442e proposition d’écriture créative imaginée par Pascal Perrat

L’homme au crayon derrière l’oreille avait le sourire rusé. Ces deux-là, à coup sûr, étaient de connivence. J’avais d’ailleurs surpris le crayon lui chuchotant…

Je vous invite à inventer la suite

Comment cette idée est née au marché

Chaque proposition d’écriture créative est une bataille contre la routine et l’endormissement de l’imagination. Une émulation pour maintenir en éveil l’enthousiasme d’imaginer, d’inventer, de créer. Quand aucun défi n’est à relever, notre créativité somnole.

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26 réponses

  1. françoise dit :

    L’homme au crayon derrière l’oreille avait le sourire rusé. Ces deux-là, à coup sûr, étaient de connivence. J’avais d’ailleurs surpris le crayon lui chuchotant, non pas des mots doux bien sûr mais des mots salaces.Il en devenait parfois rouge de confusion. J’avais été voir il y a quelques années le film « l’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux » plein de poésie ; les leurs sembaient en être dénués.
    Voulant en savoir plus, je m’emparai de son crayon et le mis derrière mon oreille. Sous le choc émotionnel, celui-ci devint muet et tous deux durent être transportés aux urgences de l’hôpital.
    J’allai les y voir et quelle ne fut pas ma surprise de voir le médecin de service le crayon derrière l’oreille alors qu’il visitait les malades, se servant de ce dernier pour rédiger ses ordonnances. J’en restai bouche bée.
    Qu’était devenu l’homme ? Je le retrouvai aux « soins palliatifs ». On me dit qu’il était en phase terminale. Sans réfléchir, j’allai chercher le crayon derrière l’oreille du médecin et le remis derrière l’oreile droite du malade.
    Quelques jours plus tard, celui-ci sortait sur ses deux jambes, le crayon derrière l’oreille, tous deux en grande conversation.Mentalement, je leur souhaitai longue et belle vie…..

  2. Jean-Pierre dit :

    L’homme au crayon derrière l’oreille avait le sourire rusé. Ces deux-là, à coup sûr, étaient de connivence. J’avais d’ailleurs surpris le crayon lui chuchotant : « Je te trouve bien nerveux aujourd’hui ».
    Effectivement, Jojo était très agité.
    Le crayon était parfaitement conscient de sa mauvaise mine et craignait autant une utilisation vigoureuse du taille-crayon qu’un geste rageur de Jojo.
    Jojo Duzinc, c’est le dernier quincaillier du quartier. L’homme en gris derrière un comptoir gris qui occupe toute la largeur du magasin, à l’exception d’une demi-porte de la même hauteur que le comptoir. Sur le comptoir, une caisse enregistreuse mécanique d’un autre âge qui fait encore « crac crac » avant de recracher le morceau de papier avec le total. Devant le comptoir un parquet noirci par le temps et une vitrine où trônent toutes sortes d’outils et d’objets indispensables mais sans éclat. Sur les murs des rayonnages où sont stockés d’autres objets hétéroclites.
    Derrière lui, un autre rayonnage qui laisse juste un étroit passage vers le fond aussi mystérieux que mal éclairé.
    Ce dernier rayonnage comporte des centaines de tiroirs en bois noircis par le temps et toute une rangée de classeurs noirs soigneusement alignés.
    Cet homme en gris est la providence du quartier. Vous avez un problème à résoudre. Il vous écoute, et il trouve toujours une solution, que ce soit pour un robinet qui fuit, un tableau à accrocher, des plantes qui refusent de pousser ou un conflit avec le voisin. Et pour pas cher : un outil à main, des vis de la bonne dimension, une planche, de la colle. Seule condition : ne pas être pressé, car Jojo semble hors du temps. Il n’est pas rare de ressortir de son magasin avec trois vis à bois qui ont coûté quinze centimes et une demi heure de palabres avec plan à l’appui dessiné sur le comptoir, alors qu’on était venu chercher quelques clous. Ce magasin est à fuir dès qu’il y a plus d’un client devant soi.

  3. Fleuriet Mireille dit :

    L’homme au crayon derrière l’oreille avait le sourire rusé. Ces deux là, à coup sûr, étaient de connivence. J’avais d’ailleurs surpris le crayon lui chuchotant des anecdotes sur ses clients…

    Lorsque l’on arrivait devant l’étal du Père Toine la soixantaine bien sonnée, l’on était attiré par l’objet qu’il avait coincé à l’oreille, non ! Ce n’est pas un téléphone portable dernière mode, c’est bien plus que cela, c’est un compagnon, un complice, toujours bien taillé son crayon ! Au fil des années, nous sommes devenus des copains Toine et moi.

    Je me souviens lorsque j’étais petite – j’ai aujourd’hui …ante quatorze -, (sourire) dans les marchés toutes les vendeuses et tous les vendeurs avaient derrière l’oreille à portée de main leur crayon et leur petit carnet aux pages cornées dans la poche de leur tablier. Il pesait, calculait, c’était emballait, il vous donnait sur un papier qu’il déchirait de son calepin le détail des achats. Pas besoin de calculette…

    En voyant le Père Toine avec son crayon derrière j’ai fait un bond merveilleux dans le passé et je me suis souvenue du bon vieux temps comme on aime à le dire, et, je me suis mise à rêver.

    De mon enfance, je revois le Père Désiré vendant les légumes de son jardin, on ne parlait pas bio, ils étaient naturellement bio, avec pour engrais le crottin de cheval et la bouse de vaches, dans la cour de la ferme trôné un tas de fumier fumant, tout cela servait d’engrais. Il avait aussi de beaux fruits de son verger, en me le remémorant j’y retrouve le goût de ses pommes sucrées et croquantes.

    Et pour la Mimi se sera quoi pour aujourd’hui ? Tu es dans les nuages ma belle ! Oui, je rêvassais, et je lui racontais tout en lui demandant 5 tomates, mes souvenirs d’enfance. Ensuite, je prendrais des courgettes une livre, ainsi qu’une livre aussi d’aubergines, tiens me dit-il, je te mets une pomme tu m’en diras des nouvelles, ainsi qu’un peu de persil, cadeau de la maison.
    Merci Toine !
    Il prit de derrière son oreille son crayon et sortit son calepin pour faire le total de mes achats. A ce moment là, j’ai entendu le crayon lui dire « on fait bien la paire tous les deux hein » !

    Souvenirs, souvenirs !

  4. Ophélie E. dit :

    Désolée Pascal pour le doublon ! Merci beaucoup pour cette idée très originale et à bientôt.

  5. Ophélie E. dit :

    L’homme au crayon derrière l’oreille avait le sourire rusé. Ces deux-là, à coup sûr, étaient de connivence. J’avais d’ailleurs surpris le crayon lui chuchotant un mot quand madame Lucette entra dans la boutique.

    J’étais posté devant le tourniquet des cartes postales feignant de chercher celle du Puy de Dôme. Il m’avait dit qu’il pensait en avoir une et m’avait laissé à mes recherches. Madame Lucette me fit un clin d’œil de connivence. Elle m’avait alerté moi l’inspecteur des fraudes sur les manigances de ce commerçant.

    – Bonjour madame, lui dit-il d’un sourire affable. Qu’est-ce que ce sera pour vous aujourd’hui ?

    – Je voudrais cent grammes de gruyère, s’il vous plaît.

    – Et comme d’habitude vous en voulez au gramme près. Je vous l’ai expliqué des milliers de fois que je ne peux le trancher pour faire pile poil le poids. Prenez-le dans le rayon des sous-vide.

    – Et moi, je vous l’ai dit des tonnes de fois que je ne veux pas d’emballage qui pollue la nature.

    Le commerçant bien agacé s’évertua à couper dans la meule et mit un temps fou à peser et repeser la tranche. Tant est si bien qu’il lui restait des rogatons sur sa planche à découper et qu’il se disait que son bénéfice partait en fumée.

    – Et avec ça, lança-t-il d’un ton un peu moins aimable.

    – Je voudrais un beefsteak bien tendre.

    – Je ne vends pas de la carne et c’est du bio, lança-t-il au bord de l’apoplexie.

    – Ah bon ! La dernière fois mon chat a failli s’étouffer avec.

    – Vous achetez du steak pour votre chat ! s’étonna-t-il.

    – Ça vous regarde ce qu’il mange ? Et vous me mettrez aussi un beau melon bien sucré, pas comme celui de la dernière fois ; j’ai dû le jeter dans le composteur.

    – Comme si j’étais dedans, dit-il in petto.

    Faisant mine de tâter les fruits, il mit dans le panier de Lucette le premier qui lui tomba sous la main. De toute façon, il fallait bien qu’il la vende sa marchandise. Jetant un coup d’œil dans son échoppe, il constata que la file d’attente n’en finissait plus de s’allonger. Et madame Lucette n’en finissait plus de lui demander ci et ça. Quand elle eut bien rempli son cabas, le commerçant attrapa son crayon, l’humecta de salive et fit le compte à la vitesse de l’éclair sur son carnet.

    – Vous n’avez pas encore de machine à calculer et comment vous souvenez-vous de tous mes achats ? s’étonna madame Lucette.

    – Pourquoi faire, je suis le roi des additions depuis quarante ans et j’ai une mémoire d’éléphant. Je n’ai que mon certificat d’études, mais je n’ai jamais fait une seule erreur.

    – Vous croyez ça, sourit madame Lucette. Regardez, me dit-elle en me tendant la note : il écrit tellement mal pour m’embrouiller que ses 3 se transforment en 9 comme par magie. Et s’il fait ça pour chaque client, imaginez un peu le bénéfice qu’il se met dans la poche.

    Tout en lui montrant ma carte, je me présentai au commerçant abasourdi. Je m’installai sur une table et refis le calcul. Effectivement, le tour de passe-passe était subtil et, par surcroit, deux lignes supplémentaires avaient eu la bonne idée de s’installer sur la note.

    – Je ne comprends pas, s’indigna le marchand. C’est ce crayon qui écrit n’importe quoi, il est maléfique, vous n’allez pas me croire : il me parle.

    – Il vous parle ! m’exclamai-je éberlué. Vous êtes sûr que vous allez bien ?

    – Je vous explique. Dès qu’un client entre, il chuchote : celui-ci est un pigeon et tu peux le plumer. À force, il me donne de l’exéma derrière l’oreille, dit-il en me montrant une plaque rouge peu ragoûtante.

    – Le mien ne me donne pas de souci particulier, répliquai-je. Il va vous rédiger un très intéressant procès-verbal.

    Pendant que le crayon atterrissait dans la poubelle, Madame Lucette, hilare, s’en fut raconter à tout le quartier comment elle avait démasqué ce bandit.

  6. Anne dit :

    L’homme au crayon derrière l’oreille avait le sourire rusé. Ces deux-là, à coup sûr, étaient de connivence. J’avais d’ailleurs surpris le crayon lui chuchotant… »Viva Liberta ! » Ces 2 là étaient Corse. Ils étaient de haute lutte dans l’indépendance de leur île. Ils vivaient dans le maquis, mais étaient de parfaits fonctionnaires au travail. Rien ne laissait entrevoir leur double appartenance. Qui disait fonctionnaire disait qu’ils avaient parfaitement intégré l’appartenance de leur île à l’était Français au XVIIIè siècle. Ne travaillaient ils pas pour les plus de 2 millions de touristes qui déferlaient chaque année que ce soit par avion ou par bateau ? Mais oui, ils étaient de connivence par préserver l’intégrité de leurs côtes et villages qui avec le temps avaient été défigurés, perdant ainsi un peu de leur âme. Par leurs crayons ils veillaient avec un enthousiasme certain à griffonner l’écriture française des panneaux indicateurs et les remplacer par l’écriture Corse. Les touristes étaient ainsi désarçonnés, perdus. Où devaient ils aller, où se trouvaient ils ? Et qu’en était il de Bonifacio conservant un peu d’identité de la conquête génoise ? Et Ajaccio, fidèle à Napoléon qui l’avait vu naître ? Et Corte, coeur de la première université Corse fondée par Pascal Paoli ? Oui, ces 2 hommes avaient au coeur cette particularité insulaire qu’ils défendaient. Ils étaient inséparable dans les coups de main. Mais ces derniers étaient sans violence comparativement au FLNC. Ils étaient Corse avant d’être Français. Alors que dire de l’appartenance de la France à l’Europe ? Inutile d’en parler, cela était encore plus abstrait.
    Et le crayon qui répétait « Viva Liberta ! »

  7. Lauriane dit :

    L’homme au crayon derrière l’oreille avait le sourire rusé. Ces deux-là, à coup sûr, étaient de connivence. J’avais d’ailleurs surpris le crayon lui chuchotant quelques corrections sur ses écrits. Après avoir écrit quelques lignes sur son carnet, il tournait la tête de gauche à droite pour s’assurer que personne ne le regardait, posait délicatement le crayon à l’oreille et restait silencieux et concentré un long moment tout en hochant la tête de temps en temps en signe d’approbation. C’est à cet instant que le crayon chuchotait. Une fois les précieux conseils prodigués, l’homme se remettait au travail. Il gommait, raturait, écrivait puis relisait son oeuvre d’un air satisfait. De l’extérieur rien ne permettait de voir ce petit manège qui se jouait entre l’homme et son crayon et pourtant son attitude m’intriguait à chacun de ses passages à la bibliothèque alors un jour je pris mon courage à deux mains et allait lui demandait à qui il parlait lorsqu’il posait son crayon derrière l’oreille. Il me regarda d’un air suspicieux, déposa délicatement le crayon derrière son oreille tout en remettant une mèche de cheveux à sa place. Il me regarda fixement, puis après quelques secondes de ce que j’imaginais être un long monologue intérieur il me répondit : Mon crayon!. -Comment ça votre crayon ?
    – Eh bien, je parle à mon crayon ou plutôt c’est lui qui me parle. En fait il me conseille, me corrige et me guide dans les réflexions. Cela fait quelques mois qu’il m’accompagne. Un jour que je faisait des recherches, je suis astrophysicien, je suis tombé sur ce crayon sur l’une des étagères de la bibliothèque. J’ai commencé à m’en servir et par habitude j’ai commencé à le mettre derrière mon oreille. C’est là que ça a commencé. J’ai entendu des commentaires, des remarques, qui parfois étaient bien salés, sur mes notes. J’ai cru que je devenais fou mais je me suis rendu compte que les remarques de mon crayon étaient pertinentes et je dois bien l’avouer bien souvent elle tenait du génie ! Alors j’ai continué à l’écouter et d’ailleurs c’est lui qui m’a dit de tout vous raconter, c’est plutôt étonnant parque qu’habituellement il est plutôt méfiant…
    Je ne savais pas quoi dire et je le regardais interdit ne sachant pas trop si je devais exploser de rire, partir en courant ou essayer de creuser un peu plus cette histoire complètement folle de crayon chuchoteur. Cet homme que je connaissais à peine venait de me raconter un secret aussi intime qu’incroyable et maintenant il fixait sur moi un regard plein d’espoirs et d’attentes. Puis la lueur dans son regard se transforma et l’inquiétude fit son apparition, sa voix se fit tremblotante lorsqu’il reprit :
    Il m’a conseillé de vous parler parce qu’il a dit que vous pourriez m’aider. Regardez mon crayon, ah mon crayon, il le posa doucement dans sa main pour me le montrer, mon problème c’est qu’il se réduit de plus en plus. J’ai bien essayer de travailler sans lui mais c’est devenu impossible. Je suis devenu incapable de réfléchir, une coquille vide. J’ai l’impression de n’être plus qu’un pantin, le porte parole d’un crayon à papier, je, je ne sais plus quoi faire…
    J’étais attendri par cet homme, derrière ces airs de savant fou je distinguai une vraie détresse et un périple incroyable débuta ce jour ou je décidai d’aider l’homme au crayon derrière l’oreille.

  8. oholibama dit :

    L’homme au crayon derrière l’oreille,
    avait le sourire rusé. Ces deux-là, à coup sûr, étaient de connivence. j’avais d’ailleurs surpris le crayon lui chuchotant doucement ,la chanson du vent dans la haute ramure du chêne géant.
    L’homme sourit encore plus sans, se formaliser du fait que moi, l’enfant des bois je le regarde fasciné par ce que mon petit coeur pensait percevoir.

    L’homme réagit à la supplique du crayon mais, lentement hochant sa tête lui murmura à son tour… »quel genre, ou, crois-tu que cela sera suffisant? Bon on va voir ça,tu dessine,je pense avec toi!

    Le crayon dans les doigts noueux de l’homme s’activa. La danse du bois contre la feuille du papier,le noircissant allègrement, le sourire de l’homme devint plus grand .

    Rien n’était plus beau pour l’enfant que j’étais que de regarder cet homme qui me fascinait travaillé avec cette fierté, cette lumière qui dansait autour de lui me faisait rêvé… un jour, oui, un jour je serais comme lui.

    Je le connaissais,ça oui, je le savais, mais… j’étais si jeune. Mon regard ne quittait pas le crayon qui soudain sembla s’élever dans les air pour, venir se placer juste là derrière son oreille.

    Dans mon petit trou,pas plus grand que mon corps, je levais mes petits bras potelés vers ce visage tout ridé.
    « Oh mon tout petit, tu es éveillé? est ce moi et mon crayon qui t’avons sorti de ton doux sommeille? Tu vas être heureux petit …allez viens là voir ce que nous avons créé pour toi!

    Il me prit dans ses bras, me souleva, je sentis le vent qui telle une main aimante me soulevait afin d’aidé l’homme. Pelotonné tout contre lui, je babillais en bavant .

    Il me pencha sur le dessin achevé: »regarde ça petit, le crayon et moi on a compris qu’il te fallait une belle maison dans l’arbre et le grand chêne , il est tout à fait d’accord pour cela…tant qu’on ne lui plante pas de clous dans son coeur. Tu vois ça petit?
    J’ai hâte de te voir quant enfin plus grand tu fouleras l’herbe haute et que dans un cri de joie tu brandiras la clef de ta maison dans l’arbre;

    Ce jour là petit,mon crayon et moi nous cogiterons afin de te faire une balançoire ou encore un toboggan et tu riras ce qui chauffera mon coeur et celui de mon crayon de bois.
    Les jours, les années passèrent, je grandis fort et fier puis un jour je fus invité et là… tout me revint en mémoire. Mon coeur palpita plus vite et je revoyais l’homme qui doucement écoutait son crayon posé là tout contre son oreille.

    Aujourd’hui à l’aube de ma vie, je regarde le tout petit qui somnole dans son trou bien à l’abri.
    Mon crayon derrière l’oreille , je sus que mon sourire paraissait rusé, l’était-il? Oui sans aucun doute car j’écoutais les proposition que doucement me chuchotait mon crayon…

    Avec lui et pour lui, le vent ce jour serait notre ami…Sur une large feuille de papier, mes doigts noueux travaillaient à l’invite de mon crayon de papier. L’avion de bois et son hélice serait un très beau cadeau pour tes deux ans,mon crayon me chuchota d’autres idées et je ne pus qu’en rire car, toi ,oui toi, tes yeux grands ouverts posés là sur moi, me ramenèrent en arrière .
    je me revis enfant fier

    de voir mon grand-père et son crayon magique me consruire tout un monde féérique.
    y.l
    sur une idée de Pascal Perrat.

    avait le sourire rusé. Ces deux-là, à coup sûr, étaient de connivence. j’avais d’ailleurs surpris le crayon lui chuchotant doucement ,la chanson du vent dans la haute ramure du chêne géant.
    L’homme sourit encore plus sans, se formaliser du fait que moi, l’enfant des bois je le regarde fasciné par ce que mon petit coeur pensait percevoir.

    L’homme réagit à la supplique du crayon mais, lentement hochant sa tête lui murmura à son tour… »quel genre, ou, crois-tu que cela sera suffisant? Bon on va voir ça,tu dessine,je pense avec toi!

    Le crayon dans les doigts noueux de l’homme s’activa. La danse du bois contre la feuille du papier,le noircissant allègrement, le sourire de l’homme devint plus grand .

    Rien n’était plus beau pour l’enfant que j’étais que de regarder cet homme qui me fascinait travaillé avec cette fierté, cette lumière qui dansait autour de lui me faisait rêvé… un jour, oui, un jour je serais comme lui.

    Je le connaissais,ça oui, je le savais, mais… j’étais si jeune. Mon regard ne quittait pas le crayon qui soudain sembla s’élevé dans les air pour, venir se placer juste là derrière son oreille.

    Dans mon petit trou,pas plus grand que mon corps, je levais mes petits bras potelés vers ce visage tout ridé.
    « Oh mon tout petit, tu es éveillé? est ce moi et mon crayon qui t’avons sorti de ton doux sommeille? Tu vas être heureux petit …allez viens là voir ce que nous avons créé pour toi!

    Il me prit dans ses bras, me souleva, je sentis le vent qui telle une main aimante me soulevait afin d’aidé l’homme. Pelotonné tout contre lui, je babillais en bavant .

    Il me pencha sur le dessin achevé: »regarde ça petit, le crayon et moi on a compris qu’il te fallait une belle maison dans l’arbre et le grand chêne , il est tout à fait d’accord pour cela…tant qu’on ne lui plante pas de clous dans son coeur. Tu vois ça petit?
    J’ai hate de te voir quant enfin plus grand tu fouleras l’herbe haute et que dans un cri de joie tu brandiras la clef de ta maison dans l’arbre;

    Ce jour là petit,mon crayon et mùoi nous cogiterons afin de te faire une balençoire ou encore un toboggan et tu riras ce qui chauffera mon coeur et celui de mon crayon de bois.
    Les jours, les années passèrent, je grandis fort et fier puis un jour je fus invité et là… tout me revint en mémoire. Mon coeur palpita plus vite et je revoyais l’homme qui doucement écoutait son crayon posé là tout contre son oreille.

    Aujourd’hui à l’aube de ma vie, je regarde le tout petit qui somnole dans son trou bien à l’abri.
    Mon crayon derrière l’oreille , je sus que mon sourir parraissait rusé, l’était-il? Oui sans aucun doute car j’écoutais les proposition que doucement me chuchotait mon crayon…

    Avec lui et pour lui, le vent ce jour serait notre ami…Sur une large feuille de papier, mes doigts noueux travaillaient à l’invite de mon crayon de papier. L’avion de bois et son hélice serait un très beau cadeau pour tes deux ans,mon crayon me chuchota d’autres idées et je ne pus qu’en rire car, toi ,oui toi, tes yeux grands ouverts posés là sur moi, me ramenèrent en arrière .
    je me revis enfant fier

    de voir mon grand-père et son crayon magique me consruire tout un monde féérique.
    y.l
    sur une idée de Pascal Perrat.

  9. Clémence dit :

    L’homme au crayon derrière l’oreille avait le sourire rusé. Ces deux-là, à coup sûr, étaient de connivence. J’avais d’ailleurs surpris le crayon lui chuchotant…

    Le soleil à peine levé, l’homme s’asseyait à son bureau, face à la mer et à son ordinateur et il écrivait. Par nécessité, pour l’alimentaire.
    Il écrivait des petites histoires bien gentilles, des aventures rocambolesques, des histoires de belles rencontres, de petits miracles, de destinées extraordinaires, de découvertes sublimes,
    Et ça marchait vraiment bien ! On en redemandait !

    Mais tout ça, c’était un leurre, un masque derrière lequel se cachait une âme noire.

    Alors, selon un rituel immuable, à la nuit tombante, l’homme se levait, quittait son ordinateur et sa table, s’installait devant son lutrin. Il sortait son carnet de moleskine et coinçait son crayon derrière l’oreille. Cet outil transcripteur était devenu son complice, dont la mine noire distillait insidieusement son venin.

    L’homme l’écoutait raconter.
    Elle se repaissait des folles rumeurs qui naissaient, enflaient, grondaient et déferlaient sur les réseaux sociaux. Elle lui parlait de crimes, d’assassinat, de tête sans corps, de corps sans membres, d’entrailles déchirées …
    L’homme se délectait des bassesses, des crimes et des trahisons.
    De conserve, l’homme et la mine s’abreuvaient de toutes ces horreurs.
    Alors, l’homme prenait son crayon et noircissait les pages du carnet jusqu’au petit matin.

    Une nuit de plein lune, le crayon lui chuchota :
    – Tu ne crois pas que nous y allons un peu fort ?
    L’homme haussa les épaules et se roula une clope.
    – Que proposes-tu ?
    – Des enlèvements, des kidnappings, des disparitions… quelque chose dans ce genre, tu vois ?
    – Pourquoi pas ?
    Et l’homme ouvrit son carnet et écrivit.
    Des histoires avec des enlèvements, des kidnappings et des disparitions.
    Il éprouva un plaisir certain. Son crayon à la mine venimeuse aussi.

    Les nuits se succédaient et l’homme écrivait. La mine s’usait, s’épuisait, mais la noirceur restait vive jusqu’à la fin. Alors, de la boîte en carton, l’homme ressortait un autre crayon. Et les chapitres s’enchaînaient et se déchaînaient. Vomissant leur contenu nauséabond.

    Une nuit de nouvelle lune, le crayon lui chuchota :
    – Tu ne crois pas que ça suffit ? Moi, cette boucherie, ça me tue!
    L’homme haussa les épaules et se prépara un café.
    – Que proposes-tu ?
    – Un petit polar, bien tranquille, un suicide déguisé en meurtre, par exemple…
    – Pourquoi pas ?
    – Je te refile un coup de crayon, si tu veux…

    Alors, l’homme prit son carnet et écrivit jusqu’au bout de la nuit. C’était une histoire machiavélique et l’homme y prit du plaisir. Tant de plaisir qu’il lui vint l’idée de trucider cette part si noire qui grondait en lui.

    Dans un éclair de génie, il empoigna son crayon, le regarda bien en face et lui dit :
    – Adieu, mec, tu ne hanteras plus mes nuits et je ne prendrai pas de pseudo pour publier cette littérature de bas-fond. Je suis un auteur de romans populaires et je le resterai.
    Un craquement sec ponctua son dernier mot.

    Satisfait, l’homme se dirigea vers sa chaîne Hi-Fi, posa délicatement un « Barbier de Séville » sur la platine et s’installa à sa table.
    Il ouvrit son PC et sur la première page, au centre, il écrivit :

    «  La jeune fille aux crayons de couleur. »

    © Clémence.

  10. LURON'OURS dit :

    🐶 LE BONNETEAU DE HOLMES
    Le crayon sur l’oreille, l’homme à l’oeil rusé semblait un chasseur à l’affût derrière son étal. Ce jour-là il y avait affluence sur le marché. Qui de droite qui de gauche tractait baratinait serrait des mains. Plus que huitjours avant le grand hold-up.
    J’avais accompagné le fameux détective, histoire de lui faire prendre l’air.q je suis médecin et l’état de bouillonnement intellectuel me faisait craindre le burn out chez le grand homme. Son visage sous la casquette à Pont était inexpressif. My god il avait réussi à faire le vide. À ce moment on cria au voleur, une bousculade, un bruit de course, un étal renversé. Ça s’était déroulé très vite. Mais qui avait volé l’orange du marchand ? Je craignais toujours pour l’addiction de mon patient anglais.
    – cette affaire ne m’intéresse plus, Watson
    J’étais intrigué.
    – Avez-vous remarqué où était le crayon ?
    -Sur l’oreille.
    -sur la gauche, c’est donc un droitier. Le marchand s’est volé lui-même.
    Je n’osais faire remarquer à mon illustre mentor que l’homme aux yeux perçants n’avait plus qu’une oreille.

  11. Catherine M.S dit :

    A la vie, à la mort

    L’homme au crayon derrière l’oreille
    A le sourire rusé
    Ces deux-là sont de connivence
    C’est une évidence
    Ils évoluent comme un ballet
    Comme une danse
    Un pas de l’un
    Entraîne une oscillation de l’autre
    Une hésitation de l’un
    Provoque un tremblement chez l’autre
    Un mot oublié pour l’un
    Oblige l’autre à le chercher
    – Mais ce mot, où l’as-tu planqué ?
    J’en ai besoin pour m’exprimer
    – Il était juste là au bout de ma mine
    Il a dû s’envoler …
    – Alors à quoi me sers-tu
    Si je dois rester muet ?
    – Ne t’en fais pas, lui a-t-il chuchoté
    Des mots, c’est facile, je peux en inventer
    Et tu pourras raconter des histoires
    Que tu coucheras sur du papier
    – Des histoires, des contes, et même de la poésie ?
    – Bien sûr de la poésie
    Celle qui réenchante la vie
    Chasse les soucis
    Balaie l’ennui
    Tord le cou à la mélancolie
    – Ah, je t’aime toi
    Surtout ne m’abandonne pas
    Reste jusqu’au bout avec moi
    Accomplis ta mission
    Comme ce célèbre crayon
    Qui a accompagné sur son cercueil
    Posé délicatement sur un linceul
    Monsieur Jean D’Ormesson.

  12. Souris verte dit :

    🐀 UNE LUTTE SANS MERCI.
    Tous les matins, le commerçant taillait son crayon à coups de canif. De ces coups de lame incisifs le crayon allongeait sa mine, en y laissant quelques copeaux, des jolis en forme d’ailes d’oiseaux. Mais à force de ce faire tailler la mine en pointe, le crayon devint agressif et mordait rageusement et l’oreille sur laquelle il était coincé et la feuille de papier.
    Petit à petit, les notes trop salées découragèrent les clients.
    Le marchand, s’entend que le crayon devenait ingérable, changea de boutique et ouvrit une oisellerie.
    Maintenant le crayon a quitté l’oreille, plus de proximité car il fut supplanté par un stylo à plume.
    Il fait grise mine et cherche à se venger.
    Qui prendra du plomb dans l’aile ?🐀

  13. Odile Zeller dit :

    L’homme au crayon derrière l’oreille avait le sourire rusé. Ces deux-là, à coup sûr, étaient de connivence. J’avais d’ailleurs surpris le crayon lui chuchotant à l’oreille. Ensuite il utilisait un stylo pour écrire. J’imaginais un crayon postiche contenant un appareil auditif. Quand je m’approchais, j’entendais deux voix, celle de l’homme et une autre, plutôt féminine. Le rêve : votre amoureuse vous murmurant des mots doux à l’oreille. Je pensais à un mini téléphone à connexion unique. Avec la miniaturisation et les progrès techniques.
    Il écrivait sur un cahier, il prononçait ensuite son texte à mi voix. Je ne voulais pas paraître indiscrète, ici dans un lieu public, je continuais mon chemin jusqu’aux toilettes. Quand je retournais à ma table, il écrivait encore. Je ne crois pas que c’était du français, une langue asiatique avec … c’était joli, il avait sorti une petite boîte, un pinceau, il avait tourné la page et peignait dans la marge.
    Le serveur m’apportait mon troisième café, je poussais mon carnet de notes.
    cet homme là bas ?
    Celui qui peint ?
    Oui il
    Je ne peux pas vous dire. Il vient tous les jours, il écrit, il peint des heures durant … pas français. Tout le monde le connaît dans le quartier. Certains disent qu’il serait très riche, d’autres le trouvent un peu fou.
    Et vous ?
    Il donne un bon pourboire, il n’est pas gênant … les clients le trouvent intéressant.
    Je finissais mon café quand l’homme se leva et comme je partais aussi, je pris la même direction que lui. Il ôta son crayon de l’oreille, rangea son carnet, marcha à longs pas tranquilles avant d’être rejoint par le patron du café. Je les vis s’arrêter sous un porche et échanger une enveloppe avant de se saluer par un «  à demain Henri »

  14. Grumpy dit :

    Il était fier d’avoir été choisi parmi une sérieuse concurrence chez le marchand de couleurs et autres matériels d’artistes (crayon de menuisier rouge et plat à mine tout aussi plate, crayons gras pour pastels, crayons secs pointe fine, de couleurs arc en ciel des boîtes Caran d’Ache, fusains pour les esquisses, et même crayon de Khôl pour les yeux charbonneux des belles orientales.)

    Après tout, il n’était qu’un modeste crayon gris, Criterium, mine HB qui avait la qualité de produire tout juste le trait qu’il fallait.

    Le patron charcutier estimait qu’avec lui pas de danger de démonstration d’un quelconque don de dessin, pas un fantaisiste mais un humble laborieux, un bosseur, comme lui en somme, un taiseux surtout.

    Il le coinça au-dessus de son oreille droite, et d’un parce qu’il était droitier et que donc il le saisissait d’un geste automatique, et de deux parce que l’oreille gauche depuis quelque temps marchait moins bien et bourdonnait.

    Il s’avéra, à la stupéfaction du charcutier, que ce crayon avait été à l’école et que déjà en CP il était un as en calcul mental. Meilleur que sa caisse enregistreuse ou que n’importe quelle calculette. Un champion pour les additions, encore plus pour les multiplications, quand aux divisions et surtout aux soustractions, il ne s’y risquait pas, ces opérations-là n’étaient dans les pratiques du patron.

    Celui-ci vit tout de suite le profit qu’il pourrait tirer du don de ce petit crayon de rien du tout. Il se frotta les mains sur son tablier : Ah, c’est qu’il allait monter le chiffre d’affaires !

    Le charcutier lui fit la leçon et lui intima que s’il était de son ressort de faire le calcul, ce n’était pas à lui d’en annoncer tout haut le résultat « Tu me le diras à l’oreille .» Ainsi fut fait, le trio crayon-calcul-charcutier fonctionna à merveille à en épuiser la caisse enregistreuse qui suivait à grand peine.

    Bien dressé, le crayon lui soufflait le résultat grammes-prix de la pesée. Jusqu’au jour où le crayon réalisa que le charcutier abusait un peu trop : il jetait de très haut sur la balance les tranches de pâté et autres saucissons posées sur un papier gras bien trop épais et trop grand, des grammes de gagnés par-ci, par-là, un total bien arrondi au supérieur, accumulaient en fin de journée une belle marge.

    A la longue, le crayon se révolta contre cette pratique, avec les riches passe encore, mais avec les pauvres … Tremblant et la mine défaite, il pria le patron d’au moins épargner le pauvre qui venait un dimanche par mois s’offrir un petit extra de charcuterie.

    Le charcutier lui dit : « d’accord » mais tu paieras le ‘complément’ à leur place. « D’accord aussi » lui répondit le crayon.

    Alors, depuis, chaque fois qu’un client désargenté sortait son petit billet pour 50gr de terrine ou de jambon, il pratiquait le compte juste mais il attrapait le crayon et le taillait un petit peu jusqu’à ce qu’un jour mort s’ensuive.

  15. Le crayon connecté

    L’homme au crayon derrière l’oreille avait le sourire rusé. Ces deux-là, à coup sûr, étaient de connivence. J’avais d’ailleurs surpris le crayon lui chuchotant des commentaires sur tous les clients, les passants, l’environnement du marché, la météo, l’heure, qui fonctionnait comme une oreillette pour les présentateurs télé.

    Ce crayon était en fait un crayon connecté. Tout était connecté dans ce monde. Il donnait l’illusion que le marchand allait s’en servir pour calculer les achats du client, comme on le faisait dans le temps, directement sur les poches en papier. Ce temps-là était fini depuis fort longtemps.

    Le marchand, portant un prénom épicène comme c’était la mode à son époque, Morgan –ce qui permettait de ne jamais savoir d’emblée quel était le sexe de la personne- possédait toutes sortes de gadgets connectés. C’était sa petite folie. Il en achetait de toutes sortes, du plus classique comme la montre au plus high tech comme son robot personnalisé Keecker qu’il pouvait commander vocalement et qui faisait office aussi d’assistant personnel.
    Morgan roulait aussi dans un fourgon autonome depuis de nombreuses années, se chaussait avec des baskets connectées qui lui permettaient de tout savoir sur sa santé et qui le rappelaient à l’ordre s’il n’avait pas pris soin de lui dans la journée, posait sa tête le soir sur un oreiller connecté qui l’empêchait de ronfler, qui gardait la trace de ses pensées et de ses rêves ou qui l’aidait à s’endormir en cas de besoin. Il pouvait aussi écouter la radio le matin avant de se lever.

    Toute la vie de Morgan, le marchand de fruits et légumes, tournait autour de ses objets connectés. Sur son étal, il possédait un assistant robot qui redisposait ses produits afin de les rendre plus alléchants, des produits élaborés dans des conditions qui n’avaient plus rien à voir avec celles de ses parents. Aucun de ses fruits ou de ses légumes ne poussait dans la terre ou ne voyait la lumière du soleil. Des robots s’occupaient à faire grandir ce dont les humains avaient besoin pour manger, car dans le monde de Morgan, on avait tout de même gardé l’habitude d’acheter des produits naturels et frais.

    Mais, ce crayon que j’observais à distance était un objet diabolique. Morgan en était satisfait et il dialoguait discrètement avec lui. Ce crayon baptisé Wacom devenait la tête pensante du vendeur. Il ne se contentait pas de l’aider à calculer, à peser les fruits et les légumes, il offrait aussi à son propriétaire des commentaires sur les pensées des gens de passage dans les allées du marché et sur leurs habitudes de vie. C’était impensable et insensé. Un petit Big Brother en puissance, terrifiant.
    Une vraie complicité unissait le marchand et son crayon. Il arrivait à Morgan de sourire dans le vide suite à une réflexion de son crayon. Comme par hasard, il était toujours d’accord avec lui. Il avait perdu l’habitude de le contredire comme il le faisait au début. Il l’approuvait sur tout, y compris sur les commentaires que l’objet se permettait également sur sa femme ou ses enfants.

    J’étais éberlué de voir tout ça, je ne comprenais pas ce monde. Normal. J’avais décidé, pour mon weekend en amoureux avec ma femme, de traverser le temps à travers les pierres magiques du temps intersidéral pour une somme modique. Une aubaine, une promotion. Nous avions déjà tout l’équipement nécessaire, car nous avions déjà tenté l’expérience et avions atterri en 1889, à l’inauguration de la Tour Eiffel pour l’Exposition Universelle qui se tenait alors à Paris. Là, nous étions partis en 2089, année où l’homme a enfin posé le pied sur Jupiter.
    Cela nous faisait du bien de voyager à travers les âges et de quitter pour quelques heures notre pays qui manifestait, qui râlait, qui faisait grève, qui votait peu et qui voulait un autre monde en 2019 sans rien changer.

  16. iris79 dit :

    L’homme au crayon derrière l’oreille avait le sourire rusé. Ces deux-là, à coup sûr, étaient de connivence. J’avais d’ailleurs surpris le crayon lui chuchotant des informations qui laissait l’homme pendant quelques secondes extrêmement concentré sur ce qu’on lui murmurait à l’oreille.

    Cet atelier de menuiserie était très réputé, depuis des générations. Au fil des années, l’affaire s’était transmise de père en fils sans jamais perdre une once de confiance auprès des clients qui continuaient d’affluer. Les ateliers s’étaient modernisés et nous pouvions voir et suivre dorénavant grâce à une immense vitre installée à cet effet, les ouvriers qui s’affairaient à leur travail de maître. La plupart des pièces réalisées dans cet atelier étaient des pièces uniques et l’on pouvaient admirer les gestes centenaires des ouvriers, les volutes de bois sculptées à la main, les meubles personnalisés tous plus beaux les uns que les autres.

    On disait aussi qu’ici, on vous comprenait mieux qu’ailleurs et que le produit fini dépassait toujours les attentes du client…Je commençais à me demander si le fameux crayon n’en savait pas plus qu’il n’en avait l’air. Posé sur l’oreille de l’artisan, il faisait probablement bien plus que tracer les mesures et futures découpes sur les essences de bois nobles et précieuses. Les coups d’œil que m’adressait l’artisan semblait donner du sens à mes supputations. Bien entendu, je ne fis jamais part de mes soupçons à personne de peur que l’on me prenne pour un fou.

    Mais j’avais pour moi l’histoire qu’aimait me raconter ma grand-mère sur une magnifique commode qu’elle avait commandée ici, il y a plusieurs décennies. Elle rêvait d’une commode unique rien que pour elle avec un tiroir secret. Elle n’en avait parlé à personne et malheureusement, ses finances même si elle n’était pas à plaindre, ne lui permirent pas de demander un modèle aussi élaboré. Elle cachait sa déception de ne pouvoir accéder à son souhait et de devoir renoncer à son désir de cultiver et d’ alimenter son jardin secret par cette cachette fantasmée. Aussi, quelle ne fut pas sa surprise à la réception de sa commande, après une inspection minutieuse de son nouveau bien, d’y découvrir le fameux tiroir fort bien dissimulé. Quand elle chercha une explication dans le regard de l’artisan qui lui livrait ce joyau, elle eut droit à un clin d’œil complice et ce qu’elle crut sans trop y croire, un signe du crayon posé derrière l’oreille…

    Troublé par la réminiscence de ce souvenir, je décidai de mettre à l’épreuve le fameux crayon et ses pouvoirs supposés en me concentrant sur une demande extravagante que je désirais voir apparaître sur la façade de ce vaisselier commandé, prêt à prendre forme. Aussitôt que j’en formulais secrètement la demande, je vis l’artisan marquer un temps d’arrêt prêtant attentivement l’oreille à son fidèle accessoire qui, j’en suis sûr, me pointa du doigt en chuchotant. Il me sembla que tous deux me dévisagèrent d’un air étrange puis l’artisan s’en alla enthousiaste et prêt à relever le défi me sembla-t-il.

    Il n’y avait plus qu’à attendre la livraison…

  17. Blackrain dit :

    L’homme au crayon derrière l’oreille avait le sourire rusé. Ces deux-là, à coup sûr, étaient de connivence. J’avais d’ailleurs surpris le crayon lui chuchotant des additions qui allaient multiplier la note que j’allais devoir payer. Les petits yeux perçants du commerçant, sombres et durs, se baissaient sur des lèvres en lame de couteau jusqu’à y voir briller un sourire avide. Il n’ouvrait jamais son magasin à vide. Une queue impatience encombrait déjà le trottoir. Les tickets de rationnement à la main ou le porte monnaie bien remplis, les clients attendaient, l’œil apeuré, le muscle tendu sur le pouvoir du petit commerçant. Le marchand avait une mentalité d’épicier. Il était envieux et déjà vieux bien avant l’âge. Lorsqu’un client s’aventurait à lui reprocher ses prix exorbitants, le forban lissait sa courte moustache, pareille à celle du petit homme qui terrorisait l’Europe en guerre. C’était la menace explicite d’un faible qui se vengeait des humiliations passées. Monsieur Lieberman était toujours servi le dernier, comme tous ceux qui portaient l’étoile jaune. Monsieur Lieberman avait honte. Il avait dû vendre à vil prix son épicerie à son commis, ce petit roquet à moustache. Aujourd’hui, il était obligé de lui mendier un kilogramme de patates germées contre le double de tickets que les autres et sous les moqueries de son ex employé. Le pauvre Liebermann ne vivrait pas assez longtemps pour voir la réussite de l’homme au crayon derrière l’oreille. Après la guerre, il allait franchiser nombre de petit commerce pour créer de grandes surfaces commerciales en ville comme au champ.

  18. Nouchka dit :

    Il est un endroit singulier que fréquentent et apprécient les épicuriens, les amoureux des mots justes et jouissifs employés pour décrire le plaisir du palais et du nez.
    C’est un lieu où l’on se rend avec retenue et recueillement comme on se rendrait dans un temple, une église ou tout autre édifice sacré.
    Ce lieu est discret. Une plaque modeste à la porte vous invite à descendre dans cette cave enfoncée dans une semi-obscurité. Vos yeux nécessitent quelques temps d’adaptation avant de découvrir le décor.
    Les teintes rappellent celles des vins qui sont entreposés dans les casiers réguliers le long des murs de pierre : de l’ocre rouge au bordeaux sombre sur deux d’entre eux et du jaune paille à l’ocre jaune sur le troisième.
    La grande pièce exprime des relents de tanins imprégnés dans l’air et sans doute dans le sol. C’est ce parfum caractéristique que les visiteurs perçoivent en premier. Une fois la vue adaptée, le personnage célèbre de cette cave apparait dans toute sa singularité. Expert œnologue, l’homme, un crayon derrière l’oreille a le sourire rusé. Rusé et bienveillant de celui qui vous attend pour vous associer à quelque aventure inédite. Cet homme et son crayon sont, à coup sûr, de connivence. La première fois que je me rendis dans ce temple de Bacchus, j’avais d’ailleurs surpris le crayon lui chuchotant quelques mots discrètement. Après quelques minutes d’observation, je réalisais que le crayon coincé sur l’oreille était un objet connecté qui permettait à notre homme de s’orienter dans son antre en dépit de son déficit visuel ou plus exactement de son absence de vision. Ce grand prêtre donnait le nom d’un cru et son crayon comme un GPS le dirigeait entre les multiples casiers qui tapissaient l’endroit du sol au plafond vouté.
    Certains visiteurs restaient éblouis par la dextérité du caviste mais la plupart venaient pour l’expertise de l’œnologue.
    En effet, l’art que cet homme déployait pour décrire et raconter les nectars entreposés était hors du commun. Bien sûr, il employait le vocabulaire spécifique du métier concernant la robe, la charpente, l’arôme mais déployait, comme un conteur, une science de ces descriptions de l’arôme, de la corpulence, du fruité, comme personne.
    Enfin, notre expert aimait faire tester, découvrir, déguster ses merveilles. Son crayon, là encore, l’assistait pour choisir le verre adapté et d’un son cristallin particulièrement bien choisi indiquait au caviste quand redresser la bouteille afin de ne rien gâcher du breuvage présenté. C’est sans doute ce moment, juste avant l’extase du palais qui réjouissait le plus notre joyeux expert. De petites rides irradiaient alors son visage du plaisir de partager un trésor avec ceux qui honoraient de leur visite son repaire.

  19. durand JEAN MARC dit :

    L’homme au crayon derrière l’oreille avait le sourire rusé. Ces deux-là, à coup sûr, étaient de connivence. J’avais d’ailleurs surpris le crayon lui chuchotant des saloperies sur mon dos.

    Cela faisait déjà plusieurs semaines que cet ordure me suivait partout. Quel que soit le boulot auquel j’étais attelé, en n’importe quel endroit de l’usine, il me pistait. J’entendais la pointe vicieuse de son âme de plomb grincer sur son petit carnet à ressorts. Il notait toutes mes défaillances de gestes, mes errances rêveuses, mes pauses de bâillements, mes écarts de langage d’ouvrier, mes rébellions de front plissé. Même en service de nuit, je le devinais, avec sa petite tête de vermine luisante.

    Et puis, il a laissé tomber son carnet. Rempli, saturé le carnet. Trop lourd. Plus foutu de le porter. Ou alors restriction de budget. Plus moyen de s’en procurer un neuf. Ca revenait trop cher aux actionnaires, tous ces abus de papiers, de carnets, d’avis, de notes internes, de circulaires, de licenciements, de papier cul.

    Le crayon, il a apporté directement une oreille où se poser, enregistrer les mauvais points, les paroles douteuses, les rumeurs fallacieuses. Un bout d’être vivant, ça coûtait moins cher qu’un magnétophone, qu’une caméra de surveillance. Et le crayon le savait, il aimait pointer les défauts, les graver dans la bonne pâte du papier, les déverser par gros porteur dans les pavillons consentants, partenaires, complices.

    Un mois déjà s’était écoulé. Ils étaient là, quasi en permanence, à batifoler sur mes bavures, à ricaner de mes incapacités, de ma bagnole en rade, et ma femme qui venait de se casser. Je finissais par ne plus distinguer les battements de tambour, oh mon cœur, du roucoulement des machines. Il fallait durer, durer, car chaque mois, yavait le loyer à payer, le frigidaire à nourrir, l’orchidée à arroser et les poubelles à sortir, en respectant les tris, là aussi,sous peine de sanctions.

    Les poubelles verte, et jaunes, et bleu, il avait saisi, les encombrants…parfois. Mais là, en apercevant le crayon sur l’oreille de l’homme entier, avec son sourire poisseux, la couleur rouge clignota dans ses orbites. Ce coup-ci, c’était le bon. Ils avaient repéré son erreur fatale, la légale, celle qu’il n’avait jamais eu le temps ni de lire ni de comprendre. Lui, ignorant des règles d’en haut, allait se prendre un bon coup sur les doigts, ou un définitif sur la tête.

    Après 40 ans de labeur, il allait tout comprendre du fameux esprit de famille mis en avant par les patriarches. A l’heure des dettes ou de l’héritage, au moment du partage, il n’obtiendrai même pas la part de miettes suffisantes pour se payer une corde, à peine de quoi s’étrangler.

    Et, en bout de parcours, le crayon serait bien là pour noter l’heure vaseuse de son étouffement.

  20. L’Homme au crayon derrière l’oreille avait le sourire rusé.
    Ces deux-là, à coup sûr, étaient de connivence. J’avais d’ailleurs surpris le crayon lui chuchotant « Celle-ci, tu peux l’arnaquer, elle pense à autre chose ». Et l’Homme, sans scrupules, ajouta 5 € à la note. Le gros crayon jaune l’accompagnait sur les marchés depuis 2 ans. Il aimait jouer de son équilibre sur la grosse oreille poilue. De temps en temps, l’Homme le suçotait quand il cherchait le bon résultat à l’addition. Ils s’entendaient bien.
    Debout dès 5 h, quand Paris s’éveille, ils s’acheminaient vers le marché. Avant le départ, l’Homme le taillait avec précaution et douceur.
    Juché sur l’oreille, le crayon était habile pour repérer le profil des acheteurs. L’un trichait dans la file. L’autre essayait de voler un fruit. Un petit malin grignotait des cerises en attendant son tour. Le pire, c’était le client qui tâtait tous les fruits pour percevoir le mûrissement. A chaque manquement à la bonne conduite, le crayon tapotait discrètement l’oreille de l’Homme pour lui signaler.
    De ce fait, l’Homme passait pour une espèce de magicien qui avait des yeux derrière la tête.
    La clientèle se demandait comment il pouvait servir, peser et encaisser en observant tout ça.
    Certaines personnes en étaient venues à lui demander des prédictions, des oracles. Elles croyaient en son pouvoir surnaturel. Pour s’amuser, il jouait le jeu. 
La clientèle augmentait, amusée, séduite et intriguée par les dons de l’Homme vendeur de fruits qui voit même derrière son dos.
    Le soir, l’Homme et le crayon riaient en se prédisant un avenir heureux.

  21. Camomille dit :

    Ah ! Ah ! Vous voudriez bien savoir n’est-ce-pas ce que le crayon a chuchoté à l’oreille du Père Antoine ?
    Hé bien NON ! Secret de confession !
    Moi, l’enfant de cœur, je sais tout, je vois tout, j’entends tout, mais je ne dis rien….
    A moins que… à moins que… si vous insistez vraiment et que ça puisse vous rendre service de savoir…. je peux peut-être m’arranger ? Faut voir !
    Quoi ? Combien ?
    Ouais, ça me va !.. et puis j’aime bien rendre service. C’est pour ça que le Père Antoine m’a choisi d’ailleurs.
    Bon… ce que je peux vous dire c’est que lorsque votre femme a fait la fameuse révélation au Père Antoine qui a écarquillé les yeux, le crayon lui a chuchoté :
    « Attention, elle ne te dit pas tout… elle a planqué une partie du magot dans la malle du grenier et elle ne va pas te le dire parce que même son mari il ne le sait pas…. »
    Quoi ? La suite ? Mais c’est tout ce que j’ai à vous dire !
    Le crayon a rien dit d’autre… Allez, j’ai pas que ça à faire. …
    Quoi ?…. la moitié du magot ?
    Père Antoine dirait que c’est de la corruption ça ?
    Bonne action ? Vous vous dites bonne action ?
    Ouais, c’est un point de vue ! Présenté comme ça, je pense que le père Antoine serait d’accord !
    Vous avez bien dit la moitié du magot n’est-ce-pas ?
    Qu’est ce que je ne ferais pas pour rendre service tout de même…..
    Alors voilà, … écoutez-moi bien !
    Approchez-vous car personne ne doit nous entendre :
    Le crayon a rajouté :
    « ???????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????????
    et puis aussi ????????????????????????????????? »

    Ah ! Vous aussi vous voulez savoir ?

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