Ces souvenirs qu’il faut romancer

Une abonnée m’écrit : » Comme vous, peut-être, je regarde souvent la grande librairie. Lors de l’émission avec Paul Auster, j’ai relevé une phrase qui depuis notre dans la tête. Destinée à tous ceux qui souhaitent écrire leur autobiographie, elle amène à réfléchir. Cette phrase, la voici : « les souvenirs les plus beaux sont ceux qu’on invente »
En effet, pour confirmer 
ce qui précède, j’ai souvent constaté, lorsque je présentais mon livre BELLA, qui retrace l’histoire de ma famille, un peu romancée, les lecteurs me disaient souvent avoir particulièrement été touchés par tel ou tel détail alors que je les avais inventés. cela m’a toujours laissé perplexe. Serait-ce ce qu’on appelle « le mentir vrai » ? Qu’en pensez-vous ? »

Le génie de la littérature
« Il y a les conteurs et les écrivains. On conte ce qu’on veut : on n’écrit que soi-même  » disait Jules Renard, « Journal »
Quel que soit le genre de roman, c’est toujours plus ou moins une autobiographie romancée qu’une fiction.
On n’écrit pas une histoire à partir de rien. Elle s’ébauche sur la base d’une idée plus ou moins précise. Mais sitôt qu’on se met à l’écrire, vient s’immiscer 
ce qui nous a imprégnés jusque-là. Ce qui macère dans les brumes de notre mémoire affective : l’enfant que nous étions, les parents qui nous ont mis au monde, notre pays, les personnes qui comptent et ont compté dans votre vie, etc.

L’art de la littérature n’est pas de faire des récits de vie, mais de les romancer. 
De présenter des faits et gestes en ajoutant des détails plaisants pour pimenter la narration. 
Un auteur qui ne parvient pas à « enjoliver les choses » pour leur donner une dimension littéraire, noircit souvent des pages ennuyeuses.  
Je ne sais plus qui a dit :  » Faire du bonheur avec des émotions malheureuses, c’est le génie de la littérature »

À un moment de ma vie, j’ai créé une agence immobilière, car il fallait bien vivre…
Comme je m’absentais souvent pour animer des Éveils poétiques dans les écoles, j’ai employé une collaboratrice. C’était une actrice, mais je l’ignorais. Elle était souriante, vive et avenante. Je ne lui trouvais qu’une discordance, ses vêtements plutôt « vieille France »

Mais au fil des jours, elle se métamorphosa. Elle se vêtit plus élégamment,  changea de coiffure, se maquilla légérement, et son charme opéra…

Se libérer de l’envie de raconter sa vie
Racontée comme ça, cette anecdote n’a guère d’intérêt, c’est une banalité, un simple « fait de vie » décrit, mais pas romancé.
Si je voulais l’incorporer dans un roman, il faudrait que je me libère de raconter ma vie, telle quelle. M’interdire de la décrire.
Que j’exploite mon talent d’auteur – s’il existe – pour l’enrichir, la développer, l’étoffer, l’imager, la rendre plus sexy, autrement dit, la romancer.
De quoi faire un chapitre...

Je suis dyslexique. De facétieux neurones font des croche-pieds aux mots dans mon cerveau. Mon orthographe trébuche souvent quand j’écris. Peut-être avez-vous remarqué une faute. Merci de me la signaler : blog.entre2lettres(at)gmail.com

9 réponses

  1. Maryse Durand dit :

    Quel que soit le genre de roman, c’est toujours plus ou moins une autobio romancée qu’une fiction . On n’écrit pas une histoire à partir de rien. Elle s’ébauche sur la base d’une idée plus ou- moins précise.
    Mais sitôt qu’on se met à écrire, vient s’immiscer une odeur… c’est à Marrakech, le souk, le quartier des épices… elles sont là, entassées en forme de cônes : safran, cucurma, cumin oriental, paprika, curry, roses séchées, il y en a pour tous les goûts, pour le nez, mais aussi pour les yeux.
    Et pourtant, j’avais laissé Alvina, mon héroine, alanguie sur une chaise longue, au bord de sa piscine entourée de lauriers-roses balancés par la brise… elle ferme les yeux…un rideau végétal s’ouvre et l’on découvre un superbe bassin dans lequel se reflète un palais tout droit sorti d’un conte des mille-et-une-nuits. Une profusion de fleurs pardessus lesquelles des palmiers bercent leurs palmes, des petites allées dont les pavés représentent toutes sortes de motifs nous mènent sous des petites tonnelles et laissent place à des plans d’eau jonchés de nénuphars.
    La foule me porte, enfin elle porte Alvina ici et là : un palais, érigé en d’autres siècles par des maures, offre au regard des cloisons ajourées telles des moucharabiehs, des mosaïques, des colonades qui nous laissent sans voix. Ici, des portes en bois ouvragé, des dossiers de sièges finement ciselés. Des patios dispensateurs de fraîcheur, des parterres dispensateurs d’arômes, on se prend à imaginer comment était la vie autrefois.
    Bien, je pense vraiment avoir planté le décor, au détriment de l’intrigue. Les heurs passent, sans ennui ni lassitude, dans cet espace privilégié et hors du temps. Au-delà des murailles servant de remparts, on aperçoit la ville de Grenade…
    Trop fragile mon héroine ? Trop évanescente dans un décor trop situé ? pourtant, toutes ces odeurs, ces couleurs, ces atmosphères, comme je les porte en moi !
    La prochaine fois, la prochaine histoire, je la situerai… un enfant joue sur une terrasse qui sert de toit à la maison du dessous. On entend l’appel déchirant d’un âne qui s’exprime dans le lointain. Les champs sont baignés de lumière, écrasés de chaleur, et des chemins monte une poussière dorée qui se perd dans l’azur implacable de ce ciel d’été. C’est alors qu’Alvina…

    • Pascal Mezier dit :

      j’aime. j’y suis. Plein de couleurs d’odeurs, de soleil. Quoi d’autre dans la vie ? Enfin, tout est possible pour une Rencontre…

  2. Mireille Fleuriet dit :

    Bonjour Pascal,

    Je vous rejoins lorsque vous parlez « du mentir vrai » Je me souviens d’avoir écrit une rédaction à laquelle j’avais eu une excellente note, l’Institutrice de me dire en me rendant ma copie : « on sent le vécu » alors qu’une grande partie avait été inventée.

    Le vécu se mélangeant à notre imagination font que l’on écrive « du mentir vrai ».

    Merci pour votre blog, tellement heureuse de pouvoir m’imprégner de tous ces écrits, qui me donnent l’envie d’écrire.

  3. Girard dit :

    Bonjour,
    Merci Pascal pour ce petit billet 🙂
    C’est rare mais je ne suis pas tout à fait d’accord avec vous. Je crois que l’on peut démarrer une histoire à partir de rien. Une mouette, un visage, un ciel, n’importe quoi. Le rien c’est pour moi laisser la place aux divagations de toute sorte.
    C’est vrai qu’à la fin même si on écrit une fiction, il y a toujours une part de notre vie, et nos expériences.

    • Pascal Perrat dit :

      Je comprends ce que vous voulez dire, Stéphanie, une histoire peut débuter à partir de presque rien : une mouette, un visage, n’importe quoi. Autrement dit, d’une rêverie, d’une contemplation, observation ou autre. Mais ce presque rien est déjà un petit rien.
      Amicalement, Pascal

  4. Pascal Mezier dit :

    …  » À la deuxième c’est plus net, « … la demande est plus nette

  5. Pascal Mezier dit :

    Bonjour Pascal Bonjour à tous,
    Comme par hasard, j’ai entendu la même chose en atelier d’écriture hier. Effectivement tout sort de notre cerveau. Tout sort de notre personne. Pendant qu’elle nous expliquait ça (c’est l’animatrice qui parlait) je songeais un peu plus loin. Notre personne c’est notre empreinte inclue. J’entends par empreinte tout ce qui fait notre personne avant la naissance.
    Bon. Je n’irai pas plus loin, mais qui sait ?
    En revanche, un ancien collègue de travail devenu un ami, ainsi qu’une amie m’ont demandé d’écrire des biographies. Le premier sur tout un pan de sa vie qui concerne le vélo, la deuxième qui concerne un cahier de vie qu’à laissé sa sœur alcoolique après son départ volontaire pour l’ailleurs…
    Au premier j’ai répondu qu’effectivement un regard extérieur – neutre – était peut-être le bienvenu.
    À la deuxième c’est plus net, personne dans la famille pas même les trois filles de la sœur de mon amie (vous me suivez) ne veulent aller voir dans ce cahier. Elles craignent de découvrir des « choses » brutales à lire.
    Si tu pouvais y aller voir en éclaireur, édulcorer (c’est son mot), me disait en substance mon amie, alors ces « choses » pourraient-elles être regardées.
    La demande est plus nette et en même temps c’est risqué. Comment raconter sans déformer, en restant sur le fil de la vérité ? Qui suis-je pour mettre le curseur « édulcoré » là ou là ?
    Dans l’absolu la déformation de La vérité est partout, de l’écrivain au lecteur, une déformation de plus, romancée celle-là, ne changera peut-être pas grand chose sur le fond ? Tout l’art de l’écrivain ?

  6. françoise dit :

    très beau : « les souvenirs les plus beaux sont ceux qu’on invente »

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