475e exercice d’écriture créative créé par Pascal Perrat

Le jour où il allait être écœuré d'écrire, il s'était installé devant son ordinateur à cinq heures.

Le jour où il allait être écœuré d’écrire, il s’était installé devant son ordinateur à cinq heures.

Racontez, en flash-back, la suite de ce coup de théâtre déjà annoncé

Ce peut être  » IL » ou  » ELLE « 


Vos signes d’amitié, de gratitude et de soutien débordent de ma boîte à voeux. Cela me touche beaucoup. Que cette année qui s’ouvre vous apporte le meilleur. Pascal.

Ces exercices inédits d’écriture créative n’apprennent pas à écrire, ils enflamment l’imagination. Le but est de vous conduire vers les ressources imaginatives qui somnolent en vous. Après quoi, vous décidez de mener le projet d’écriture qui vous convient : nouvelles, roman, etc.

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27 réponses

  1. oholibama dit :

    Le jour ou il allait être écoeuré d’écrire,il s’était installé devant son ordinateur à cinq heures précise.
    Il avait une bonne idée dans la tête, tous défilé correctement, le titre, la préface,même la photo qui embellirait son livre était toute prête.

    Il l’avait découverte il y a deux jours de ça en faisant du tri dans d’anciens papiers rangés, au fond d’une grosse malle avec, divers objets d’un passé douloureux. Cela raviva sa mémoire, cette photo tombait à pic.

    S’il pouvait s’exprimer ainsi. Voila. Le calme. Le sentiment qu’aujourd’hui serait le déroulement d’un futur bon livre. Il était tendu comme un arc prêt à tirer. Ses amis étaient prévenus, sa famille aussi, il l’avait dit  » je ne suis là pour personne. »

    Il caressa ses doigts, bu un peu de thé vert, se massa le cou. Il respira profondément deux minutes, fixa une dernière fois le réveil plaçait sur la table basse, son téléphone portable et son fixe mis en veil…il était tout à fait prêt.

    _Bon voila. Mon clavier.Mon écran.Mon thé. De
    l’eau. Un peu de sucre. J’y vais. Il place ses doigts, inspire fortement et…et… Rien! Pourtant tout est là,là dans sa tête bien au chaud. Pourquoi donc cela ne sortait pas? Il recommença tout depuis le début. Poussa même un grand cri, replaça ses mains sur le clavier, tapa le titre « Le hurlement » Il choisit sa police, le reste se ferait de lui-même.

    De nouveau la rage en lui mais, aucun mot ne sortait de sa pensée. Le vide sidéral. Il était là sur le bout de sa langue, à fleur de cervelle…le traite se baladait sur sa sphychée mais…voulait rester bien au chaud. Il hurla des mots qu’il ne prononcerait jamais sortir à la vitesse grand V.

    Mais que se passait ‘ il donc dans sa caboche?_Mais vide donc ton sac cria t’il de plus belle. Des larmes de fureurs glissèrent le longs de ses joues. Il les essuya puis plongea dans un abîme sans fond…il murmura…: » Le hurlement ». C’était pourtant un bon titre!

    Un infirmier entra, le fixa, le regard noir. Il remonta sa manche sans un mot, enfonça l’aiguille. Lui, il ne dit pas un mot ne poussa aucun cri, il se laissa aller. La drogue fit effet, la mémoire lui revint, trop tard…il voyagea dans un nuage cotonneux.Lui, l’écrivain avait perdue la partie, trop de stress fait tomber l’homme.

  2. Caillaud dit :

    La tête penchée sur son clavier, il avait tapé, tapé, déversant un flot de mots. Les lettres noires s’agglutinaient les unes aux autres, leur faisant parfois perdre leur sens. Il ne se relisaient pas, il le ferait plus tard. Ces dernières semaines il avait déambulé, traversant une réalité fragmentée où les couleurs, les sons, les textures s’étaient encodés dans son esprit de manière différée. Au fur et à mesure qu’il écrivait, sa réalité le rattrapait. Les souvenirs se frayaient un chemin dans son esprit, le revivifiant, l’exaltant et l’écorchant. Il avait poussé un cri qui s’était transformé en rire-gémissement. Cependant, il ne pouvait dans l’immédiat s’abandonner à la douleur. Les détails se bousculaient et il ne devait en omettre aucun, les heures, les dates, les propos tenus… Si un doute l’assaillait, il s’assurait de leurs exactitudes en fouillant dans son agenda ou dans ses messages.
    Il avait débuté à cinq heures. A dix heure trente-sept, il avait fermé l’écran de son ordinateur. Il se sentait à la fois fébrile et las. Ces quelques heures avaient permis la résurrection de Damien. De son énergie bouillonnante, de l’éclat de sa voix et de celui de son rire, des mouvements brusques de sa tête, de son regard noir, de la chaleur de ses bras, de son odeur, de ses paroles douces, rassurantes, parfois tranchantes et enfin, du froid ressenti lorsqu’il l’avait embrassé pour la dernière fois. Il avait appelé Julia pour prononcer quelques mots : « C’est fait. Oui, j’ai tout mis. Je viens de t’envoyer un mail. Bonne nuit. » Il s’était ensuite étendu sur son lit sans parvenir à s’endormir. Ses pensées trop claires le tourmentaient. Le jour où il allait être écoeuré d’écrire, il s’était installé devant son ordinateur à cinq heures. Le jour où il allait être écoeuré d’écrire, il avait conté sa rencontre avec Damien. Le jour où il allait être écoeuré d’écrire, il avait pleuré son ami mort.

  3. Michel-Denis ROBERT dit :

    Le jour où il allait être écoeuré d’écrire. Il s’était installé devant son ordinateur à 5 heures. Un pari !

    D’habitude, c’était à 8 heures. Peut-être était-ce ces crottes au chocolat au kirsch qui ne passaient pas. Hier au soir, il en restait 15 dans la boîte ! Peut-être 16, mais pas plus. Il s’était senti euphorique après le dîner. Et puis, vous savez comment ça se passe, en regardant un film. Trop de revolvers sur-employés ! Les barillets ont surchauffé. Tous ces incendies, la télé a failli prendre feu. La main auto programmée a joué la tentatrice en se plongeant innocemment dans cette boîte en évitant de faire concurrence aux coups de feu venant du poste. Qui avait posé ces chocolats là ? Il ne s’en souvenait plus. Un réflexe naturel pour compenser le stress. Trop de rapts, trop de cavalcades. Trop de sucre ou un alcool de mauvaise qualité. Elles étaient pourtant succulentes. L’intrigue l’avait dérouté. Au final, ils étaient tous morts. C’est le principe du western, certes ! Même la plus jolie fille du film était décédée. Ecoeurant. Bref ! Comment était-elle apparue cette nausée au réveil ? Mystère.

    Ce pari était vraiment stupide. Il s’était levé trop tôt. Amorcer son inspiration dans ces conditions, certains relents de l’histoire étaient restés coincés.

    A 6 heures, il recevait enfin le mail tant espéré :  » BONNE ANNEE A TOUS ! Les 3 boîtes de chocolats que vous avez commandées vous seront livrées dans 3 jours. « 

  4. Laurence Noyer dit :

    Le jour où je me suis installée devant mon ordinateur pour vous lire, je suis restée 5 heures

    Clémence, flèche vers le bas, esperluette dans le back
    Kyoto, le cliquetis du clavier pas DLC dépassée
    AB, touche envoi sur passé noir
    Iris, la nausée, la médiocrité seulement pour la journée
    Patrick, au prochain chapitre, un refus frénétique
    Souris Verte, le roi Azerty est mort d’ennui
    Fanny, le coup de fil sauve le clic
    Pompelair, des salades de mots pour le roman de l’imbroglio
    Maguelonne, définition de surfaire : avoir l’avantage
    Danièle, la galette Joinville pour l’écrilibriste
    Grumpy, des idées aux oubliettes des toilettes et l’imagination en haut du frigo
    Anne, la société de consommation de l’écriture peut donner des hauts de cœur
    Camomille, des lettres font la grève en attendant qu’on les libère
    Antonio, fait écrire son chien Totor et devient son pote
    Nadine, le Titivillus est un bon remède pour redonner le goût d’écrire
    Blackrain, pour retrouver les mots de Sartre il ferait Beau voir

    Merci et bravo pour vos textes, votre imagination !

  5. lorthioir dit :

    un jour où il allait être écoeuré d’écrire, il s’était installé devant son ordinateur à 5 heures.

    après deux bouteilles de whisky, deux nuits aux casino et dix grammes de coke l’ont rendu aussi pauvre que ses idées, qu’il griffonne en rejoignant le panier depuis tant de temps.
    l’aurore, en ce deux janvier, 5h00 du matin, nouvelle résolution prise; comme tous les jours, il se mets à son bureau et écrit.

    devant une page blanche et un café noir, descente fatale, pas les moyens de se procurer de la dope, se shoote au café fort pour rester éveiller et retrouver toute la mémoire. le manque… d’enthousiasme de quoi être dégoûté à jamais d’écrire le prochain roman que son éditeur lui réclame depuis plus de dix ans.

    page blanche et deuxième café noir, rien ne vient, une seule envie l’hypnotise, trouver de la coke pour commencer à écrire de la merde.

    page grisée et troisième café noir, ses maigres idées s’assemblent. ah, ses jeunes années où il écrivait de la poésie pour ses nombreuses conquêtes. un simple exercice d’écriture à l’époque.

    quelques pages grisées et quelques cafés noir, ses maigres idées s’accumulent. se souvenant de la sortie de son roman qui, en moins de deux semaines, fût promu premier au book challenge de nouvelle zélande. où ils faisait le tour des radios et télévision en signant des autographes. c’est à ce moment là qu’il a commencé la blanche afin de rester éveillé, faisant la fête toute la nuit et promouvoir son roman le jour. l’argent lui coulé entre les doigts. femme aimée dans son lit, alcool brûlant son gosier, coke grisant sa vie nocturne de dépravé.

    pages noirci et café noir, souvenir d’après l’euphorie, la descente aux enfers, ses amis se raréfient, ses conquêtes ressemblent à des putes de passages. la solitude s’installe.
    assis devant ce bureau face à la mer Tasman depuis plus de cinq heures maintenant, l’écriture se facilitent pendant que le manque de blanche se réduit.

    quelques pages noirci et quelques cafés noir, il tremble, bave, vomi mais rien y fait il est maintenant sur la voie de la délivrance, la blanche est finit. son personnage est né, son antagoniste donne du fils à retordre à son personnage et l’histoire coule de source. depuis quand est-il assis à noircir ces pages blanches un jour, deux voir plus.

    centaines de pages noircis et centaines de café noir; il écrit enfin en lettre majuscule FIN de son roman et de la poudre blanche qui lui a noirci toutes ces années.

    il se lève satisfait mais son coeur fatigué le lâche à force de tous ces cafés noir et s’écroule dans la nuit blanche pour l’éternité.

  6. Clémence dit :

    Le jour où il allait être écœuré d’écrire, il s’était installé devant son ordinateur à cinq heures.

    Lundi 06/01 20:00

    Depuis qu’il avait reçu une flopée de courriels odieux, il tournait en rond, à la recherche d’une idée cinglante en guise de parade. Mais plus il tournait, moins il trouvait. Et moins il trouvait, plus il tournait !

    Il eut un rire sarcastique en pensant à sa voisine qui devait l’épier, cachée derrière ses rideaux bonne femme. Et comme ça, tout d’un coup, il lui vint une idée incongrue. Mettre en scène sa mort. La sienne, pas celle de la voisine ! Quoique… ce meurtre pourrait être l’intrigue de son prochain roman. Le sien, pas celui de sa voisine, car elle, elle écrivait aussi. « Je deviens maboule. Ces courriels me rendent dingue ! » soupira-t-il. Et pour ne pas sombrer dans la folie, il lui fallait faire barrage à l’afflux d’émotions et de sentiments destructeurs. Il devait faire preuve d’objectivité et de rationalisme.

    Il s’empara d’une feuille de papier et traça une ligne du temps d’un geste sûr, de gauche à droite et se terminant par une flèche très aiguë. Puis, il fit pivoter la feuille. Flèche vers le bas. « Ce sera plus facile pour noter mes idées ». Mais à peine avait-il prononcé ces paroles qu’il se rendit compte que ce schéma avait une faille. « Idée » était un concept trop vague. Il scinda la colonne et nota : »Contenu » et « commentaire ».
    Satisfait de cet organigramme, il se mit au travail.

    En bas de la feuille, juste en dessous de la flèche, avec son stylo à encre, il écrivit: « Mort de l’écrivain ». S’apprêtant à passer à la ligne supérieure, le bord de son pull glissa sur l’encre à peine sèche et dessina un motif suggestif.
    Sans se laisser distraire, il remonta le temps d’un seul coup, en positionnant sa plume haut de la page. Il ferma les yeux une fraction de seconde puis se remémora l’instant où il s’était assis à son bureau. L’instant – qui n’était pas encore fatal- où il avait ouvert sa boîte de courrier électronique.

    Lundi 06/01 05:05

    – Reçu tapuscrit. Lirai après les fêtes // Espèce de c***, ça valait bien la peine de me houspiller !
    – Pas mal à première vue, mais…// Mais quoi ? Je me suis toujours coulé dans l’air du temps !
    – Votre style a perdu de son intensité, quoique…// Non mais, attends ! 280 caractères pour exprimer sa pensée limitent dangereusement la sémantique !
    – Vocabulaire suranné, surfait voire superfétatoire, même si…// Le nombre de mots connus et usités est en chute libre. Et ? Et on continue la plongée en apnée ? Jusqu’à quelle abysse ?
    – Structure du récit chancelante, malgré certains feed-back et flash-back très originaux…// Et un bon coup de pied à ton back, ce serait pas une rétroaction constructive, ça ?
    – … ponctué de lieux communs, criblé de clichés, envahi de stéréotypes…// Espèce d’idiot ! Tu cherches toujours midi à quatorze heures quand tu veux casser les pieds à quelqu’un. Tu as un poil dans la main quand il faut mettre la main à la pâte et un chat dans la gorge quand il faut dire du bien ! Et bien moi, moi je te le dis, la main sur le cœur, en appelant un chat un chat, tu n’es qu’un éditeur idio-matique !
    – Intrigue originale et …// Et quoi ? Tu la veux, mon esperluette pour finir ta périphrase ?

    Le dernier courriel, au style télégraphique, le laissa coi, pantois et pantelant !
    «  Décidé de transmettre tapuscrit à jeune écrivaine prometteuse. Se fera immense plaisir ré-écrire votre roman dans style inédit à ce jour dans monde littéraire. Votre intrigue respectée. Signature contrat, date à votre convenance »

    Il n’avait suffit que de quelques heures…
    Il s’était levé avant le soleil puis s’était assis à son ordinateur à cinq heures.
    Il avait lu, relu,cogité, trituré… puis s’était effondré.
    Il se réveilla, horrifié, à l’instar de Tengo écoutant les sombres desseins de Komatsu. Il maudit son idole, Haruki Murakami d’avoir instillé cette idée saugrenue dans 1Q84.

    A l’aube de l’an ZØZØ, écœuré, il abandonnait son statut d’écrivain pour se glisser dans l’habit de victime.
    Un scoop ? Peut-être que oui, peut-être que non.

    © Clémence.

  7. Kyoto dit :

    L’œil droit s’ouvre : deux heures après minuit. Mise en fonction du mode automatique. Prendre le carnet de nuit. Décrire le rêve avant qu’il ne se dissolve dans les limbes du néant. S’endormir de nouveau.

    L’œil gauche s’ouvre : quatre heures du matin. Saisir le cahier d’éveil. Ecrire les éclats du cauchemar, les premières pensées. Sans réfléchir. Nuit classique pour ce boulimique de mots.

    La cafetière gargouille. L’ordinateur est prêt. La journée commence bien. Et c’est parti ! Le cliquetis du clavier joue sa symphonie. Quelques heures jusqu’au coucher du soleil. Le roman policier sera terminé ce soir. Le patron sera heureux. Un nouveau livre édité. Et le succès assuré.

    Cinq heures du matin. Le rythme ralentit. Un premier court-circuit, suivi immédiatement par un deuxième. Réparation immédiate impossible. Fusion des neurones. Destruction totale.

    IA060120200500 est irrémédiablement hors service.

    Désolé, robot-écrivain, ta DLC, date limite de création, est dépassée.

  8. AB dit :

    Le jour où il allait être écœuré d’écrire, il s’était installé devant son ordinateur à cinq heures.

    Ecœuré de mots, c’était un euphémisme. Justement, le mot adéquat lui manquait. Il n’existait pas. Du moins pas pour lui.
    Il s’essuya la bouche d’un revers de dégoût puis il appuya sur la touche « envoi » du clavier. Il s’était promis de se visser au fauteuil devant l’ordinateur tous les jours de toutes les semaines et cela depuis six mois. Seule obligation, continuer jusqu’au bout, jusqu’à plus soif de mots, plus faim d’expressions et que tout soit dit. Pour ce jour qu’il savait être le dernier dans l’écriture de son livre, il s’était installé devant l’ordinateur à cinq heures la veille. Pas d’endormissement. Impossible. Aller jusqu’au bout. Il fallait que la nuit se dispute au jour pour voir naître la fin de ce calvaire qu’il s’était infligé, pour l’exorciser. La fin qui justifiait cette faim de l’écrire et de le hurler. De le dénoncer.
    Ecrire avait toujours été pour lui un plaisir. Plus encore. Il s’enorgueillissait très modestement d’avoir su placer des verbes, des sujets, des compléments de manière, de circonstance ou de lieux et tout un trésor de mots qui enlacés les uns aux autres créaient des histoires où se mêlaient sentiments, illusions perdues ou à venir. Son nom d’écrivain, il le savait prenait de l’ampleur, de l’écho. Mais, une ombre, une nostalgie furtive, le temps d’un nuage qui passe ou d’une conversation particulière le lacérait, lui emprisonnait son bonheur et l’étouffait à petit feu. Il souffrait de l’intérieur depuis si longtemps.
    Puis, il s’était décidé. La vérité, seulement la vérité, maintenant devrait le guérir et servir. Du moins c’est ce qu’il espérait. Il voulait que le monde entier sache et que plus personne ne soit dupe de l’image de sa jeunesse, belle et riche car c’était tout le contraire.
    Il revoyait le sinistre pensionnat et son directeur hautain mais surtout, le sourire mielleux, aguicheur de ce si gentil séminariste à qui lui, Jorisse, avait offert sa confiance comme aux bras ouverts de sa mère. Quelle duperie infâme ! Ses mâchoires tremblent après tant d’années de la vision de ce sourire hypocrite qui s’approchait, s’approchait de lui, certains soirs alors que tout était noir et que lui sentait ce souffle venimeux qui l’empoisonnait petit à petit.
    Etait-il fou à lier ? Allait-il tout perdre à jeter cette vérité après tant d’années et de denni ? Comme tous ceux que maintenant il venait de suivre, il n’avait de cesse de l’exprimer. Cela il l’avait mille fois pesé, calculé, même découpé dans sa tête en menus morceaux. Oui, cela risquait. Tout le monde allait être au courant… plus encore, mille plumes noires pouvaient voler au-dessus de lui et dans un tourbillon l’engloutir comme un châtiment inexorable. Mais, il n’avait plus d’angoisse depuis qu’il avait appuyé sur la touche « envoi », les dés étaient jetés et pour rien au monde il ne regretterait ce geste.
    Déjà, cette sensation de respiration dégagée, de souffle pur comme un instant spirituel passait à travers ses lèvres lui insufflant une force magique, une sorte de régénération cellulaire. Incroyable. Presque un miracle !
    En avait-il fallu du temps, de la souffrance et maintenant du courage, de la revanche et un esprit de justice pour oser affronter cette vérité qu’il venait de cracher dans les pages de son livre dont l’éditeur avait ordre d’en récolter les fonds pour des associations dont le but n’ayant d’autres objectifs que la justice et la reconstruction.
    Il savait déjà que cela ferait du bruit et qu’automatiquement par curiosité ou compassion on achèterait son livre, il était déjà reconnu dans le monde de l’écriture et qu’il ferait des sous. Il y perdrait peut-être sa célébrité naissante, son honneur, on lui tournerait le dos ou au contraire on l’inviterait car les médias sont friands de ces histoires. Peu lui importait, il se sentait maintenant libéré, lavé de cette crasse indécrottable. Il sentait bon de ce parfum unique créé pour lui, par lui et qui s’appelait « Libération ».

    BONNE ANNEE 2020 A TOUS

  9. iris79 dit :

    Le jour où il allait être écœuré d’écrire, il s’était installé devant son ordinateur à cinq heures.

    Il avait essayé en vain d’écrire des pages et des pages. Il en avait noirci des dizaines, toutes médiocres. Quant il releva la tête et qu’il vit qu’il était 17h et qu’il comprit qu’il venait de passer douze à n’écrire que ça, il fut dégouté. Il éteignit l’ordinateur, jeta un œil par la fenêtre et vit que le jour descendait. Le vent agitait les branches du parc et les rayons du soleil couchant donnaient la couleur intense du soir. Il saisit sa veste et sa casquette et d’un bon il se retrouva dehors. Il avait raté sa journée, pas question de rater sa soirée. Il savait que le remède se trouvait là, sous ses yeux, que rien ne valait une marche en solitaire un soir d’hiver à regarder se déchaîner les éléments. A coups sûrs cela relançait les idées les plus vives, raviverait les descriptions les plus brutes et constitueraient une matière malléable qui après une bonne nuit de sommeil serait une source inépuisable de création. Il n’avait pas cru en cette journée, il croyait totalement en la prochaine.

    Très belle année à tous!

  10. LABROSSE patrick dit :

    « Le jour où il allait être écœuré d’écrire, il s’était installé devant son ordinateur à cinq heures.

    Depuis plus de six mois, il attendait. Les premiers temps, il se jetait littéralement sur sa boite Mail, cliquait, cherchait, espérait. Plus les mois passaient, plus il déprimait.

    Nom de dieu, ce n’était pas humain un tel traitement.

    Il était au supplice, ne dormait plus, se branlait frénétiquement pour obtenir un regain d’émotion.

    On lui avait promis une réponse sous six mois, le délai avait expiré. Mais intrinsèquement, il continuait à espérer, que faire d’autre à part espérer ?

    Evidemment il y avait les autres, tous les autres ! L’écume aux lèvres ne lâchant rien. Des autistes, tous des autistes écrivant frénétiquement jusqu’à épuisement du moindre neurone émotionnel.

    Des êtres fébriles et compulsifs qui égrenaient leurs détresses au fil des pages, lui avait souhaité l’inverse. Le roman était dépourvu d’amour, de sexe et de violence. Que restait –il ?

    Le résultat était révélé dans son manuscrit.

    Il s’était juré de ne plus écrire si on lui refusait ce huitième essai.

    Enfin après un an d’attente et un énième refus,

    Il s’installa devant son ordinateur à cinq heures et malgré son écœurement d’écrire il commença un nouveau chapitre….  »
    Patrick L

  11. 🐀 Souris verte dit :

    AZERTY II

    Mon premier Azerty ayant rendu l’âme en restant noir, j’ai créé une dynastie des AZERTY.
    Je crois bien qu’Azerty 1 est mort d’ennui. Mais pas un ennui latent, non, un bien féroce et menaçant qui tourne autour du pot qui lit et du mien qui écrit… Rien !
    Rien n’est jamais sorti ni de ma tête, ni de mes doigts lui est resté muet. Il en est mort. Vive le roi.
    C’est ainsi que le Grand AZERTY II est entré dans ma vie. Vif, intuitif, il propose et même me corrige… Il paraît… J’attends de voir.
    La souris est rapide comme l’éclair, je la tourne, la caresse, la pelote… Sa réaction est vive une flèche sort de son museau un smiley apparaît. L’air dubitatif 😱, visiblement il attend, quoi ?
    Une idée ? Mais c’est lui qui doit en avoir, in-tui-tif ! C’est écrit dessus.. allez, au boulot.
    Moi ? Tu rigoles ! Tellement rempli la corbeille que Roi 1er a perdu la mémoire… Pfout ! Tout s’est effacé. C’est à ce moment que j’ai senti chez lui un début de sénilité, les défaillances ‘d’entreprises’? s’accumoncelaient me mettant souvent dans l’embarras. Je vais vous envoyer devenait ‘ je vais vous embrasser ‘ et encore maintenant expliquez-moi pourquoi ‘défaillances d’entreprises’ . Je suis seul employé de moi-même avec lui bien entendu. Mais il y a longtemps qu’avec une telle proximité nous ne faisons plus qu’un.
    Après tout, dans la grande Trinité: lui, moi et ma souris… Je vais le laisser faire son instinct intuitif saura peut-être mettre les mots sur ce que je n’arrive plus à dire encore moins écrire.
    Je verrai demain au briefing du matin.. on fera le point.🐀

  12. Fanny Dumond dit :

    Cela faisait deux mois qu’il était dans l’écriture de la dernière partie de sa trilogie et son imagination s’était tarie d’un coup la semaine dernière lorsqu’il avait reçu un commentaire qui l’avait écœuré d’écrire. L’un de ses supposés amis lui avait fait comprendre que ses élucubrations n’étaient autres que des contes à dormir debout bourrés d’incohérences, par surcroit. Il s’était dit que cette personne le jalousait, mais après maintes et maintes réflexions il se persuada qu’il n’était autre qu’un écrivain raté et qu’il ferait mieux d’aller bêcher son jardin au lieu de perdre tout son temps devant son écran.

    Ce matin-là, après avoir cogité toute la nuit, il s’était levé à cinq heures avec la ferme intention de supprimer tous ses fichiers « littérature ». Mais ses doigts rechignaient à appuyer sur la touche meurtrière. Il se mit à relire quelques passages qui, ma foi, lui plaisaient bien. Et quel crève-cœur c’était pour lui que de liquider, comme s’il était un criminel, ses nombreux personnages auxquels il s’était tellement attachés. « Non ! Décidément ce n’est possible, se dit-il. Je sais qu’il faut être très patient pour avoir une réponse des éditeurs ».

    Mais depuis cette critique fatidique, il ne se faisait plus aucune illusion d’avoir un petit don. Pour laisser un sursis à ses héros, il se leva, prit un petit café, alla faire un tour dans son jardin, se doucha en rentrant et s’assit à nouveau devant son ordinateur. Il lut ses mails, y répondit, fit un tour sur la toile, prit une aspirine pour atténuer sa migraine, puis subitement il ouvrit le fichier. À l’instant même où il s’apprêtait à faire un clic droit sur la souris, il fut interrompu par la sonnerie de son portable.

    – Salut, Papy ! C’est quand que je pourrais lire la suite de tes romans. J’ai dévoré le premier la semaine dernière et j’ai déjà terminé le deuxième hier soir tard dans mon lit et même que maman m’a disputée. J’ai a…do…ré ! Je suis tellement impatiente de savoir la fin !

  13. Pompelair dit :

    Il était resté devant son ordinateur de 5 heures du soir à 5 heures du matin. Un record. Jamais il n’était demeuré aussi longtemps collé à sa machine. Il en restait si courbatu qu’il avait eu bien du mal au petit matin à se lever de sa chaise, les yeux rougis, plié comme un vieillard peinant sous l’arthrose.

    Il était cependant un jeune homme fringant, vif, sûr de lui, de sa vocation et de son avenir qui répondait avec cran « écrivain » à quiconque lui demandait ce qu’il faisait de sa vie. C’était un peu prématuré et prétentieux mais on avait déjà lu de ses premiers écrits Surleseuil et chez Grallimard, on les lui avait retournés accompagnés d’hypocrites compliments « talent prometteur, revenez quand vous aurez retravaillé votre style, trouvé davantage d’originalité, attention à la grammaire, etc … »

    Cela n’avait fait que l’encourager. Vu son âge, normal qu’on exige de lui un peu plus de maturité. Jeune oui, mais un poil feignant. Écrire à l’ordinateur ça allait si vite, il ricanait en pensant à Flaubert ou Lamartine, ces gratte-papier. Et misère, si Balzac avait eu le traitement de texte, sa littérature n’eut plus été un flot mais une inondation, quant à la tirade du « nez » de Cyrano ….

    Chez le médecin, il avait découvert l’astuce du « logiciel qui écrit à votre place », ce dernier parlant dans un micro et les termes techniques du rapport ou de l’ordonnance suivant la voix et s’inscrivant sur l’écran bien plus vite qu’avec les doigts.

    Avec ça, un peu écœuré par ses 12H d’écriture vocale continue, il avait rédigé la moitié de son bouquin. Se relire, corriger ? Boouuh, Fastidieux, roboratif, épuisant …

    Les deux gros yeux très attentifs de BOOBLE, lisant tout ce qui s’écrivait sur la planète, en cheville avec MAZONZONE excellente commerçante, lui suggérèrent le logiciel « le meilleur ami de l’écrivain ». Celui-ci relisait pour vous et non seulement accordait à la perfection les participes passés avec le verbe avoir, maîtrisait l’imparfait du subjonctif, mais signalait à l’auteur ayant écrit sa pensée au kilomètre, les clichés, les maladresses, les mal-dits répétés, les récurrences, redondances, surabondances …

    Un logiciel, si votre tête ne lui revient pas, vous fait courir des risques, deux logiciels : double peine. Par manque de pratique cela ne se passa pas sans quelques petits soucis .

    Celui servant à la dictée eu l’infernale idée de remplacer n’importe qu’elle ponctuation par un point virgule (si démodé) et pour peu que vous ayez un accent, et lui ne comprenant que le « parigot », le rendu n’était pas vraiment le même que le dicté.

    L’histoire ayant été récitée au galop d’un cheval emballé le détecteur s’en donna à cœur joie. Tout était mélangé, tout allait de travers : galimatias, salade russe, viande hachée, charabia, pataquès, appelez-ça comme vous voudrez et croyez-le ou non, trois éditeurs se disputèrent comme des chiens un os, l’édition d’une écriture ABSOLUMENT incroyable ! SI nouvelle ! TELLEMENT moderne !

  14. Maguelonne dit :

    Il est cinq heures du matin . Je me demande ce que je fais là, devant mon ordinateur . J’attends l’inspiration mais rien ne tape à la porte . Je pensais qu’une tasse de café bien fort allait remettre la machine en route . Toujours rien . C’est surfait le café .

    En fait , je sais que j’ai perdu l’envie d’écrire parce que je suis écœurée par cette chienne de vie
    qui vous laisse croire et qui vous reprend tout sans crier gare . C’est surfait la vie .

    Il y a longtemps j’ai rencontré l’homme de ma vie : coup de foudre bilatéral , fusion . La vie était belle à cette époque , tout coulait de source et devait durer …Et puis tout passe , tout casse , tout lasse . Alors j’ai compris que les corps et les cœurs ça ne suffisaient plus et qu’il fallait aussi mettre la tête en route .

    Il se targuait d’être épris de littérature . . Je me suis inspirée des mille et une nuits . J’ai emprunté les histoires de Shéhérasade . Je les ai mises au goût du jour et surtout à ma sauce . Le féru de belles lettres n’y a vu que du feu . C’était surfait sa culture littéraire .

    Et le soir , pendant qu’il lisait mon texte , je le papouillais chaleureusement et j’avais la récompense dare- dare . Il s’endormait vite en ronflant légèrement . Ça m’attendrissait .
    Quelle cruche ! C’est surfait l’amour

    Jour après jour , j’épuisais mon imagination . J’ai demandé à Pascal de m’aider . « Ah non , ce n’est pas le but , ce n’est pas mon rôle . Vous devez vous lâcher et partir loin , loin » . Blablabla ,
    peut être un peu surfait le Pascal .

    Je croyais naïvement que le temps serait mon allié et que mon chéri se calmerait avec les années . Et voilà qu’il sorte le viagra . Alors là je ne pouvais plus lutter . L’oiseau s’est envolé , ne me reste que les yeux pour pleurer . P….. de laboratoire . C’est surfait le progrès .

    En pleine déprime , j’ai demandé à mes sœurs de me tenir compagnie . « Ah, tu te souviens de nous ? Connais tu encore nos prénoms ? Sais tu combien tu as de neveux et nièces ? Trop tard ,
    sœurette , tu nous a oublié trop longtemps » Quel égoïsme . L’ amour fraternel , c’est surfait

    Peut être je devrais m’acheter de la laine et des aiguilles . Mais non , à mon avis le tricot , c’est surfait .

    Le canevas: ça m’inspire davantage . Je vais broder une biche éplorée au fond des bois …

    Bonne année quand même

    PS: bien sûr Pascal , il s’agit d’un autre…

  15. La galette des rois

    Il les connaissait et les redoutait ces jours de début d’année …. C’étaient les 15 jours suivant le 6 janvier, fête de l’Epiphanie. Fête des rois. Il savait déjà qu’il allait être écœuré d’écrire ! Écœuré de galettes, écœuré de frangipane.
    Toutes les associations fêtaient les rois. Dans la commune, c’était une tradition… Et lui, pauvre petit journaliste , il était appelé par toutes les associations, pour que l’on parle, sur la locale du quotidien de cette affaire extraordinaire… L’association Tartempion s’était réunie pour fêter les rois.. Il devait faire deux ou trois photos et rédiger un article.
    Bien sûr, on lui offrait une tranche de galette de frangipane, lui qui n’aimait pas trop la frangipane. Et qui avait pris la bonne résolution au premier janvier de perdre les 5 kilos qu’il avait en trop.
    Bref ! Il était cinq heures ou plutôt dix sept heures et il devait faire passer ses articles avant vingt heures au journal pour alimenter les colonnes de la locale. Et il était là, devant son clavier à réfléchir à ce qu’il allait bien encore inventer pour trouver un peu d’originalité au sujet car il en était au quatorzième article et il avait vraiment épuisé toutes les idées sur le sujet, mis à part les quelques projets de l’association à relater.
    Pourtant, il y a des jours, comme ça, où le ciel est avec vous. En l’occurrence, le « ciel » trônait sur la table de la salle à manger. C’était le « Curnonsky » de sa grand-mère qu’il avait sorti pour régaler ses invités de l’an neuf avec des coquilles St Jacques à la bretonne qui étaient inégalables.
    Il feuilletait machinalement les pages, quand, il tomba sur la photo de la « galette Joinville ». Avec de la confiture de framboise. …S’il vous plaît !
    Il ne fit Ni une ni deux, copia la recette qui parut le lendemain dans la locale et se répandit comme une traînée de poudre dans les associations qui depuis ce moment fêtent les rois avec la « galette des rois de Joinville ».

    Lecrilibriste

  16. Grumpy dit :

    Comme chaque soir à 5 heures, il vient à son bureau, tire sa chaise et retape le coussin moelleux et bien épais sur lequel il va se poser. C’est qu’en général, devant son écran, il y passe des heures, à force les escarres menacent ses rondeurs arrières qui ressortent cuisantes de ces longues séances.

    Il fait pourtant bien quelques rapides pauses pipi, hélas c’est souvent lors de ces fugaces escapades que la bonne idée qui venait enfin de surgir a trouvé le moyen de s’esquiver. Dans ces moments de détente, privilégiés tant ils soulagent, crâne et corps font le vide, souvent stimulés par une grille de mots fléchés. Combien d’idées lumineuses aussitôt éteintes par le bouton de la chasse d’eau !
     
    Il ne se doute pas du tout que ce soir sera celui où il se trouvera brutalement dégoûté de l’écriture.

    Arrive sur l’écran un message lui conseillant de mettre un temps en veilleuse son imagination devenue un peu trop exubérante. Vexé comme un pou que pourtant il serait bien en peine d’écraser sur sa piteuse calvitie.

    Brider ses idées, en voilà une affaire … qui nécessiterait justement d’en avoir pour se plier à la consigne. Bête mais discipliné, il réfléchit à une solution, s’il en trouve une bonne, elle sera la dernière lueur de son esprit fertile pour un bon bout de temps.

    Son imagination galopante, il y tient, c’est sa raison d’écrire. Il se pose la question : qu’est-ce qui permet de figer les choses et de les réveiller intactes au moment voulu ?

    Trouvé ! Justement, Marty vient de livrer le frigo-congélateur dernier modèle, qualité allemande, celui de ses rêves, pour garder sa bière bien au frais et surgeler ses plats cuisinés de célibataire.

    Le voilà résigné, qui dépose avec beaucoup de douceur et quelques larmes son imagination sur quelques épaisseurs d’essuie-tout, dans une boîte Supperware et la met au frais, thermostat degré banquise.

    Un mois plus tard, il tombe sur un sujet qui lui plaît bien et le picote, il aimerait tant le travailler et le développer, mais … pas d’idées. Suis-je bête ! Sortons mon imagination du frigo se dit-il.

    Et là, patatras… toujours aussi distrait, il n’a pas rangé son imagination près de sa bière, il la retrouve tout en-bas, dans le bac, près du gratin d’aubergines, congelée comme un iceberg.

    Il attendra le dégivrage mais l’idée ne sera plus aussi fraîche, forcément …

  17. Anne Lonjaret dit :

    Le jour où il allait être écœuré d’écrire, il s’était installé devant son ordinateur à cinq heures.

    Cinq heures, entre chiens et loups. Le temps où les animaux ont fini leur chasse nocturne. La nuit, leur jour était à eux. Loin des hommes. Lui s’était installé devant son ordinateur avec vue sur la nature, sa source d’inspiration. Les autres, l’Autre, dormait encore, paisible. Mais lui ne trouvait pas le sommeil. L’écriture l’avait un temps écœuré. mais c’était surtout d’écrire de longs pamphlets pour cette société de consommation. Elle qui ne vivait que dans l’instant présent, sans se soucier du pourquoi. Trop d’instantanéité qui lui donnait des hauts le coeur.
    Là était la bonne heure pour repenser son écriture. poser les choses, de préférence sur le papier. Comme un long dessin avec courbes et traits. Oui, il aimait cette façon d’écrire où il avait le droit de se redonner de prendre le temps. C’était une forme de mastication, de goût empruntant son palais. Ses sens vibraient à nouveau. Il avait le droit de faire revivre les mots sous sa plume.

  18. camomille dit :

    Cinq heures….
    Le silence inspirant, la solitude , l’ordinateur allumé, la tasse de café qui fume, l’Écrivain peut commencer.
    Mais ce matin….alors qu’il appuie sur la touche A, il entend :
    – Ah ! Te voilà enfin ! Oui, c’est moi Anna et je tiens à te dire que j’en ai marre moi de passer pour une femme naïve à qui il arrive toujours des
    catastrophes, des événement dévalorisants, et sur plus de 110 pages déjà !
    Je refuse ce rôle de femme insignifiante et je te le dis bien en face l’Artiste :
    JE FAIS GRÈVE !

    Notre écrivain est abasourdi.
    Cependant, il ose la touche J et… et il entend :
    – Ah ! salut, je t’attendais ! C’est moi Jérôme,
    Je voulais te dire que je n’arrive pas à être le tordu que tu veux que je sois.
    Moi je l’aime bien Anna, et ça ne me convient pas que tu m’obliges à lui mentir, à la trahir, à la faire pleurer, non… ça va pas le faire l’Artiste,
    ça peut pas continuer comme ça :
    JE FAIS GRÈVE !

    Notre écrivain est secoué….
    En tremblant il appuie sur la touche M et il entend :
    – OUAF OUAF ! C’est moi Milou et je ne me suis pas enfui comme comme tu l’avais écrit hier.
    Je ne veux pas partir la nuit dans la forêt.. J’ai peur et je préfère rester avec Anna dans la maison bien au chaud…. arrête de me faire faire
    des choses que je ne veux pas faire !
    Je l’ai dit à Anna, et elle m’a dit que j’avais le droit de faire LA GRÈVE !
    Alors, JE FAIS LA GRÈVE !

    Notre pauvre écrivain est liquéfié.
    Force est de constater qu’il ne maîtrise pas ses personnages.
    Écœuré, triste, il éteint son ordinateur qui lui demande :
    – tu t’en vas ?
    – Oui….je les libère !

  19. Antonio dit :

    Le jour où il allait être écœuré d’écrire, il s’était installé devant son ordinateur à cinq heures.

    Déjà, l’idée d’écrire n’était pas venue de lui, mais de son chien.

    C’était un de ces jours où il faisait un temps de chien, justement, et Robert n’avait pas du tout envie de le sortir. Il fallait chausser les bottes, enfiler le ciré, passer le chemin de la mare, avec toute la boue qu’elle dégueulait. Pouah ! Quand le berger allemand se mit à grogner, en français.

    « Tu ne comptes pas t’en tirer comme ça ? »

    Robert avait bien entendu. La langue pendante du clébard continuait d’haleter des reproches à n’en plus finir.

    « Il n’y en a que pour ta pomme. Mes besoins, t’en as rien à carrer. C’est trop facile de me laisser pisser dans la grange quand j’ai envie de m’évader, de courir dans les champs, de jouer avec les vers de terre et les flaques d’eau… »

    Son maître en eut le souffle coupé.

    « Bah dis-donc, Totor, depuis quand tu sais parler ? »
    « Depuis que j’ai un cœur, Bébert ! » lui rétorqua Albator, de son vrai nom que lui avait donné son maître en d’autres temps plus aimants.
    « Bébert ? Mais qu’est-ce que… »

    Le maître comprit et s’assit pour se remettre de ses émotions. Puis il se leva et ouvrit la porte.

    « Allez ! Évade-toi, va courir, va jouer avec qui tu voudras et reviens à l’heure du dîner. Si tu sais causer, tu peux aussi te prendre en mains. »

    Albator s’exécuta tout content et franchit la porte en nouvel indépendant.

    « Et quand tu reviens, décrottes tes pattes sur le paillasson, s’il te plaît ! »

    Le soir-même, une autre vie débuta pour les deux compères. Il n’y avait plus chien, ni maître, mais deux potes, colocataires, qui allaient se répartir les tâches ménagères et converser au coin du feu de la pluie et du beau temps, enfin revenu. C’était le deuxième soir, après cette révélation, Albator réclama à Robert qu’il lui lise une petite histoire avant de se coucher.

    « Tu ne sais pas lire ? »
    « Si, mais il n’y a pas d’histoire pour chien dans ta bibliothèque ! »
    « C’est quoi une histoire pour chien ? Tu ne peux pas te contenter de celles de nos écrivains ? »
    « Ils écrivent tous les mêmes foutaises. Le grand amour, les guerres, la paix retrouvée et leurs coïts qui durent des pages. Moi je voudrais une histoire simple qui a du chien, et pas juste pour accompagner les hommes ou même les sauver. Pitié, j’ai lu trois pages de Lassie et Rintintin, c’est de la daube pour caniche ! »

    Robert comprit et se mit à lui raconter une histoire, chaque soir, comme ça lui venait. Et Alabator était comblé. « Tu as l’art de conter, toi, j’adore ! » À tel point que le conteur, pris au jeu, se levait tôt chaque matin pour écrire la suite de l’histoire du soir. Cela dura une année entière. Quand un ami de Robert tomba sur ses pages manuscrites et se tordit de rire, lisant tout haut pour qu’Albator se bidonne avec lui.

    « Attends la suite, tu ne vas pas être déçu ! »

    Bien entendu, l’ami n’était pas du tout étonné qu’un berger allemand parle le français, puisque tout le monde sait que les Allemands sont très doués pour les langues étrangères.

    « Il faut que tu publies ça, Robert. Je connais un éditeur qui raffole de ce genre d’histoires. C’est très théâtral ! »

    Deux mois plus tard, il signait un contrat d’édition et ses pages furent transformées en pièces mordantes et hilarantes, publiées à des milliers d’exemplaires et jouées par des cabotins sur les planches du théâtre des deux ânes. L’éditeur lui commanda d’autres pièces et Robert les honora jusqu’au jour où Albator rendit son dernier souffle, laissant l’écrivain sans inspiration. L’écœurement d’écrire le prit alors à la gorge. Plus rien ne sortait.

    Il était cinq heures, il s’était installé devant son ordinateur quand on frappa à la porte. Il se leva pour l’ouvrir. Personne. Il allait pour la refermer quand une toute petite voix se fit entendre, au ras du paillasson.

    « Je suis VDT, on m’appelle aussi la Vedette ! Je suis un pote à Albi… Il m’a dit que je pouvais venir vous voir quand il ne serait plus là. Je peux entrer ? Je ne prends pas beaucoup de place… Oh ! merci ! … Il paraît que vous racontez des histoires comme personne ! … Moi j’adore les histoires pour clebs, mais si vous en connaissez sur les vers de terre, je suis preneur… j’adore l’autodérision ! »

  20. nadine de Bernardy dit :

    Le jour ou Justin allait être écoeuré d’écrire,il s’était installé sans enthousiasme devant son ordinateur à 5 heures,quand il sentit quelque chose se poser sur une de ses épaules.Il tentât de chasser l’intrus,mais il entendit:
    Psst,psst!
    Il tournât la tête. Etait assis à califourchon sur son épaule droite,un petit être,une sorte d’elfe avec une plume d’oie sur l’oreille,une sacoche en bandoulière.
    Son sang ne fit qu’un tour.Immédiatement il avait reconnu l’intrus.
    Un Titivillus!
    Il en avait tellement entendu parler depuis son enfance, que cet être là lui était familier.Justin de Sauveterre descendait d’une lignée de scribes,pamphlétaires,poètes,chroniqueurs et tous se transmettaient ce qu’il avait toujours pris pour une légende:
    La présence,au Moyen Age,de ces minuscules démons ,cauchemar des copieurs de textes sacrés dans les abbayes fortunées.
    Thibault avait eut fort à faire avec l’un d’eux qui n’avait de cesse de lui voler des syllabes entières,mélanger ses mots,lui brouiller l’esprit.
    Là il paraissait plutôt désemparé devant ce matériel inconnu,cet écran bizarre.
    Justin attrapât le Titivillus par la peau du cou,le posât sur son bureau.
    Que me veux tu, suppôt de Satan?
    Rien que du bien ami,je vous connais très bien les Sauveterre,et toi je t’observe depuis quelques temps,tu as l’air d’être en peine.Je peux t’aider à retrouver le goût du texte,le plaisir des mots en te jouant quelques mauvais tours comme au bon vieux temps avec Thibault.
    Tu vas t’énerver,me maudire,corriger les erreurs que je t’aurai offertes et tu vas retrouver la joie d’écrire.
    Chiche! s’amusât Justin.
    Il alla s’offrir une grande balade en forêt.
    Quand il revint,le petit démon avait tenu sa promesse.

  21. Blackrain dit :

    Depuis quelque temps déjà son imagination le fuyait. La nuit, il voyait les mots et les phrases que d’ordinaire il imagine à Sion, partis vers un compte en Suisse, là où il dissimulait au fisc les fruits de ses succès littéraires. Il s’était embourgeoisé dans les cocktails mondains, le champagne toujours au bord de son ivresse, flatté par l’élite des émissions littéraires. Si ses émissions avaient été le Pivot de sa réussite, elles auraient dû faire grincer les dents de sa rébellion primitive, ôter la couronne pervertie qui reniait le marxisme instinctif qui avait baigné son enfance dans les HLM de Clichy. Bien loin des « mains sales » de Sartre, le révolté des cités avait aujourd’hui les ongles propres et manucurés. Son militantisme avait le goût de la gauche caviar et ses propos l’amertume de la condescendance. Sa danse mondaine n’était plus qu’un vertige qui l’éloignait des réalités.

    Alors, un beau matin, il se leva à cinq heures, s’installa devant les touches de son ordinateur. Il les trempa dans son encre la plus rouge pour fustiger ce monde factice qui lui faisait croire qu’il était des leurs. Il prit soudain conscience que ce n’était qu’un leurre, une trompe qui se rit de ses origines et de ses convictions pour diluer le curare de sa plume dans le stupre et la luxure. « La nausée » au bord de ses lèvres, il voulait coller au « mur » toutes « les mouches » qui se délectaient du pouvoir et de l’argent dont elles privaient les autres, la masse, pour le simple plaisir de faire partie de l’élite. Des litres de peine, de fatigue, de maladie, de sang et de mort en découlaient mais loin de les laisser indifférents, ils s’en repaissaient, à « huis clos », iniques et cyniques, les cheveux au « vent, pires » que les plus infâmes monstres créés par l’imagination des écrivains les plus romantiques. Il ne se contenterait plus d’écris vains, il se le promettait.

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