Pourquoi éviter les clichés ?

 » Il est même recommandé, d’avoir une écriture à la fois brillante et correcte, sans clichés et sans fautes. » Bernard Pivot, Les mots de ma vie, Albin Michel

« Il devrait exister des Brigades du cliché et du poncif (les BCP) qui débarqueraient partout, à toute heure du jour et de la nuit, par tous les temps, toutes les saisons et par exemple dans les boulangeries. Au moment où, maladroitement, on ferait tomber la petite monnaie par terre, aussitôt que la boulangère, poitrine et rouge à lèvres en avant, dirait « Attention, ça ne repousse pas », les BCP interviendraient pour dresser une contravention à la commerçante.

Croisant une inconnue avec un bouquet, on aurait le tort de se croire spirituel en disant « Ah ! comme c’est gentil de m’offrir des fleurs », pareil : le contrevenant aurait obligation sur-le-champ de s’acquitter d’un timbre-amende ; chroniquant un ouvrage d’Alexandre Vialatte (1901-1971), on trouverait bienvenu de conclure par « Et c’est ainsi qu’Allah est grand » – la formule fameuse par laquelle Vialatte concluait ses chroniques pour La Montagne – ou « Et c’est ainsi que Vialatte est grand » ou « Et c’est ainsi que mon cheval, mon psychiatre, mon slip est grand » : manu militari, la brigade de verbalisateurs collerait une prune au prosateur déficient. » Le Monde des Livres 02.3.2017

Pourquoi éviter les clichés dans un texte ?
Parce qu’ils tuent toute réflexion, toute créativité. Parce qu’ils appauvrissent un texte et révèlent tout de suite les limites d’un journaliste ou d’un auteur. Employer des clichés c’est écrire machinalement, sans aucun effort intellectuel. C’est renoncer à chercher comment ne pas reprendre, des milliers de fois, des expressions inventées par d’autres.

Une décérébration insidieuse
La radio, la télé, les journaux et la publicité ressassent quotidiennement des clichés et des lieux communs. Ces phrases toutes faites s’insinuent à notre insu dans nos propos et nos écrits. Privé d’inventivité par cette décérébration insidieuse nous répétons passivement les formules que nous entendons ou que nous lisons. Cette contamination gagne aussi bien l’homme de la rue que l’énarque, l’autochtone que l’immigré. Chacun devient le simple porte-parole de ce prêt-à-dire et à écrire. Tout le monde perd sa créativité verbale et notre langue s’appauvrit.

Une astuce pour identifier un cliché
Quand vous avez un doute, si vous vous demandez si l’expression, la tournure ou la figure que vous avez employée est un cliché plus ou moins rebattu. Rendez-vous sur Internet, puis sur le moteur de recherche Google ou un autre moteur. Une fois sur le moteur de recherche, allez sur « Recherche avancée » là, vous trouvez une case vous proposant : « Pages contenant cette expression exacte », il ne vous reste plus, par exemple, qu’à entrer « pelotonnée dans » ou « à couper le souffle », puis de cliquer pour avoir le résultat.

Ce qui donne, au moment où je rédige cette page, 34 900 résultats pour « Pelotonnée dans » et 1 600 000 résultats pour « à couper le souffle ». Nul besoin d’être prix Nobel de mathématique pour comprendre que plus le résultat est élevé, plus le cliché est manifeste. Quelques grincheux diront que ces résultats sont très approximatifs puisqu’ils prennent en compte tout ce qui se rapporte à l’expression analysée. C’est vrai, mais même si ces résultats sont obtenus « à la louche » ils sont très révélateurs. Tenez, un dernier exemple : Je viens de proposer au moteur de recherche « Se poser la question de savoir », cette expression que tout le monde emploie au détriment de « s’interroger » ou « se demander ». J’ai obtenu 4 620 000 résultats pour « Se poser la question de savoir » et seulement 1 190 000 résultats pour « S’interroger » : cinq fois moins !

Ci-dessous, l’ensemble des résultats concernant d’autres clichés :

Jambes fuselées : 9 580 résultats

Longues jambes fuselées : 56 700 résultats

Visage d’un ovale : 16 400 résultats

Une cascade de cheveux : 7 820 résultats

Blondeur des blés : 12 100 résultats

Charme indéfinissable : 11 400 résultats

Parfum envoûtant : 69 400 résultats

Perle de sueur : 49 300 résultats

Un moteur vrombit : 4 790 résultats

Le ruban de la route : 5 580 résultats

Égrenait les heures : 4 160 résultats

Une lenteur calculée : 56 300 résultats

À couper le souffle: 1570 000 résultats

« Que du bonheur… »

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