441e proposition d’écriture créative imaginée par Pascal Perrat

J’ai dans ma mémoire trois tiroirs. Un grand pour le passé, un moyen pour le présent, un petit pour l’avenir. Hier j’ai voulu ouvrir le (choisissez) tiroir pour (imaginez la raison) mais impossible de(inventez la suite)

Comment est née cette idée

Chaque proposition d’écriture créative est une bataille contre la routine et l’endormissement de l’imagination. Une émulation pour maintenir en éveil l’enthousiasme d’imaginer, d’inventer, de créer. Quand aucun défi n’est à relever, notre créativité somnole.

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23 réponses

  1. françoise dit :

    J’ai dans ma mémoire trois tiroirs. Un grand pour le passé, un moyen pour le présent, un petit pour l’avenir. Hier j’ai voulu ouvrir le tiroir du passé pour le faire revivre dans ma mémoire mais impossible de me souvenir de quoi que ce soit. Je n’étais pourtant pas né d’hier, il me suffisait d’ailleurs de me regarder dans la glace ; pour ce faire je mis mes lunettes et j’aperçus un homme chauve, avec un double menton, des bajoues tombantes. Je téléphonai à ma mère qui vivait depuis plusieurs années dans une maison de retraite pour qu’elle m’en dise plus. Sa première réaction fut de me demander ce qui m’arrivait car me dit-elle il y avait six mois que je ne l’avais pas appelée.Oh rien maman, je voulais juste que tu me rappelles mon âge. Est-ce que tu ne deviendrais pas sénile quelquefois ? Enfin pour une fois que tu serais précoce çà me changerait ! Dépité, furieux, je raccrochai.
    En désespoir de cause, j’allai prendre mon livret de famille. J’appris ainsi mon âge (59 ans), que j’avais été marié à une jeanne, puis que j’avais divorcé et divine surprise que j’avais une fille de 35 ans prénommée Alicia. Sans doute était-elle mariée, avait des enfants ! Bouleversé, je fermai le tiroir en me promettant d’ouvrir demain le tiroir moyen pour le présent.
    ——————

  2. Pissenlit dit :

    J’ai dans ma mémoire trois tiroirs. Un grand pour le passé, un moyen pour le présent, un petit pour l’avenir. Hier j’ai voulu ouvrir le moyen tiroir pour y chercher une clé.
    Ce tiroir là est toujours ouvert, c’est pratique, nul n’a besoin d’autorisation ou de code pour y rentrer, et parfois j’y place des objets, des pensées de première nécessité mais aussi des futilités.
    Et hier, justement je voulais la clé du grand tiroir pour y retrouver une citation qui parlait de livres.
    J’ai eu beau fouiller parmi les éléments présents aussi disparates que ceux d’un vide poche, impossible de la trouver !
    Je me suis dit que ce tiroir du présent était bien mal rangé.
    Pêle-mêle on y trouvait une liste de course, la tonte de la pelouse, le déjeuner avec les collègues, le cadeau pour Georges, la recette du riz au lait, quelques stylos, un rendez-vous chez le dentiste, une paire de chaussette de yoga, une pince à épiler, un roman sur ma table de nuit, des allumettes, une éponge, des enfants et des clés…des clés qui ne servent à rien, puisqu’ ici tout est ouvert, il n’y a rien à voler. Mais la seule dont j’avais besoin n’était pas là.
    Pire, impossible de me remémorer pourquoi j’avais fermé ce tiroir à clé. Un comble !
    Ce souvenir là devait être dans le tiroir du passé !
    Quelle erreur d’organisation !
    Finalement la quête de cette citation est devenu secondaire, la priorité était de retrouver le souvenir qui m’avait fait fermer ce grand et précieux tiroir à clé et si ce souvenir y était enfoui la tache s’avérait des plus complexes.
    Je pouvais tenter la recherche par mots-clés, comme sur mon PC où tout est bien rangé dans des dossiers.

    À bien y réfléchir j’avais remarqué que plus je vieillissais, plus le tiroir du passé s’agrandissait et comme je manquais d’ordre, j’avais tendance à égarer, à mélanger, les lieux, les dates, les gens. Certains souvenirs s’étaient même perdus à jamais.
    Ce devait être pour ça que j’avais pris la décision de fermer ce tiroir à clé, pour ne plus rien perdre, pour être certaine de ne plus rien laisser s’en aller.
    Mais quelle drôle d’idée de fermer à clé pour quelqu’un qui, justement, ne le fait jamais, de peur de les perdre !

    Je tournais en rond, dans mes trous de mémoire, mes trous de tiroir, mes clés perdus.

    Je ne sais pas pourquoi mais j’ai alors eu l’idée d’aller regarder dans le tiroir du futur, bien plus petit. Je n’y mets que l’essentiel, quelques provisions et du bon vin pour les amis, des débuts d’histoire, une crème anti rides… et là miracle ! Les clés étaient là ! mais aussi cette jolie citation que je cherchais de Charlotte Rampling «Si vous renoncez une fois encore, si vous avalez la clef du coffre, tant pis. Les pages y resteront. C’est la loi des livres rêvés.»

  3. Anne dit :

    J’ai dans ma mémoire trois tiroirs. Un grand pour le passé, un moyen pour le présent, un petit pour l’avenir. Hier j’ai voulu ouvrir le passé du premier tiroir pour imaginer le présent mais impossible de trouver l’avenir.
    C’était un peu comme dans une voiture, le chauffeur conduit au présent, veillant à regarder le passé dans le rétroviseur et à contrôler l’avenir devant lui.
    Mais la mémoire, c’est bien le passé. Passé qui sert à tirer des leçons au présent pour construire l’avenir. Se souvenir, faire mémoire, pour ne pas oublier. Transmettre, donner, poursuivre, interpréter, donner à voir. Les leçons d’une vie. Lieux de mémoire, d’identité.
    Je m’égare peut être, mais c’est ainsi que l’on construit une vie avec notre entourage.

  4. Peggy Malleret dit :

    J’ai dans ma mémoire trois tiroirs. Un grand pour le passé, un moyen pour le présent, un petit pour l’avenir. Hier j’ai voulu ouvrir le (choisissez) tiroir pour (imaginez la raison) mais impossible de…(inventez la suite)

    Hier, j’ai voulu ouvrir le grand, celui du passé, ayant prévu de le classer, mais impossible. Qu’est-ce qui pouvait le coincer ?
    À mon avis, il résistait parce qu’il avait compris mon projet : classer, organiser, éliminer. C’est sans doute « éliminer » qui lui déplaisait. Or, les années défilant trop vite, je ne pouvais plus attendre. Je devais rapidement y mettre de l’ordre si je voulais suivre mon plan. J’ai essayé de lui faire entendre raison sans succès, alors je l’ai forcé. Il m’a fait très mal à la tête avant de céder.
    Une fois ouvert, j’ai placé les mauvais et les bons souvenirs en deux piles. À mon grand étonnement, celle des mauvais ne me parut pas immense. Le temps, comme sur du papier thermique, en avait peut-être effacé certains. En tout cas, je gardai avec reconnaissance ceux qui m’avaient permis d’avancer dans la vie.
    Les bons, j’avais eu de la chance, étaient assez nombreux, le tri serait plus difficile, sentimentalement parlant. Néanmoins, j’étais déterminée à en éliminer si je voulais réussir mon entreprise. Je tergiversai longuement avant de faire des coupes drastiques.
    Le présent, s’organisait seul puisque, au fur et à mesure, les souvenirs se rangeaient automatiquement dans le tiroir du passé. Il n’avait pas besoin de beaucoup de place.
    De ce fait, mon organisation fut différente. Dans le petit je mis le présent puisque ce n’était qu’un endroit de passage. Le passé diminué est allé dans le moyen. Et j’ai gardé le dernier, avec assez de place, pour un grand et beau futur !

  5. MF Morel dit :

    J’ai dans ma mémoire trois tiroirs. Un grand pour le passé, un moyen pour le présent, un petit pour l’avenir. Hier j’ai voulu ouvrir le moyen tiroir pour y trouver une bonne raison de continuer cette existence mais impossible de se sentir motivé avec le déroulement inéluctable de la routine quotidienne, qui, de jour en jour, impose à celui qui la vit la répétition sempiternelle des mêmes actions, gestes, cette éternelle ronde absurde qui ne débouche apparemment sur rien, car du moment où l’on doit se lever pour vaquer à des occupations futiles, telles que aller au travail pour gagner sa vie, récupérer les gosses à l’école, faire le ménage et la bouffe nécessaire pour nourrir le corps, on perd le contact avec ce brûlot qui existe au fond de notre être et qui voudrait entraîner notre esprit vers des chemins de spiritualité que nous n’avons pas le temps d’atteindre, obligés que nous sommes à errer pour assurer notre subsistance ….
    Désolant !
    J’ai donc ouvert le grand, celui du passé, celui du passé porteur d’espoir, celui du passé fendeur de cœur, celui des illusions de la jeunesse, celui des innombrables promesses de la vie, puissamment inventées, tant et tant rêvées, affabulées dans des transes d’espérance infinie, suivies de découragement et de désolation, qui la plupart du temps, débouchent avec le dé du destin sur le vide, ce vide que le présent s’ingénie à nous présenter, comme le seul réel possible, par des artifices visant à nous imposer la société de consommation comme l’enviable panacée de l’existence !

    Mais qu’en est-il au juste de cette foutue petite existence, si sévèrement encadrée par ces règles immuables que l’être humain s’est fixées pour avancer ?

    Je voulais le savoir ! J’hésitais mais je décidai néanmoins d’ouvrir le petit tiroir de l’avenir. Et dedans, devinez ? Il y avait un pantin. Parfaitement, un pantin ridicule, désarticulé, hilare, qui remuait la tête en tous sens en émettant de petits rires idiots.
    « Mais qu’espères-tu, p’tite tête ? me dit-il  en s’esclaffant bruyamment. « Tu vois le merdier dans lequel tu es fourré? Tu vois qui tu es, ce que tu es, pauvre insecte te débattant inutilement dans ce fatras. Allez, viens, ne reste pas là. »
    Il sortit un mirliton dans lequel il souffla avec énergie, postillonnant tout en clignant de l’oeil d’un air salace.
    « Allez, viens avec moi, je t’emmène… je t’emmène …. oh et puis tu verras bien où ! Allez décide-toi, qu’est-ce que tu attends ? Y’a plus rien à foutre ici, mon vieux, allez viens, viens…. »

    Le ton devenait comminatoire. Cela ne me plut pas. Je reculai. Il avança rapidement le bras pour me saisir. Il faillit m’attraper. Je lui balançai une mandale. Il secoua sa crinière, un peu sonné, puis ricana cruellement « Ah , tu finiras bien par venir ….. et tu verras ! »
    Je refermai le tiroir, la bouche sèche, le cœur en déroute. J’en arrachai la clé en tremblant, j’allai l’enfouir au fin fond de la poubelle de ma vie, celle où je jette les brimborions dont je ne veux plus entendre parler et je me mis à trembler.

  6. oholibama dit :

    lacrymo, péter,bergamote, câble et autres petites erreurs, belle journée à vous.

  7. oholibama dit :

    trois tiroirs. un grand pour le passé, un moyen pour le présent, un petit pour l’avenir. Hier j’ai voulu ouvrir celui du présent afin de remettre de l’ordre dans mes dernières idées ( traductons) mais, impossible d’en retrouver soit disant le code. je vous explique… après trois essais qui, me mette une forte pression, j’en essai une dernière et là… je pête un cable, si, si!

    Non, je n’ai pas perdu la mémoire. Code innacssible. Pourquoi? J’ai beau faire et refaire les chiffres, les lettres,les étoiles et autres zigouigoui! Niet, Nada, Que Pouk. Mon ordinateur ne veut pas reconnaître mon mot de passe,pourquoi donc?

    Après deux messages à l’admin, on me répond que un: j’aurai perdu ce code, qu’il fallait juste en refaire un autre.
    Ben non que je réponds, c’est pas logique car, je suis sûre à cent pour cent de mon code et non je ne l’ai pas logique, cela vient de vous!

    Réponse: Code piraté, si je veux sauver mes textes, il me faut réagir et faire un nouveau code plus compliqué que celui ( déjà balaize que j’avais?)que j’utilisais. Ben voyons et mémé elle tricote ses chaussettes avec ses doigts! non mais.

    Je ne suis pas complqué , ou si peu, donc je refais un code validé par l’ordinateur. Bongo, je relance, réponse… Vôtre code n’est pas correct, avez-vous oublié vôtre code?
    Furax, je refais un mail et la réponse ne tarde pas.-Refaites un code. Je refuse direct, je veux mon ancien code, je ne suis pas responsable de leur erreur à eux de trouver l’erreur.

    Je veux que mes trois tiroirs de sauvegarde me reviennent, réponse: Veuillez nous donner vôtre numéro de téléphone. Ma réponse: Non mais et puis quoi encore! De toute façon , vous avez déjà mon numéro ! Si vous le demandez, c’est que vous n’êtes pas l’admin du site ! De ce fait, je vais porter plainte à la gendarmerie ( bon je peux monter plus haut, mais il n’est pas censer le savoir).

    Réponse:Nous venons de récupérer vos données, veuillez nous excusez pour ce contretemps, vôtre code est de nouveau valide. Bonne journée.-Ben voyons mon cochon, si tu crois que je vais en rester là, tu te mets le doigt dans l’oeil. Enfin je récupère mon site avec mes tiroirs. Au vu de ce très mauvais moment passé, c’est décidé, je m’attelle à tout photocopié, fiches et dossiers les uns après les autres ressortent sur papier.

    Deux bonnes heures plus tard,mon premier tiroir est bouclé…pour le deuxième c’est plus long, bien plus long. Il se fait tard, je décide de faire une pause. Une douche et un bon repas, la photocopieuse débite, c’est cool. Une salade genre césar, fromage blanc et fruits frais au sirop ahhhh et un café bouclera cette affaire.

    Je regarde l’heure: vingt trois heures quarante cinq et flute ça se fait tard là… Fini pour ce soir , je range mes deux gros dossiers et pour le coup, ils se retrouvent vraiment dans des tiroirs,manque plus que le dernier. Un bruit sourd, j’allume la lumière. Je regarde autour de moi, je sais que je suis seule donc… pas de quoi pêter un cable hein!

    Mes dossiers sont ce qu’ils sont mais bon pas , rien ou à peine de compromettant , de plus, celui sur le futur n’estpas achevé. Il reste tant à faire, à voir, à dire, à écrire, je peux protégé beaucoup de chose mais, pas tout, c’est difficile de le savoir. Certains payéraient très cher pour avoir celui que je devais feuilleté. Ahhh cette histoire de tiroirs n’était pas si bête. Celui qui me l’a souffler est ‘il de mon côté ou du côté des autres?

    Le bruit revient. Mes tiroirs sont blindés, j’ai mes clefs autour de ma cuisse viens donc les chercher. Je respire à fond, j’éteins les lumières, j’attends. Un raclement, un frottement, je relâche mon souffle. Un bruissement, je reste calme. Quelque chose frôle mes pieds pourtant je reste stoïque . Schoilez ne ronronne pas, il reste à mes pieds donc… il y a un intrus chez moi.

    Un fasceau de lumière m’aveugle, une main énorme se pose sur ma bouche,une odeur de bergamotte titille mon nez. Un schuttt très doux retentit. Okay Charly s’est invité chez moi pourquoi? La lumière éclabousse mon salon. Charly me lâche? Schoilez reste à mes côtés sans bouger, c’est quoi le problème?

    _Dis donc tu as du thé à la bergamotte? me demande Charly.
    _Bien sûr mon grand dans le placard de droite au-dessus du micro-ondes.
    -Tu me suis on doit discuté, on a un gros souci; tes tiroirs sont bien bouclés?
    _Oh tu sais j’ai déjà remis mes notes à Simon.
    _Qui!, Mais pourquoi t’as fais ça?
    _Eh bien… c’est mon supèrieur, de ce fait toutes mes notes doivent lui revenir.

    _Tu lui as donné celle du passé, celles du présent, celles du futur?
    _Les deux premières puisqu’elles sot définitives, la dernière n’est pas vraiment construite donc… elle repose au fond d’un tiroir bien à l’abri, enfin pour ce qu’il y a…pas vraiment de quoi en faire tout un plat! Pourquoi tu me demande ça Charly?

    _Deralc m’envoi afin que je les récupères.
    _Désolée Charly mais tu vas devoir voir ça avec Simon, là ça ne me concerne plus.
    _Pourtant tu as vider ton compte il y a peu! J’avais fais en sorte que ton code ne soit plus valable pour toi, j’aurai dû me méfier un peu plus de toi petite!
    Mon chat s’en va doucement, il grimpe sur le plan de travail, s’assied sur son derrière. Charly le laisse faire et reporte son regard sur moi. Schoilez se faufile vers mon micro-ondes de sa patte de velours, il appuit sur un bouton orange qui, vire au noir. Schoilez saute de son perchoir puis sort par la chatière.

    Trois grenades lachrymo fracassent mes vitres du salon. Je me jette par terre. Charly braille, l’une des grenades lui a exploser en pleine face. Un crac retentissant  » ma porte que je braille » avec force avant que de toussé fortement. Quatre hommes en noir armés jusqu’aux dent ( de vrais pirates) entrent et crit « mains en l’air, couchez-vous face contre terre »
    Abrutis comment je fais hein? Je me couche comment au sol sans mes mains hein?
    _Pas vous Madame, je m’adresse à Charly Fiel. Il est en état d’arrestation pour violation de tiroirs, les vôtres Madame sont’ils bien gardés?

    _Au poil commandant,ils sont bien au chaud.
    Après avoir relevé Charly et menotté comme il faut, le commandant me sourit puis me dit: »

    _ Mariane,il est l’heure, réveille toi, tu vas être en retard, n’oublis pas tes cours dans le tiroir de droite. Ton cours d’aujourd’hui c’est celui sur le présent. Allez marmotte même Schoilez est déjà debout. A ce soir trésor ton café t’attend.

    Quelque chose de chaud sur ma bouche… oh! un bisou. J’ouvre les yeux sur mon chat qui ronronne, okay tout va bien je peux me lever. Un jour nouveau, une vie entière, un rêve à glisser dans le tiroir du futur on ne sait jamais!
    Et vous quel tiroir allez-vous ouvrir ce jour?
    y.l
    sur une idée de Pascal Perrat.

  8. Michele B.Beguin dit :

    – Mais comment est-ce possible ?
    Ce 30 octobre, j’ai ouvert le tiroir moyen, celui que j’ouvre le 30 de chaque mois pour y déposer mes papiers courants, triés. Telle ne fut pas ma stupéfaction en constatant amèrement que le tiroir était vide, complètement vide.
    J’ai un grand tiroir contenant les dossiers du passé, de la nostalgie. Ceux qui me tirent une émotion. Ceux que j’aime relire chaque 2 janvier. Pas trop souvent pour ne pas être trop en proie aux larmes.
    Le 30 septembre, j’ai créé deux autres tiroirs : un petit pour y garder, mes désirs, mes souhaits, mes projections, et un tiroir moyen pour le quotidien. C’est ce dernier qui me pose problème puisqu’il est vide malgré mes apports. Je réfléchis, je secoue ma mémoire. Je suis sûr de moi, j’ai déposé des docs, le mois dernier, et je n’ai plus ouvert.

    J’ai décidé de lâcher prise et de laisser la réponse venir à moi. Je me remets au boulot, tri de la paperasse, calfeutrage de la maison pour les jours froids qui arrivent. Je regarde la petite Chloé qui joue sur le tapis. Oui ce petit bout de femme, c’est mon avenir. Je laisse mon regard vagabonder vers les photos sur le bureau qui me parlent du présent (ma femme et moi), de l’avenir (la petite Chloé), et du passé (mes parents décédés).

    Même si nous ne sommes pas le 2 janvier, j’ai décidé d’ouvrir tous les tiroirs, de placer ces photos dans leur contexte respectif.
    J’ouvre le petit pour la photo avenir, le moyen pour notre couple et celui du passé pour……
    – Oh, mais c’est incroyable, tous mes documents sont là, dans le tiroir du passé.
    Je les regarde, les retourne, je réfléchis, j’agite mes neurones, je ne comprends pas très bien comment….. Puis…
    – Ah si, mais c’est bien sûr, m’écriai-je en riant, c’est l’évidence même. L’instant présent est éphémère, il est illusoire, il bouge tout le temps, donc mes papiers ont systématiquement pris le chemin du passé dès que j’ai refermé le tiroir du présent, c’est l’évidence même, comment n’y ai-je pas pensé plus tôt…. ?

  9. Clémence dit :

    J’ai dans ma mémoire trois tiroirs. Un grand pour le passé, un moyen pour le présent, un petit pour l’avenir. Hier j’ai voulu ouvrir le (choisissez) tiroir pour (imaginez la raison) mais impossible de…(inventez la suite)…..

    Je vous arrête tout de suite ! Ce que vous énoncez là est une méprise. Que dis-je, un crime de lèse-majesté ! Oser imaginer un seul instant que ma vie se limiterait à la juxtaposition de trois tiroirs me donne le frisson. Non, non et non.
    Ma mémoire, cette superbe machine, est bien plus vaste et bien plus complexe que trois tiroirs aux contenus hiérarchisés selon les critères spatio-temporels.
    Mais bon, je peux faire un effort pour vous plaire.

    Il me faudra donc déambuler dans les arcanes de cette dite-mémoire pour trouver un trousseau de clés, enfoui quelque part, au milieu de mes quatre-vingt dix-neuf milliards de neurones.

    Le voyage s’avère périlleux à souhait…je gîte, tantôt côté hémisphère gauche, tantôt côté hémisphère droit, me frayant un chemin parmi les lobes. Hélas, nulle part, je ne trouve une trace susceptible de répondre au concept de tiroir.
    J’en suis terriblement dépitée. Doublement même en étant confrontée à deux réalités.
    La première : je ne pourrais relever le défi de ce 441° rugissant, le seconde : je dois reconnaître je ne me connais pas moi-même.
    J’en conclus que ce serait le drame de ce jour pour la première partie et le drame de ma vie pour la seconde partie. C’est alors que je fus percutée par une idée limpide. Rien ne servait de courir dans tous les sens. Il me fallait une autre clé que celle du mouvement. Oui ! C’était bien cela, il me fallait une autre clé, celle qui m’ouvrirait les trois portes : celle du passé, du présent et de l’avenir.

    Dans cet état d’esprit, je fonçai vers la gauche – celle de mon cerveau – , à la recherche d’une aire vitale. Une petit voix me souffla qu’elle appartenait à Broca. Mais cela ne m’émut pas plus que cela car, en ce moment, j’étais convaincue que j’avais trouvé mon sésame !

    Avec une douceur infinie, je la sollicitai. Elle me répondit au quart de tour, avec des mots, des phrases et des chapitres entiers.
    – Veux-tu que nous évoquions le passé, me demanda-t-elle ? A moins que tu ne préfères le présent… ou le futur…
    – C’est une colle !
    – Explique, insista mon aire de Broca qui – en l’occurrence- s’avérait être le centre stratégique du langage.
    – Mon présent est dépendant du passé et déterminera mon futur…énonçai-je timidement en appelant au secours quelques notions philosophiques.
    – On peut le voir sous cet angle. Mais il faut que tu décides. La consigne est sans appel. Tu dois faire un choix. Passé, présent, futur.
    – Dans ce cas, c’est le passé qui m’enchante, dis-je d’une voix plus ferme.
    – Et pourquoi ?
    – Parce que c’est imparable ! La seconde présente étant passée, je peux remonter le temps à souhait.
    – Bien vu ! Continue.
    – Si je remonte le temps, en enlevant au fur et à mesure les feuillets déposés dans le tiroir…
    – Que découvriras-tu ?
    – Je découvrirai que si je suis devenue aujourd’hui la personne que je suis, c’est en raison des choix que j’ai pu faire avec les cartes qui m’étaient données au départ…
    – Et, soupira mon aire de Broca, serais-tu donc fataliste ?
    – Tu veux vraiment m’entraîner sur ce terrain ?
    – Pourquoi pas ?
    – J’insiste, c’est non! Je n’ai pas envie d’étaler ma vie. Et, pour une fois, j’ai envie de respecter la consigne. Enfin, à ma façon, comme toujours !
    – Mais ça fait deux raisons…
    – OK, tu auras toujours le dernier mot, soupirais-je en tapant mon point final.

    © Clémence.

  10. Nouchka dit :

    J’ai dans ma mémoire trois tiroirs. Un grand pour le passé, un moyen pour le présent, un petit pour l’avenir. Hier j’ai voulu ouvrir le petit tiroir pour tenter de mettre des priorités dans les choix concernant mon avenir ; mais impossible, mon esprit refuse de se projeter ne serait-ce que jusqu’à la fin du mois.
    Il faut dire que je vis un moment très particulier. Je sais depuis peu que mon corps héberge un cancer de la vessie. Il a pris ses aises et maintenant, pour l’expulser de là, il faut y mettre les grands moyens. Les squatters de ce type doivent être délogés manu militari. Aussi, dans quelques semaines, après des traitements préalables, je serai amputé de ma vessie. Oui, je sais, le sujet n’est pas très plaisant à évoquer mais comme je n’arrive pas à en parler, je tente de l’aborder par l’écriture.
    Depuis plusieurs mois, nous avons invité des amis à passer trois jours dans la maison de ma mère. J’adore ce lieu où je venais enfant courir dans la lande avec mes cousins. Aujourd’hui, je le parcours avec une voracité certaine. Les couleurs, le vent frais, les parfums des arbustes sauvages, je veux les mémoriser pour le cas où je ne reviendrais pas ici avant un moment. Nous avons de la chance, le soleil est avec nous et magnifie tout le décor. J’aurais envie de me coucher sur la dune, me mettre en boule et rester là comme une partie de cette terre souvent rude mais toujours magnifique. J’ai envie de sentir le vent dans mes cheveux. Peut-être n’en aurai-je plus à ma prochaine visite. Je n’ai pas envie d’être amputé d’une partie essentielle de ma virilité. Mon esprit est troublé et passe sans transition du désir à la colère. J’imaginais vivre heureux, longtemps et en pleine forme en ce début de retraite. Et non. Je ne sais exactement comment les choses vont se passer mais sans doute de manière désagréable, pourrai-je dire, et c’est un euphémisme.
    Les amis présents ne me distraits pas de ma rumination. Par instant, je leur demanderai bien de fiche le camp.
    La femme occupe l’unique salle de bain, à son tour, ce matin. Je frappe à la porte et entre. Je la regarde nue sous la douche. J’irais bien la rejoindre et la serrer dans mes bras, la caresser sous l’eau chaude et purifiante. J’ai juste là, besoin de ce contact pendant que je suis encore dans mon intégrité physique. Mais je n’ose pas. Nous avons depuis longtemps oublié de laisser s’exprimer nos élans de tendresse.
    J’ai peur des jours à venir. C’est comme si j’étais en pleine lumière ici, dans cette nature indomptée, attentif aux grillons qui s’égosillent dans les fourrés et que demain, je doive entrer dans un tunnel sombre et sordide. Alors, il n’est pas question d’entrouvrir ce petit tiroir du futur. J’ai déjà bien assez à faire avec le présent. J’appréhende de le perdre ce présent. Le moyen tiroir qui le recueille est en réalité une sorte de passoire ; ce que je vis à cet instant précis va passer immédiatement dans le grand tiroir du passé. Pourvu que ma mémoire garde vivace les sensations de ce présent. J’aimerais que le grand tiroir soit plein de ce que mes sens m’ont permis de ressentir au fil du temps. Cela devrait m’aider à accepter le futur et son affreux petit tiroir obscur.

  11. Ophélie E. dit :

    J’ai dans ma mémoire trois tiroirs. Un grand pour le passé, un moyen pour le présent, un petit pour l’avenir. Hier j’ai voulu ouvrir le petit tiroir pour y chercher le souvenir d’une conversation rangé dans ma petite cervelle de vaurien. Effectivement, monsieur Adabra, marabout de son état, avait lu dans les lignes de ma main une grosse rentrée d’argent en tout début de mois. Nous sommes déjà le douze et je n’ai toujours rien vu venir. Ce serait-il trompé d’année ? Ça me fait flipper grave car la semaine dernière j’ai classé dans le tiroir du milieu une grosse dette que j’avais promis de rembourser rubis sur l’ongle. Depuis, les caïds du quartier n’arrêtent pas de me harceler et de me menacer de me faire la peau si je ne leur rembourse pas le fric que je leur dois. Pourtant, j’ai bien rangé dans le grand tiroir la fois où ils me sont tombés dessus à bras raccourcis. J’ai atterri à l’hôpital avec une tête comme une citrouille, trois incisives et une canine en moins. J’espère qu’ils ne vont pas fracasser pour de bon mon petit bonheur-du-jour.

    Advienne que pourra et Carpe Diem !

  12. Avoires dit :

    Hier, je ne sais pas ce qui m’a pris, j’ai voulu ouvrir le troisième tiroir, appelé Avenir. Quelle ne fut pas ma surprise de constater que le premier tiroir, appelé Passé était devenu aussi petit que l’Avenir et que le deuxième, Présent, avait décuplé ! Le passé était ratatiné, lointain, comme un bateau qui s’éloigne de la côte finissant par n’être plus qu’un point à l’horizon. Le troisième, lui, résistait, ne coulissait pas, grinçait. Dépitée, je me suis demandé pourquoi ce tiroir-là m’intéressait plus que les autres moi qui d’ordinaire préfère le présent et m’accommode assez bien avec mon passé. L’avenir se refusait-il donc à ma connaissance ? Était-il si important ? Ne ferais-je pas mieux d’aller voir une cartomancienne ? Oui, une tireuse de cartes c’est pas mal : elle dit deux ou trois choses qui peuvent nous satisfaire ou nous surprendre. Et puis, les cartes étalées, c’est joli, esthétique, les symboles sont parlants, ils disent la tendance.
    Mais sans aller jusque là, j’ai arrêté de m’exciter sur le tiroir de l’Avenir ; j’ai vu dans cette difficulté d’ouverture sur mon futur un message qui me disait de me contenter du présent, état duquel on ne sort jamais de la naissance à la mort. Toute notre vie n’est-elle pas un présent en continu ? Le passé n’est plus et l’avenir n’est pas. Bien sûr, lorsqu’on se trouve dans la troisième partie de sa vie, l’avenir se rétrécit, s’amoindrit, se rétracte, se raccourcit et c’est ce dont je venais de me rendre compte. Le grand tiroir du Présent, où les événements avaient parfois fusionné avec le Passé, prenait ses aises, se déployait. Que venait faire l’Avenir ? Il viendra inéluctablement.

  13. Grumpy dit :

    Je me présente, je m’appelle Alfred. Je suis tout petit, mais quand je dis petit, c’est petit. Né atteint de nanisme, je dois faire avec. Petit oui, mais pas bête, j’ai trouvé des solutions et je me suis adapté.

    Maman était une mère célibataire (à son époque quel scandale !) aussi dût-elle vivre en paria, il lui manquait toujours 3 sous pour en faire 4, ce qui veut dire qu’il fallait qu’elle se débrouille avec 1 sou, même pas un sou neuf.

    Quand elle est revenue de la maternité dans sa chambrette sous les toits, faute de place et de fonds, pas de berceau. C’était une femme qui manquait de tout sauf d’idées, alors ni une ni deux, elle m’installa roulé dans mes langes dans le petit tiroir de la commode. Pas eu à m’en plaindre, j’en ai même un bon souvenir, c’était confortable, douillet, pourvu seulement qu’elle fasse attention à ne pas repousser le tiroir à sa place.
    Elle me changea de tiroir au fur et à mesure de ma croissance. Du plus petit, je passais au moyen, puis au grand. Oh, celui-là que j’habitais en dernier lieu était encore bien suffisant. Je grandissais, si lentement et si peu …

    Et puis il a bien fallu que je vive ma petite vie, je trouvai un petit boulot réservé aux handicapés, ça ne me vexa point car j’y étais bien pénard. Employé de bureau, bon à tout faire pour les grands collègues.

    Beaucoup de classement, on avait très gentiment mis à ma disposition un escabeau pour atteindre la photocopieuse. Pas à me plaindre, tout le monde était gentil avec moi. J’étais le chouchou, leur petit fou du Roi, ils me protégeaient. Faut dire que j’avais le caractère rigolard et toujours la petite blague. D’ailleurs j’adorais leur rendre toute sorte de petits services pourvu qu’ils soient à ma mesure.

    Ça les amusait de me voir trottiner dans les locaux à toute l’allure de mes petites pattes, tirant au plus court en passant sous les bureaux. Ça chatouillait les jambes des secrétaires, elles riaient.

    Quand ils partaient tous déjeuner au snack d’à côté, je sortais mon petit casse-croûte et arrivait alors le meilleur moment de ma journée : en vertu de mes habitudes, j’ouvrais le tiroir du bas du grand classeur métallique et je faisais la sieste au creux d’un dossier suspendu qui balançait juste ce qu’il fallait.

    Petit coeur, petit poumons, je mourrai jeune, alors j’ai économisé sur mon petit salaire et fait promettre à mes collègues de reposer mon urne dans mon dernier tiroir au columbarium.

    Ah, petit tiroir, moyen tiroir, grand tiroir, comme je vous aime,vous m’avez permis d’avoir une vie.

  14. Blackrain dit :

    Hier j’ai voulu ouvrir le grand tiroir, celui du passé, pour en faire sortir les bons souvenirs de mon enfance, mais impossible. Il avait trépassé. Il était complètement coincé. Les oreilles de mon petit fils étaient tout pavillon sur une belle réminiscence de ma mère. Rien. Je n’avais rien à lui offrir. Il ne me revenait que l’amer. Je creusais, je plongeais au plus profond de ma remembrance mais je n’y trouvais que l’errance, l’absence, la souffrance. Les caresses devenaient gifles, le gout de miel du beurre rance, les compliments de la souffrance. Les remarques de ma mère laissaient des marques sur le tracé de mon futur. Ses farandoles avec quelque idole n’étaient que des impairs vis-à-vis de mon père. Un père et manque. Manque de courage pour la quitter. Il ne me laissait qu’une image renfrognée de la soumission. Je me faisais mission de ne point lui ressembler. Je rassemblais les rares images de douceur pour les enfouir dans le coffre de l’oublie. Ensuite, j’en jetais la clef au plus profond d’un puits.

    Heureusement, il y avait grand-mère pour que mes souvenirs prennent du plaisir. Je racontais à mon petit fils la voilette de son chapeau, les jongleurs sous le chapiteau, les roulettes de mon premier vélo. Alors, il se tourna vers ma femme pour lui offrir son plus beau sourire. Avec elle il n’aurait pas peur d’apprendre la grammaire.

  15. Jean Louis Maître dit :

    Dans ma mémoire, y a trois tiroirs.
    Un grand, un moyen, un petit.
    Dans le grand niche le passé.
    Ne l’ouvre pas, je t’avertis !
    Moi, hier, j’ai voulu essayer,
    Impossible de rien y voir.

    Dans ta mémoire, y a trois tiroirs.
    Un petit, un moyen, un grand.
    Le petit contient l’avenir.
    Ne l’ouvre pas, c’est inquiétant !
    Qui sait ce qu’on va devenir !
    Ce sera blanc ? Ce sera noir ?

    Dans nos mémoires, y a trois tiroirs.
    Un petit, un grand, un moyen.
    Dans le moyen vit le présent.
    Des deux autres il est mitoyen.
    Le seul qui soit intéressant !
    Le seul qui nous nourrit d’espoir.

    Notre tête est une commode.
    Toute notre vie s’y héberge.
    Qu’on avance ou qu’on procrastine,
    Qu’on soit insouciant, qu’on gamberge,
    On ne peut changer de dressing.
    Alors…
    Cueillons le jour, c’est plus commode.

  16. J’ai dans ma mémoire trois tiroirs. Un grand pour le passé, un moyen pour le présent, un petit pour l’avenir. Hier, j’ai voulu ouvrir le tiroir du passé, le plus grand, le plus volumineux pour commencer à écrire ma vie. Mais, impossible de me souvenir de toutes les étapes, quand bien même le tiroir s’ouvrait facilement.

    Au départ, cela m’a effrayée, m’a déroutée, m’a paralysée. Où étaient passés mes souvenirs ? Pourquoi ma mémoire, pourtant bien vaillante avant, me faisait-elle défaut maintenant ? Fallait-il y voir un signe pour ne pas démêler les fils du passé ? Pour ne pas ressasser ? Pour laisser tomber ce qui n’existait plus ?
    Cela me plongea dans un abime de pensées, aussi profondes que mes trous de mémoire !
    Que m’arrivait-t-il ?

    J’avais plus que tout un désir profond de laisser une trace avant de partir définitivement. Pour laisser une trace de ma vie passée, de mon enfance, de la vie que nous menions à cette époque-là. Pour témoigner d’une époque, de mon époque, avant que tout cela ne parte en fumée.
    J’ai toujours eu pour habitude d’ouvrir sans cesse le tiroir du milieu, le moyen, celui du présent, et d’ouvrir le petit pour échafauder les plans et les projets d’avenir. Le passé, je n’aimais pas trop y revenir ; à mon goût, les souvenirs ne présentaient guère d’intérêt au quotidien. Ils offraient parfois des bons moments, certes, ou pas, selon comment on a réussi à enjoliver le passé ou pas.

    Je m’étais installée confortablement à mon bureau ce jour-là pour essayer de tracer quelques lignes sur mon enfance, pour enfin commencer l’œuvre de ma vie, le récit de ma vie, entourée de mes chats et d’une bonne tasse de thé. J’ai eu du mal à me décider et à passer à l’action. Ruminements divers, contrariétés de revenir sur certains passages de ma vie, ressassements, déconstructions diverses et reconstructions variées de certains épisodes. Et si…et si…
    Ce n’était pas facile après tout de se mettre à écrire quand on ne l’a jamais réellement fait. L’envie ne suffisait apparemment pas. Je m’étais tout de suite sentie bloquée quand l’idée était venue me chatouiller les neurones. Bloquée. J’ai été bloquée dans la seconde qui avait suivi. Peur d’être jugée sur ma vie, peur de ressasser certaines choses enfouies, peur de ne pas être intéressante. Une vieille dame comme moi, qui cela pouvait bien intéresser ?

    Une fois toutes ces étapes surmontées –elles m’ont pris quelques semaines quand même, mises bout à bout- ma mémoire s’est amusée à me faire peur. Comme dans la chanson de Jeanne Moreau, j’avais la mémoire qui flanchait, je ne me souvenais plus très bien. Certains passages étaient flous, certains moments plus que vides.
    Terrifiant. Aberrant. Consternant. Affligeant. Pitoyable. Comment allais-je m’y prendre ? Personne ne pouvait m’aider dans ma quête, bien tardive, certes. Mes frères et sœurs étaient décédés depuis belle lurette ; j’étais la dernière de la lignée.
    A force de recherches e après maintes réflexions, j’ai fini par prendre une décision. J’ai fait appel à un biographe professionnel. J’étais prête à débourser la somme nécessaire pour que le projet aboutisse enfin. Lui saurait enjoliver et peut-être remettre mes souvenirs sur pied. Il serait compréhensif…

    Ce n’était quand même pas la joie de vieillir. Ce n’était pas beau la vieillesse, comme me le disaient mes amis à chaque invitation. Mais, au moins, j’y trouvais un avantage certain: la sagesse. La sagesse a remplacé la jeunesse. C’est un drôle de troc, non ?

  17. iris79 dit :

    J’ai dans ma mémoire trois tiroirs. Un grand pour le passé, un moyen pour le présent, un petit pour l’avenir. Hier j’ai voulu ouvrir le petit tiroir pour enfin savoir ce qui allait m ‘arriver mais impossible de le déverrouiller. Je pris patiemment le temps de le tirer d’abord très délicatement puis en donnant de petits à-coups, le bois de ma mémoire avait un peu travaillé, il avait quelques zones abîmées, récalcitrantes.
    Je me trouvais fort contrariée de ne pas y arriver. Je m’arrêtai un instant en me disant qu’il me fallait d’abord me calmer. Puis je me posais la vraie question, celle de savoir pourquoi il m’était si important d’ouvrir celui-là.
    Je vis comme ce qui me paru comme une évidence que celui du présent n’offrait guère d’intérêt, j’y déposais ce qui devait l’être en direct.
    Quant à celui du passé, je l’ouvrais régulièrement, c’était plaisant, cela m’offrait de bons moments mais il n’y avait guère de suspense, pas de frissons, d’interdits, d’inconnus.
    Aussi me tardait-il d’ouvrir celui du futur, tout excitée de voir mes projets, ceux à venir et peut-être plus encore. Croupissais-je toujours dans mon boulot ronronnant ? Avais-je accompli mes projets les plus fous ? Allais-je faire les voyages les plus étonnants ?
    Après quelques minutes à attendre, je me remis en quête d’ouvrir le fameux tiroir de ma mémoire. J’y allais aussi doucement que possible. Quand j’entendis le déclic de la serrure, mon cœur s’emballa. Je n’étais plus très sûre. Les questions se mirent à se bousculer. Et si, et si…
    De quoi se remplirait mon moyen tiroir à la lumière du grand ? Même si je le trouvais plutôt banal, je ne le détestais pas pour autant. N’était ce pas une démarche trop risquée ? Mon incorrigible curiosité l’emporta et j’ouvris d’un coup sec le petit tiroir qui m’offrit un bien étrange spectacle.
    Je retrouvais mes projets du présent décliner sur de petites boules à facettes. Et sur chaque facette, une option de réalisation pour chacun d’eux. J’y vis le meilleur comme le pire sans savoir quelle version serait la bonne. Finalement, je comprenais pourquoi il était si petit, et je comprenais pourquoi il devait le rester. Celui que je devais nourrir était le moyen. Lui seul méritait qu’on le bichonne, qu’on le préserve, qu’on l’enveloppe de mille et une attentions.
    Profitez du présent tout en sachant ce qu’il nous offre, le nourrir de paroles justes, d’actions honnêtes, de projets personnels et partagés, le savourer à sa juste mesure et ne pas vivre dans le futur.
    Rien de révolutionnaire en somme mais tout à coup je m’en trouvais apaisée de l’avoir formuler.
    La leçon aussi simple soit-elle valait bien un peu de rangement dans les trois tiroirs !

  18. Antonio dit :

    J’ai dans ma mémoire trois tiroirs. Un grand pour le passé, un moyen pour le présent, un petit pour l’avenir. Hier, quand j’ai ouvert le tiroir du milieu pour sortir les trois choses que je devais lui ramener du Supermarché, quelle n’a pas été ma surprise d’y trouver chaussettes, caleçons et cravates.

    « Tu es sûr que tu ne veux pas que je te les note, m’avait-elle pourtant dit, une heure avant. Avec ta tête de linotte ! »

    J’avais haussé les épaules, comme à chaque fois que ma femme me prend pour un gamin sans cervelle. J’étais pourtant sûr de les avoir rangés dans le bon tiroir. Seulement en m’habillant, comme j’avais le moral dans les chaussettes depuis mon licenciement, ma tête avait dû inverser les tiroirs. La pauvre, à broyer du noir toute la journée, comment voulez-vous qu’elle y voit clair ? Mais ça, ma femme, elle ne veut pas le comprendre. Tant pis, j’allais devoir affronter une nouvelle scène qui pourrait bien être la dernière à force de ne lui servir à rien, me suis-je dit en ressortant du centre commercial. Quand, sur le parking, je suis tombé nez à nez avec un homme qui jurait qu’on s’était connus au Lycée.

    « Mais enfin, François ! Tu ne me reconnais pas ? Laurent !»

    J’ai ouvert le grand tiroir, m’attendant à trouver un bazar sans nom, du moins sans le sien, puisque sa tête ne me disait absolument rien. Mais quelle n’a pas été là encore mon désarroi quand j’ai trouvé là, alignées par paires, mes chaussures et celles de ma femme avec tous les accessoires de cirages bien rangés par couleur, comme elle seule sait le faire.

    « On était en première S, avec la petite Sophie. Tu sais, celle qui voulait sortir avec nous alors qu’on la trouvait moche comme un pou. »

    Je n’ai pas réagi, voyant bien de qui il parlait puisque ma femme s’appelle Sophie, mais lui ne me disait toujours rien, si ce n’est des mots désagréables pour activer des souvenirs qui s’étaient fait la malle dans le mauvais tiroir, sans doute resté à la maison.J’ai donc feint, comme on le fait tous, de le reconnaître et d’acquiescer niaisement chacune des ses anecdotes.

    « T’as travaillé dans la recherche, alors ? whaou ! Faut dire que t’étais une sacré pointure en maths et physique. »

    Du 44, je lui ai répondu. J’ai toujours fait du 44 depuis le lycée. Y en avait plein le tiroir.

    « Si t’as perdu ton emploi, t’as pas perdu ton humour, sacré François ! Et tu vas devenir quoi, alors ? »

    Je ne sais pas pourquoi j’ai ouvert le tiroir du bas que je savais quasi vide hormis l’avis de décès qui ne demandait qu’à être rempli, mais une nouvelle fois, quelle n’a pas été ma surprise d’y trouver les trois choses que m’avait commandées ma femme.

    Une bouteille de champagne, demi-sec (surtout ne pas prendre du brut, trop amer pour ses papilles), du saumon fumé et des blinis. Bon sang, mais bien sûr, c’était son anniversaire.

    « Oh, merci Roland ! Tu viens de me sauver la vie ! »
    — Laurent !
    — Oui Laurent, il faut que je retourne dans le magasin avant que je devienne un chômeur en instance de divorce.»

    J’ai balancé son visage et son prénom au milieu des chaussettes et des caleçons puis j’ai refermé le tiroir en me disant que je remettrais bien tout ça en place en rentrant.

    Mais qu’est-ce que je peux comprendre mon oncle Michel qui a fermé à clefs tous les tiroirs de sa mémoire et balancé le trousseau de ses souvenirs par dessus le pont d’Alzheimer.

  19. Ddurand JEAN MARC dit :

    J’ai dans ma mémoire trois tiroirs. Un grand pour le passé, un moyen pour le présent, un petit pour l’avenir. Hier, j’ai voulu ouvrir le grand tiroir pour trier un peu tout le bazar entassé, mais impossible de retrouver la clé.

    Je me suis préparé une chicorée, comme çà, comme si le jus du Nord allait me rincer les neurones aussi efficacement qu’il pouvait me nettoyer les boyaux inférieurs. Rien! Je m’en suis fait un deuxième, sans sucre. Rien! Où donc avais- je pu ranger ce satané bout de ferraille ? Pas dans ma collection, quand même ??

    Je me suis donc penché sur le tiroir moyen, celui du centre, du présent, celui où ca se passe, le temps surtout. Et là, je l’avais un peu oublié, s’étalait toute ma collection de clés. Je dis collection, en fait, ce n’est qu’un amas.

    Il faut vous dire qu’à une époque, la passion des armoires avait envahi ma tête et mon appartement. Les plus belles, les plus anciennes, les plus indémontables, ne passaient évidemment plus par l’ascenseur. Donc un jour, j’ai revendu l’appartement, garni de ses armoires, à une femme mariée recevant beaucoup d’amants, j’ai investi dans plus spacieux.

    Et, pour me venger de la cruauté du Monde m’interdisant de devenir conservateur d’un beau musée, je me suis mis à collectionner les clés. On en trouvait assez facilement, à des prix raisonnables, sauf les pièces rares, celle du coffre d’Harpagon, par exemple.

    J’ai donc remué tout mon fatras. Evidemment, parmi les 250 « rossignols », pas un ne m’a siffloté le doux chant attendu: » Coucou, c’est moi, la clé du tiroir du passé ». J’ai dû essayer l’ensemble. Trois heures de manipulation, et des crampes au poignet.

    Enfin, le tiroir a cédé face à une clé dérisoire, ridicule, un peu tordue des manipulations.

    J’ai juste jeté un œil à l’intérieur, j’ai grogné, j’ai ronchonné, beaucoup de papiers, des photos, des bouts de vie, sous dossiers, enroulés dans des élastiques, les caoutchoucs fatigués du souvenir. Les puzzles, ça m’a toujours pris la tête. Cette complaisance de petit joueur à reconstituer les petits morceaux d’un ciel de carton à accrocher dans le salon….non, j’ai refermé le tiroir.

    Quand même, je me suis intimé l’ordre de ranger la dite clé dans le petit tiroir, la réserve du temps à venir. Yavait juste la place

    Enfin, je me suis décidé à m’aérer, j’ai pris mon manteau de pluie parce qu’il pleuvait, mon chapeau de pluie parce qu’il pleuvait et mes chaussures de ville parce que je n’en ai pas d’autres.

    Juste avant de sortit, je me suis retourné, j’ai contemplé l’ensemble de ma vaste pièce….j’ai peu tiqué dans ma tête: » Mouais, les commodes … ca commence à faire un peu beaucoup »

  20. Odile Zeller dit :

    J’ai dans ma mémoire trois tiroirs. Un grand pour le passé, un moyen pour le présent, un petit pour l’avenir. Hier j’ai voulu ouvrir le grand tiroir pour effacer un ou deux méfaits mais impossible de mener à bien l’opération cela bloquait. Je n’y comprenais rien. Les fois précédentes la manœuvre avait toujours réussi. J’avais ainsi gommé deux holdups, un meurtre et un peu de proxénètisme. Cela vaut tellement soulagé ma conscience qu’enjeu retrouvais un sommeil tranquille. Les cauchemars avaient momentanément disparu. C’était après tout la guerre ou la guerre froide, bref une période où … cette fois rien à faire. Ce qui ne gênait le plus était que le tiroir restait ouvert à tous vents. Si je me risquait à ouvrir la bouche toute ma vie passée pouvait fuiter. Le tiroir moyen lui s’ouvrait et se fermait sans histoire, rien ne à craindre de ce côté la. Quand au Petit là j’étais tranquille il n’y avait rien dedans. L’avenir était vierge et serein. Je l’ouvrais pour vérifier … ils étaient là les délits que je voulais oublier, sagement rangés dans l’ordre chronologique : un petit meurtre oh juste une vengeance, le bonhomme était réapparu, croyant que je l’avais oublié et hop j’avais organisé son départ pour l’au delà et … cela voulait il dire que ….
    Je refaisais l’opération en sens inverse et miracle … le grand tiroir fonctionnait de nouveau. Je me sentais mieux, nullement soulagé mais comment dire … c’est à ce moment précis qu’on tapa à la porte en criant police police …. le clocher de Saint Janvier sonnait 6.00 et je n’avais pas encore bu mon premier expresso.

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