384e proposition d’écriture créative imaginée par Pascal Perrat

Depuis que je me suis réincarné en parasite, je m’éclate !
Je n’ai jamais été aussi heureux de vivre, je mène la grande vie.

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Chaque proposition d’écriture créative est une bataille contre la routine et l’endormissement de l’imagination. Un petit combat pour maintenir en vie l’enthousiasme d’imaginer, d’inventer, de créer. Quand aucun défi n’est à relever, notre créativité somnole.

22 réponses

  1. AB dit :

    J’en étais sûr. Je me l’étais promis. J’y avais mis toute mon ardeur. Tel un chef d’orchestre qui fait danser sa baguette, mon souhait dansait lui aussi dans ma tête avec des airs de Haydn, une précision, une volonté d’y arriver.
    Elle m’appartiendrait. De quelle façon, je ne savais pas encore, quand, soudain, comme un rêve qui se dépose là devant vous et dont vous n’avez qu’à vous servir afin qu’il se réalise. On me donnait l’occasion par une phrase découverte comme un trésor d’être autre chose que ce petit malingre, sans attrait, sans distinction que celle d’exister maladroitement, simplement, anonymement. Voilà que par cette phrase
    « Offrez-vous du rêve et qu’il devienne réalité » !!
    Je pouvais devenir autre chose que celui que j’étais. Quel titre de livre était-ce ? Je ne m’en souviens plus, seule cette phrase me restera.
    Mes yeux peu à peu s’assoupir et je sombrais dans ce rêve absolu que je m’autorisais, qui me tenait les tripes depuis ma naissance. Etre un autre. Beau, intelligent et désiré par elle.
    Que se passa-t-il ? Par quel biais de ce cerveau malheureux qui était le mien, mon rêve se transforma. Rien ne se passait comme je l’avais souhaité. J’étais moi mais à l’intérieur et je me sentais vibrer, bourdonner. J’allais jusqu’à me sentir piqueur. Celui qui avait été si souvent piqué par les autres, voilà que c’était moi qui virevoltait, bouillonnait d’impatience malsaine. Je n’avais plus cette envie de me regarder pour me désadmirer, me sentir honteux. Non, j’étais heureux. Elle était là, allongée en maillot de bain, se laissant caresser des rayons lumineux et chauds. J’ignorais qui j’étais devenu, je ne voyais qu’elle et son corps sculptural. Elle, l’impossible avoir, l’aveugle à mon image, la dédaigneuse à mon existence. Elle était à ma portée, à mon envie de lui tourner autour. Enfin, elle devenait mienne quand je le voudrais, si je le décidais et rien ne m’en empêcherait. Cependant c’était sans compter sans les moyens techniques du xxi siècle. Je le compris bien vite quand m’ayant posé sur son épaule rien que pour en sentir les effluves qu’elle en dégageait, je reçus une tape qui faillit me coûter la vie. Je recommençais, plus près encore, ses lèvres charnues et douces ne pouvaient me rejeter, je ne voulais pas la piquer, juste la chatouiller, lui faire savoir que jamais je ne la blesserai. Rien à faire, cette fois c’est un verre d’eau qui fit l’affaire et je crus me noyer d’avoir osé la toucher. Je me mis donc en arrière et bourdonnait autour tel le parasite que je compris que j’étais devenu. Un insecte bourdonnant. Parasite pour elle, pour les autres quand son compagnon du moment arriva avec la grosse artillerie, une bombe à faire fuir une armée. J’eus beau essayer de bourdonner plus loin, il me pourchassa jusqu’à l’assaut final où de guerre lasse je me posais pour me faire écraser par une tapette à deux sous.
    Ce coup eut pour effet de me réveiller en sursaut pour me retrouver en nage devant la belle affolée que j’avais aussi réveillée et qui s’inquiétait miraculeusement pour moi. Mon rêve devenait-il enfin réalité ? Elle s’affolait et me distillait des mots gentils. Devant l’effet que je lui faisais, j’y mis les formes et comprit très vite que je ne lui étais finalement pas indifférent.
    Cette phrase résonne encore en moi, « offrez-vous du rêve et qu’il devienne réalité ».
    Je suis grand-père et je raconte souvent ce rêve à ceux qui sont devenus nos petits-enfants à tous les deux, elle ma belle ingénue et moi celui qui n’y croyait plus.

    • Laurent B dit :

      Depuis que je me suis réincarné en parasite, je m’éclate ! Je n’ai jamais été aussi heureux…
      Dit il a ses amis, stupéfaits d’un tel propos. Traditionnellement Libereco était perçu comme un personnage classique, bien dans les rangs.

      Quoi que, à y prêter plus grande attention ? Imperceptiblement il avait introduit dans son quotidien ces petites choses qui… Un détail vestimentaire nouveau avait succédé à une finesse esthétique, ou à un attrait culturel soudain. Il fallait cette franche révélation pour que ses amis, se plongeant dans les derniers souvenirs de leurs relations, en fassent le constat. A y repenser plus encore de nombreuses choses insignifiantes individuellement mais associées les unes aux autres faisaient que Libereco : ce n’était plus tout à fait le même.

      La question n’était pas de savoir ce qui pouvait être à l’aune de ces transformations. Dernière sa simplicité apparente Libereco  faisait montre d’une intelligence émotionnelle frôlant la complexité pour certains. Le terrain semblait trop délicat.

      Mais alors pourquoi un parasite ? D’ordinaire les parasites on les éradique. Ce n’était pas son cas, au contraire sa compagnie était toujours recherchée et d’avantage appréciée. A y réfléchir il y a d’ailleurs de nombreux cas de symbiose zoologique oû le parasite est en fait un allié. La clef de cette évolution constructive se trouvait certainement là.

      Tout le monde en était à s’interroger : parasite ? heureux ?

      Était il heureux notre ami Libereco ? Oui, heureux d’être suffisamment différent, mais pas trop dérangeant, pour parasiter l’environnement de ses meilleurs amis et les inciter à s’interroger sur ce pourquoi « ne pas être pareil ».
      Totalement différent pour être lui même et se retrouver facilement
      Être l’allié de ses amis, être serein avec soi. En un seul mot : Heureux

      Laurent
      Nota : Libereco de traduit Liberté en Espéranto

  2. iris79 dit :

    Depuis que je me suis réincarné en parasite, je m’éclate !
    Je n’ai jamais été aussi heureux de vivre, je mène la grande vie.

    Je me promène dans des draps de soie.
    Quand la Belle les change, je me cache dans les replis du matelas
    en attendant de pouvoir à nouveau me mouvoir dans de très beaux tissus soyeux.
    Je respire la fraîcheur du propre avant de pouvoir dévorer les menus bouts de peau qu’elle me laissera dès ce soir.
    Quand elle se lève,je me vautre dans sa chaleur,ses odeurs, sa sueur. Un régal !
    Elle ignore que je suis là, je connais tout d’elle.
    Elle ne me voit pas, je connais chaque repli de ses tissus.
    Mes nuits m’enchantent, mes jours aussi.
    Je profite de ses absences pour dévorer ce qu’elle me laisse d’elle en attendant le soir de la revoir.
    Elle est si belle, si raffinée.
    Je ne sais jamais vraiment ce qu’elle va m’apporter.
    Elle aime se coucher dans des effluves de parfum plus subtiles les unes que les autres. Elle épice mes festins rendant mon palet délicat. J’adore ça.
    Je partage mes nuits avec une princesse que je dévore chaque jour un peu plus.
    Je prends garde à ne pas l’étouffer. La faire éternuer serait terrible, signerait ma fin, sonnerait le glas de ma présence ici.
    Je veux continuer à picorer le corps de ma Belle.
    Je resterai dans l’ombre de celle qui m’héberge en son sein.
    Je suis le plus heureux des acariens.

  3. Robert dit :

    Depuis que je me suis réincarné en parasite, je m’éclate
    Je n’ai jamais été aussi heureux de vivre, je mène la grande vie.
    je m’insinue de partout, suis dans toutes les conversations, me gave à tous les buffets mondains de mets délicieux, change de transports quotidiennement, tantôt au sein des effluves féminines tantôt au coeur d’un safari , j’ai parcouru le monde du nord au sud et mes yeux ont suivi les acteurs de celui -ci , des plus petits aux plus grands;
    mais mainteant j’ai un souci, je suis repu, lourd, gros, gras et ne puis plus me mouvoir, j’ai vieilli et ne parviens plus à quitter les plis de la peau d’un oeil d’élépnant que je perturbe énormémént, qui tente de me chasse à chaque instant,en me fouettant avec a trompe, ou en pleurant abondamment, mais rien n’y fait.
    j’ai entendu dire que demain ils vont tenter une dernière opération, une injection d’un produit morte; j’ai peur§
    je tenterai bien de sauter sur une giraffe mais c’est risqué; alors je tente de maigrir, je ne mange plus rien, mais j’ai peu d’espoir.

  4. Jean-Pierre dit :

    Depuis que je me suis réincarné en parasite, je m’éclate !
    Avant, j’étais un humain de sexe masculin dont la vie était devenue un enfer.
    Une chance inespérée a voulu que je me plante dans un virage à cause d’un connard qui venait en sens inverse et qui m’a coupé la route.
    J’ai fini ma vie d’être humain au fond du ravin, encastré dans un amas de tôles…

    Et là, j’ai entendu une petite voix qui me susurrait :
    – Hello, Popaul, veux-tu continuer ?
    – Continuer quoi ?
    – A vivre, pardi !
    – Bof !
    – Alors, tu vas disparaître et te transformer en cochon grillé dans l’incendie de ta voiture.
    – NON !
    – Alors ?
    – Moi, Popaul, petit homme pas Papou ni papa, mais pas con non plus, je sollicite une fin plus heureuse.
    – Accordé. Je te propose de revenir sous le forme d’un animal. Un cochon, par exemple ?
    – Non ! Pas un cochon ! J’ai déjà donné : j’ai été victime de la machination « balance ton porc » par une fille dont j’avais caressé les cheveux.
    – Et tu veux te venger ? Hmmm !… Ce n’est pas très noble, mon petit Popaul pas papou ni papa, mais un peu con quand même. Toutefois, je serai sympa avec toi : Tu vas te réincarner sous la forme d’un papa pou dans la chevelure de la fille qui t’a cafté.

    J’ai atterri dans une sorte de forêt et je me suis accroché avec mes huit pattes au premier arbre venu, je me suis laissé tomber jusqu’au sol où j’ai plongé mon rostre pour pomper un sang délicieux.
    J’ai entendu un juron horrible et reconnu la voix de celle qui l’avait poussé. Par chance, j’ai échappé de peu à un index vengeur qui avait pour moi la dimension d’un bulldozer.

    Je n’ai jamais été aussi heureux de vivre, je mène la grande vie. 
    Si j’étais resté un humain, jamais je n’aurais pu assouvir ma vengeance, ni ma soif de sang.
    La petite voix avait raison. Pour moi Popaul, c’est sans doute mieux ainsi : il vaut mieux être un bon pou papa plutôt qu’un célibataire un peu con.

  5. Michel-Denis ROBERT dit :

    Depuis que je me suis réincarné en parasite, je m’éclate. Je n’ai jamais été aussi heureux de vivre. Je mène la grande vie.

    Parasite, je m’invite sur un site.
    Audace, je casse son mot de passe.
    Réussite, je vais vite et je débite.
    Agasse, je prends, je pille et j’outrepasse.
    S’il se réveille, je fuis et je profite.
    Impasse, ne resteront que ses godasses.
    Tangibles bénéfices acquis illicites.
    Ecrire et demander une dédicace.

  6. Maryse Durand dit :

    En parasite, je m’éclate :
    Je mène dans l’eau bénite
    Une vie d’aristocrate.
    Lovée comme une ammonite
    Dans un doux cocon de ouate,
    Je m’endors en Aphrodite
    Et m’éveille en Hécate.
    De chaque instant je profite,
    Joue de la vie en acrobate,
    Avant qu’un pauvre hypocrite,
    De la manière la plus ingrate,
    Ne m’expulse de son gîte
    D’un rageur coup de savate.

  7. Depuis que je me suis réincarné en « pas-raciste », je revis. Vous avez bien lu : pas raciste. Et non pas anti-raciste, cette expression donnant lieu à des polémiques imbéciles au prétexte que l’anti racisme est un racisme contre les racistes. Je ne m’étendrai pas sur ce sujet débile, au demeurant sans intérêt.
    Auparavant je faisais comme tout le monde : J’abusais moi aussi de ce merveilleux sujet de conversation en société : « Je suis pas raciste, mais… » qui vous assure immédiatement la sympathie du plus grand nombre.
    Auparavant, je regardais les autres avec crainte et suspicion, comme beaucoup de gens actuellement, qui commencent par enregistrer du premier regard les différences entre soi et autrui. Et les édulcorations langagières n’arrangeaient rien : Untel n’a-t-il pas les yeux un peu trop « en amandes » ?… Sa peau est un peu foncée, non ?… Il a les cheveux très très frisés et très noirs !… Quel drôle d’accent !!…
    Un couvre-chef un peu singulier suffisait pour me faire enregistrer l’autre comme « étranger », donc étrange, donc potentiellement dangereux.
    J’étais programmé pour. Et j’étais souvent seul.
    Un curieux mot, « étranger » ! Devenu péjoratif et repoussoir sous nos latitudes, alors que le mot « exotique » qui à l’origine veut dire la même chose, évoque immédiatement des vacances de rêve dans un ailleurs féerique…
    Le pouvoir des mots.
    Toujours est-il que depuis que j’aborde les autres sans idée préconçue, depuis que j’ai repéré qu’ils avaient comme moi un nez, deux yeux et deux oreilles, et qu’avec un peu de bonne volonté on finissait par parler la même langue, je n’ai jamais été aussi heureux de vivre. Je fais des rencontres, j’échange, et dans la majorité des cas ça se passe très bien.
    Aussi je mène la grande vie des aventuriers, sans quitter mon quartier, et je m’éclate !
    D’ailleurs, je n’ai pas l’intention d’en rester là. D’autres que moi vivent sans doute le même constat. Alors c’est décidé. Dès à présent je crée mon hashtag : #pasraciste.
    Et j’espère des milliers de réponses.

  8. françoise dit :

    Depuis que je me suis réincarné en parasite, je m’éclate ! 
Je n’ai jamais été aussi heureux de vivre,
    je mène la grande vie. 
    Je plais aux femmes. Il faut dire que je suis très beau – le terme n’est pas trop fort – Brad Pitt est mon sosy.
    Elles aiment que je leur fasse la lecture et particulièrement des fables de La Fontaine (240 je ne manque pas de ressources). Mais l’autre jour alors que je prenais le thé avec plusieurs d’entr’elles , l’une dit en riant sans que j’y prête grande attention :

    le parasite est au chapeau
    ce que la dinde est aux marrons

    Je terminerai mon profil en vous disant que je suis un parasite écornifleur, autrement dit un piqueur d’assiettes ; j’ai certainement usé et abusé si bien que l’autre jour quand je suis arrivé à la table des convives les hommes portaient un chapeau et au menu il y avait une dinde aux marrons.Ce fut mon dernier repas en leur compagnie.
    Ne sachant plus qui j’étais vraiment je fis une grave dépression et fus hospitalisé. Les médecins diagnostiquèrent une leucocyte polynucléaire parasitée par des bacilles. Je devais chaque matin me pulvériser sur le corps une Bombe aérosol bactéricide.
    Plus tard, un de mes anciens « amis » apprenant que j’étais sans ressource me trouva un emploi d’aide-jardinier : J’étais chargé d’exterminer les parasites qui attaquent les arbres et plantes des jardins publics.
    Je n’irai pas jusqu’à dire que je n’ai jamais été aussi heureux de vivre mais j’ai compris qu’on ne peut pas vivre en parasite toute sa vie, même si l’on est le sosie de Brad Pitt.

  9. Christine Macé dit :

    Pediculus humanus capitis… Pour moi qui avais toujours été nul en latin, ce titre en imposait bien davantage que sa banale traduction en langage courant : « pou de tête » !
    Sur la liste fournie par le grand Saint-Pierre – nouvellement promu à l’organisation des réincarnations, en récompense de ses bons et loyaux services comme portier à l’Eden – je fus immédiatement attiré par cette dénomination emphatique. Le saint homme, convaincu de ma vocation naissante, me remit une feuille de route, un ticket de métro recyclé et m’expédia « ad terra » par le premier convoi.
    Nous étions peu de candidats, ce qui nous incita à converser pour passer le temps inversé du retour. Rapidement, je constatai que j’étais le seul à engager une première renaissance. Les autres avaient déjà plusieurs vies à leur actif et je les écoutai, passionné par leurs existences successives, toutes plus étonnantes et contrastées les unes que les autres. A l’aube de cette seconde vie, et à mesure de la redescente, je pressentais qu’un destin hors du commun s’offrait à moi, l’ancien gratte-papier, obéissant et terne, mort d’un arrêt du cœur, faute de l’avoir laissé battre au gré de sa fantaisie.
    De prime abord, mes compagnons de route, destinés à des carrières beaucoup plus nobles, tiquèrent sur mon choix incongru. L’un d’eux fit carrément la moue, avant qu’un autre, plus magnanime, ne me lançât : « pou, mon gars, tu vas te régaler, et en voir du pays ! ». Sans nul doute, j’avais l’étoffe d’un aventurier !
    Je souris au contact du ticket de métro caché dans le fond de ma poche et, arrivé à destination, je quittai mes amis.
    Débarqué à la station de métro St-Lazare, je fus happé par une foule grouillante qui s’engouffrait frénétiquement sous terre. Sur le quai, je repérai un mendiant affalé dans un coin et me calai entre deux mèches de sa chevelure crasseuse pour inspecter l’endroit sans être dérangé.
    L’homme se gratta le cuir chevelu sans grande conviction, habitué à la visite récurrente de parasites en tout genre, avant de sombrer dans un sommeil éthylique, insensible aux allées et venues trépidantes des voyageurs, comme au rythme démoniaque des rames qui se poursuivaient sans relâche.
    Un moment plus tard, je décidai qu’il était temps d’affronter la vraie vie. Ayant repéré un jeune cadre dynamique, je plongeai sur son crâne – un peu trop dégarni à mon goût – avant qu’il ne s’engage, téléphone portable à portées de main et d’oreille, dans le wagon. Ça sentait le fauve là-dedans et je m’interrogeai sur la résistance humaine confrontée à une telle promiscuité. Mon paradis pourtant !
    Les stations défilaient. Mon hôte descendit à Etoile et j’eus une pensée pour celles que j’avais côtoyées l’espace de ma mort. Revenu à l’air libre, le vent qui avait remonté les Champs me fit atterrir illico sur un platane décharné. Une pause bienvenue pour reprendre mon souffle, mais très vite écourtée par l’apparition d’une punaise agressive comme une tigresse, affublée d’un vilain accent yankee, et peu encline à me faire les honneurs de son habitat.
    Reculant prudemment, j’aperçus un écolier guilleret qui remontait l’avenue. Sa flamboyante chevelure rousse m’attira irrésistiblement et j’aspirai à faire de sa jeune caboche, parfumée à l’eau de Cologne, mon nouveau lieu de villégiature.
    Enthousiaste à l’idée de retrouver ses petits camarades, le gamin posa néanmoins un instant son cartable à terre pour se gratter distraitement la tête, ce qui ne mit nullement en danger ma position stratégique. Ensemble, nous entrâmes dans la cour de l’école où s’ébattaient les bambins espiègles et je jubilai devant ce panel de tignasses offertes, à coloniser sans tarder. Seules ombres à ces festivités : la revêche institutrice et sa Marie-Rose traqueuse, mes pires ennemies. Mais avant que ces deux-là ne lancent l’attaque, j’avais tout le temps d’investir ces crinières juvéniles : le temps de ma nouvelle vie !

    Bonne fin de week-end, Christine

  10. Clémence dit :

    Depuis que je me suis réincarné en parasite, je m’éclate !
    Je n’ai jamais été aussi heureux de vivre, je mène la grande vie.

    Il avait suffit d’un regard, d’une réflexion, d’un rien, de trois fois rien ! Et d’un coup, la lumière fut. Elle venait de trouver la parade. Elle tenait en un seul mot : réincarnation.
    Ce mot, à résonance magique, lui plut, mais il jeta aussitôt un froid.

    En quoi pouvait-elle se réincarner? Elle consulta l’éventail des propositions. Au vingtième siècle, le choix s’annonçait vaste ! Et pourtant, son regard s’arrêta assez vite sur un mot.
    Parasite.
    – Organisme animal ou végétal qui se nourrit strictement aux dépens d’un organisme hôte d’une espèce différente, de façon permanente ou pendant une phase de son cycle vital.
    – Personne qui vit dans l’oisiveté, aux dépens d’autrui ou de la société. 

    Le concept l’enchanta, mais une question la perturba : sens propre ou sens figuré ?
    Sa balance interne pencha du côté figuratif, il lui plaisait davantage.

    Après avoir tergiversé neuf mois durant, elle lança l’assaut.
    Ils attendait un garçon, ce fut une fille qui poussa son premier cri.
    Ils rêvèrent de longues boucles blondes, ce fut une tignasse noire.
    Ils la voulaient calme et docile, elle fut rebelle.

    Ils voulurent lui apprendre le piano, elle préférait siffler avec les oiseaux.
    Elle jeta sa poupée aux orties et s’en alla voir le monde.
    Elle sautait sur les cailloux de la rivière, s’écorchait les genoux dans les ronces.
    Elle dansait avec les cabris et quand ils étaient fatigués, elle leur racontait des histoires.
    Des histoires à dormir debout, des histoires qui ne tenaient pas debout.

    Ils se demandèrent ce qu’elle avait dans la tête.
    Elle, elle le savait.
    Elle avait un parasite dans la tête, avec qui elle faisait la fête. Une fête perpétuelle.
    Elle ne lâchait jamais. Et cela fâcha beaucoup.

    Et puis, par un beau jour de printemps, ce fut l’éblouissement.
    Des mots enchanteurs couraient sur les murs.
    Les drapeaux dansaient dans le vent.
    Les pavés volaient souvent, les voitures flambaient parfois.

    Avec son parasite, ils s’en donnèrent à cœur joie !
    Sur les barricades, elle le brandissait comme un étendard !

    Mais le soir venu, en tête-à-tête avec son parasite, c’était l’harmonie parfaite.
    Pour quelques heures, elle oubliait que son parasite s’appelait « Esprit de contradiction »

    Depuis cette folle aventure, ils ne manquèrent aucun événement.
    Chaque jour, avec délectation, ils signaient leur chronique… satirique.

    © Clémence.

  11. Catherine M.S dit :

    Freedom

    Depuis que je me suis réincarné en parasite
    Et que j’ai pris la fuite
    Je m’é-cla-te
    J’ai une sacrée patate !
    Je n’ai jamais été aussi heureux de vivre
    Je me sens enfin libre
    Je mène la grande vie
    J’ai inventé le paradis …

    Il paraît que tous les chemins mènent à Rome ?
    Alors j’ai pris mon baluchon
    Rempli une flasque de rhum
    Enfilé mes vieilles baskets
    Enfourché ma bicyclette
    Et je suis parti
    Où ça ?
    Je ne sais pas
    J’ai pédalé le nez au vent droit devant
    Et puis je me suis arrêté quand j’étais fatigué
    J’ai pris mon petit remontant
    Et suis tombé dans les bras de Morphée
    Sous un ciel étoilé.

    A mon réveil j’ai toqué à la première maison
    Pour demander l’hospitalité
    – Ah oui mais pour quelle raison ?
    M’a-t-on rétorqué
    Parce que j’ai gagné le premier prix
    Du parasite le plus sympathique
    Et qu’à ce titre, on ne peut rien me refuser !
    – Magnifique ! Félicitations !
    Eh bien, entrez donc !

    Et c’est ainsi que ce sésame à peine usurpé
    M’a servi de clef
    Tout au long de ma nouvelle vie …

  12. Blackrain dit :

    On a dit que dans ma vie d’homme j’étais un parasite. Les gens sont vraiment médisants. Ce n’est pas parce qu’à vingt-six ans je vivais chez mes parents et que je fumais les clopes des copains que je n’étais pas autonome ! Je poursuivais des études que je n’arrivais pas à rattraper et je n’achetais pas de cigarettes pour entrer dans un cycle « arrête ». C’est en me faisant véhiculer par un pote que je perdis la vie. Je décidais de prendre le virage du travail lorsque que la bagnole s’emplâtra dans un boulot. Le destin me faisait un ultime signe en me faisant mourir dans une FIAT 500, un pou de la route.
    Lorsque je me réveillais, j’étais nu dans mon nouveau corps, complètement à poil, ou plutôt à cheveux sur la tête d’un pékin. J’étais devenu un pou, un parasite. Était-ce par hasard ? J’en doutais. Je ne me pris pas la tête. J’examinais la situation. J’avais la forme d’un crustacé, moi qui prenais l’incruste assez. Pourquoi pas ? La nourriture et l’habitat était sur place. Pas de tracas, la planque quoi ! La vie déroulait sa lente tranquillité. S’il m’arrivait de m’ennuyer, je visionnais une pellicule ou bien je descendais boire un coup au pub Bis pour jouer au morpion. Je me socialisais avec les cousins. J’allais vers le ténia pour le consoler lorsqu’il était dans la merde mais j’évitais de cueillir des champignons avec l’ami Cause car il était méchant comme une teigne. Je préférais de beaucoup les contacts avec un acarien qui me faisait des confidences sur l’oreiller. Chaque jour j’appréciais la musique de ma nouvelle vie mais son chant point ! Trop dangereux !

  13. grumpy dit :

    Ma carrière de commercial ayant pris fin à l’âge réglementaire, encore en pleine forme et guilleret, le contact humain eut tôt fait de me manquer. Tourner en rond à la maison et jardiner me faisaient d’ennui tourner le caractère au vinaigre. J’envisageais une reconversion, me réincarner d’une façon ou d’une autre, sinon ça finirait mal.

    Il ne me fallut pas longtemps pour prendre la seule décision salutaire : retrouver un boulot, oui, un boulot qui me fasse bouger et rencontrer du monde. Je consultais dans le journal plusieurs matins de suite la rubrique offres d’emplois où l’une d’elle m’accrocha.

    Elle recherchait un homme dégourdi, en bonne santé, curieux, disponible, polyglotte, aimant le contact, les voyages, et possédant une sérieuse expérience en informatique. Extra cette annonce, c’était tout moi ça ! Je reçus de la part de la start-up recruteuse un aller simple pour San Francisco.

    Un aller simple ? Ça me posait question, mais bof, le salaire mirobolant proposé me laissant entrevoir une grande vie, autant la vivre en Amérique. Je verrai bien…

    Autant vous dire tout de suite que je n’ai pas eu de regrets. Le job que l’on me proposa venait tout juste de germer dans les cerveaux de deux jeunes californiens aussi visionnaires qu’un peu dingos. Il n’existait pas, c’était une première mondiale (rien que ça !) Très sûrs d’eux, certains de certains que c’était l’idée du siècle.

    L’idée me séduisit sur-le-champ et je ne réfléchis ni ne rechignais une seconde lorsque l’on entra dans les détails : je devrai me réincarner en quelque sorte en « parasite ». Oh, pas du tout en tique, en pou, en punaise de lit, en ténia dégoûtant, mais en un charmant tout petit oiseau bleu gazouillant.

    Je devrai être très producteur, ma tâche étant de m’infiltrer dans tous les ordinateurs et portables de la planète, d’en contaminer le cerveau de leurs propriétaires en devenant en quelque sorte une drogue virtuelle les rendant addicts au système de soi-disant communication.

    Si ça a marché ! Ça a même couru ! C’était à celui qui s’y mettrait le premier, qui y initierait ses copains, sa famille, son carnet d’adresses… le maillage recouvrit en un rien de temps le monde entier jusqu’aux régions au-dessus de tout soupçon de communication telles la Papouasie et l’Amazonie.
    J’ai fort bien réussi dans le métier, ramassé des dollars par milliards, ma mission bien remplie j’ai pris une fois pour toutes ma retraite, je suis fier de moi, je n’ai jamais été aussi heureux de vivre, je mène la grande vie, bref, je m’éclate !

    Un peu de tristesse tout de même, l’idée à la base était information et liens d’amitié, la nature humaine faisant, elle est restée gazouillis certes, mais empoisonné.

    Ma carrière de commercial ayant pris fin à l’âge réglementaire, encore en pleine forme et guilleret, le contact humain eut tôt fait de me manquer. Tourner en rond à la maison et jardiner me faisaient d’ennui tourner le caractère au vinaigre. J’envisageais une reconversion, me réincarner d’une façon ou d’une autre, sinon ça finirait mal.

    Il ne me fallut pas longtemps pour prendre la seule décision salutaire : retrouver un boulot, oui, un boulot qui me fasse bouger et rencontrer du monde. Je consultais dans le journal plusieurs matins de suite la rubrique offres d’emplois où l’une d’elle m’accrocha.

    Elle recherchait un homme dégourdi, en bonne santé, curieux, disponible, polyglotte, aimant le contact, les voyages, et possédant une sérieuse expérience en informatique. Extra cette annonce, c’était tout moi ça ! Je reçus de la part de la start-up recruteuse un aller simple pour San Francisco.

    Un aller simple ? Ça me posait question, mais bof, le salaire mirobolant proposé me laissant entrevoir une grande vie, autant la vivre en Amérique. Je verrai bien…

    Autant vous dire tout de suite que je n’ai pas eu de regrets. Le job que l’on me proposa venait tout juste de germer dans les cerveaux de deux jeunes californiens aussi visionnaires qu’un peu dingos. Il n’existait pas, c’était une première mondiale (rien que ça !) Très sûrs d’eux, certains de certains que c’était l’idée du siècle.

    L’idée me séduisit sur-le-champ et je ne réfléchis ni ne rechignais une seconde lorsque l’on entra dans les détails : je devrai me réincarner en quelque sorte en « parasite ». Oh, pas du tout en tique, en pou, en punaise de lit, en ténia dégoûtant, mais en un charmant tout petit oiseau bleu gazouillant.

    Je devrai être très producteur, ma tâche étant de m’infiltrer dans tous les ordinateurs et portables de la planète, d’en contaminer le cerveau de leurs propriétaires en devenant en quelque sorte une drogue virtuelle les rendant addicts au système de soi-disant communication.

    Si ça a marché ! Ça a même couru ! C’était à celui qui s’y mettrait le premier, qui y initierait ses copains, sa famille, son carnet d’adresses… le maillage recouvrit en un rien de temps le monde entier jusqu’aux régions au-dessus de tout soupçon de communication telles la Papouasie et l’Amazonie.
    J’ai fort bien réussi dans le métier, ramassé des dollars par milliards, ma mission bien remplie j’ai pris une fois pour toutes ma retraite, je suis fier de moi, je n’ai jamais été aussi heureux de vivre, je mène la grande vie, bref, je m’éclate !

    Un peu de tristesse tout de même, l’idée à la base était information et liens d’amitié, la nature humaine faisant, elle est restée gazouillis certes, mais empoisonné.

  14. Nadine de Bernardy dit :

    Depuis que je me suis réincarnée en parasite,je m’éclate.
    Je n’ai jamais été aussi heureuse de vivre,je mène la grande vie.
    Toute ma vie j’ai été une brave femme, une bonne mère de famille,une collaboratrice zélée. Bref, quelqu’un de gentiment ordinaire.
    J’ai décidé que cela devait changer lors d’un déjeuner entre amis,quand mon époux ,un brave homme sans envergure,a déclaré:
     » Je ne me plains pas,j’ai la belle vie entre mon boulot et ma petite femme qui fait tout à la maison en rentrant du bureau. On gagne bien notre vie,on ne peut pas dire de nous que nous sommes des parasites. »
    Je n’ai rien dit et suis allée chercher le tiramisu au réfrigérateur.
    Il a reçu les compliments habituels.
    Ce mot « parasite » m’a trotté dans la tête le reste de la journée.
    Quelque chose a germé…
    Et si je devenais parasite,j’arrêtais d’être utile et efficace?
    Dès le lendemain matin je commençais la métamorphose.
    Georges mon époux, cinq jours sur sept, se lève à 7h30 pour prendre le petit déjeuner préparé par mes soins,puis va dans la salle de bain où l’attendent vêtements et serviettes propres.
    Aujourd’hui nada.Je restais au lit sans faire semblant de dormir,à lire un bon bouquin.
    Sept heures trente,il se lève.A moitié réveillé, il ne remarque même pas que je suis toujours couchée..De la cuisine il lance:
     » Ben et mon petit déjeuner!
    – Fais le toi même,je ne me lève pas
    – Tu es malade?
    – Non j’ai décidé de ne plus m’occuper de toi ni de rien d’autre d’ailleurs. »
    Trop surpris pour approfondir la situation,craignant d’être en retard, il part travailler après un « au revoir,à ce soir » perplexe et hésitant.
     » Eventuellement »dis-je.
    Vers midi je me lève et poursuit ma première journée de parasite.En jogging,pas de toilette,devant la télé avec un paquet de chips et une bouteille de vin blanc.
    Puis la sieste,quelques jeux vidéos sur ma tablette et je goûte.Dans la cuisine la table n’est pas débarrassée.Le lit n’est pas fait et le frigo est vide.
    Georges rentre ponctuellement à 18 heures.
    Je fais une réussite,une cigarette à la main.La tasse de café et les épluchures de pomme du goûter sont toujours sur la table.
    Circonspect,mon mari demande:
     » Tu as passé une bonne journée? »

    Ce ne fut pas simple,je dû lutter contre mes scrupules,ne pas me laisser attendrir pas le désarroi de ceux qui me connaissaient bien.Mais au bout du compte c’est parfait,j’y suis parvenu.
    Je ne vais plus travailler,je ne fais plus rien,traîne au lit,engraisse avec régularité,personne ne me demande la moindre effort.
    Georges fait tout dans la maison,trop heureux de retrouver sa femme épanouie pour l’accueillir le soir.

    J’ai crée un blog pour donner des conseils à ceux qui voudraient suivre le même chemin,me filmant dans tous les moments de ma vie de parasite indépendant (12260 abonnés à travers le monde en trois mois! )
    Les gens ont besoin de moi,ils m’admirent.Je n’ai jamais été aussi heureuse.

    georges fait out dans la maison,trop heureux de retrouver le soir sa femme souria

  15. Odile Zeller dit :

    Depuis que je me suis réincarné en parasite, je m’éclate !
    Je n’ai jamais été aussi heureux de vivre, je mène la grande vie. Je n’ai jamais été si heureux. J’étais couvert de scrupules qui me démangeaient et de peurs qui me bloquaient. C’est fini, vive la belle vie !
    Je pique des snacks ici, des invitations là. Je m glisse derrière un ministre, je prétend cousiner avec un comte. Depuis quelque temps on me reconnaît, on me salue. Cet air suspicieux qui m’accueillait, « qui c’est celui la » entendais je derrière mon dos, ne me gâchent plus l’existence. On m’aborde même, on me connaît. Je me suis fabriqué une consistance : juriste d’affaires entre France et États Unis. Je bredouille en anglais et utilise le franglais start-up , gouvernance, cash-flow avec aisance. Je pique quelques idées, des cartes de visite et même à la fin d’un cocktail profitant de l’inattention d’un sénateur cacochyme une rosette. Depuis mes costumes ont pris de la texture, j’ai moins besoin de piquer. On vient à moi, on m’offre son bras, on m’invite au buffet. Tout est devenu facile, easy … je mange partout gratuitement midi et soir, je refuse les invitations. Les femmes m considèrent, je suis célibataire. Certains méfiants restent sceptiques … je me tiens à distance de leurs je les pique au passage, leur insufflant mon venin parasite. Ils investiguent certainement dans mon dos. Mais peu m’importe … ils ont raison la rosette même pour un Dupont cela reste rarissime. J’ai regardé nous serions 4 et pas vraiment dans mes âges.
    Depuis peu je suis sans la décoration quelqu’un a dû me la piquer mais peu me chaut je suis reconnu et ma vie de parasite me plait alors je continue… on verra bien la suite.

  16. Cetonie dit :

    Depuis que je me suis réincarné en parasite, je m’éclate !
    Je n’ai jamais été aussi heureux de vivre, je mène la grande vie.
    J’avais d’abord été assez désappointé, encore imprégné par l’image que l’on a généralement de ceux qui vivent « aux dépens des autres », image assez négative, je l’avoue.
    Mais, une fois débarrassé de ces préjugés d’un autre temps, je m’installais confortablement dans cette nouvelle entité, en choisissant soigneusement où poser mes valises.
    J’évitais rapidement les cheveux des enfants des beaux quartiers, qui, à la moindre démangeaison, faisaient un usage immodéré de lotions empoisonnées, j’y échappai de justesse en sautant sur le petit immigré qui, résigné, mendiait à l’entrée du métro. Avec lui, et dans sa famille, je découvris un monde de congénères de toutes espèces qui m’accueillirent avec une grimace « encore un nouveau », mais me firent une place avec pour seul commentaire « quand y en a pour 100, y en a pour 101 ».
    C’était la sécurité, le gîte et le couvert, mais question confort, ce n’était pas vraiment au point. Je commençais à me renseigner…
    Je découvris alors, par hasard, ma seconde identité, le parasitisme végétal, qui me sembla le paradis : la vie au grand air, peu de prédateurs si je savais choisir mon hôte, et surtout si j’évitais toute région cultivée (les hommes sont là aussi de redoutables prédateurs).
    Toujours au gré des vents, je profitais des tempêtes pour changer d’hôte, dès que j’avais suffisamment tiré profit de celui qui m’hébergeait bien involontairement.
    C’est ainsi qu’un jour je m’installais tout en haut d’un vieux chêne fatigué, et m’épanouis en un beau bouquet de gui, je pensais être hors d’atteinte et en avoir pour longtemps. Mais c’était sans compter sous cette ancienne habitude de s’embrasser sous le gui pour la nouvelle année, j’eus la chance de tomber sur un parfait arriviste qui ne savait faire qu’une seule chose : flatter suffisamment le riche qui l’écoutait pour vivre à ses dépens.
    Ayant l’impression d’avoir fait le tour de la question, je cherche maintenant quelle nouvelle réincarnation pourrait m’offrir une vie aussi variée et riche en surprises.
    Je n’ai pas encore la réponse…

  17. Souris Verte dit :

    🐀 ATTENTION… ÇA PIQUE.
    Pour être ce que je suis maintenant, voilà ma vie d’avant.
    Chez nous, c’était comme dans la chanson: papa pique et maman coud. Tous deux dans le vestimentaire, lui taillait les vestes et elle était ‘ petite main dans la culotte ‘, en fait, elle exerçait le dur métier de proximité de culottière.
    Dans la maison, ça piquait… Ça piquait tout le temps, tant et tant qu’ils m’oubliaient, je m’endormais alors dans le bourdonnement des machines à coudre. En un mot, je ne piquais pas leur intérêt !
    Le temps a passé, je n’ai pas repris l’affaire et suis devenu infirmier… En fait, je piquais quand-même !!! À la suite d’études supplémentaires je fus promu infirmier-anesthésiste, comme ça, je les entendais crier avant mais plus après ! C’était toujours ça de gagné. Ce que j’ai aimé les endormir ! Me berçant du soulagement de penser que j’ allégeais leur souffrance.
    J’ai adoré ce métier que j’ai exercé pendant de nombreuses années.
    Depuis que la vie m’a quitté, j’ai longuement erré, hésité à savoir en quoi ou qui j’allais me réincarner. En violette ? L’amour caché. En nuage ? Pour rester plus près d’eux. La troisième proposition me tentait assez, simple mais pratique : en faitout ! J’aurais jusqu’au bout le cul au chaud sur le fourneau. J’aime la chaleur. Sachant cela et voyant que je commençais à avoir le cafard, ‘ ON ‘ m’a expédié en Afrique. Après avoir passé ma vie de mâle en blanc je finis noire et femelle. Mais une femelle active… Enfin !!! Comme on peut travailler aux temps chauds.
    Je me balance doucement au gré du vent sur une des hautes feuilles qui bordent les marigots et, d’avoir vécu en lieu clos stérile, de m’ ébattre joyeusement dans les eaux saumâtres, je m’éclate.
    Mais si je me laisse bercer tranquillement sur ma tige ne croyez pas que je dors… Oh! Que non ! Je suis à l’affût, je chasse et guette ma proie. Pensez que si j’en vois une, je ne la raterai pas !
    Tsé-tsé je suis, Tsé-tsé je pique et pique à tout va, tout et sans distinction pour qu’ils tombent dans un sommeil profond.
    C’est ce que j’ai toujours aimé, on ne se refait pas et ne déroge pas à la tradition.
    🐀

  18. laurence noyer dit :

    Je m’présente, je m’appelle Guy
    J’voudrais bien engluer ta vie, être vissé
    Etre pou, piquer ton argent
    et surtout importunément
    Mais pour tout ça faudrait que j’te colle à plein temps

    J’suis spolieur, je compte sur mes copains
    Sans faire d’études et que ça coûte rien, coûte rien
    J’veux subvenir à tes dépends
    avoir l’air gai, chic et attachant
    en pique-assiette dans les soirées de Monsieur Durand

    Et partout incongru
    J’veux mon espace à moi
    Que le vide ne soit plus
    Que je m’y nonemploie
    à clamper, j’ m’évertue
    Qu’on me donne un peu d’glu

    Pour les anciens du pot de colle
    Devenir une idole
    J’veux que tous les vampires
    vous aspirent dans vos lits
    Qu’ils cramponnent vos délires
    Dans vos rêves impies

    Après avoir fait Dracula
    mon toto se délectera de sang-froid
    A la charge de tant de personnes
    Comme un pied de fraise drageonne
    Et s’accroche pour prolonger le repas

    Puis quand j’en aurai assez
    De squatter votre piaule
    Je remont’rai au chêne
    Me mettre en camisole

    Jeveux nourrir mon gui
    Pour la postérité
    je veux nourrir mon gui.

  19. durand dit :

    Depuis que je me suis réincarné en parasite, je m’éclate! Je n’ai jamais été aussi heureux de vivre la grande vie.

    Moi qui craignais la mort, après une douce vie d’écornifleur. Moi qui me projetais à devoir rendre des comptes pour l’éternité….et bien non!

    Pas de néant foireux, pas de grisaille cendrée, pas d’os à ronger! Tout de suite la grande extase!

    Et un catalogue que je n’aurai jamais pu imaginer, de mon vivant d’homme! J’ai eu un peu de mal à me décider.

    Finalement, pour commencer, j’ai opté pour un début calme, reposant, aéré, je me suis installé gui sur un vieux chêne. J’étais bien mais l’exposition plein nord m’a fatigué.

    J’ai donc profité du passage d’un couple d’amoureux pour devenir pou sur les cheveux d’une bergère. Le berger sachant mener son troupeau, je me suis rapidement retrouvé punaise dans un matelas un peu trop délabré.

    J’ai profité d’une sieste canine pour entamer un stage assez prolongé de tique sur un superbe chien des Pyrénées.

    Son maître rendant visite à un ami célèbre du Clos et des mots, je me suis installé dans le Bordelais phylloxera à la racine du pied des phrases. Le vignoble détruit dans l’allégresse de beuveries que Rabelais n’aurait pu raconter, on m’a expédié dans le Nord.

    Froid de ses brumes, chaud des poêles dans leurs cœurs, j’ai été bien accueilli. Plusieurs années doryphore dans une vaste exploitation, ca vous forge le caractère. Et le goût!

    Ces crémières de légumes, ces pommes au four farcies au saumon , ces purées à la crème de muscade, ces rösti à la courgette, et ce parmentier, ce divin parmentier.

    J’ai flirté six mois avec une rate du Touquet, le pied complet.

    Et puis là, j’ai changé d’horizon. Atterri dans un hôpital berckois, maigre ténia sur l’intestin chétif d’un petit vieux grêle. Je vais avoir du mal à y tricoter de nouveaux anneaux.

    Mais, en attendant les suites promises, dont une croisière entre parasites pour un échange intergalactique autour de nos expériences, je vais faire avec.

    La mort ne peut pas être qu’un saut peinard.

  20. brigitte dit :

    Depuis que je me suis réincarné en parasite, je m’éclate !
    Je n’ai jamais été aussi heureux de vivre,
    je mène la grande vie.
    Et je découvre que la métempsychose est vraiment une belle invention !
    Moi qui dans ma vie précédente n’arrêtais pas de grogner contre tous les profiteurs et parasites de la société, me voilà transformé en Gui. Peut-être que la Toute-Puissance a de l’humour car je m’appelais effectivement Guy avant ma dernière mort.
    Avant, j’étais râleur professionnel, je pestais contre ceux, qui en plus de l’emploi à vie, bénéficiait de logements sociaux, contre les locataires, excellents connaisseurs de leurs droits, qui s’incrustaient sans payer au grand dam de propriétaires démunis et écumant de rage. J’arrête là la liste car je ne voudrais pas me faire de bile, cela augmenterait ma toxicité.
    Aujourd’hui, je suis blotti dans la fourche d’un chêne millénaire, fait rarissime qui demande à être connu. En effet, seule une petite quinzaine de chêne à gui existerait en France, leur déficience génétique expliquant le phénomène car normalement, le chêne oppose une barrière chimique empêchant la pénétration du parasite.
    Un parasite sur un handicapé, la situation est vraiment cocasse ! Ma logique en est toute tourneboulée.
    Après vérification sur Wikipédia, je ne suis qu’un demi (hémi) parasite car je sais synthétiser la chlorophylle tout seul comme un grand !
    Je profite comme jamais, je suis réveillé par le chant des oiseaux, puis accompagné par le doux bruissement des feuilles. J’ai le gite et le couvert, mon suçoir aspire avec délectation la sève de mon hôte, j’en retiens l’eau et les sels minéraux. Que demander de plus.
    Quelquefois cette immobilité me donne des fourmis dans mes touffes, j’aimerai parcourir le monde, mais finalement, je préfère de loin la sécurité à la liberté.
    Je pourrais au fil des saisons, observer les amoureux se faisant des promesses d’amour éternel, gravant leur serment dans l’écorce. Entendre le brame du cerf, assister à des messes païennes avec des druides de pacotille les nuits de pleine lune… J’ai une espérance de vie de 35 ans
    La grande vie quoi !
    À moins que l’on décide, un 31 décembre, de me décapiter pour me pendre sous un seuil, fragile porte-bonheur pour une nouvelle année.

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