445e proposition d’écriture créative imaginée par Pascal Perrat

Du jour où on m’a dit que j’étais un glaçon j’ai commencé à fondre. Je me souviens très bien des premiers signes avant-coureurs, c’était…

Comment est née cette idée

Chaque proposition d’écriture créative est une bataille contre la routine et l’endormissement de l’imagination. Une émulation pour maintenir en éveil l’enthousiasme d’imaginer, d’inventer, de créer. Quand aucun défi n’est à relever, notre créativité somnole.

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29 réponses

  1. françoise dit :

    Du jour où on m’a dit que j’étais un glaçon j’ai commencé à fondre. Je me souviens très bien des circonstances  : c’était la fin d’une chaude journée d’été, nous étions ma femme et moi allongés dans l’herbe chaude. J’aurais aimé un peu de tranquillité et par conséqence ne répondis guère à ses avances. Vexée elle me dit que j’étais un glaçon.A ses mots je ressentis une sueur froide envahir mon corps et eus la sensation de fondre.
    Vite j’allai me servir un whisky .Ma femme allait crier car elle avait remarqué qu’à la moindre émotion,je buvais de ce nectar. Mais non elle m’imita .Je remarquai alors qu’elle avait mis un glaçon dans son verre. Je l’imitai ! Nous trinquâmes et c’est là que je me sentis fondre comme un glaçon……

  2. oholibama dit :

    Le jour ou on m’a dit que j’étais un glaçon, j’ai commencé à fondre. Je me souviens très bien des premiers signes avant coureur… c’était presque le début de l’été 1896, l’air était encore frais. Les personnes qui s’occupaient du puits n’étaient pas très heureuses. Elles parlaient du fait qu’elles devaient nettoyés le puits car, les hommes arriveraient bientôt avec leur chargement nouveau.

    La Haute-Dame venait encore une fois de demander au chef cuisinier de lui faire le fabuleux dessert inventé par Monsieur Georges-Auguste Escoffier pour cette illustre cantatrice Nellie Melba. Ce dessert à base de pêches, de nuage de crème vaporeuse, de crème glacée fondante en bouche placé sur un lit de glaçon, elle en rêvait.

    Deux apprentis au service du chef cuisinier, avaient eu le privilège de descendre jusqu’au fond du puits et ultime confiance, de choisir les meilleurs éclats de glace et si possible… de prendre ceux qui étaient bien ronds ou de formes géométrique. La Dame serait aux anges et féliciterait le chef cuisinier pour l’apport de ce décor que là-dite Dame qui, était l’âme de ce dessert n’avait pas eu.

    Ne pas déformé ce qui existait déjà était primordial mais lui apportait une touche d’exotisme ou personnelle était bien pour celle qui allait le dégusté/

    Les petites mains me saisirent ainsi que divers camarades. Euphoriques, nous l’étions. Enfin, nous allions sortir de cette prison ou le froid était mordant. Tant de nos amis étaient partis depuis le jour ou gros bloc bien tassé, nous fûmes jeter au fond de ce puits sombre et glacial. Ce qu’il était advenu d’eux…me rongea le coeur, c’est pourquoi j’étais bien rond. A peine monté que mes camarades furent mis dans une coupelle toute ronde puis une coupe avec une montagne blanche fut installé sur le dos de mes camarades qui, je l’avoue pestèrent allégrement.

    Il faisait chaud dans l’antre du chef. Tous le monde avait le visage rougeaud, des cris, des grognements se firent entendre et moi dans tout cela?
    Je perdis mon eau, je dépérissais à vue d’oeil, j’étais inquiet et mes camarades se lamentaient. Le chef cuisinier hurla qu’il était temps d’apporter à la Dame le dessert sinon…tous les glaçons seraient fondus. Glaçons? Fondus? Alors c’était cela que mes camarades et moi-même étions! Rien que des glaçons, juste bons à rafraîchir le vin, l’eau ou encore les desserts?

    Quelle injustice! Je voulais retourné dans le puits. Mes forces n’étaient plus ce qu’elles étaient…sans tenir compte de mes désirs, je fus jeter sur la masse blanche qui soudain, me rappela ma montagne. L’endroit glacial ou j’étais né. Je me sentis réconforté rien qu’à cette idée.

    Un petit objet doré plongea dans la coupe, souleva la masse vaporeuse me rejetant ainsi sur le bord de la coupe. Ainsi je fus rejeter d’un bord à l’autre jusqu’à ce que la petite chose doré, me maintienne prisonnier. Je montais, je montais presque perdu dans mon eau,une grotte rose s’ouvrit. Je poussais un soupir de joie mais bien vite, je fondis perdant ainsi ma force de vie.

    La chaleur de cette grotte, venait de prendre mes dernières forces. Un craquement, un soupir de plaisir puis je glissais au fond de l’antre perdu à jamais. J’entendis pourtant cela: » Quel délice de finir cette note sucré par le goût frais et craquant d’un petit glaçon fondant.

    Félicitations Chef pour cette extraordinaire gourmandise. Ainsi ma misérable vie fut je le crois le début plus que glorieux de mes futurs camarades glaçons. N’est ce pas merveilleux que de venir chassé tous ce sucre et de laissé sur la langue cette douce caresse fraîche que seul un glaçon peut y laisser!
    y-l.
    sur une idée de Pascal Perrat.

  3. La triste histoire d’un glaçon qui ne voulait pas fondre

    Du jour où on m’a dit que j’étais un glaçon, j’ai commencé à fondre. Je me souviens très bien des premiers signes avant-coureurs, c’était dans une usine de froid.
    J’ai été conçu comme tant d’autres de mes frères, semblables à moi, dans un gros bloc de glace, sur un lac gelé au nord de la Finlande en plein hiver. J’étais bien là ; je me prélassais dans le froid hivernal polaire. Personne ne m’embêtait. J’attendais simplement la fonte des neiges, tranquillement dans mon bloc de glace d’origine. C’était la course normale pour un glaçon comme moi : exister en hiver, disparaître en été pour mieux renaître l’hiver suivant. Cette vie simple me plaisait !
    Puis, une machine infernale est venue extraire un énorme bloc de glace dans le lac où je suis né. Quel choc ! Quel bruit ! Cadences infernales pour des ouvriers travaillant dans des conditions horribles pour des humains ! Je rigolais en douce de les voir suer pour nous extraire ! Je suis donc devenu une denrée périssable, et je fus emporté vers la capitale, Helsinki. Transport en train frigorifique, stocké ensuite dans de la sciure dans une grange énorme.
    Puis, pour mon plus grand malheur, mon bloc fut découpé en morceaux plus petits. Un vendeur vint m’acquérir avec mes camarades, devenus aussi petits que moi. Il me mit dans une glacière qu’il tenait en bandoulière. Aucun regard pour moi, j’étais devenu une valeur marchande, malgré moi. Comment protester quand on est tout minuscule et étranger de surcroît ?
    Cet homme vendait des glaçons par paquets dans la rue de la capitale. Les gens achetaient la glace et la conservaient avec la nourriture dans un placard spécial, de telle sorte que la nourriture était entreposée au frais. C’était l’été ; tout était périssable. J’aurais préféré me retrouver dans un restaurant, avec les bonnes odeurs ! Mais, je me retrouvais coincé au fond d’un placard, dans le noir. Je survivais, certes, je ne fondais pas tout de suite, mais je diminuais au fil du temps, mais pour combien de temps ?
    J’étais transformé en gagne-pain ; les gens m’avaient acheté. Je sentais par avance que ma survie serait brève. J’aurais au moins préféré fondre au soleil, d’un coup, à la lumière irisant mon beau lac ! Je ne savais pas bien à quoi je servais exactement ; j’avais bien entendu le vendeur crier « achetez mes glaçons, tout droit venus du nord du pays ».
    Donc, c’était comme ça que j’avais appris que j’étais un glaçon et que j’avais une utilité en ville. Car, là-bas, dans mon lac gelé, je suivais la course de la nature, au gré des saisons. Je me sentais misérable d’avoir été arraché à mon cher lac. On aurait pu me laisser sur la terre de mes ancêtres pour flotter l’été sur les belles eaux du lac. A ce stade de mes réflexions, je compris que je ne reverrais plus jamais mon lac au cercle polaire. Quelle misère ! Quelle tristesse !
    J’évitais de pleurer pour ne pas fondre avant l’heure ! Je tentais de résister, mais c’était dur de ne pas se laisser aller, dans le noir, parmi mes congénères, serrés les uns contre les autres. J’avais une certaine chance, j’étais au frais, mais dans le noir, moi qui avais toujours connu la lumière. De temps à autre, le placard s’ouvrait et une denrée périssable partait, sans nous saluer, malgré le temps passé ensemble. On ne la revoyait jamais. Que se passait-il ? Où allait-elle ?
    De plus, quand une personne ouvrait le placard, elle évitait de me toucher. On aurait dit que j’avais la peste. Pas un geste, pas un regard.
    Puis, un beau matin, le placard s’ouvrit en grand. J’avais encore diminué de taille, et la lumière me fit du mal. Mais, je sentis que l’air était moins chaud. Un homme nous ramassa tous à la pelle, nous jeta dehors dans son jardin, sur l’herbe, sans aucune forme de commisération ni de gratitude pour services rendus.
    Un faible rayon de soleil m’éclaira avant de me dissoudre complètement. Je fondais, je perdais ma consistance. Je ne voulais pas fondre, moi, je voulais continuer à exister. Je me transformais en de minuscules gouttelettes, perdues dans l’immensité des brins d’herbe…

    C’est ainsi que se termine l’histoire d’un petit glaçon qui ne voulait pas mourir.

  4. iris79 dit :

    Du jour où on m’a dit que j’étais un glaçon j’ai commencé à fondre. Je me souviens très bien des premiers signes avant-coureurs, c’était un soir d’hiver, assis sur le canapé devant la télé et la cheminée.
    Un soir comme les autres pour moi.

    Elle s’affairait dans la cuisine. j’avais filé sans mot dire après le repas comme d’habitude pour m’affaler et me laisser hypnotiser par les voix du journal télévisé. J’avais cru déceler des bruits de sanglots mêlés aux bruits des canons du pays en guerre. Au début, je ne faisais pas la différence entre la provenance de toutes ces sources sourdes et sonores à la fois. Elle m’agaçait à faire tout ce raffut. Puis elle vint se flanquer devant moi, les mains à la taille, les doigts serrant le torchon qu’elle enserrait encore quand elle avait décidé que cette fois, c’en était trop. Elle me déversa toute sa bile, ses rancœurs, son malheur de vivre avec moi, l’être le plus glacial qui lui ait été donner de rencontrer. Elle tordit tous les mots qu’elle put et accoucha de toutes ses peines ce soir là m’accusant de tous les maux qu’elle avait soigneusement gardé au creux de son ventre. Toute cette laideur qu’elle me renvoyait, tout le mépris froid et glacé dont j’avais fait preuve à son égard étaient les miens, oui, c’était vrai. Son regard bleu azur, bleu glacier qui m’avait fait autrefois chaviré m’emprisonnait dans la tempête qui déferlait avec ses larmes, ses reproches, sa tristesse.
    J’attendis que l’ouragan se calme, que cesse la tempête. Je la vis se liquéfier en même temps que je sentais mon cœur à moi se soulever. J’avais reçu sa colère comme la plus cinglante des gifles et commençait à accepter de regarder l’être vil que j’avais été toutes ces années, le mépris qui m’avait gagné envers celle que j’avais tant aimé. Rien ne pouvait excuser celui que j’avais été, rien ne pouvait être réparé mais je pouvais au moins reconnaître et demander pardon pour renaître.
    De baisser les armes, fendre l’armure fit gronder des sentiments enfouis au plus profond de mon être, à mon tour je sentis les larmes affleurer puis déborder sans retenue au bord de mes cils. Ma vue brouillée ne m’empêchait pas de la voir ébahie, profondément troublée de découvrir celui qu’elle n’avait pas encore trouvé, pas vraiment rencontré, un être de chair et de sang, capable de vrais sentiments.
    Elle s’assit près de moi. Je pris ses mains dans les miennes autrefois toujours glacées. Je sentis un nouveau flux nous parcourir. Nous nous regardâmes interdits, il fallait briser la glace et s’expliquer, s’écouter.

  5. Clémence dit :

    Du jour où on m’a dit que j’étais un glaçon j’ai commencé à fondre. Je me souviens très bien des premiers signes avant-coureurs, c’était…

    Dans sa maison-refuge, non loin de Paris, Georges s’arrachait les cheveux. Lui qui voulait écrire, pour son œuvre, une apothéose heureuse, voilà qu’on lui imposait une fin dramatique. Sans le soutien de son ami Ludovic, il aurait jeté l’éponge.
    Mais Georges, avec la ténacité et l’ardeur des ses trente-six ans, reprit sa plume et termina son œuvre. Enfin, la première partie de son œuvre car la suite s’avéra diabolique, avec la poussée galopante d’un sentiment d’exaspération.
    Les chanteurs se rebellaient, les musiciens rechignaient et le directeur s’insurgeait contre le thème qu’il trouvait indécent !

    Enfin, après trois mois de travail intense, il attendait le succès tout comme son héroïne, incarnée par la pulpeuse Célestine. Les répétitions avaient à peine commencé que les étincelles crépitèrent entre les deux principaux protagonistes. Un geste, un regard, une note trop ou pas assez soutenue et ça flambait !

    Ce matin, justement Célestine avait traité Paul de « mâle mièvre ». Sa réplique avait fusé. Il la traita de «glaçon». La guerre était déclarée.

    Célestine quitta la scène et se réfugia dans sa loge. Elle se planta devant son miroir en pied et murmura :
    – Dis-moi que je suis la plus belle de toutes les Carmen…

    Après un silence, long comme six blanches, suivi d’un soupir et de quelques croches, le miroir répondit :
    – Tu es la plus sublime, la plus flamboyante des femmes pour incarner Carmen.

    Célestine-Carmen passa ses longs doigts dans sa chevelure noire. Un souffle de vent les gonfla et soudainement, des mèches blanches apparurent, s’étendirent… et une cascade neigeuse.

    Célestine poussa un cri et tendit les bras vers le miroir.
    – Miroir, mon beau miroir … qu’as-tu fait ?

    Le miroir trembla légèrement et l’image qu’il renvoya troubla Célestine.
    – Où est passée la braise de mes yeux , gronda-t-elle en voyant son regard pareil à deux gouttes d’eau glacée.
    – Tu ne perds rien de ton charme…répondit le miroir après avoir fait une pause.

    Célestine écarta ses bras, son châle glissa. Une larme coula doucement et s’infiltra au coin de ses lèvres. Elle n’avait aucune saveur. Elle voulu crier, mais aucun son ne sortit de sa gorge.

    Effrayée, Célestine voyait sa Carmen se désincarner, s’éloigner. Elle sentit toutes ses forces l’abandonner. Le coup de grâce lui fut donné par sa psyché lorsqu’elle lui envoya son ultime reflet : un fantôme de glace.

    De plantureuse Gitane, elle était devenue Nymphe opalescente . Condamnée à traverser les eaux glaciales courant dans les sombres forêts germaniques….

    Son errance s’arrêta une nuit de pleine lune lorsqu’elle arriva, épuisée, devant ce chalet aux fenêtres éclairées d’une lueur argentée.
    Elle s’avança doucement et le vit. Il semblait épuisé.
    Il leva ses lourdes paupières et un sourire éclaira son visage ridé.
    Il leva une main parcheminée et lui fit signe d’entrer.
    Elle s’avança et il se redressa, la regardant de la tête aux pieds.
    – Ma muse, enfin, te voilà …murmura Richard. Je croyais ne jamais te trouver. Je t’attendais, comme un Chevalier , une rose à la main, prêt à te l’offrir…

    Célestine-Carmen eut un pauvre sourire devant la déclaration enflammée de ce vieillard…
    – Comment t’appelles-tu ? demanda Richard d’une voix émue.
    – En quelle année sommes-nous ? demanda la Nymphe ?
    – 1934…
    – Comme le temps passe, répondit-elle.

    Puis, après une longue pause, elle murmura d’une voix qui ressemblait aux doux sons de la flûte :
    – Daphné. Je m’appelle Daphné.

    © Clémence.

  6. Camomille dit :

    Ce soir là, ma douce et jolie maman avait laissé la porte de ma chambre ouverte.
    Une méchante fée, jalouse et rancunière se pencha alors sur mon berceau et dit :
    – Je n’ai pas le pouvoir de t’enlever la vie, mais j’ai le pouvoir de te la raccourcir ; alors, je vais te transformer en glaçon et à partir de ce moment là tes minutes de vie seront comptées…. Profites-en vite !
    Je sentis sa baguette sur ma tête, un grand froid m’envahit, puis la méchante fée, jalouse et rancunière s’échappa en ricanant.
    Un glaçon…. je suis un glaçon et je fonds,
    Au secours Maman ! Je fonds !
    J’aurais voulu connaître les saisons,
    mais je fonds
    J’aurais voulu connaître les parfums des fleurs et celui des filles,
    mais je fonds
    j’aurais voulu aimer, chanter, rire et pleurer aussi,
    mais je fonds
    j’aurais voulu créer, voyager, vivre…. vivre,
    mais je fonds, mais je…
    Ce soir là, ma douce et jolie maman avait laissé la porte de ma chambre ouverte.

  7. Sylvianne Perrat dit :

    Du jour où on m’a dit que j’étais un glaçon j’ai commencé à fondre. Je me souviens très bien des premiers signes avant-coureurs, c’était une après-midi d’été. Une chaleur nous assommait.
    Je me sentait pourtant glaçée. Il m’avait vexée. Là , planté devant le congèl’ ouvert, il m’avait lancé froidement : « je te l ai déjà dit, tu es un glaçon ! Pas étonnant que tu ne sois pas recrutée. Toi ? Vendre des poêles ? Je rigole » il me tendit un esquimau en me reluquant de ses yeux de braise. La braise sur l esquimau devant le congélateur avec 40 degres dehors, j explosai comme un volcan en Antarctique.
    Ce séisme dû au chaud-froid de la situation fit fondre toute ma froideur apparente, ma paix intérieure, ma chaleur humaine et tout le tintouin.
    Mon iceberg se retournait. Je montrai à cet individu un brin tiède à mon goût, ma partie cachée.
    Sous la glace, le feu. Mes peurs fondirent en pleurs. La glace se brisa.
    La météo annonça ce soir là, des conséquences désastreuses certainement dues au réchauffement de la planète ou dit-elle à un congélateur de la marque « glaçon » resté ouvert.

  8. J’ai toujours été un bon glaçon.
    Désiré par mes parents et né au pied d’un iceberg, bien au froid, dans sa partie immergée ; je grandis entouré de courants froids, de manchots ivres de vent et de poissons argentés.
    Un ours bipolaire répondant rarement au nom de Blanchette fut mon seul soutien après la fonte prématurée de mes géniteurs dans un Martini on the rocks du coté de Monaco.
    Blanchette souffrait constamment de décalage horaire et de cors aux pieds soigneusement entretenus par ses voyages annuels du pôle nord au pôle sud.
    Bien sûr, les esquimaux me battaient froid, les inuits comme les yakoutes, les yupiks comme les aléoutes.
    (Je dois à la vérité de préciser que les yakoutes ne sont pas vraiment des esquimaux et vivent en Sibérie, lieu de villégiature de l’hiver.)
    Mais n’en parlons plus, n’en disons plus rien, le silence est l’apaneige de la banquise avec la solitude.
    Seul, donc, je fus le premier à ressentir les effets du changement climatique. Oui, ce fut moi le lanceur d’alerte du pôle et ce fut l’épaule d’Arlette qui accueillit ma première larme.
    Arlette venait du delta du Yukon-Kuskokwim et elle fut mon seul amour, platonique évidemment. Imaginez un glaçon amoureux…
    Un jour, Arlette a mis les bouts et je fondis de plus belle. Ce ne fut pas le chagrin mais le réchauffement climatique qui en fut la cause. Arlette revint et fit tout pour me refroidir, me tenir à l’écart, me recouvrir de neige éternelle mais je persistais à disparaître.
    Appelé à mon chevet, Blanchette m’emporta plus au nord, là où vivait Paul, mon pote depuis l’ère glaciaire. Paul est un permafrost branché mammouth congelé, c’est dire si j’avais une chance mais même le pergélisol, comme chacun le sait désormais, commença à fondre…
    Ne restait plus que la solution désespérée, le voyage pour le sud en compagnie de Blanchette.
    (Voir la carte pour les détails, disons que je fus transporté à bord d’une glacière en plastique bleue, et cela dira tout de mon désarroi. )
    Un voyage au bout de l’inuit, je sais c’est facile mais souvenez vous que je rétrécis, je ne suis plus qu’un apéricube moi qui avait la taille d’une armoire à glace, d’un glaçon d’étage, d’un frigo américain.
    Blanchette me déposa prés de la chaîne de la reine-Maud, -60° au soleil au coeur du mois d’août, le paradis blanc.
    C’est de là que j’écris à Arlette, chaque jour me vois croître, redevenir le grand glaçon que j’étais, le mister freeze, le roi de Tulé, la terreur du bac à glace, surnommé par les esquimaux :
    Arpiit paurngait iviit urpigaq
    ce qui signifie à peu près « Celui qui cambriolait la banquise »

  9. Grumpy dit :

    J’en ai marre moi, ça dure depuis 1912, chaque mois d’avril voilà qu’on ressort mon histoire de la naphtaline des archives, et c’est toujours moi l’accusé, comme si c’était de ma faute.

    Je n’ai rien fait moi, j’étais un gros glaçon qui dérivait tranquillement sur une mer d’huile au large de Terre Neuve, ma petite balade de saison, quoi.

    C’était une belle journée d’avril , comme souvent je dansais au gré de l’Atlantique qui m’accueillait dans ses eaux après qu’épris de liberté, je me sois détaché de ma banquise natale.

    Et voilà que tout à coup arrive vers moi un monstre, un Titan, que dis-je, un Titanic !

    On m’accuse de lui être rentré dedans, jaloux qu’il vienne sillonner ma part d’océan.
    Pas vrai, c’est lui qui m’a heurté, il ne regardait pas où il allait. Il voguait vite, bien trop vite pour battre un record de traversée en arrivant à New York.

    Je reconnais que l’on ne voyait de moi que ma partie émergée, mes pieds touchaient presque le fond, mais ça dérangeait qui ? C’était le printemps, je commençais tout juste à fondre.

    Lui, il était tout neuf. L’armateur avait choisi des boulons de qualité médiocre pour diminuer les frais de construction, ils ont cédé lors du choc fatal, les tôles se sont défaites, ce fut l’éventration.

    Personne n’a rien vu venir sauf moi, rien pu faire pour l’éviter, je suis si gros, si lourd, incapable de bouger.

    Et c’est sur mon dos qu’on met la perte de 1500 passagers, pourtant je me souviens très bien des premiers signes avant-coureurs, le commandant valsait avec les dames des premières classes au lieu de surveiller sa route, l’orchestre jouait trop fort, personne n’a rien entendu, surtout pas le radio qui envoyait des messages privés au lieu de garder sa liaison avec la terre. Et il faudrait que je sois le coupable ?

    J’en ai marre de devoir revivre cette nuit abominable à chaque anniversaire, à force ça me démange de couper pour de bon un pétrolier en deux.

    Enfin, je prends patience, à la vitesse où les eaux se réchauffent je n’en aurai plus pour très longtemps, avant j’étais de la glace dure comme fer, maintenant je ramollis chaque jour un peu plus, je sens que je rétrécis, je fonds, je coule tout doucement au fond … jusqu’au fond.

    • Camomille dit :

      Quelle excellente idée Grumpy!
      Je me suis régalée….

      • Grumpy dit :

        Merci Camomille, vous avez écrit vous aussi une bien mignonne tisane, la camomille calme l’âme, le glaçon les plaies.
        Vive malgré tout notre belle Provence affublée de cet horrible PACA. Chaque fois que j’entends cet affreux acronyme, je suce un glaçon et boit une camomille pour me remettre de l’affront.

  10. RENATA dit :

    C’était il y a longtemps…
    J’étais sur ce banc .
    main dans la main , ils sont arrivés
    la démarche peu assurée tant ils sont âgés .
    Ils s’immobilisent .
    Lui , lève la main vers sa compagne ,
    caresse tendrement sa joue ,
    dépose un délicat baiser ,
    se sourient , et continuent leur chemin ….

    Les jours où je me sens devenir glaçon
    je recherche cette vision
    et je fonds !

  11. Webfourmi dit :

    Du jour où on m’a dit que j’étais un glaçon j’ai commencé à fondre. Je me souviens très bien des premiers signes avant-coureurs, c’était…un frémissement au niveau du coeur. J’ai méme cru que j’avais une crise cardiaque. Parce que la plupart du temps, c’est comme ca que les hommes meurent, d’un coup d’un seul. Mais les femmes, c’est plus rare. Enfin c’est ce qu’on m’a dit.

    Puis ça a été un picotement au bout des doigts, léger comme une plume mais agaçant au possible. Une sorte de torture chinoise vous voyez ? Quand on vous force a garder la tête sous un robinet qui goutte. A vrai dire ce ne doit pas être facile à faire ça, d’obliger quelqu’un à rester sous un robinet. Peut etre qu’ils attachent les gens avec une bouteille percée au dessus du crâne. Si je vais en Chine un jour, je leur demanderai.

    Et ensuite j’ai commencé à transpirer à grosses gouttes, d’abord dans le dos, entre les omoplates, et puis sur le front. Je déteste avoir le front moite. Ce n’est pas présentable , on vous regarde, et tout de suite on voit que vous êtes dans une situation délicate. Ce qui vous rend encore plus mal à l’aise. Enfin pour moi, c’est comme ça que je le ressens. Evidemment, je n’avais pas le moindre mouchoir. On ne devrait jamais sortir sans d’ailleurs.

    C’est ce que je me suis dit, juste avant qu’un mal de crâne horrible s’installe. Une pulsation sourde, vous savez, comme quand on entend la fanfare qui s’approche, de plus en plus près, jusqu’à exploser vos tympans, sauf que là, c’était ma tête.

    Ça commençait à faire beaucoup quand même. Alors je me suis dit , comme je venais de perdre mon chapeau que c’était une insolation. A moins que ça ne soit la grippe espagnole, finalement, ou la malaria. Quand on l’attrape, c’est pas sûr qu’on en réchappe. Surtout les personnes fragiles comme moi.

    Je me suis ensuite rendu compte que mon écharpe était par terre. Une si belle écharpe ,toute en degradé de bleu, et de la laine douce et floconneuse… quel gâchis ! Les écharpes, c’ est comme les mouchoirs, il ne faut jamais partir sans. Un courant d’air et on tombe malade. C est la porte ouverte aux rhumes de cerveau. Et puis ça vous pose un homme, une belle écharpe drapée avec elegance autour du cou. On a envie de venir vous voir et de faire connaissance.

    Mais tout est allé de mal en pis, je me suis senti partir d un coup. Vloup. Et puis, et puis, plus rien…

    Enfin, pendant un petit moment, et après la lumière…
    Je me suis dit, ça y est , c ‘est la fin. On parle toujours de la lumière, à la fin. Je reconnais que j’ai toujours voulu me démarquer, sans être cabotin , n’exagérons rien, ,mais avoir un petit quelque chose en plus, pour ne pas me fondre dans la masse. J’espérais pouvoir faire la différence, même à la fin.

    Et puis, je me suis vu flotter léger, glisser sur un rayon de soleil.

    Le printemps est en avance cette année, me suis-je dit.
    En bas, il ne restait plus qu’un chapeau et une écharpe nageant à la surface d’ une grosse flaque de neige fondue.

    J espere que c e n est pas un doublon. Sinon mille excuses. J ai eu un probleme de connection au mauvais moment.

  12. Ophélie E. dit :

    Du jour où on m’a dit que j’étais un glaçon j’ai commencé à fondre. Je me souviens très bien des premiers signes avant-coureurs, c’était au bureau quand les ragots colportés sur Pierre, Paule, Jacques m’indifféraient à tel point qu’ils me laissaient froide, hermétique et, surtout, bien perplexe sur la nature humaine. D’aucuns me laissaient vaquer à mes occupations comme si j’étais invisible derrière une glace sans tain. Mais, une fois libérée de mes obligations professionnelles, je redevenais la femme tout feu tout flamme que je suis. Au fil du temps, je remarquais que les tailleurs de costume étaient légion et j’en pris mon parti. À tel point que mon image de petit cube à cocktails me suivit longtemps.

    Ce qu’ils ne savaient pas tous ces beaux parleurs c’est que, malgré mes manières de banquise, la lave était en fusion au plus profond de moi. Lorsque l’iceberg fondit, tel un tsunami, il en trempa plus d’un qui dut aller se rhabiller.

    Petit clin d’œil : méfiez-vous d’un glacier qui dort ! Ses Miko seront tout fondus.

  13. Anne dit :

    Du jour où on m’a dit que j’étais un glaçon j’ai commencé à fondre. Je me souviens très bien des premiers signes avant_coureurs, c’était….
    … dans l’océan antarctique. Je me laissais dériver au gré des courants et du temps. Avec les âges, j’avais appris à maîtriser mon environnement. L’hiver austral était fabuleux avec ses couleurs qui se reflétaient sur moi. Des couleurs chaudes, vives, étincelantes. La nuit n’en n’était pas vraiment une. J’allais jusque dans les profondeurs de l’océan où la lumière n’était plus. Les siècles passant, j’ai senti que je diminuais, me morcelais. Il y avait des grands craquements. Mon coeur était de plus en plus froid bien que réchauffé par le soleil.
    Un jour, je vis arriver une sorte de bateau. Enfin…bateau est un grand mot. C’était plutôt un pylône flottant de cent mètres de hauteur avec à son bord sept personnes qui avaient affronté les pires mers du monde. Le capitaine en était Jean Louis Étienne. Il s’était laissé dériver dans l’océan austral. Il s’appelait le Polar Pod. Il était vertical, planté dans la mer comme une bouée flottante. Les marins effectuaient de nombreuses analyses afin de mieux comprendre ce qui m’entourait. Je sentis sur moi une pression, une sorte de vrille, j’avais mal. Un bout de moi s’arrachait, s’en allait. Cette partie se retrouva enfermée dans le bateau. Ils voulaient m’étudier avant que je ne disparaisse. L’embarcation est demeurée là une année, puis s’en alla avec ce petit bout de moi. Ma plus grosse partie était demeurée sur place, dans l’océan.
    Je continuais à dépérir. A ma surface apparut du plancton. Des rennes sauvages le mangeaient. Je sentais leurs sabots. La marque s’y imprégnait comme figée. Mais le soleil faisait son oeuvre, je diminuais. Ma taille était divisée par cinq, le reste allant alimenter l’eau alentours. Je n’étais pas seul dans ce cas et avions tous le même sort, inexorablement. Le gulf stram montait de plus en plus haut nous faisant dériver avec lui.
    Mon temps était venu, je passais de l’état solide à l’état liquide.Il ne restait plus de moi que cette infime partir récoltée par ces nouveaux explorateurs. Ils allaient pouvoir mettre des maux sur mon déclin. J’allais rejoindre les livres scientifiques. Je serai montré en exemple aux générations futures. Mais, sur les mers, je n’existais plus.
    C’était en 2030.

  14. Souris verte dit :

    🐀 LA DÉGUSTATION DE GLAÇONS AUX FRUITS ET AUTRES…

    C’est le ‘ Grand Jour ‘ pour nous : les Glaçons.
    Les commis de cuisine nous ont harmonieusement présentés sur une table drapée, dans des bacs séparés, opaques et isothermes, pour mieux nous conserver et chacun recouvert d’une serviette marquée au chiffre de la maison que nous représentons. Puis, on nous a numérotés, bien entendu, j’ai eu le ‘ 13 ‘ c’est à dire au milieu des vingt six candidats et c’est bien tombé puisque je suis neutre, juste issu d’une source suisse.
    Une place de roi.
    Installés bien au frais dans la chambre froide, les échanges vont bon train d’un récipient à l’autre.
    – Moi, je suis Fraisina Gigantisme de la grande famille Gigantella, et je vous prie de me voussoyer lorsque vous m’adressez la parole.
    – Parles-en de ta famille de géants, j’ai appris récemment que quelqu’un de pressé en vous avalant tout de course, s’était étouffé !
    – Bien fait ! Les gourmands sont toujours punis. Et puis, il n’est pas mort, on a fondu. Et toi qui es-tu pour me faire la morale ?
    – Oh ! Dit-elle en rougissant, je suis un petit glaçon à la fraise des bois parfumé à souhait et je réjouis les papilles.
    – Oui, mais tu n’es pas économique et je sais bien des choses sur toi. Si si ! Par exemple qu’une fois gobé tu t’étends en éruption de boutons. Alors arrête avec tes leçons sur ton parfum délicat ! Quand on file de l’eczéma on ne la ramène pas !
    – Non mais sans blague !
    Ce n’est pas bientôt fini ces commérages hurla le Roncier bien énervé.
    – Ne pique pas une colère Grand Roncier, nous ce qu’on dit, c’est pour passer le temps.
    – Ça vaut mieux ! Tenez vos distances avec le Qui-s’y-frotte-s’y-pique… Et croyez-moi, même glacé je tiens parole.
    – Moi, avec tout ça chuchota en se dandinant le glaçon d’à côté, je suis en boule, une boule de Gui.Juste un essai pour les fêtes de Noël cette année. Allez hop ! Un petit coup de Guitounet dans les bulles et c’est la fête assurée.
    – Oh toi, mon petit chou dit Gui gentil et attentif à son voisin de droite tu as l’air mal en point ?
    – Je suis un accident, une idiotie. J’étais une simple bouteille d’eau gazeuse oubliée dans le congélo et lorsqu’ils m’ont sortie, j’ai exposé en morceaux de glace informes qui ne ressemblent à rien.
    Si je suis là, c’est à titre expérimental, car la question se pose : suis-je encore pétillant ?
    Emoustillé par cette pétulance pétillante, Gui se sent envahi de chatouillis. Il se tourne vers son voisin de gauche.
    – Fichtre ! Tu as l’air bien pommelé et ta couleur du soleil est appétissante.
    – Je suis l’abricot du Roussillon ma teinte tient bien dans les boissons et ma forme en double ronds est aguichante.
    Les connaisseurs me mettent d’un coup dans leur bouche et me laissent fondre.
    – Mon rêve dit Guitounet en se pâmant. Si j’osais…
    À ce moment, la porte s’ouvre sur des gens emmitouflés revêtus de blouses chirurgicales et de bonnets . On voit tout de suite qu’ils ne sont pas là pour rigoler.
    – Commençons par le numéro 1 qu’en dites-vous ? Une belle forme bien fessue, une jolie couleur !
    – Ça y est ! Gémit l’abricot, c’est encore pour ma pomme…
    Je ne veux pas qu’on me suce… Pleure le pauvre glaçon.
    Gui de son côté, un peu jaloux
    – Évidemment, ce sont toujours pour les mêmes. 🐀

  15. durand JEAN MARC dit :

    Du jour où on m’a dit que j’étais un glaçon, j’ai commencé à fondre. Je me souviens très bien des premiers signes avant-coureurs.

    C’était sur une terrasse, petite place d’Arras, face au fameux beffroi. Le temps s’avérait idéal pour les touristes de juin. Il s’était largement étalé sur les pavés, mes indestructibles cousins.

    On m’a séparé de mes frères et sœurs, et de La Reine des machines, celle pondant des œufs cubiques. Selon la gravité habituelle occasionnée par ce type de mouvement, j’ai été précipité dans un verre, ce petit aquarium où nous ne sommes pas censé survivre trop longtemps. On m’a couvert d’un jus un peu poisseux. J’ai plongé un moment puis réapparu à la surface. On a chaloupé le contenant entre plusieurs tables et j’ai atterri sur une nappe de papier,juste à côté d’une cigarette électronique. Jamais je n’avais autant voyagé.

    Pourtant, ce n’était qu’un début.

    Elle a saisi le verre et j’ai pirouetté dans cette petite mare de Martini blanc. J’e découvrais pour la première fois toutes les saveurs sucrées. La tête m’a de suite tourné. A travers la baie, je pouvais admirer ses longs doigts de fée. Elle devait jouer du piano, ou encore mieux de la harpe. Son cou en col de cygne ne pouvait que porter une tête fière, un front valeureux et une chevelure ruisselante. Ses cheveux ne pouvaient que tomber de la tour, d’où perchée depuis de longues journées et nuitées, elle attendait le retour de son prince vaillant.

    J’ai respiré un grand coup, pour remonter à la surface, éviter de me noyer dans les clichés.

    Juste trop tard, elle s’était à nouveau saisi du verre. Le basculement fut soudain et le contact avec ses lèvres comme une vague pour surfeur en finale de compétition. Je fus soulevé, enveloppé, soupesé… puis tendrement recraché. Ce fut comme un mascaret virant au tsunami et tous les coquillages m’avaient chanté la mer. En une paire de secondes, j’avais traversé tous les océans, découvert plusieurs continents, j’étais conquis, j’adorais.

    Un instant, je restais là, ballotté des remous. Prisonnier béat de ce petit palais des glaces, j’admirais les miroirs qui tournaient et ma joie qui étincelait.

    Elle prit sa cigarette électronique, en tira une longue bouffée. Du haut de mon phare, la marée basse me parut bien lointaine. Je gargouillais les petits cailloux de mon retour sur le rivage.

    Je me savais condamné, la vie serait courte, pleine et bienveillante. Elle ne pouvait qu’à nouveau me saisir, me bercer de la langue et m’engloutir.

    Enfin, je pourrai me fondre en elle.

  16. Antonio dit :

    Du jour où on m’a dit que j’étais un glaçon j’ai commencé à fondre. Moi qui me suis toujours prise pour une vrille à la poigne de fer. Je me souviens très bien des premiers signes avant-coureurs, c’était dans le vignoble de mon père où je lisais « Les raisins de la colère ». J’étais plantée là, tranquille, sous le soleil d’entre deux mers, quand une belle plante s’est mise à me tourner autour. Au début, je ne disais rien, mais au bout de quelques mois, elle est devenue de plus en plus envahissante, jusqu’à ce qu’elle parte en vrille.

    — Tu me plais qu’elle me dit en me serrant tige contre tige.
    — Mais je… je suis une vrille, enfin ! m’insurge-je en la repoussant.
    — Derrière ce cœur de fer, je suis sûre qu’il y a un glaçon qui ne demande qu’à fondre.

    En effet, la terre s’est dérobée sous mon pied et je me suis liquéfiée lorsque la plante avinée m’a embrassée, m’enserrant entre ses branches musclées. Dès lors, je n’ai plus eu le pied sur terre, complètement enivrée, je me suis laissée faire.

    Je ne savais plus qui j’étais. Vrille ou glaçon. On a fini par me virer de la plantation. Je n’étais plus bonne à rien sans soutien. Ignoble vigne qui m’avait larguée comme une vieille piquette, sans amour ni considération. Je me suis retirée alors dans un monastère de Sainte-Croix-du-Mont où, à défaut de percer pieusement le mystère d’être une vrille, je sers désormais comme glaçon en espérant, en secret, un jour retrouver le fruit de cet amour éphémère qui me reste en liqueur.

  17. Nouchka dit :

    Je me revois adolescente dans le métro accompagnée de ma mère. Nous échangions quelques réflexions à propos d’une chose ou l’autre et sur les personnes qui fréquentaient le même wagon que nous.
    Un jeune homme entra dans la rame et se tint débout cherchant à garder son équilibre, arrimé au mat de cuivre central.
    Discrètement, je fis remarquer à ma mère que ce garçon n’était vraiment pas élégant. Sa tenue ne correspondait pas à mes critères de goût et de séduction d’alors. Mon jugement était sans concession, plein des certitudes qu’une adolescente cherche à se faire du monde qui l’entoure.
    Ma mère, femme élégante et toujours soucieuse de l’harmonie des couleurs, des matières et des formes objecta :
    « Ce garçon porte ses vêtements sans souci des critères de la mode telle que tu la conçois mais ce n’est certes pas le seul critère d’appréciation d’une personne, ne trouves-tu pas ? »
    Mon attention se tourna de nouveau vers le jeune homme et je considérai de nouveau ce pauvre être falot dans sa tenue froissée et remontais les yeux jusqu’à son visage que je n’avais pas pris la peine de découvrir initialement.
    Je fus déconcertée de découvrir la douceur, la beauté de ce visage, ce regard plein de bienveillance. Je sentis que mon armure défensive comme le glaçon que je tentais d’être commençait à fondre. Cette fulgurante prise de conscience que, des jugements plaqués trop rapidement sur les uns ou les autres pouvaient s’avérer totalement erronés, ébranla mes critères subjectifs d’adolescente. Près d’un demi-siècle plus tard, je me souviens très bien de cette courte scène qui n’avait pas eu d’autres premiers signes avant-coureurs que l’échange inhabituel, en particulier en ce lieu, des quelques mots de ma mère et de leur incidence sur ma perception du monde.

  18. Laurence Noyer dit :

    Froid comme un glaçon qui fond

    Décret n° 91026080 du 08 juin 2019 portant modification et visant à attribuer une nouvelle définition à un certain nombre de proverbes afin d’en assurer la pérennité.
    En ligne 1 expression d’origine
    En ligne 2 nouvelle version

    Peu importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse
    Peu importe le glaçon pourvu qu’on ait l’hiver

    Pierre qui roule n’amasse pas mousse
    Pouce qui moule n’harasse pas Rousse

    Trop poli pour être honnête
    Trop honnête pour être poli

    Un petit chez soi vaut mieux qu’un grand chez les autres
    Un petit pois chez soi vaut mieux qu’un grand poids chez les autres

    Donner c’est donner, reprendre c’est voler
    Donner c’est donner, reprendre c’est reprendre

    Tout lasse, tout casse, tout passe,
    Tout passe, tout lasse, tout casse

    Qui vole un œuf vole un bœuf
    Qui vole à neuf vole à Joeuf

    Carnaval au soleil, Pâques aux tisons
    Brouillard en novembre, Noël en décembre

    Il n’est pire eau que l’eau qui dort
    Il nait pirogue l’Okidor

  19. Christine Macé dit :

    Du jour où on m’a dit que j’étais un glaçon j’ai commencé à fondre. Je me souviens très bien des premiers signes avant-coureurs, c’était… un jour de forte canicule. J’ai pensé à une boutade de sa part, rapport à la météo. Juste que sous ses mots il y avait un autre son de cloche. Je n’ai pas répondu.
    J’écoutai ce son bizarre dont la vibration envahissait mon silence intérieur. Une onde de choc doucement ténue. J’eus froid tout à coup et j’allai vérifier si la porte d’entrée ne serait pas restée ouverte. Chasser ce courant d’air qui me faisait frissonner. Sauf que tout était en ordre. Bizarre. J’oubliai.

    Plus tard, c’est en regardant mon verre où flottait un cube de glace que ça me reprit. Brusquement, j’étais ce glaçon, flottant dans le breuvage ambré. Réalisant qu’invariablement je fondais, passant de solide à liquide : bientôt ne resteraient que quelques gouttes au fond du verre. Fin de l’histoire.
    M’efforçant encore de repousser les mots, j’imaginais que ce ne serait peut-être pas indéfiniment. Qu’un jour je pourrais en laisser d’autres monter à la surface. Les écouter. Les dire. Pour ne pas couler.

    Je m’accordais pourtant encore un peu de temps… le temps de fondre doucement. Doucement.

    Bon week-end, Christine

  20. Odile Zeller dit :

    Du jour où on m’a dit que j’étais un glaçon j’ai commencé à fondre. Je me souviens très bien des premiers signes avant-coureurs, c’était déstabilisant, j’avais des frissons et des bouffées de chaleur. Je me suis ressaisi. Oui je suis un glaçon, un produit garanti et labellisé. Toutes les réflexions méprisantes me laissent de glace. Mon statut de glaçon est prouvé. Le dédain de certains ne me fait ni chaud ni froid. Glaçon et fier de l’être. Calme, réfrigérant, j’accompagne l’apéritif, je rafraîchis. Vous ne me ferez pas fondre avec vos piques et vos regards enflammés. Je ne fonds pas, je suis solide, je ne me liquéfie pas comme mes confrères du bac à glace. Ma tenue à la chaleur a été testé par Veritas : 8 heures minimum. C’est écrit sur la notice et je tiens mes promesses. Un glaçon quoi pas une imitation made in China, norme 30 002a … vous ne me ferez pas trembler avec vos insinuations… plastique et alors … glaçon d’abord, froid, glacial, ma mission c’est de refroidir. Testez moi et vous ne recommanderez chaleureusement … je suis durable, on ne me jette pas …

  21. Webfourmi dit :

    Du jour où on m’a dit que j’étais un glaçon j’ai commencé à fondre. Je me souviens très bien des premiers signes avant-coureurs, c’était…un frémissement au niveau du coeur. J’ai méme cru que j’avais une crise cardiaque. Parce que la plupart du temps, c’est comme ca que les hommes meurent, d’un coup d’un seul. Mais les femmes, c’est plus rare. Enfin c’est ce qu’on m’a dit.

    Puis ça a été un picotement au bout des doigts, léger comme une plume mais agaçant au possible. Une sorte de torture chinoise vous voyez ? Quand on vous force a garder la tête sous un robinet qui goutte. A vrai dire ce ne doit pas être facile à faire ça, d’obliger quelqu’un à rester sous un robinet. Peut etre qu’ils attachent les gens avec une bouteille percée au dessus du crâne. Si je vais en Chine un jour, je leur demanderai.

    Et ensuite j’ai commencé à transpirer à grosses gouttes, d’abord dans le dos, entre les omoplates, et puis sur le front. Je déteste avoir le front moite. Ce n’est pas présentable , on vous regarde, et tout de suite on voit que vous êtes dans une situation délicate. Ce qui vous rend encore plus mal à l’aise. Enfin pour moi, c’est comme ça que je le ressens. Evidemment, je n’avais pas le moindre mouchoir. On ne devrait jamais sortir sans d’ailleurs.

    C’est ce que je me suis dit, juste avant qu’un mal de crâne horrible s’installe. Une pulsation sourde, vous savez, comme quand on entend la fanfare qui s’approche, de plus en plus près, jusqu’à exploser vos tympans, sauf que là, c’était ma tête.

    Ça commençait à faire beaucoup quand même. Alors je me suis dit , comme je venais de perdre mon chapeau que c’était une insolation. A moins que ça ne soit la grippe espagnole, finalement, ou la malaria. Quand on l’attrape, c’est pas sûr qu’on en réchappe. Surtout les personnes fragiles comme moi.

    Je me suis ensuite rendu compte que mon écharpe était par terre. Une si belle écharpe ,toute en degradé de bleu, et de la laine douce et floconneuse… quel gâchis ! Les écharpes, c’ est comme les mouchoirs, il ne faut jamais partir sans. Un courant d’air et on tombe malade. C est la porte ouverte aux rhumes de cerveau. Et puis ça vous pose un homme, une belle écharpe drapée avec elegance autour du cou. On a envie de venir vous voir et de faire connaissance.

    Mais tout est allé de mal en pis, je me suis senti partir d un coup. Vloup. Et puis, et puis, plus rien…

    Enfin, pendant un petit moment, et après la lumière…
    Je me suis dit, ça y est , c ‘est la fin. On parle toujours de la lumière, à la fin. Je reconnais que j’ai toujours voulu me démarquer, sans être cabotin , n’exagérons rien, ,mais avoir un petit quelque chose en plus, pour ne pas me fondre dans la masse. J’espérais pouvoir faire la différence, même à la fin.

    Et puis, je me suis vu flotter léger, glisser sur un rayon de soleil.

    Le printemps est en avance cette année, me suis-je dit.
    En bas, il ne restait plus qu’un chapeau et une écharpe nageant à la surface d’ une grosse flaque de neige fondue.

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