514e exercice d’écriture créative imaginé par Pascal Perrat

Exercice d'écriture créative

Racontez les tourments d’une tache victime de harcèlements depuis sa naissance.


Chaque exercice créé par Pascal Perrat est un clin d’oeil à notre imagination, l’occasion d’une irrésistible relation textuelle


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31 réponses

  1. Françoise - Gare du Nord dit :

    Dès ma naissance et toute mon enfance, j’ai été victime de harcèlement et même de maltraitance. Prénommé Benoît, je fus affublé de maints surnoms : bâtard (alors que je suis un sang-mêlé), bêta , âne bâté, benêt mal bâti, face de carême etc…

    Toute ma vie, j’ai été traité de tâcheron. Et pourtant, combien en ai-je coiffés ? De la marâtre acariâtre au bellâtre au teint blanchâtre, de l’ancêtre revêche au prêtre sans gêne, de l’aînée défraîchie au puîné abîmé, des impôts de nivôse aux geôles de ventôse, du croûton brûlé au ragoût sans goût etc…

    Toute ma vie j’ai été traité de traître et de lâche. Or, combien de fois ai-je dû remplacer, au pied levé, le S suranné devenu caduque, dans le bâtiment et dans l’hôtellerie, obligé de faire la fête même si je n’avais pas la tête, chercher avec un bâton la petite bête dans la forêt etc..

    Combien de fois ai-je été effacé à tort, parce que l’on me jugeait incongru ou superflu : boire du cru de nos cotes sur le mur, le matin de la chasse, avec un jeune colon

    Toute ma vie j’ai été traité de tache. Mais combien ai-je dû assumer de lourdes tâches.

    « Un accent circonflexe »

  2. Véronique dit :

    Je suis née le 24 juin 1965. Je me souviens encore de ses cris à ELLE, celle qui me porte depuis le début, Julie… Nous arrivions juste d’un pays chaud et humide où nous cohabitions dans une douce pénombre, bercées tranquillement par le rythme des saisons.

    Soudain, tout s’est précipité. ELLE n’en pouvait plus, il fallait qu’elle sorte, qu’elle change d’air, le plus vite possible, c’était vital. Je n’avais pas d’autre choix que de la suivre.
    Le poing levé, elle passa de l’ombre à la lumière en un éclair, en hurlant sa douleur et sa volonté de vivre, sous les regards attentifs de plusieurs blouses blanches et de ses parents attendris.

    Une infirmière nous embarqua pour une petite toilette : un passage obligatoire après des mois de voyage. Une fois séchés et emmaillotés, notre mère nous prit tendrement dans ses bras. Elle regardait droit dans les yeux ce bébé incroyable, jusqu’à ce qu’elle m’aperçoive enfin !
    Je me logeais à la base de la nuque de l’enfant chérie et remontait à l’arrière de son crâne pour dessiner les contours d’un vaste continent rougeâtre.
    Effrayée, ma mère hurla à son tour :

    ELLE L’A ! ELLE L’A ! La tâche de vin de mon père … C’est pas vrai ! Même mort il faut qu’il nous empoisonne encore la vie. Quel cauchemar !
    Quelle horreur ! La pauvre chérie ! C’était trop beau, il fallait bien que le passé nous rattrape.

    Le bruit strident des pleurs envahirent soudain toute la pièce. J’absorbais toute la tension ambiante et me sentais rougir de plus en plus. Pourtant je n’avais qu’une envie, me faire toute petite…
    Les médecins m’appelèrent angiome et ne donnaient pas cher de ma vie, avec tous les traitements existants de nos jours. On allait me surveiller de près et qui sait, je pourrais même disparaître de moi-même d’ici quelques années.

    Il fallait donc que je m’accroche pour survivre.

    Une chose était certaine, j’étais l’ombre au tableau…Dès le retour à la maison, à chaque toilette, on me récurait dans l’espoir que je m’efface. Toutes les semaines, on me mesurait sous toutes les coutures et la séance se terminait toujours par des insultes sur mon aspect disgracieux. J’étais la tare de la famille et j’en éprouvais beaucoup de tristesse.

    Les semaines passèrent et peu à peu mon champ de vision diminuait : impossible de distinguer désormais les motifs de l’édredon, tout devenait flou. Je commençais même à moins bien respirer. Je n’avais pas compris qu’un léger duvet châtain poussait peu à peu, pour me recouvrir totalement.

    C’était le début d’une trêve qui dura plusieurs années. A partir de ce moment là, on me laissa tranquille. Je profitais avec délice des shampoings les plus doux, des eaux de toilettes enfantines, et même de petits baisers. C’étaient la meilleure période de ma vie.

    Mais c’était sans compter sur la période de danse classique de Julie : le chignon devait être bien serré et porté très haut et je réapparus, provoquant les railleries de toute l’école de danse.
    « Dis Julie, elle picolait ta mère pendant sans grossesse ? »
    « Tu t’es renversée une casserole d’eau bouillante sur la tête ?  »

    Ca ne s’arrêtera donc jamais…. Pourquoi tant d’acharnement ?

    Qu’importe, je serrais les dents et ne voulais pas endosser le rôle de victime. Je me ressourçais en captant toutes les belles expériences sensorielles : l’odeur du patchouli à l’adolescence, les grandes écharpes douillettes, les premières caresses masculines et les massages aux huiles chaudes.

    Mon univers n’était pas toujours hostile, même si je devais vivre cachée pour être respectée.

    En tout début d’année, en plein covid, nous étions chez le coiffeur quand j’ai entendu le bruit d’une tondeuse qui se rapprochait dangereusement… un engin de coiffeur qui me grimpa dessus et me mit à nue en deux temps trois mouvements.

    La coiffeuse nous présenta le miroir. Je ne m’étais pas revue depuis ma naissance. C’était trop d’émotion et trop de bonheur ! Julie aussi avait l’air bouleversée, elle éclata en sanglots.
    « Ne vous inquiétez pas, une fois le traitement terminé, vos cheveux vont vite repousser »
    « Allez, vite la perruque salvatrice »

    Ma vie bascula à nouveau dans le noir le plus total.

  3. Urso dit :

    PDF
    Racontez les tourments d’une tache, victime de harcèlements depuis sa naissance.

    Je suis née dans les années 50 par un après-midi de printemps. A l’origine j’étais je crois de l’encre rouge, certainement à l’intérieur d’un encrier d’écolier. Et puis un petit garçon sortant de l’école et rentrant chez lui, patttch a jeté cet encre rouge vif en plein sur ma « tolière ».

    Elle, elle n’a pas du tout souffert, ou peut-être un peu. Mais moi, ah ah ce que j’ai enduré au cours de ma vie ! Des moqueries, des risées, voire des brimades. La traction Citroën étant toute blanche, quelque chose de rare pour ce type de véhicule, vous voyez l’effet que ça peut faire une belle tache rouge vif trônant dessus !

    – Ah c’est bizarre que fait-elle là cette tache rouge vif sur le capot de cette traction avant ? C’est le refrain que j’ai souvent entendu à mon égard.
    – Ou bien une aussi belle voiture avec une tache rouge en plein milieu, c’est vraiment une honte.
    – Ou encore, le proprio de cette traction avant il attend quoi pour refaire la peinture, pour ne plus montrer cette tache affreuse.
    – Des fois j’ai eu des choses plus dures encore, des gestes déplacés, des bras d’honneur …. vraiment une vie de misère.

    Et puis, je dois vous le dire au cours de mes 71 années de vie, les moqueries, les risées et brimades ne sont pas venues des passants, des badauds qui m’ont vue sur cette traction.

    Oh que non, vous les personnes vous avez été bien polies, bien gentilles avec moi, trouvant même assez original que je sois là.

    Les attaques sont plutôt venues de mes consoeurs tractions lorsque il y en avait encore suffisamment, et maintenant ce sont les autres automobiles. Et des camions aussi, ces mastodontes de la route.

    Vous savez la vie peut nous réserver de sacrées surprises. Voilà que l’autre jour, la traction étant sur la place d’un petit village des Vosges, ma patronne (la traction) s’est mise à tousser. Elle m’a dit tout bas :
    – L’auteur de la tache il est là tout près.
    – Et moi de rétorquer :
    Cela ne se peut pas c’était en 1949, le petit garçon a dû grandir depuis.
    – Justement me dit-elle il est là c’est ce monsieur juste à côté de nous.
    – Bon je n’ai pas posé de question pour savoir comment elle avait fait pour reconnaitre le petit garçon en ce vieil homme.
    Ensuite tout a été très vite. Ce monsieur était accompagné d’une fillette, sans doute sa petite-fille, qui ne cessait de répéter :
    Qu’elle est belle cette voiture, qu’elle est belle… Papy tu me l’achètes …

    Et depuis ce jour-là, comme par magie, toutes mes idées noires, tout ce que j’avais subi dans ma vie de tache, tout cela s’est envolé d’un coup.
    J’avais enfin vu l’auteur de ma naissance, de ma conception, ce petit garçon devenu âgé, qui certainement voulait s’amuser lorsque il a jeté cette encre rouge sur la traction.

    J’étais maintenant apaisée, ayant pardonné à cet enfant. Je commençais alors une nouvelle vie !

  4. pakitapom dit :

    C’est à la maternité que tout a commencé…quand sa mère a découvert sur son petit peton une minuscule tâche rouge violacée : une envie de vin !

    « Marque de fabrique sans danger ! » avaient dit en souriant les infirmières pour tenter d’apaiser l’angoisse de la jeune maman. « Envie de vin, signe du malin ! » Comme les becs de lièvre ou les pieds bots ! Mais le cadeau ne s’arrêtait pas là. Que dire du léger duvet roux et des grands yeux pervenche de cette enfant qui découvrait le monde !

    Quand Antonio, le père, devant le berceau, s’est étonné, sa belle mère s’est souvenue, bien opportunément , d’un lointain parent roux, aux yeux bleus également…

    Le temps a passé, l’enfant a grandi et si, depuis toujours, sa mère l’obligeait à porter des chaussures fermées, même au plus chaud de l’été, personne ne pouvait ignorer la tignasse flamboyante et les taches de rousseur dont le soleil s’amusait à piqueter la peau de la fillette – tellement différente de son frère et de sa sœur aînés, qui ressemblaient trait pour trait à leur espagnol de père –

    On dit souvent qui se ressemble s’assemble et pourtant le père et la fille, bien qu’en tous points dissemblables, étaient inséparables Une même passion les animait et souvent Julia, perchée sur ses épaules , ses petites mains fourrageant dans la tignasse corbeau, participait aux manifestations malgré les interdits de sa mère. L’enfant vouait une admiration sans borne à son père, était fière de ses prises de position, de ses engagements – c’était un militant – sa famille avait vécu l’exode et il ne supportait pas le sort réserve aux exilés, aux migrants. Il était délégué syndical dans l’entreprise où il travaillait comme ouvrier et avait fait de sa vie un combat pour la justice et l’égalité.

    Il avait décidé, encore tout gamin , en passant la frontière, de nombreuses années en arrière, que son cœur serait terre d’asile pour tous ceux qui en auraient besoin …

    Antonio s’est usé au travail pour faire vivre sa famille et donner des situations à ses trois enfants. Julia sait ce qu’il lui en a coûté d’heures supplémentaires pour payer ses années de faculté et , à ses côtés, elle continue de militer pour les jeunes , pour les anciens , pour la vie du quartier, de la cité. Alors forcement , ils se retrouvent face aux élus, costumes cravates, 4X4 rutilants et porte feuilles a l’avenant . Antonio , en riant , un jour l’a mise en garde:  » N’oublie jamais que le costume ne fait pas l’homme et que ces politiques que par nécessité, ils coutoyaient, et bien certains d’entre eux avaient usé leurs fonds de culottes sur les mêmes bancs d’écoles que lui! » Ils avaient fait les quatre cents coups ensemble et puis la vie les avait séparés, l’ambition peut être aussi avait il ajouté doucement.

    « -Tiens, lui, par exemple…
    – Qui ça, le maire ?
    – Oui, on était vraiment amis, jusqu’à ce que …la politique nous sépare. Il avait de grands projets pour la ville et moi j’avais une famille, enfin, d’autres engagements »

    Julia regarde un peu plus attentivement cet homme qu’elle a déjà vu tant de fois, mais cette fois, avec plus d’acuité. Une soixantaine bien installée, aisée, le geste sûr et le sourire carnassier. La boutonnière bien décorée. Il est encore séduisant , le regard clair et la tempe vermeille. Étonnant.

    Il fait très chaud ce jour là et Julia se rend à l’inauguration du nouveau complexe sportif pour lequel son père, les autres militants et elle se sont tant battus. Robe légère et tropéziennes pour
    s’affranchir de la canicule . Il y a longtemps qu’elle a renoncé à cacher sa soit disant infirmité, cette

    tâche de vin qui, avec le temps, ne s’est pas attenuée, bien au contraire.. Mais qu’importe, elle est comme elle est et on lui a assuré que cela n’a rien de dangereux, alors pourquoi s’en soucier. Aujourd’hui, elle représente son père, trop fatigué pour assister à la manifestation et c’est tout naturellement qu’elle se retrouve placée juste à côté du maire. Il fait une telle chaleur qu’il a lui même troqué son habituel costume contre une tenue plus sportive, un ensemble en lin léger , plus décontracté et des sandales.

    Le discours traîne en longueur, elle s’ennuie un peu, perd le fil et, pour ne pas succomber à la torpeur, fixe ses sandales, s’attarde sur l’envie de vin, cet angiome qui depuis toujours suscite la colère de sa mère et fait naître à la maison des conflits sans fin entre elles .Son regard, indolent s’égare sur les pieds qui jouxtent les siens ….

    Sur le pied droit du maire, légèrement piqueté de taches de rousseur, une envie de vin toute pareille à la sienne ….

  5. Avoires dit :

    Racontez les tourments d’une tache, victime de harcèlements depuis sa naissance.
     

    Mais quand donc vas-tu me lâcher ? Tu as tout essayé sur moi et tu vois bien que tous tes produits à la noix n’y font rien. Laisse-moi tranquille, finir ma vie tache comme je l’entends. Oui, je sais, tu veux te débarrasser de ce vieux torchon qui autrefois essuyait si bien les verres en cristal et la vaisselle en porcelaine parce que je suis là, la rouille ! Et alors, est-ce qu’une tache de rouille empêche un torchon d’exercer sa fonction de séchage ? Certes, je me suis bien infiltrée dans ce satané beau tissu de fil coton, aux liteaux rouges, mais que veux-tu , on l’avait jeté sur sur une table et laissé en plan. Fou de rage, le torchon m’a appelée, alors, je suis venue. Et depuis 1893, toutes les femmes qui l’ont eu entre les mains se sont esbignées à ma faire partir ! Tu vois le résultat ? Donc, arrête de t’acharner sur moi. Je te signale en passant que torchon et moi tache de rouille ne sommes pas seuls : regarde au bas de ton armoire, à gauche et tu verras une pile. Une pile de quoi ? Je te le donne en mille … Ils ont certainement maculés, eux aussi. Tu vas en avoir alors du boulot ! Je suis une vieille tache qui mérite le respect. La révolte des taches est en marche.

  6. Nouchka dit :

    « Racontez les tourments d’une tache, victime de harcèlements depuis sa naissance ».
    Permettez-moi Grand Maître du Temps et des Horloges de vous adresser la présente plainte. Je ne vois personne susceptible, mieux que vous, de comprendre mes tourments.
    Comme vous le savez, je suis l’alarme, je suis la tache que chacun programme pour recevoir, à l’heure choisie, la sonnerie, la mélodie qui signale que l’heure convenue est arrivée. L’heure de quoi ? Et bien de ce que chacun a choisi de faire. Dans huit cas sur dix, il s’agit de la programmation de l’heure du lever.
    Or, alors que je ne suis que le courageux, régulier et fidèle exécutant de ce qui est nécessaire, je suis victime de mauvais traitements, de harcèlements et ce, depuis toujours.
    J’en ai assez, assez. Assez de servir de bouc émissaire à ceux qui se réveillent grognon, en m’insultant quand ce n’est pas en me tapant dessus ou en m’envoyant valdinguer à l’autre bout de la pièce.
    C’est tout de même un comble ! Je suis la tache indispensable, je me soumets aux directives imposées par les utilisateurs, et ces derniers se vengent sur moi de devoir se lever alors qu’ils voudraient poursuivre leurs doux rêves bien au chaud sous la couette.
    Comment peut-on être aussi irrésolu : décider en toute conscience de devoir agir à une heure précise et le moment venu de réagir comme un enfant capricieux.
    Pourtant, au fil des décennies, les progrès ont permis aux utilisateurs de ne plus avoir à subir les sonneries tonitruantes des réveils matins et de choisir à la place un morceau de musique doux, diffusé à une intensité progressive pour ne pas stresser. Certaines alarmes jouent même sur la lumière en diffusant des ambiances de soleil levant fort plaisantes.
    Mais rien n’y fait. Les utilisateurs sont toujours moroses, acariâtres ou franchement désagréables. Je ne connais que cela et je n’en peux plus.
    Vous n’auriez pas une idée, Grand Maître du Temps et des Horloges, pour que ma mission puisse se dérouler dans des conditions plus favorables.
    Pour dire vrai, j’en ai tellement ma claque de tous ces grincheux que je me ferais bien réformer.
    Vous devez bien avoir dans vos tiroirs quelques pistes pour les alarmes épuisées de leurs conditions d’exercice ?

  7. Fanny Dumond dit :

    Vous ne supportez pas de voir la moindre salissure et vous êtes une fée du logis, sans cesse à traquer et harceler la moindre tache, tellement inesthétique. Vous mangez un hamburger et paf ! la sauce dégouline sur votre chemisier blanc alors que vous avez un entretien d’embauche dans une heure. Vous trempez votre serviette en papier rouge dans votre verre d’eau et là, catastrophe, vous vous retrouvez avec une auréole rose. Ce n’est possible de vous présenter devant le recruteur qui passera son temps à reluquer votre sein gauche. Il ne vous reste plus qu’à rentrer chez vous pour vous changer. Vous arrivez à votre rendez-vous en nage avec des auréoles sous les bras, heureusement pile poil à l‘heure et le type, affalé dans son fauteuil, vous regarde à peine, vous explique vaguement les tâches qui vous incomberaient et vous dit qu’il vous recontactera, un jour peut-être. Désabusée, vous rentrez à la maison où vous découvrez votre fils de 5 ans se pourléchant les babines d’une tartine de Nutella, pendant que votre baby-sitter regarde la télé. Quand il se lève du canapé en cuir couleur crème que vous venez d’acheter avec un crédit sur 24 mois, ô misère de misère, les empreintes de ses doigts se sont installée bien pépère dessus. Vous vous traitez d’idiote de ne pas l’avoir choisi noir, comme votre tendre moitié vous l’avez suggéré. Après avoir fouillé sur la toile, en quête d’astuces de grand-mère, vous arrivez tant bien que mal à effacer les dégâts et vous vous dites que vous feriez mieux d’acheter une housse pour le recouvrir. Sur ce, vous vous rendez dans la buanderie pour mettre une lessive en route. Mais, auparavant, vous examinez les vêtements pour les traiter avec le produit vanté à la télé qui vous fait un linge nickel, plus blanc que blanc en trente secondes chrono. Oups ! C’est quoi ça sur le col de la chemise de votre mari ! On dirait une trace du rouge à lèvres, alors que vous n’en mettez pas. La discussion houleuse à venir vous met les nerfs en boule. D’une humeur massacrante, vous vous faites un petit café pour vous détendre et dans votre précipitation vous manquez vous casser une jambe sur une voiture de pompier qui passait par là, sans sirène hurlante. Et voilà votre kawa sur la moquette bouclée de votre salon. À quatre pattes, vous vous escrimez à supprimer à coups de shampooing moussant cette horreur qui se voit comme le nez au milieu de la figure. Votre mari vous trouve dans cette position et vous demande ce que vous fabriquez. Folle de rage, vous vous levez en vous massant les reins, vous partez chercher l’objet de tous les délits, puis vous lui jetez sa chemise au nez en lui demandant des explications. Lui, tout éberlué vous répond :

    « Pauvre tache, tu sais bien que c’est Lucas qui m’a sali avec sa glace à la framboise quand je le portais sur mes épaules à la fête foraine »

  8. sylvianne perrat dit :

    Les tourments d’une Vache ? Oh la la, elle en des tourments depuis sa naissance avec toutes ses taches. Elle était blanche et s’et tachée tout de suite en naissant. Des taches noires ont saccagé sa robe. Elle s’est fait immédiatement houspillée par sa mère, un tantinet maniaque. Puis harcelée par ses frères qui se moquaient. Ses taches étaient indélibiles. Elle les avaient frottées, lavées, brossées… Elles étaient là comme des taches de naissance. On disait qu’elle était une grosse cochonne !

  9. 😺 LURON'OURS dit :

    😸 BROUILLONS.
    S’il te plaît, dessine-moi un mouton !
    L’aviateur, sanglé dans son blouson bombardier, soufflait sur ses doigts gourds. Il avait posé ses gants sur l’astéroïde voisin. Le regard de l’enfant se faisait insistant. Il chercha dans ses multiples poches son carnet de bord…
    – As-tu un stylo petit ? Ou alors, cherche dans ton cartable, tu dois avoir une craie et une ardoise.
    – Je ne sais pas de quoi tu parles répondit l’enfant. Ici, c’est plutôt vide. À part la carcasse de ton zinc, rien à l’horizon.
    – C’est vrai dit Antoine, mais toi tu es là et tout est peuplé.
    Au souvenir de cette aventure, moi, je me disais, je vais lui dessiner son mouton. Un ovale pour le corps, un rond pour la tête, quatre bâtons pour les pattes, trop facile. Une belle tache bien au centre, les pérégrinations du stylo pour les extensions. Ce pâté me ressemblait trop, informe, mal né.
    Non, je ne te renie pas, tu es à l’image du trou noir qui, dans l’espace avale les étoiles…
    😸 LURON’OURS

  10. Catherine M.S dit :

    Oups ! Elle a eu peur
    Sous la douche première frayeur
    Et puis je suis apparue haute en couleurs
    Laissant une trace sur le maillot
    Allô maman bobo
    Mais c’était en colo
    Maman n’était pas là
    Elle a dû faire avec moi
    Et puis elle m’a chassée
    Du savon, de l’eau
    J’ai disparu
    Puis revenue …

    Pendant des années j’étais la mal-aimée
    Elle m’a détestée
    Jamais la bienvenue
    Encore toi !
    Ben oui, tous les mois ma belle
    Même sur ta jolie lingerie en dentelle
    Mais un jour elle m’a cherchée
    Redoutée …
    Je ne suis pas venue
    Rendez-vous loupé
    Je me suis éclipsée bien volontiers
    Pour laisser place au bébé
    Et nous nous sommes finalement retrouvées
    Presque dans la sérénité.

    Plus question de harcèlement
    C’était même « le bon vieux temps »
    Au point que maintenant
    Que je lui ai faussé compagnie
    Définitivement
    Elle regrette amèrement sa fidèle amie
    Moi, la tache de sang.

  11. 🐀 Souris verte dit :

    🐀 ÇA FAIT TACHE
    Dans une clairière d’un vert magnifique, une trouée de soleil prenait ses aises. Les animaux venaient s’y chauffer le dos, caracolant jouaient à saute-mouton, glissaient sur une branche en toboggan un vrai bonheur jusqu’à ce que l’ombre d’un peuplier vienne s’y poser. Cette tache sombre s’étala, et sur la vaste clairière on ne vit plus que ça. Elle jeta un froid et notre joyeuse bande détala.
    Il n’y eut plus que le soir où l’ombre du peuplier devenue toute fine se fit aiguë. A cette heure, profilée elle coupait l’herbe en deux comme un gâteau trop cuit.
    Nous revîmes alors nos bestioles ressortirent mais plus calmes, gonflant leur pelage des derniers rayons du soir. Puis il y eut les à gauche du gâteau et les à droite qui se gardaient bien de traverser la ligne par crainte de s’y couper les pattes. Eux-mêmes projetaient des ombres qui sur les autres s’imprimaient.
    Presque, on aurait pu lire l’avenir, celui du temps du lendemain.
    🐀 Souris verte

  12. Blackrain dit :

    Même si elle était depuis toujours très appliquée sur sa tâche, elle était critiquée quant à son éparpillement. On la moquait, en la traitant de grosse tache. Malheureusement pour elle, elle était née d’une plume qui avait les dents du bonheur. L’écart entre les deux pointes métalliques répandait de manière irrégulière le sang qui coulait dans ses veines. Elle n’avait pas de chance. Ses plaints et ses déliés se traduisaient par des plaintes de ses camarades et des lignes déliées par des pâtés plus ou moins larges. Même lorsqu’on l’avait confiée à une autre plume, le mal s’était poursuivit. La plume fuyait à sa base, même si elle tachait de le dissimuler. Le Pelikan ayant trop de réserve, le trop plein fuyait irrémédiablement. La fibre du papier s’incrustait dans sa couleur et elle devait les recracher pour ne pas qu’elles s’ancrent dans ses poumons. On décida de la changer de Cartier. Mais la tâche restait ardue pour elle, car il lui fallait ne pas dévisser dans le Montblanc. Elle fit face ses déboires. Elle demeurait ambitieuse, fière de son sang bleu qui la distinguait du commun avec son encre violette. Même si elle désirait devenir le Pilote de sa lignée, elle ne voulait pas précipiter les choses en travaillant chez Ferreri ou chez Porsche. Elle préférait se glisser chez un Diplomat afin de laisser une trace dans les affaires d’Etat. On la plaça dans les mains « d’Hugo pour qu’elle bosse » la finesse de son trait. Le buvard devint de plus en plus jaloux de ses progrès. Il se trouvera bientôt au chômage. La tache avait disparu au profit d’une ligne élégante et affinée. Ce dont sa famille fut le plus fier, ce fut les accords de Paris signés le 10 février 1947, avec son sang bleu, entre les belligérants de la terrible guerre. Quelle réussite pour celle qui s’était attaché à progresser, malgré les harcèlements qu’elle avait toujours subits.

  13. camomille dit :

    C’est l’histoire d’une tache d’encre qui atterrit sur une page blanche.
    La page blanche offensée lui fait les gros yeux et la somme de disparaître.
    Mais la tache ne sait pas où aller :
    – Pitié « page blanche » je me ferai discrète, pitié !

    – Fous le camp, tu es en train de tout gâcher. Je me dois d’être immaculée.
    Dégage !

    – Mais où veux-tu que j’aille à cette heure-ci ?

    – Ce n’est pas mon problème… Dans une heure il sera là, et sa colère sera terrible.

    – En voilà toute une histoire ! Un peu de tolérance voyons ! Je ne suis qu’une tache
    d’encre inoffensive. J’ai le droit de vivre moi aussi !

    – Mais tu n’as rien compris stupide tache. Si tu restes nous allons mourir toutes les deux et en même temps.

    – ?

    – Il ne va pas supporter… Dégage je te dis !

    Sur ces entrefaites, l’écrivain arrive et s’installe devant la page blanche.

    La page blanche se met à trembler et pense que sa dernière heure est arrivée.
    La tache d’encre comprend enfin que l’affaire est sérieuse et elle retient son souffle.
    L’écrivain, qui s’est réveillé du pied gauche mais l’inspiration en alerte, découvre la tache d’encre.
    Il écarquille les yeux :
    – Hola ! En voilà une belle tache ! Que s’est-il donc passé pendant mon sommeil ?

    A ce moment là, Nestor, le chat de la maison, apparaît.
    – Ah, te voilà toi ! S’écrie l’écrivain….C’est toi qui a fait ça ? Attends que je t’attrape !

    L’écrivain court après le chat, le chat court après l’écrivain et ça dure… et ça dure… Et c’est épuisé que l’écrivain se rassied devant la page blanche.

    SUSPENS !

    La tache et la page blanche n’osent plus respirer. Nestor, quant à lui, est sur ses gardes.
    Et l’écrivain de s’exclamer :
    – Hola ! En voilà une belle tache ! Mais il me semble que ça, je l’ai déjà dit ! Ce chat
    me rend fou, faut que je me concentre….
    Soudain, ses yeux s’illuminent. Il observe la tache fixement, il sourit et s’écrie :
    – Ça y est…. je la tiens mon histoire, je la tiens…
    Et, sur la belle page blanche (qui n’en revient pas), et juste en dessous de la tache d’encre (qui n’en revient pas), il commence à écrire frénétiquement :
    « C’est l’histoire d’une tache d’encre qui atterrit sur une page blanche…

  14. Maguelonne dit :

    Je suis bretonne, bien que tous ces snobs des Côtes d’Armor, du Finistère, du Morbihan, et même ceux d’Ille et Vilaine le réfutent. Je suis une tâche bretonne. Je suis de Laval dans la Mayenne et je suis bien installée sur un carreau du réfectoire du 42ème régiment de transmissions, 3ème compagnie, 6ème section. Repos !
    Toute ma vie s’est déroulée là. J’ai vu défiler les conscrits, les uns après les autres, ainsi que les sergents. J’adorais les sergents. Ils avaient pour mission de transformer en citoyens tous ces jeunots un peu trop tendres. Alors ils leurs menaient la vie dure, et c’est moi qui en faisait les frais.
    Je suis tellement incrustée que je suis devenue une indécrottable tâche indélébile. Vous avez compris. Et bien, à toute heure du jour ou de la nuit, le sergent demandait à un petit conscrit de me laver jusqu’à ce que je disparaisse. Le jeune était armé d’un seau, d’une savon et d’une brosse à poils durs : et il frottait, frottait… jusqu’à ce qu’il craque ( et là je ne le voyais plus pendant un temps plus ou moins long) ou jusqu’à ce que le sergent se lasse.
    Ah ces jeunots m’ont astiqués, briqués, frictionnés, décrottés, étrillés, grattés, décapés, raclés..;j’en passe et des meilleurs. C’était très douloureux. Alors je me suis endurci, cuirassé et j’ai appris à profiter des bons moments.
    Ils étaient attendrissants ces novices qui s’échinaient à me brosser. Il y avait des grands, des petits, des gras, des mous, des secs, des rigides. J’aimais le jeu des biceps, un vrai régal. Il y avait les mauvaises fois qui y allaient mollo, les bonnes volontés fayoteuses qui s’appliquaient, les colériques. Eux c’étaient les meilleurs, et je gonfle, je dégonfle, je gonfle je dégonfle avec fureur.
    Comme ils étaient à genoux je voyais leurs visages, leurs yeux plein de haine, de colère, de résignation, de soumission. Moi j’aimais bien les rebelles intelligents. Ils frottaient négligemment et à travers leurs regards je participais à leurs rêves : un beau brin de fille, une petite sportive rouge beau châssis ou le sergent écrabouillé.
    Et les sergents, ce qu’ils pouvaient être rigolos. Toujours la bedaine en avant, le béret sur le côté, les pouces dans la ceinture, l’intelligence errant dans la campagne, et le timbre haut
    -Allez Duchemoll frotte, je veux plus voir cette tâche. T’es plus dans les jupes de ta mère ici, l’armée va faire de toi un homme, un vrai. Oh le seau s’est renversé ! Sèche moi ça et que ça saute vains dieux. T’as quelque chose à dire. Ici tu la fermes et tu obéis. Tu veux résister, tu fais pas le poids. J’en ai maté des bien plus durs que toi.
    Et puis Chichi est arrivé. Armée de métier qu’il a dit !!
    C’est vrai j’étais harcelée mais c’était un harcèlement heureux. Depuis plus personne ne me récure mais qu’est ce que je m’ennuie !!!!

  15. Kyoto dit :

    Sur cette table de campagne, en chêne, une tache s’étale paresseusement depuis…cela fait tellement longtemps que personne ne s’en souvient. Des bruits courent, des théories circulent, des rumeurs traînent.

    Cette tache, je l’ai remarquée consciemment, le jour où j’ai fait une tache d’encre bleue sur elle. J’étais tout tourneboulé. Je craignais les lanières du martinet. Alors j’ai déclaré ma maladresse à ma grand-mère.

    – Ne t’inquiète pas, petit ! Une tache sur une autre tache, ça ne se voit pas.

    – Mais si, Grand-mère. J’ai eu beau éponger l’encre avec mon buvard jaune comme un Petit Beurre, ça se voit.

    – Cette tache à l’origine, selon ma propre mère, était rouge sang. Elle se souvenait l’avoir frottée, cirée, cachée sous des napperons qu’elle faisait elle-même, vinaigrée, bicarbonatisée. En vain ! Il était trop tard, les veinures du bois s’en étaient repues. Alors, on a fini par la laisser tranquille. On l’a oubliée. Plus personne n’y pense. Elle fait partie du décor.

    – Mais Grand-mère, c’était vraiment du sang ?

    – Oui, c’était vraiment du sang. Mais il ne faut pas en parler, ça porte malheur.

    – Si c’est tellement si vieux, quelle importance ! Et puis, je ne suis pas superstitieux !

    – Un secret, c’est un secret !

    – Alors, pourquoi m’avoir dit que c’était du sang. T’as commencé à causer, alors tu dois continuer.

    – Bon, si tu insistes ! Mais ce n’est pas gai.

    – Pas grave. Raconte..

    – Ma grand-mère était très malheureuse. Son mari, donc ton trisaïeul, était un homme violent, surtout quand il s’enluminait la trogne. Et une nuit de grand orage, où les coups pleuvaient encore plus forts de violence, ma grand-mère trouva la force de lui exploser la tête avec le fusil de chasse de son bourreau de mari, alors qu’il s’était endormi au bout de cette table, ivre mort. Et quand elle prit conscience de son acte, elle-même succomba d’une crise cardiaque. A moins que ce fut à cause des coups. Voilà ce que j’en sais.

    – Waouh, il y avait de l’ambiance chez les anciens.

    Ma grand-mère se tut, ferma les yeux et fit semblant de dormir. D’autres souvenirs l’assaillaient.

  16. iris79 dit :

    Je suis née d’une chute sur le canapé. Elle fut divine et moelleuse. Le tissu était d’une souplesse et d’une douceur incomparable, un tissu noble, c’était incontestable. Je m’y suis alanguie de tout mon long ! Jamais je n’aurais cru que cette maison ne m’était pas destinée. J’en avais assez de glisser, coincée entre la mine du crayon et le papier. La main du petit homme qui nous guidait me faisait tourner la tête ! Elle usait de crayon et d’encre sans soin ni précaution. Aussi quand j’atterris sur le sofa, je crus naïvement qu’une nouvelle vie s’offrait à moi.
    Hélas, mon calvaire commençait. Les doigts qui avaient provoqué ma chute me frottèrent vigoureusement ce qui eut pour effet de me déformer. La bave de l’enfant croyant me faire disparaitre ne fit que me donner un aspect désolant. Non vraiment, j’étais dépitée. Je savais que dorénavant je ne pourrai plus m’en aller. Et pourtant ce n’était pas faute d’essayer ! Tout le monde s’y mit ! La maman comme une forcenée trop craintive du courroux de la grand-mère frotta et frotta sans répit. J’eus droit à un bain d’eau froide agrémenté de glaçons puis à une solution alcoolisée qui au moins eut le mérite de me plonger dans les vapes un moment. Au moins je subissais sans trop souffrir les affres de la brosse à ongles qui ne manquèrent pas de tirer les fils du tissu ce qui finit de me démembrer !
    La mamie catastrophée qui voyait terni l’objet immaculé de son salon souillé à tout jamais faillit faire une syncope quand elle vit ce désastre. Elle gesticulait dans tous les sens en agitant les bras de tout côtés, distribuant une claque à son petit-fils et fusillant du regard la belle-fille qui bien entendu ne savait pas s’occuper de sa progéniture.
    Jamais je n’aurais cru provoquer un tel scandale ! J’en étais cramoisie de honte ! C’était bien le moment. Rendue méconnaissable par tous les assauts brutaux qui tentèrent de me déloger, je tirais malgré tout une certaine victoire à ne pas être délogée. Non, ils ne se débarrasseraient pas de moi, il fallait mieux s’y résoudre. Et grand-mère ne se séparerait jamais de ce canapé, de ce meuble de famille chargé d’histoire. Une fois que je compris cela et qu’elle comprit que je ne partirais pas, une seconde vie commença. Blottie ici sur l’accoudoir, je fus dissimulée par un plaid d’un confort incroyable. J’adorais revoir la main qui avait provoqué ma chute. Le petit homme avait grandi et à chaque fois qu’il était revenu ici, il avait eu un mot pour moi. Je l’entendais dire alors qu’il me titillait « tu te souviens grand-mère quand j’avais fait cette tâche, le pataquès que ça avait provoqué. »
    Je n’eus plus jamais froid devant cette cheminée. Je reçus même bien des caresses de la main fripée de la vieille dame qui passait beaucoup de temps assise ici à se remémorer toutes les personnes qui s’étaient un jour posé sur ce canapé.
    Nous fûmes totalement en paix le jour où ses doigts fins et délicats m’effleurèrent en me disant « après tout, toi aussi, à ta manière, tu fais partie de l’histoire de ma vie ! »

  17. gottlieb eléonore dit :

    Racontez les tourments d’une tache, victime de harcèlements depuis sa naissance.
    Je suis vraiment déprimée ce matin mon hôte me fustige depuis des heures, minuscule que j’étais à ma naissance, a peine perceptible sur la soie immaculée de la robe de fête.
    Comme elle était belle ce jour-là et heureuse, elle allait devenir la reine de la cérémonie remarquée entourée de tous et admirée, robe banche de dentelle fine et de voile soyeux, un évènement exceptionnel se préparait, et puis… un enfant est passé en galopant une fraise entre ses petites mains, la première de la saison ; maman ! maman ! regarde elle est belle, elle sent si bon… et dans son enthousiasme il serre si fort le petit miracle rouge qu’il l’écrase entre ses doigts encore malhabiles!!!
    Une minuscule éclaboussure atterrie sur le voile céleste, la dentelle a beau se secouer au vent se frotter contre le voilage délicat, rien n’y fait .je suis rouge et m’incruste là, fixée comme une étoile sanglante.
    Je me trouve si jolie enfiévrant cette bancheur trop angélique. Je décide, croyant bien faire, de m’étaler un peu plus, de décorer légèrement la dentelle toute proche, de déborder dans l’entrelacs de sa résille évanescente.
    Funeste idée ! Bertille qui avait œuvré depuis plus de six mois à l’élaboration de sa robe de mariée se mis à pousser des hurlements de détresse, à répandre un fleuve de larmes. Gaétan, son promis, en était bouleversé.
    Il courut jusqu’à l’office, appela Clémentine, la femme de chambre de Bertille, essoufflé expliqua le drame !
    Clémentine sourit en saisissant entre ses mains expertes un petit chiffon de lin et 3 gouttes d’eau de la source miraculeuse qui guérit de tout.
    Elle vola jusqu’à la terrasse où se réunissaient les premiers invités. Discrètement elle trempa le petit carré de lin dans la coupelle de cristal et me frotta énergiquement, si vigoureusement que je disparu. Migrant de la robe délicate dans les fils du tissage grossier. Bertille était ravie et Gaétan, amoureux, il avait héroïquement sauvé sa demoiselle d’un déshonneur certain.
    Clémentine retourne en cuisine. Garde précieusement le petit carré d’étoffe rougi dans une enveloppe de satin bleu qu’elle dépose au fond du placard derrière les draps de sa chambre, un jour, peut-être, un jour lui sera-t-il utile, qui sait ?

  18. Grumpy dit :

    Bien chanceux ceux qui n’avaient qu’une tache. Elle, sa robe en était constellée.

    Pas seulement sa robe, la tête, les pattes de devant, arrières, la queue. Mille taches.

    Elle s’appelait Ocelle.

    Son pelage n’était que rosettes, cercles noirs évidés mais néanmoins autant d’yeux regardant les humains comme les sauvages qu’ils étaient.

    Tout le monde rêvait de se l’approprier. Une starlette la verrait bien sous forme de paletot, un chasseur l’imaginait empaillée en trophée, un dresseur juchée sur un tabouret, un châtelain comme tapis devant la cheminée, une prêtresse de la mode aurait aimé la promener en laisse au bois de Boulogne, les enfants la chevaucher pour vivre quelque minutes l’ambiance de la jungle …

    Elle ne pouvait pas faire un pas dehors, aussitôt scrutée, examinée, suivie du regard, et même poursuivie si les admirateurs n’avaient eu au fond d’eux si peur d’elle.

    Très prudente, cette saison les imprimés léopard qu’ils fussent de coton, de laine, ou surtout de vraie fourrure, étaient du dernier cri.

    Longue, silhouette aussi fine que celle d’un lévrier, une détente incroyable, tellement souple, si légère, et …. capable de dérouler plus de 60 à l’heure.

    Bien malin qui pourrait l’attraper.

    Personne ne s’y risquerait, jamais loin dans son sillage, son amoureux aux aguets, prêt à bondir sur l’assaillant, aidé du ressort de ses quatre pattes chaussées de baskets Puma.

  19. françoise dit :

    Racontez les tourments d’une tache, victime de harcèlements depuis sa naissance.
    J’étais né goutte de café dans un bol
    mais manque de bol
    j’ai fini sur une nappe de lin
    en tache grosse comme un pois chiche
    la maîtresse de maison a donné pour tâche
    à la domestique couleur café
    comme dit la chanson
    de me faire disparaître
    supportant aisément n’importe quelle tache
    sauf les taches de café
    les goûts et les couleurs çà ne se discute pas
    la jolie demoiselle a frotté, frotté,`
    avec du savon de Marseille,
    d’Alep, ayurvédique. Surgras
    et que sais-je encore, sans aucun résultat
    si quelqu’un me dit
    que ce n’est pas du harcèlement
    c’est qu’il n’y connaît rien en psychanalyse
    et n’a jamais entendu parler de Freud
    lassé par cette contrainte la domestique
    a donné son compte
    chacun a ses raisons que la raison ignore
    La maîtresse a transformé la nappe en torchons à poussière
    et petit à petit je suis devenu invisible
    et ne suis plus harcelé
    Suis-je plus heureux ? That is the question ?
    J’ai cessé de me la poser et mon moral est meilleur

  20. Patricia dit :

    Je commencerai par le jour de ma naissance. Moi , je n’ai rien de mandé, je suis arrivée là par hasard, et plof. D’un coup, sur ce grand drap blanc, enfin plus si blanc du coup.
    Un joli drap de lin épais avec des broderies à l’anglaise.
    Magnifique.
    J’étais contente d’être là, mais la vie en a décidé autrement. Sitôt que j’ai été là, j’ai été maltraitée.

    Quelques minutes après, on m’a plongée sous l’eau froide, j’ai failli me noyer, et un espère d’animal à poils durs est venu se frotter à moi, et il a bien insisté, insisté, ça a duré longtemps.

    J’ai souffert, j’ai eu mal, je me suis sentie salie.
    Je ne sais même pas quelle sorte d’animal c’était, mais c’était clair, il voulait que je disparaisse.

    Et puis j’ai reçu une pluie de gouttes acides sur moi, j’ai été brûlée, j’ai crié , mais a priori personne ne m’a entendue.
    Et puis je me suis retrouvée au soleil, à chauffer chauffer, j’ai séché.

    Depuis, ça n’a pas arrêté , régulièrement j’ai vu des animaux très divers et variés se frotter à moi, et des pluie plus toxiques les unes que les autres. mais bon sang dans quel monde vit on ?

    Toute ma vie, ca a été comme ça. J’ai toujours été victime. Je me suis sentie rejetée. Personne ne voulait de moi ici.
    J’ai bien compris, mais vous savez, j’ai décidé que je serai coriace, je tenais à la vie moi.

    Je me suis bien accrochée aux fibres là, bien au coeur, des fibres du lin, j’adore le lin.
    Tellement on a essayé de me faire disparaitre, il y a eu des trous dans le drap.

    Mais moi , j’étais toujours là.
    Certes j’avais perdu de ma superbe, et mes couleurs n’étaient plus aussi vives. mais je peux vous dire qu’on ne m’a pas délogé. J’ai bien cru que j’allais disparaître, mais je me suis battue jusqu’au bout pour survivre.

    Et puis un jour, j’ai vu arriver quelquechose de pointu et j’ai crié parce que je croyais qu’on voulait encore me faire du mal, et puis non,
    L’embout pointu a fait le tour de ma circonférence, et a tracé une ligne noire, tracé des cercles, et puis il y a eu un autre embout qui a rempli les cercles.

    Et aujourd’hui, je suis le coeur d’une très jolie fleur sur ce drap en lin.On m’a revêtue d’un magnifique jaune lumineux.
    Et tout le monde m’admire. Y va de son petit compliment.
    Et voilà… voilà mon histoire.

    Voilà il faut se battre vous savez, la vie est faite d’épreuves, et si nous réussissons à les traverser, un récompense arrive au bout: une renaissance.
    Je n’aurais jamais pensé que je serai une fleur un jour, mais voilà c’était ma destinée.

  21. durand JEAN MARC dit :

    Je n’étais qu’une simple tache, une très commune, tombée de la plume tremblotante d’un écolier efflanqué du savoir, tentant de suivre l’aboiement sirupeux d’un institueur sans âge, magnant l’orthographe à la baguette. L’élève avait cru résister à l’angoisse du faux pas. Il croyait parvenir à se tenir bien ferme sur la ligne droite du cahier et capable de poser son texte, un mot après l’autre, sans trébucher, sous l’œil acéré du vautour de l’éructation nationale.

    Jusque là, le texte s’était à peu près bien déroulé. Les mots rebondissaient comme les cailloux sur l’eau de l’étang. Et puis, un mot barbare sortit du gouffre de l’adulte. Il le prononça une fois: « fielleux », le ravala, parut le ruminer, le ressortit plus caoutchouteux: « FIIellloeud…Phyélheuu… ». Le gosse tenta de saisir une boussole dans la jungle proposée. Les herbes grimpantes des L lui saisissaient les poignets, les fourmis rouge des e envahissaient la gorge, un crapaud géant en forme de bout d’alphabet lui coassait aux oreilles.

    Comme dans le livre de pirates qu’il décryptait, le môme balança un grand coup de sabre pour trancher dans l’envahissement des problèmes. C’est là que la goutte de sève, de sang et d’encre tomba sur le cahier, dessinant l’exacte étoile morte du désarroi.

    Par chance, la cloche sonna. Le gamin caressa l’indispensable buvard. Avec un coin, il téta le surplus de liquide. L’improbable Corse se réduisit à la taille de l’île d’Oléron, mais Vauban, comme partout avait dû y prévoir des fortifications. La tache résistait.

    Merde se dit-il, j’ai encore gâté la sauce. Il boucla le cahier, l’enfourna dans son cartable et fila dans les rangs.

    Libéré des barbelés scolaires, il courut chez lui. Sa mère était au linge, son père au bistrot. Il saisit dans la salle bains une lame de rasoir, l’essuya des vieux poils et s’enferma avec son cahier dans le grenier. Penché sur le petit volcan, sur la lave déjà sèche, il crut un moment trouver une solution, écarter l’inévitable éruption scolaire, ses bombes incendiaires et ses coulées dévastatrices. L’enfant gratta en douceur mais rien n’ y faisait. Le caillot d’encre avait coagulé sa détresse. Il s’escrima car, dans leurs littératures, tout paraissait pouvoir se résoudre à la pointe de l’épée. Jusqu’à ce que le cône saute et dégage la cheminée du vide. Il regarda le tour du trou. De minuscules plages ne charriaient pas de sable fin. Aucune grotte, non plus, ni aucun trésor. Seul l’espoir était enfoui.

    Bon, ça, c’est foutu dit il en recalant le cahier au fond du cartable.

    Dans la cour, il entendit le retour du père, sifflant gaiement son chômage.

    « Rien à foutre, ajouta t’il. De toute façon, plus tard, je ferai tailleur de pierre….et là, quand j’y graverai des mots et des chiffres, ça tiendra, la bonne résistance sera là ».

  22. Antonio dit :

    – T’as une tache !
    – Hein ?
    – Moustache !
    – Oh ! Tu joues encore à ça à ton âge ?
    – C’est juste parce que t’as une tache, là…
    – Où ça ?
    – Moustache !
    – Non, mais t’es relou, là !
    – Oh ! ça va, c’est juste pour jouer un peu. N’empêche que t’as une tache. Sinon je ne te l’aurais pas dit…
    – Ahah ! Moustache !
    – Là, tu commences à m’agacer grave, George. Je ne suis plus d’humeur à subir ces jeux de gosses, maintenant qu’on en a plus à la maison.
    – Oh lala ! Décoince-toi un peu, c’est le week-end !
    – Oh ! mince, mon chemisier. Je viens juste de le mettre !
    – Tu vois je te disais !
    – Tais-toi, c’est pas le moment. Je voulais le mettre pour aller chez maman. Mais c’est quoi ce truc ?
    – On dirait de la rouille…
    – Non, c’est pas possible, mais c’est…
    – Woah ! Strip-tease ma chérie, laisse-moi m’installer !
    – Ah ! Commence pas ! Tu ferais mieux d’aller t’habiller, on est attendu je te rappelle.
    – Mouais, je suis obligé d’y aller ?
    – …
    – Ok ok, j’y vais… Là, t’as une sacrée tache… Moustache !
    – Mais je rêve, c’est du curcuma. Quelle idée j’ai eu de t’éplucher ce matin… Je te déteste !
    – C’est à moi que tu parles, chérie ?
    – Elle est carrément incrustée. Quelle plaie ! Ah mais je vais pas te lâcher ma cocotte.
    – Tu as trouvé une photo de ma maîtresse.
    – Rêve pas trop, mon coco. Il y a longtemps que l’école est finie pour toi. Et enlève-moi ce jogging. On va chez maman, pas promener le chien !
    – Super, le week-end. Et je remets une cravate ?
    – Il est où ce putain de savon miracle. Ah ! te voilà. C’est le moment de voir ce que t’as dans le ventre.
    – Mets-le dans la machine, ça partira tout seul.
    – Du cachemire ! Misère masculine ! Je vais t’avoir, toi, bouge pas ! …

    Vingt minutes plus tard.

    – On va être en retard chez ta mère, ça serait dommage !
    – …
    – Dis-donc, il n’était pas blanc ton chemisier au départ. Là, j’ai l’impression qu’il est couleur curry. Au moins y a plus de tache.
    – Pauvre tache !

  23. Laurence Noyer dit :

    Tatoo

    Non je n’ai pas les mains sales
    Cessez de me harceler
    Non je n’ai pas chopé la gale
    Arrêtez d’m’embêter

    Je suis venue au monde
    Avec son plan sur les mains
    Ses rivières vagabondes
    Ses sommets incertains

    On s’est moqué de moi
    A mon grand désarroi
    « Ta peau en parchemin
    C’est des taches de vin ! »

    J’ai transformé les taches
    Je les ai sublimées
    Et sur mes mains, composer
    Une terre de panache

    Des ilots disparus
    Des trésors ressurgis
    Tout un monde parcouru
    Sur ma peau élargie

    Oui j’ai des mains géniales
    Vous pouvez admirer
    Oui elles sont originales
    Je les ai fait tatouées !

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