Ne désespérez pas d’être publié

grammaireJ’entends souvent dire : « La syntaxe, ce n’est pas mon point fort », « Je manque de vocabulaire », « Mon style est pauvre », « Je n’ai pas fait d’études de lettres », etc.. Ce qui induit : « Je n’ai aucune chance d’être publié ».

C’EST VRAI !
Vrai, si vous écrivez un roman ou une nouvelle comme si vous deviez obtenir un vingt en rédaction.
Vrai, si vous peinez sur chaque phrase parce que vous craignez la faute de grammaire impardonnable. Vrai, si vous vous appliquez à écrire comme votre auteur préféré. Vrai, si en votre for intérieur,  vous êtes convaincu de ne pas être à la hauteur (pas auteur…).

C’EST FAUX !
Faux, si vous écrivez avec vos tripes et votre coeur. Faux, si vous osez déboutonner votre écriture, bousculer la syntaxe, répudier les clichés et fouetter les verbes. Faux, si vous faites confiance à votre style. Chaque personne a un style plus ou moins marqué. Il tient à son origine, sa culture, sa région, son environnement, etc. 

Votre style d’écriture est une part de votre personnalité, comme votre accent. Gardez-le !
Moi qui suis Parisien habitant en Aquitaine depuis 10 ans, j’ai tenté de trouver un phrasé plus chantant. Peine perdue, ma gouaillerie ne m’a pas lâché, et tant mieux, puisque mon accent faubourien amuse l’oreille des gens d’ici.

Gardez votre manière d’écrire et oubliez tout complexe d’infériorité.
Vous y parviendrez facilement en adoptant la méthode Coué. C’est simple et gratuit, il suffit, de graver dans votre esprit qu’il y aura toujours, quelque part, un éditeur attendant qu’un inconnu le surprenne, non avec une écriture académique, mais avec une certaine hardiesse. 

Vous doutez encore ? Alors lisez les trois extraits ci-dessous, vous constaterez qu’on peut être publié sans être, à chaque page, un parfait prosateur.

235 mots, 12 clichés

[…] Le royaume des derniers dinandiers se situait rue Beautreillis, entre la rue Saint-Antoine et rue des Lions-Saint-Paul. Un quartier vivant, grouillant d’artisans et de commerçants de toutes sorte. Il régnait dans cet endroit à l’activité d’une ruche un bourdonnement incessant, ce qui en accentuait le charme. C’est là, dans le capharnaüm d’un atelier rempli d’objets et d outils divers, que je fis connaissance de maître Georges, le roi de ce glorieuse mais néanmoins discrète corporation d’artisans.

L’homme, toujours sur le pied de guerre malgré ses soixante-dix printemps, était penché sur son établi, occupé à limer ses outils. Petit, trapu, la moitié du visage mangée par une barbe blanche, il paraissait un travailleur infatigable aux muscles d acier. ]’en eus pour preuve la poignée de main qu’il m’offrit et qui manqua me broyer les phalanges. Il faut dire que maître Georges ne faisait pas dans la figuration. D’après la brochure que je puis découvrir sur le comptoir, depuis un demi-siècle, tout au long de la journée, lui et ses apprentis martelaient sur l’enclume le métal, le laiton, l’argent et le cuivre, confectionnant pour les besoins de ses clients enseignes, girouettes, bijoux et ustensiles de vaisselle.

Le maître artisan était également prêt à réaliser toutes sortes de pièces de collection, pour peu qu’elles fissent appel à ses talents d’orfèvre. C’était donc lui qui devait avoir confectionné les automates en cuivre du salon de magie. […]

Extrait de : Le Palais des Ombres , Maxence Fermine, Ed Lafon


44 mots, 4 fois le verbe FAIRE

[…] « Ne croyez surtout pas que ce soit si facile de faire simple. L’art ultime. Pour cela on doit faire confiance à sa capacité de faire montrer tranquillement l’émotion. Et de la faire redescendre sans que le lecture ait envie de fermer le livre » […]

Extrait de : Journal d’un écrivain en pyjama, Dany Laferrière de l’Académie Française

194 mots : 15 fois la conjonction ET

[…] Il trouva des bougies dans un tiroir de la cuisine et en alluma deux puis fit fondre la cire sur le plan de travail et les posa droites dans la cire. Il sortit et rapporta encore du bois et l’empila à côté de la cheminée. Le petit n’avait pas bougé. Il y avait des casseroles dans la cuisine et il en essuya une et la posa sur le plan de travail puis il essaya d’ouvrir un des bocaux mais en vain. Il alla à la porte d’entrée avec un bocal de haricots verts et un autre de pommes de terre et à la lueur d’une bougie posée droite dans un verre il s’agenouilla et mit le premier bocal en travers dans l’espace entre la porte et le chambranle et tira la porte dessus. Puis il s’accroupit dans le vestibule et le pied calé sur le bord extérieur de la porte la referma sur le couvercle en tordant le bocal qu’il tenait à deux mains. Le couvercle rainuré tournait dans le bois en égratignant la peinture. Il serra plus fort sur le verre et tira plus fort sur la porte et essaya encore une fois. […]

Extrait de La Route, Cornac MC Carthy, Edition Points (prix Pulitzer 2007)

Chaque individu est né gagnant, car il est le résultat d’un spermatozoïde qui a gagné contre des millions d’autres, la course vers l’ovule. Ne désespérez jamais d’être publié; pour y parvenir il suffit d’avoir quelque chose d’intéressant à dire, être décidé, obstiné et résolu.  

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4 réponses

  1. A Beautreillis dit :

    Gatsby, le roman d’amour écrit par Francis Scoot Fitzgerarld est considéré comme un chef d’oeuvre de la littérature américaine.
    Publié en 1925, il s’est très mal vendu à cette époque.
    25 000 exemplaires en 15 ans…
    On l’oublia pendant de nombreuses années.
    Comme quoi, un roman, en avance sur son époque, peut commencer par déplaire et finir par être sublimé.
    Auteurs refusés par les éditeurs, ne désespérez jamais, j’approuve.

  2. Beautreillis dit :

    Pourquoi désespérer ? Il y a bien des auteurs publiés en « phase terminale »
    c’est-à-dire après 70 ans

  3. le guilcher brigitte dit :

    Tu as raison Pascal , moi je ressemble à mon fox terrier, je ne lâche rien, mes crocs n’y sont pour rien, c’est uniquement de la volonté et de la croyance en soi.

  4. Françoise - Gare du Nord dit :

    Merci Pascal pour ce post encourageant. Mais j’aimerais bien me désespérer de ne pas être publiée, cela voudrait dire que j’ai au moinsréussi à écrire un livre

    Question : un spermatozoïde plus rapide est-il meilleur que les autres?

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