parents, au choix de mon prénom et à la prédiction qu’il représentait dans les faits. Je me demande si prénommée Vivace, comme le souhaitait mon père, aurait changé mon destin de chou-fleur.

  13. Ophélie E. dit :

    Croyant faire preuve d’originalité mon père m’avait prénommée Obsolète.
    C’est quand j’ai commencé à me sentir périmée que j’ai pris conscience qu’il n’avait, peut-être, pas tort. Périmée au boulot, moi qui ne connaissais que ma machine à écrire, périmée chez Pôle Emploi à 38 ans, périmée dans ma tête qui ne suivait plus le progrès, presque périmée aux yeux de la gent masculine… Périmée, périmée, je l’étais bel et bien.

    Ma mère me raconte souvent, avec un petit sourire en coin, pourquoi ce prénom improbable avait fait tilt dans l’esprit de mon père. Il avait écouté ce mot à la télé et l’avait retenu dans un coin de sa tête. L’employé de l’état civil, pianotant à la vitesse de la lumière sur son portable, avait été dérangé dans ses très intéressantes discussions avec ses innombrables amis. Il avait écrit ça machinalement, vite fait bien fait sur le registre. Il faut dire que les prénoms farfelus, inconnus jusqu’alors, il en voyait défiler à longueur de journée.

    J’adore quand elle me raconte cet épisode de ma vie :

    – J’ai poussé une beuglante que toute la maternité doit encore s’en souvenir. Je voulais te prénommer Fanny, prénom si cher à mon cœur après mes lectures de Pagnol. Mais ton père s’y est opposé fermement car ce prénom lui rappelait ses cuisantes défaites à la pétanque.

    – Tu ne te rends pas compte ! que j’ai hurlé. Obsolète signifie qu’un objet est périmé, dépassé par les nouvelles techniques. Ma fille n’est pas un objet, nom d’un chien ! Elle vient de naître et elle serait déjà trop vieille ! C’est affreux, lui dis-je en pleurant toutes les larmes de mon corps. Comment pourra-t-elle porter un tel prénom, elle va en baver toute sa vie. Là, je ne te dis pas, il ne savait plus que faire, il tournait en rond dans la chambre comme un lion en cage.

    – Ben ! c’est que je ne savais pas, moi, ce que ce mot voulait dire. Il sonnait bien et je voulais un prénom unique pour ma fille, qu’il me dit d’un air tout contrit.

    – Ah, ça pour être unique il est unique au monde ! que j’ai hurlé. Tu vas me faire le plaisir de vite retourner à la mairie. Tu leur expliqueras que tu n’étais pas trop dans ton assiette. Faut dire qu’il t’avait bien arrosée, ton paternel. Et c’est ainsi qu’après de nombreuses démarches, fort coûteuses au demeurant, tu as fait tes premiers pas ma Colette.

  14. Souris verte dit :

    🐀 UNE FAMILLE INSOLITE
    On m’a appelée Obsolète et c’est dans le grenier des périmés que j’ai trouvé mon mari, un beau gaillard au manche vigoureux et à la tête dans les plumes.
    Je suis tombée raide dingue de ce gigantesque plumeau à statues mais un peu jalouse de le voir caresser les fesses et les tétons des Muses.
    De notre union naquit des petits, tous plus insolites les uns que les autres.
    Le premier du genre masculin Tourniquet-à-idées en avait plein et nous a beaucoup amusés.
    La deuxième du genre féminin : Moulinette-a-bonnes-manières savait faire tourner la manivelle dans le bon sens.
    Puis est arrivé Coude-anus, le plus tordu de tous et rouspéteur.
    Se positionnant à l’endroit indiqué, lorsque le vent sortait, il l’envoyait dans la direction opposée afin de tromper l’ennemi.
    Il eût beaucoup de succès surtout dans la bonne société.
    Il savait se rendre indispensable et, après le serviteur, c’était lui le plus important: Le Directeur des Pets…. Respect !
    Il en est sorti plein !
    Des en or pour les femmes parfois sertis de pierres précieuses et pour les hommes, des parfumés à l’odeur du cigare de Cuba.
    Il a eu beaucoup de succès notre Coude-Anus et fût sans conteste la fierté de notre famille.
    De par sa situation il s’est uni à un autre masculin, une sorte d’éventail Chasse-Pet.

    Quant à moi, l’Obsolète balayette à roulettes, je me repose d’avoir trop longtemps ramassé les miettes de bribes de toutes choses.
    Bribes de mots jetés négligemment en l’air mais qui faisaient et du bruit et de la casse en retombant.

    Has-been a fini sa carrière: à trop caresser les fesses de ces statues il y a laissé ses plumes.
    🐀 Souris-Verte

  15. anne dit :

    Je suis une petite lampe et je défi le temps.
    Croyant faire preuve d’originalité, mes géniteurs m’ont prénommée Obsolète. C’est quand j’ai commencé à me sentir périmée que j’ai pris conscience que…. mon temps était compté. En effet en Amérique dans les années 1930 est apparu la notion d’obsolescence programmée. Le commerce et la société de consommation ont pris le dessus. Pourtant les ingénieurs savaient comment faire durer les choses. Et pourtant je suis une petite lampe qui dure dans une caserne de pompiers de New York. Vous savez ces hommes à toute épreuve que rien ne semble arrêter !
    Une parenthèse est faite pour l’hommage qui a été rendu ces derniers jours à ce corps d’élite. Trois minutes après une alarme à Notre Dame de Paris, ils étaient sur les lieux d’un sinistre qui allait marquer l’Histoire à jamais.
    Mais revenons en à moi. Mes congénères durent en moyenne cinq ans. Le temps est compté pour chacune d’elle. La société de consommation ayant besoin de se renouveler sans cesse, comme un repas que l’on englouti à toute vitesse. Qui sait aujourd’hui prendre le temps ? Quelle drôle d’idée mes géniteurs, ou plutôt mes concepteurs ont ils eu de me prénommer ainsi ! A peine née ils entrevoyaient déjà ma fin….Alors que j’aurai pu durer tel un témoin à travers le temps. Vous savez, passer le relais comme la flamme olympique. De main en main jusqu’à son but ultime d’éclairer le monde. Mais les hommes sont ainsi faits. Ils ont besoin de se renouveler. Mais moi, j’ai choisi de défier le temps et de durer. Mes petits filaments se battent pour la Vie. Je suis frêle et pourtant solide. Dieu sait que j’ai vu passer d’épreuves. Je suis là, telle la petite étoile dans la nuit. Je brille en ce temps de Pâques. Rien ne m’arrête. Je me laisse percevoir au cœur pur. Et comme dirait St Exupéry, « l’essentiel est invisible pour les yeux, on ne voit bien qu’avec le coeur. »
    Oh oui ! Par rapport à l’évolution je semble périmée, obsolète. Mais pourtant je suis là comme la veilleuse dans la chambre du petit enfant. Mes géniteurs ont mis une goute d’élixir de vie au dernier moment de ma venue au monde. En me prénommant ainsi, ils ont créé un paradoxe. Chaque jour qui vient est un nouveau défi pour …. DURER
    Docilité
    Usage
    Rustique
    Elégance
    Recouvrance.
    Je suis une petite lampe et je défi le temps.

  16. Antonio dit :

    Croyant faire preuve d’originalité mes géniteurs m’ont prénommée Obsolète.
    C’est quand j’ai commencé à me sentir périmée que j’ai pris conscience quelle destinée ils avaient voulu pour moi.

    C’est parce que toute mon enfance j’ai eu à subir les » tu sers à rien ! » que j’ai fini avec fierté par être « bonne à tout faire ».

    À l’école, je n’étais pas très attentive en classe, chaque minute derrière mon pupitre, je ruminais les railleries de mes camarades, la boule au ventre. Très vite, j’ai été dépassée et pris un retard qui m’a conduite au lycée professionnel où les piques étaient encore plus douloureuses : « Hé Obsolète ! On dit que t’es plus un bon coup, c’est vrai ? »

    Heureusement, durant mon adolescence j’excellais dans tous les sports collectifs, basket, hand, football puis au club de rugby de l’ASM Romagnat. Chaque fois, je dépannais à tous les postes, j’étais le couteau suisse de l’équipe, qu’on disait. Je gagnais en confiance, j’avais ma revanche.

    Alors quand on m’a proposé ce poste de conciergerie dans une succursale de la société Michelin à Chamalières, j’ai dit oui tout de suite. J’étais enfin « bonne à tout faire ». Fer à repasser, faire à manger ou des retouches, faire les ongles, des massages, faire la baby-sitter, faire des courses et des bonnes affaires, faire comme si de rien aussi quand un employé venait à râler et retrouvait sa méchanceté d’enfant. Mais j’aimais mon métier, j’aimais être utile, rendre service et heureux les gens. Je le croyais.

    « Obsolète, je n’ai jamais rencontré quelqu’un qui portait aussi mal son nom » me dit un jour l’homme qui deviendra mon mari.

    Et puis l’an dernier, j’ai baissé les bras, je n’en pouvais plus. J’ai tout plaqué. Je n’avais pas l’air si âgée pourtant derrière le miroir encore bien loin de refléter l’ombre d’une retraite. Mais c’était plus fort que moi, comme une évidence. Je n’étais pas moi. Toutes ces années j’avais cherché à être quelqu’un d’autre.

    « Obsolète, mon bébé », ces mots, cette voix, alors que j’avais six ans, me sont revenus soudain aussi clairs que si elle était encore là. Maman. Partie trop tôt, deux ans plus tard, d’un corps usé par une leucémie, comme mon père, deux jours après ma naissance, d’un cœur usé par un amour tout autant obsolète, qu’elle disait. Je n’étais plus un bébé, j’allais rentrer en CP, je ne comprenais pas cette maman qui ne disait rien comme les autres. Tout cela ne servait à rien, qu’elle répétait. En vain.
    Je voulais y aller, moi. Contre son gré. De l’orphelinat jusqu’à aujourd’hui, dans ma vie bien rangée, dans cette maison modeste de Romagnat, j’ai toujours lutté contre cette obsolescence que mes parents m’avaient programmée. Aujourd’hui, je commence seulement à comprendre.

    Tout ce que l’on fait, tout ce que l’on aime a une date de péremption.

    L’amour de papa a duré quelques mois, le temps d’une grossesse et d’une soudaine dépression qui l’a envoyé à l’autre bout du monde. On s’est rencontré, il y a deux mois, la seule fois, il n’avait pas de mots, juste des larmes. Je ne pouvais plus rien pour lui.

    L’amour de maman, je l’ai ignoré parce qu’elle n’était pas comme les autres, et pourtant il était plus fort… et plus court que les autres.

    J’avais rêvé d’être footballeuse professionnelle, puis rugbywoman. On me proposait de tenter une carrière à Montpellier, l’équipe avait toujours été une famille pour moi. Seulement, cela était risqué, au mieux éphémère, et surtout sans grand argent, selon ma famille d’accueil.

    Éphémère, quel joli prénom j’aurais pu donner à ma fille unique. Mais comme les autres, nous l’avons appelée Manon.

  17. Nadine de Bernardy dit :

    Croyant faire preuve d’originalité,mes géniteurs m’ont prénommée Obsolète.C’est quand j’ ai commencé à me sentir périmée que j’ai pris conscience de la chance que j’avais.
    En effet, mes géniteurs,Xanax et Drama ma mère,n’étaient pas de compagnie très agréable.Il régnait chez nous une atmosphère délétère faite de méfiance latente où la théorie du complot voisinait avec une suspicion largement alimentée par les informations avidement recherchées sur les différents diffuseurs prévus cet effet.
    Mes jeunes frère et soeur ne furent pas mieux lotis.Hypocondrie et Aquoibon grandirent marqués du sceau d’un défaitisme familial ancestral.Eux allaient vivre longtemps,bien conservés dans leurs idées reçues,chemin tout tracé d’une existence timorée et sans envergure ponctuée par la phrase préférée de notre joyeuse famille,commençant par:
    Pas étonnant avec…..
    Nous avions toute une liste très longue comme cause de ce non étonnement.
    Tandis que moi,l’aînée,ma vie devait être courte,bien remplie,active et efficace.Aussi,lorsque j’ai commencé à ressentir la sensation d’être périmée,je n’ai pas lutté,j’ai abandonné la partie sans regrets ni rancoeur.
    J’avais accompli ma tâche,je n’avais pas démérité.Mon programme touchait à sa fin.

  18. Laurence Noyer dit :

    Obsolète et Pérenne
    Sont jumelles
    Elles sont entrées en scène
    Le même jour
    Mais n’ont pas dans les gènes
    Le même parcours

    Obsolète la désuète
    S’est vite sentie dépassée
    Usée avant la date dévolue
    Sans jamais l’avoir voulue
    Obsolète au corps blet
    S’est rapidement périmée

    Pérenne l’éternelle
    A vécu quant à elle
    En ligne continue
    En développement soutenu
    Pérenne au corps anticerne
    A poursuivi sa rengaine

    Conscientes de leurs inégalités
    Les frangines décidèrent
    Pour se rééquilibrer
    D’épouser deux frères
    Jumeaux conciliables
    Périssable et Durable.

  19. Odile Zeller dit :

    A la retraite, après une vie professionnelle de fonctionnaire cadre D je me suis plongée dans la généalogie. C’était facile avec de nombreux collègues à l’état civil de notre sous préfecture que je n’avais jamais quittée. Je connaissais les procédures et l’emplacement des registres. J’y avais passé des années . Côté paternel les Cassée … côté maternel Dépassée… oui Octavie Dépassée, ma mère, ménagère appliquée mariée à Marcel Cassée.
    Dans la filiation paternelle un vrai désastre les Cassée s’étaient mariés avec des Couillard issus eux mêmes de Connard et de Patouillard bref des patronymes si délicats qu’on avait introduit des surnoms pour tous : Pat Le Roux, Jean le malin etc … côté maternel on donne dans le religieux : Dieuleveut, Curé, Levesque … j’étais prédestinée à être mal nommée. Les prénoms ne valaient guère mieux des cortèges d’Honorine, Martial, Theodule, Marcelline et même une Bécassine …
    J’étais découragée. Je voulais commencer une deuxième vie dans le littéraire il me fallait un surnom, Obsolète Cassée …. à part peut être la BD Metall …. j’ai fouillé les archives familiales et choisi Ombelline Solacy, original, musical, facile à retenir … je fais un sondage, dites moi si vous aimez. Les participants seront invités dans notre belle ville de Lavilletertre bien connue comme ville des proverbes en Normandie à boire un petit verre de calvados assis sous les pommiers, le regard sur le cul des vaches, les narines stimulés par les odeurs revigorantes des fermes avoisinantes.

  20. Marbot dit :

    toute une vie se résumait sur un emballage. Une succession de lettres et de chiffres : DLC 31/12/2019.
    Saisie par l’échéance si courte, d’une vie dédiée à alimenter des inconnus, je décidais de vider mon pot et de m’épancher sur une tartine de passage. M’affranchissant d’un déterminisme parental que je jugeais banal, je profitais finalement d’un orifice pour m’écouler sur des doigts menus. Lisant d’abord de la colère dans son regard, j’eu raison de l’Homme par la vivacité de ma couleur, mes arômes de fruit et ma sucrosité. D’un grand huuum reconnaissant, je fus alors plongée dans un long et profond voyage, duquel je revins au printemps suivant, transformée. Avec ma nouvelle forme, j’échappais ainsi à mes géniteurs pour accomplir enfin ma destinée. Celle d’une confiture intemporelle qui se donna par amour à la terre.

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