364e proposition d’écriture créative imaginée par Pascal Perrat


Rédigez la lettre de rupture,
que vous adresseriez à votre gagne-pain,
un jour de ras-le-bol.

Chaque proposition d’écriture créative est une bataille contre la routine et l’endormissement de l’imagination. Un petit combat pour maintenir en vie l’enthousiasme d’imaginer, d’inventer, de créer. Quand aucun défi n’est à relever, notre créativité somnole.

34 réponses

  1. Anne-Marie dit :

    Assis sur une souche, au soleil, il s’imprègne des odeurs, des couleurs. Au fond du champ de lavande, les ruches sont posées, bien alignées. Le bourdonnement incessant parvient à ses oreilles. De temps à autre, une abeille tourne autour de lui. Figé, il ne bouge pas. D’un coup d’aile, l’hyménoptère repart butiner plus loin, brillante dans le rayon de soleil. Il écoute, hume l’odeur des fleurs. Celle du miel lui revient, avec force. Il reste là, dans le jour qui décline doucement, triturant au fond de sa poche un morceau de propolis, tel un talisman usé. Les souvenirs défilent.
    Dans la nuit tombante, vêtu de blanc, il enfumait les ruches, extrayait les cadres de bois. Puis, une fois rentré, avec une longue lame, il désoperculait les rayons. La cire alvéolée, opalescente, odorante tombait dans le réceptacle luisant. Il grattait le miel aux couleurs d’ambre, aux parfums de lavande, de thym, de chêne, selon les lieux où il avait transporté ses ruches, au long de la saison. Les odeurs s’amplifiaient, entêtantes, lorsqu’il le faisait fondre, juste fondre à faible température, pour le filtrer et le mettre en pot…
    Un bruit de moteur le tire de ses rêveries, le projette quelques mois plus tôt.
    Ce soir-là, l’air était lourd, l’orage menaçait au loin. Le temps de la récolte approchait, il était venu visiter ses ruches, mains et tête nues. Soudain, l’un des essaims avait semblé pris de folie, des centaines d’abeilles l’avaient assailli et piqué. Il s’était retrouvé en état de choc, à l’hôpital. Désormais il est allergique.
    Il avance vers ses ruches, le cœur serré. Il ne ressent plus les piqûres, ni la colère, juste une grande tristesse. Debout, appuyé contre le tronc d’un vieux chêne, il regarde, l’une après l’autre, ces ruches qu’il a tant manipulées. Les yeux fermés, il écoute le vrombissement des apidés, leur dernier concert. Le camion s’arrête, tout près. Les hommes descendent, carapaçonnés, viennent le saluer, transfèrent les ruches, une à une, précautionneusement. Deux poignées de mains, le moteur gronde à nouveau, les pneus laissent une trace profonde dans le chemin de terre. C’est fini !
    Tout à l’heure, il contemplera les derniers pots alignés sur les étagères, l’harmonie de leurs couleurs blondes, ambrées, sombres. Il choisira un miel doré, onctueux, l’étalera sur une tartine de pain bis, s’émerveillera de la complexité de son parfum, le dégustera lentement.
    Demain, il cherchera un nouveau job…

    ©ammk

  2. françoise dit :

    que vous adresseriez à votre gagne-pain, un jour de ras-le-bol.

    Je me suis levé ce matin à six heures de mauvaise humeur comme d’habitude pour aller gagner mon gagne-pain. Ce soir il n’y coupera pas j’allais lui envoyer une lettre de rupture mais à quelle adresse me dis-je ? En avait-il seulement une  ?
    Le plus simple serait d’ouvrir un compte facebook. Cette idée me parut judicieuse et partit le pas alerte pour gagner mon gagne-pain. Mon patron fut surpris de me voir arriver avec une demi-heure d’avance car ce nétait pas dans mes habitudes  je lui précisai que j’avais une urgence, il fallait que j’ouvre un compte facebook. C’était important pour moi. Il me demanda si je connaissais le système ? pas trop lui dis-je i et bien venez je vais vous montrer c’est assez simple. Il m’expliqua à l’aide de son ordinateur et j’eus l’impression que j’avais compris.
    J’attendis donc le soir pour expédier ma lettre de rupture à mon gagne-pain sur mon mur.
    en quelques heures j’eus de nombres messages, la plupart de chômeurs outrés que je puisse réagir ainsi, eux qui n’avaient pas de gagne-pain depuis des mois, voire des années.
    J’eus honte et cessai de me plaindre. Chaque jour j’allais gagner mon gagne-pain avec ardeur si bien que mon patron me donna une promotion : d’employé d’entretien des communs, je m’occupais maintenant des bureaux.
    Et le matin j’allais aux restos du cœur donner un coup de main pour préparer les repas pour des malheureux qui n’ont pas de gagne-pain. Et je suis devenu le plus heureux des hommes.

  3. Françoise - Gare du Nord dit :

    Je t’écris cette lettre pour te dire  »Adieu  ». Je ne supporte plus notre vie. Je te quitte avant de ne plus supporter la vie.

    Tu arpentes les trottoirs parisiens, glauques et poisseux, qu’il pleuve, qu’il neige ou qu’il vente. Et tu rentres après, fourbue, incapable de faire l’agenouillée, ma position préférée. Frustrant.

    Mais, en vraie femme de terrain, tu tiens le haut du pavé. Tes copines, Margot la marmite, une bonne marcheuse poutant, Jacqueline Bourre-de-soie, ce vieux chameau, Grisette, cette superbe amazone, et Marie-Madeleine, cette dame de cœur te jalousent. Tu te gausses d’elles et de toutes les autres, «  ces pauvres casseroles  », «  ces piètres turbineuses  » comme tu les appelles. Méchant.

    Tu te considères comme la meilleure gagneuse que le pavé parisien ait connu, fière de m’offrir une vie de milord oisif. Humiliant.

    Et tu fanfaronnes, et tu frimes de savoir Condé, le taulier, qui tient le « poulailler » comme un clapier, comblé par tes performances. Arrogant.

    Mais tu n’as pas toujours cet abattage. Parfois, tu reviens affligée par tous les propos injurieux qui te sont tenus  : «  salope  » «  boudin  » «  putain  » . Et tu cherches, inondant mes cachemires – tes cadeaux – de tes larmes amères, une épaule consolatrice que je veux plus te donner. Gonflant.

    Et tes tenues  ! Je n’ai jamais pu m’y faire. Désormais j’ai le bleu pervenche en horreur. Repoussant

    Crois-moi il n’est pas facile d’être le compagnon d’un agent préposé à relever les infractions de stationnement. Assommant

    Adieu !

    Jules

  4. Hélène dit :

    Rédigez la lettre de rupture que vous adresseriez à votre gagne-pain,
    un jour de ras-le-bol.

    Dans sa tour d’ivoire, il trônait et bougonnait :
    – Crénom d’un petit bonhomme, ils sont encore en train de jouer à l’apprenti sorcier , ils se prennent pour des dieux !
    J’ai pourtant été bienveillant avec eux : je leur ai offert des vallées verdoyantes, du lait et du miel. Je ne leur demandais pas grand-chose en échange. Quelques offrandes, quelles requêtes, bref, un contrat tout simple. Donnant-donnant.

    Il pencha légèrement la tête, sa longue barbe s’écrasa sur ses genoux. Il grommela :
    – Et que vois-je ? Mes gagne-pains me tournent définitivement le dos.
    Ils repoussent les limites et bravent les interdits.
    Les guerres martyrisent la paix,
    La violence est reine.
    Le mal étouffe le bien.
    Ils sont tous devenus fous !

    Il leva les bras et s’écria :
    – Non, pas tous ! Il y en a un qui sort du lot ! Il est temps de lui adresser un message qu’il fera suivre à qui de droit.

    Il choisit une belle pierre plate, y grava quelques mots puis la jeta dans le vide.
    Elle tomba aux pieds de Noé.
    Il déchiffra : « Attention, rupture imminente de cumulonimbus. Dépêche-toi, construis une arche !»

  5. Peggy dit :

    Un jour, quelque part
    Mon cher Jules,

    Tu vois comme je suis polie, pourtant je peux t’assurer que c’est bien autre chose qui me vient en premier.

    Je ne sais pas si c’est moi ton gagne-pain ou toi le mien puisque tu me paies. Remarque, je pencherais plutôt pour moi le tien, mais disons que c’est toi. Bref, peu importe.

    Ras le bol, de voir de nouvelles filles sur mon bout de trottoir et de me crever le c… pour faire du chiffre, le chiffre, ce sacré chiffre que ta mégalomanie ne cesse d’augmenter. Tu as comme toute ton engeance de gros besoins. Tu nous prends pour des machines mais les machines ça casse vois-tu.

    Tout en toi montre combien tu t’es engraissé grâce à moi et les autres, sans compter la bagnole dans laquelle tu te pavanes. Ah ! tu sais bien les choisir tes gagne-pain, les plus jeunes possible pour qu’elles ne risquent pas de se rebeller.

    C’est terminé pour moi! Je te tire ma révérence !

    Tu m’as volé ma jeunesse, tu m’as volé jusqu’à mon nom que tu voulais plus sexy. Je signerai pour la dernière fois le prénom que tu m’as choisi.

    Salut et à jamais !

    Mélodie
    Tu te souviens de la fin de Mélodie en sous-sol ?

    PS. Ne me cherche pas, tu ne pourras jamais me retrouver. Tu penses bien qu’avant de t’envoyer cette lettre j’ai assuré mes arrières. Disparue, envolée ta gagne-pain!
    PPS ce n’est pas la peine de tabasser les filles elle ne savent rien.

  6. Stacha dit :

    Rédigez la lettre de rupture que vous adresseriez à votre gagne-pain,
    un jour de ras-le-bol.

    Elle fit un tour sur elle-même, un de plus.
    Mais rien n’avait changé sous le soleil.

    Sa déception monta d’un cran et une colère sourde s’invita.

    Dans un dernier sursaut, elle tenta de se réconforter, de se rassurer.
    Elle était convaincue qu’elle leur avait donné le meilleur d’elle-même.
    Plus elle donnait, plus ils prenaient.
    Et à ce jour, ils lui avaient tout pris.

    Elle fit encore un tour sur elle-même, un de plus encore.
    Mais rien n’avait changé sous le soleil.
    Les promesses se succédaient.
    Les revirements leur répondaient.
    Et rien ne changeait.
    Le brouillard les asphyxiaient.
    Elle craignait pour sa survie.

    Dans un dernier sursaut, elle leur envoya un message.
    Ce n’était pas encore une lettre de rupture.
    Elle ne pouvait encore s’y résigner.
    C’était un avertissement. Un de plus.

    Ses mots s’alignaient rageurs,
    Suivis d’actions immédiates.
    La pluie répondait à la sécheresse,
    Le froid répondait à la chaleur,
    Les séismes et les volcans grondaient,
    Les abeilles ne butinaient plus,
    Le bétail dépérissait,
    Les vignes se mouraient,
    Même l’herbe n’était pas plus verte ailleurs.

    Attention, Gê tourne en rond
    Attention, Gê tourne plus rond
    Attention, Gê est en danger.

  7. eleonore gottlieb dit :

    Rédigez la lettre de rupture,
    que vous adresseriez à votre gagne-pain,
    un jour de ras-le-bol.
    Bon ça suffit, se lever encore à 6 h et courir après le bus ras le bol ! il fait beau et chaud ce matin je voudrai aller me balader et regarder les oiseaux
    Et puis vous me traité si mal ! toute la journée sur mon dos à me donner des ordres ! croyez-vous que ce soit une vie ? Ça ! Trier des clous, des vis des boulons durant 8 h ! avez-vous essayé, vous ? Repartir le soir avec des douleurs plein le dos, les pieds en feu d’être resté à piétiner devant ces vieux établis J’en ai marre ! entendu ! je vous envoie donc ce courrier de démission et vous prie de ne plus me considérer comme faisant partie de votre personnel à partir de demain, inutile de me relancer NON c’est NON ! ah ! je vous connais avec vos mots remplis de miel : Allons mon ami, vous aller regretter, c’est stupide, comment allez-vous vivre sans ce salaire ?
    Ne vous en faites pas monsieur le directeur, votre aumône ne va pas me manquer, savez-vous que je viens de gagner au loto, que j’aurai de quoi racheter votre minable entreprise. Que j’aurai de quoi vous embaucher pour gagner les 3 francs, six sous que vous m’octroyer généreusement chaque mois !
    Aller sans rancune et merci vous m’avez permis de prendre conscience de mon esclavage et de ma servilité. De ma faiblesse. Je m’échappe de ce monde pitoyable, je vais aller au bord du monde ! de l’autre côté, du côté des êtres vivants, heureux et libres, tout au bord du monde loin très loin, j’ai découvert un endroit magique, tout y est donné et l’amour en plus ! Allez je franchis la grille, je vous laisse tout, et même l’argent pourri gagné au loto. A quoi bon vivre 90 ans esclave et ligoté de toutes part ; je déploie mes ailes repliées depuis trop longtemps
    Adieu et merci
    Votre employé modèle depuis trop d’années

    Icare.

  8. Nadine de Bernardy dit :

    Monsieur PAUL

    Je vous adresse par la présente, ma démission du poste de vendeuse dans l’une de vos nombreuses boutiques réparties sur tout le territoire.

    En effet,votre lettre recommandée avec accusé de réception de mercredi dernier,concernant un incident ayant eu lieu le dimanche 16 juin à 11h45,m’a ulcérée à un point tel que je ne peux envisager de continuer à travailler pour vous, malgré mes douze années de bons et loyaux services dans une de vos boulangeries.
    Depuis que je l’ai lue, j’ai les tripes nouées,et reste baba devant son contenu.
    Je tiens à vous relater les faits de mon point de vue, mais ne changerais pas d’avis croyez moi.

    Ce jour là, madame Delcourt,cliente fidèle mais casse bonbon au possible ,qui me brise les miches quotidiennement depuis moult années, à commencé son manège à une heure d’affluence.
    J’étais en train de ranger dans une boîte les macarons du très aimable colonel Lestienne,une bonne crème que cet homme courtois, quand, sans attendre son tour, madame Delcourt avec sa tronche de cake, m’apostropha bien haut:
    « Dites donc mon petit,je vais devoir attendre encore longtemps.Vous comptez me servir quand?Qu’est ce que c’est que cette salade? Et je vois à votre air que c’est encore la soupe à la grimace aujourd’hui.
    – Je suis à vous tout de suite madame ,j’en finis juste avec monsieur lui répondis-je calmement,devinant qu’elle cherchait à faire monter la mayonnaise pour en faire tout un plat afin de se faire remarquer devant le colonel.
    Ca commençait à sentir le roussi.
    – Au revoir monsieur Lestienne,à la prochaine.
    Et pour vous madame Delcourt, une Tradition pas trop cuite comme d’habitude
    – Non,une 4 céréales coupée en deux si cela ne vous dérange pas,et rapidement, je n’ai pas que ça à faire. »
    Alors là ,j’en suis restée comme deux ronds de flan,c’était le comble,la cerise sur le gâteau.
    Entendre cela alors que je m’efforce d’être agréable avec toute ma clientèle!
    La guerre était déclarée, nous étions déjà à couteaux tirés,mais là,impossible de ne pas réagir.
    J’ai vidé mon sac,lui ait quasiment jeté sa baguette entière à la figure en disant :
    « Tenez, c »est la maison qui vous l’offre et étouffez vous avec.
    A qui le tour? »

    Les clients,sidérés, regardèrent partir la mégère qui menaça,en franchissant la porte :
    « Vous allez entendre parler de moi,on ne va pas en rester là ma fille. »
    Huit jours plus tard je recevais la lettre de blâme de votre secrétariat.
    Le fait que vous n’ayez même pas cherché à m’entendre me fais considérer votre réaction comme une grande injustice, je ne resterai donc pas un jour de plus à ce poste,ce serait donner de la confiture aux cochons

    Par conséquent je vous prie donc de croire,Monsieur,à mon indignation la plus distinguée.

    Simone Martin
    Boutique de la rue Caulaincourt.

  9. Enyo dit :

    Rédigez la lettre de rupture que vous adresseriez à votre gagne-pain, un jour de ras-le-bol.

    Gaston était le seul à disposer d’une cellule individuelle.
    Claire et sommairement chauffée.

    Il se leva et s’étira avec lenteur.
    Son dos le faisait souffrir, ses genoux grinçaient, ses mains tremblaient.
    Les extrémités de ses doigts étaient tachées.
    Il regarda ses pieds nus, bleuis par le froid, à moins que ce ne fût à cause d’une mauvaise circulation sanguine. Cette fois, il était décidé, il passerait chez l’herboriste.
    Mais en réalité, ce n’était pas son état général qui l’inquiétait.
    C’était quelque chose de plus grave.
    Quelque chose qui flottait dans l’air.
    Un vent de révolte venu d’ailleurs.
    Il toussota et rectifia : une révolution qui grondait et enflait, galopant au-delà des frontières. Il avait entendu quelques bribes avancées par des marchands ambulants. Il sentait venir la fin de son importance.

    Gaston fit quelques pas, regarda par la fenêtre à l’arc arrondi et sourit avec mélancolie. Dieu que la nature était belle ! Les oliviers et les vignes s’étendaient à perte de vue alors que lui était en cellule.

    Gaston se retourna avec lenteur et prit place sur sa chaise au bois lustré et au dossier droit. Il ajusta les plis de sa tenue en tentant de couvrir ses pieds.
    Il souffla sur ses mains et leva les yeux. Il ne vit que des pierres blondes sagement agencées.

    Il releva ses manches et s’empara de sa plume.
    « Mais qu’est-ce qui lui a pris, à ce Germain, à ce Johannes ? Ne pouvait-il rester tranquille dans sa boutique, à faire ce qu’il avait toujours fait, s’occuper du commerce des étoffes et des orfèvreries ? Mais non, il voulait être célèbre, il voulait tout révolutionner, produire, publier et offrir le monde… »

    Plongé dans ses sombres pensées, Gaston s’obstinait à ne voir que le côté obscur de l’avenir en général et du sien plus en particulier. La chute et l’oubli se profilaient.

    Avec des gestes d’une grande tendresse, il referma son pot d’encre, ses fioles de pigments et le lourd manuscrit.

    Il prit un parchemin et un éclat de fusain.
    D’une écriture appliquée, il rédigea sa lettre de rupture :
    «  Adieu, mes fidèles amis. J’ai perdu mon combat, je vous rends votre liberté.
    Une ère nouvelle commence.
    Elle a pour nom Imprimerie.
    Elle a pour mission la divulgation des savoirs.
    Elle se doit de promouvoir l’émancipation de tous les Hommes. 
    À Dieu vat !
    Votre humble moine copiste et enlumineur dévoué,
    Gaston »

  10. ROBERT Michel-Denis dit :

    Cher patron,

    Je suis pétri de bonnes intentions mais les raisons de couper court à notre récent accord, venant en nombre croissant, je ne suis qu’une bonne pâte d’apprenti, bâtard de votre entreprise, je vous l’avais caché, le premier jour que je suis arrivé dans votre boulange, je me suis mangé une tarte monumentale par votre employé, celui qui a de la brioche.

    J’ai failli tomber dans les pommes puis, tenez-vous bien ! pleurer comme une madeleine, il m’a rassis sur la pâte qui était en train de lever. J’ai été saisi. Il en tient une couche celui-là, « ça va se savoir.  »

    L’autre jour, il m’a dit : « Ne fais pas tes yeux bridés pour mama douée.  » Il m’a mis un chinois sur la tête, il l’avait roulé dans la farine, ensuite, il m’a étiré avec le rouleau à pâtisserie. Il m’a dit :  » C’est pour t’apprendre le métier.  »

    Le bouquet, c’est quand il est beurré :  » Je suis vif comme l’éclair ! dit-il, alors qu’il travaille en chaussons.  »

    Ce n’est pas pour ça que je vous écris. Si vous n’avez plus d’apprenti, vous allez être chocolat, vous n’aurez plus personne pour la scarification de vos baguettes ni pour surveiller la pâte qui se lève tôt, vers six heures du mâtin, quand j’arrive.

    Si je vous quitte maintenant, je vais avoir un souci financier, un sérieux coup de lame dans mes revenus, c’est pourquoi, je vous propose un autre marché.

    Je n’ai plus envie de cailler les miches trop tôt. Vous me ferez le plaisir, maintenant de préparer mon petit déj. afin que je me restaure, avant d’entamer une petite sieste, disons d’une demi-heure, ensuite, je préconise de me dorer la pilule au solarium d’à côté, parce que, vu mes horaires, vous ne trouvez pas ! j’ai la peau un peu trop blanchie. Cela ne fait pas frémir les clientes.

    Si le lundi, vous me voyez caramélisé, ne soyez pas étonné, c’est que je me suis poêlé tout le weekend, avec une mignonnette. S’il vous plaît, soyez indulgent, offrez-moi la prime du lundi matin en plus de la journée du vendredi et de la prime mensuelle, évidemment.

    En espérant que vous brûlez d’appliquer cette nouvelle convention, je suis dans mes petits chaussons, je vous prie, cher patron, de recevoir mes sincères remerciements.

    Votre dévoué apprenti.

  11. Daisy dit :

    Cher Emploi,

    Toi et moi, nous nous mentons depuis des années. Nous nous manipulons pour nous convaincre que nous avons besoin l’un de l’autre. Tu me donnes des « chère employée », je te réponds avec des « mission » ou des « devoir ». Mais nous savons que ce ne sont que des mots. Pour toi, je ne suis qu’un numéro. Pour moi, tu n’es qu’un gagne-pain.

    Lorsque j’arrive chaque matin, je ne ressens rien. Aucun frisson, aucun désir. Si je reviens, ce n’est que pour l’argent. J’en ai assez de me prostituer. Je vaux mieux que toi.

    Toi non plus, tu n’es pas heureux. Tu me suces mon énergie. Tu me renvois chaque soir vidée chez moi. Mais ton œuvre de vampire n’est pas récompensée. Je fais ma tâche en zombie et je te déshonore. Si tu avais une mère, tu n’oserais pas m’inviter chez elle. Je ne suis pas une employée pour toi.

    Mettons fin à notre contrat. Tu pourras trouver une auxiliaire qui t’aime pour toi et pas pour ton argent. Je pourrais retrouver mes forces et me remettre à la poésie.

    Je reprends ma liberté d’artiste : je ne suis plus ton esclave !

    Adieu

    Daisy (employée n°6345)

    • Gontier Christine dit :

      Je lisais récemment sur la servitude volontaire. C’est à cela que votre texte me fait penser. Et puis l’hypocrisie sociale à laquelle je ne parviens décidément pas à adhérer.
      On a envie de croire en cette rupture …

      Bonne semaine à vous…

  12. On m’a mis là parce qu’il fallait quelqu’un. Moi ou un autre ? Pourquoi un autre ? Je faisais parfaitement l’affaire. Il fallait quelqu’un de pas trop gros – parce qu’il n’y a pas beaucoup de place – de méthodique et ordonné – pour exécuter en temps et en heure les bonnes manœuvres – d’intelligent – des connaissances de base sont essentielles – de patient aussi, car dans ce métier il faut savoir attendre.
    J’exerce une profession proche de la Nature. Que demander de mieux ? En relation avec le Cosmos, pour tout vous dire, rien que ça !! Les pieds sur terre et la tête dans les étoiles. Un métier à faire rêver. Je suis le rythme des jours et des nuits.
    Et je me vante d’être un personnage de la plus haute importance. Car de moi dépend la bonne marche de la planète. Sans moi elle ne s’arrêterait certes pas de tourner mais la vie perdrait tout son sens.
    Quand on m’a embauché on m’a flatté tous les avantages de ce travail.
    Pourtant aujourd’hui, j’en ai ras le bol.
    Même si ce n’est pas très sérieux, pour un allumeur de réverbère, de faire un « burn out » !

    On ne m’avait pas prévenu que la planète était si petite. Tellement petite que je n’ai même pas la place de m’asseoir. Et je ne parle pas de m’allonger… Alors je suis épuisé.
    De toutes façons, même si je trouvais un endroit pour dormir, mon emploi du temps ne me laisserait pas fermer l’oeil.
    Je n’ai pas pris garde quand on m’a chargé d’allumer le réverbère à chaque coucher de soleil et de l’éteindre au lever. On ne m’a pas dit que la vitesse de rotation augmenterait avec le temps jusqu’à atteindre une seule minute !! Tout ça parce qu’on avait décidé d’appliquer le taylorisme à l’univers entier après l’avoir imposé sur Terre ! Et que j’allais leur servir de cobaye pour juger de la réactivité maximale de l’humain en situation tendue !!!
    En réalité ils attendent que je craque pour pouvoir me remplacer par un robot, plus performant selon eux. Ils m’ont déjà menacé. Alors j’ai essayé de tenir le coup le plus longtemps possible… mais aujourd’hui je suis au bout du rouleau.
    En plus je suis seul, tout seul. Je ne vois jamais personne. Une seule fois j’ai reçu une visite, un gamin bizarre qui posait des questions étranges auxquelles je ne savais pas quoi répondre. Et ça a duré un moment !! De la répartie, le gosse !!!
    Je soupçonne encore un de leurs complots là en bas : ils ont sans doute voulu tester mes nerfs et combien de temps je tiendrai face à un gamin insupportable. Ils en ont eu pour leurs sous : je suis resté de marbre.
    Oui, parce que pourquoi vous le cacher ? En fait j’ai fait une bêtise – oh ! Une toute petite… – et ils m’ont donné le choix : une cellule haute sécurité ou l’exil sur ce monde inhabité. Et par moment je me dis que j’aurais du choisir la première solution. Ca aurait sans doute été moins fatiguant.
    Et puis j’aurais été à l’ombre.
    Parce qu’ici il fait chaud, très chaud, sous ce réverbère et sous le soleil. Et je passe mon temps à m’éponger le front. Du moins jusqu’à hier. Parce que ce matin j’ai posé par terre mon grand mouchoir à carreaux rouges – celui que ma maman m’avait donné avant de partir – mais la planète a tourné trop vite et il est tombé dans le vide. J’ai déposé une réclamation à l’administration ( en morse avec le réverbère) mais ils ne sont pas là de me le retouver. Pensez ! Dans l’espace !!

    Alors voilà ! Je sue à grosses gouttes et je me donne l’impression d’être au bagne. Je crie dans le désert : ici, personne ne m’entend. Et j’attends la délivrance !
    Aaah !!La quille !!
    Je me console en me disant qu’avec des jours qui ne durent qu’une minute, je n’aurai pas le temps de la voir passer !!!

  13. Fred dit :

    Il était assis devant sa table.
    Prostré .
    Les doigts tétanisés.
    La tête vide.

    Le curseur le narguait.
    Un clignotement de métronome l’interpellait.

    – Alors, tu t’y mets ?
    – Je ne sais pas…
    – Tu ne sais pas ou tu ne peux pas ? insista le curseur.
    – Je n’en sais rien, je me tâte…
    – C’est comme tu l’entends, mais as-tu vu le relevé de tes comptes bancaires ? Cela frôle le rouge…
    – Je sais, je me suis mal vendu…et…
    – Et il est temps que tu te remettes à l’ouvrage !
    – Cela va être difficile, très difficile…
    – Pour quelle raison ? Panne d’imagination ? ironisa le curseur.
    – Non… j’ai reçu une lettre de rupture.
    – De qui ? De ta Belle ? De ton éditeur ?
    – Non, une lettre de rupture de mon nègre.

  14. Camille dit :

    Rédigez la lettre de rupture,
que vous adresseriez à votre gagne-pain, un jour de ras-le-bol.

    Bonjour cher gagne-pain,
    Ca suffit. J’ai eu assez de tes miettes à ce jour. Je désire enfin te rompre. J’ai bien dit rompre et non couper les liens. En effet, les ficelles que tu as employées pour perdurer nos liens sont maintenant devenues des meules, et je ne peux plus le supporter. De plus, mes miches ont froid quand elles viennent travailler dans l’atelier.
    J’ai eu le sentiment croissant de me faire mener à la baguette, et même ma mie s’en est outrée. Oui, combien de fois en rentrant chez moi, j’avais l’impression de me faire rouler dans la farine. Le matin en me levain, malgré mes sourcils bien fournils, s’amoncelaient des couches de blé sur mes cils. Ça suffit, j’en ai trop gros sur la tartine. Avec la déconfiture dans laquelle je me trouve moralement, je suis vraiment dans le pétrin, et je n’ai aucune épeautre sur laquelle m’appuyer. Cette panade a assez duré. Et puis, j’en ai assez de me tartiner ta moitié, qui ne cesse de me reluquer du coin de l’oeil et me joue de la flute dès qu’elle peut. C’est une vieille croute, soyons clairs et bien dorés! J’aimais bien les regards fougasses que nous échangions avec Michette parfois, et c’est le seul regret que je pourrais nourrir.
    Et puis je pense que tu as un sacré grain, et je finis par avoir une peur banique de tes réactions enfournées.
    Bref, je te signe ici l’arrêt de mes levées du matin, et même si je me retrouve sur la paillasse, je serai pétri de bonnes fermentations.
    Avec mes meilleurs condiments,
    J. Meunier

  15. Gontier Christine dit :

    Monsieur Boulange,

    Aujourd’hui mon bol dépasse une fois de plus de morceaux de pain que je ne mangerai pas.

    Je culpabilise de cet Accord signé par nos familles.

    L’Accord stipulait que vous deviez me faire gagner un pain par jour.

    Arrêtons de reproduire les erreurs de nos aïeux et soyons amis, gratuitement. Jusqu’à aujourd’hui la peur de casser cet état de fait régner sur nos deux familles soumettant la votre à remplir cet engagement et la mienne à accepter ce pain.

    Je ressers par cette présente les cordons de votre bourses pour vous restituer ce qui vous est dû et vous délie d’obligation envers ma personne.

    J’annule votre dette qui n’a plus lieu d’exister en nos temps modernes et évolués.

    Je vous souhaite une belle vie et une belle descendance heureuse et libre.

    Cordialement,

    Madame Titemiche.

  16. Clémence dit :

    Rédigez la lettre de rupture que vous adresseriez à votre gagne-pain, un jour de ras-le-bol.

    Road-movie d’une lettre de rupture.

    J’avais 25 ans et mon diplôme en poche. Une chance : il cochait toutes les cases d’un métier de rêve, à l’exception d’une seule. J’en conclus tout de même que j’étais blindé pour affronter le vie. Mais ce fut sans compter sur deux pensées philosophiques qui me percutèrent en plein vol alors que je m’apprêtais à signer mon premier contrat d’embauche.

    Fugace, la première se révéla dans l’avant-dernier paragraphe  du dit contrat: « Fais de ta vie un rêve et d’un rêve, une réalité. ». La seconde, plus persistante, s’incrustait dans le dernier paragraphe : « Il vaut mieux réussir sa vie que réussir dans la vie. »
    Le temps d’un éclair, je me remémorai la case d’exception et de son effet dévastateur. Il s’avéra que le métier de rêve n’était pas le mien mais celui de mes géniteurs.

    J’en perdis la joie de vivre pendant une semaine, et l’appétit pendant un mois. Mais je dus me rendre à l’évidence, mes parents se refusaient d’être ceux d’un Tanguy et il me poussèrent doucement hors de leur nid douillet.

    Finalement, je leur en fus gré. Avec mon projet tout neuf, taillé sur mesure pour les faire angoisser et culpabiliser, je m’engageai à faire le tour du monde.

    Ma première destination fut Téhéran, capitale de l’Iran. J’y trouvai un job fantastiquement bien rémunéré. Si bien qu’après quelques mois, je pus rédiger une lettre de rupture à mon gagne pain. Celle-ci fut très brève :
    « Monsieur le directeur général,
    A dater de ce jour, je suis dans l’incapacité d’exécuter mes fonctions , car je viens d’acquérir une limousine. Dès lors, je vous prie d’accepter ma démission.
    Votre cacheur de plaque d’immatriculation. »

    J’étais fier de moi : je venais d’accomplir mon premier pas sur le chemin d’une vie réussie. Mais je fus confronté à un problème de taille. Ma limousine avait besoin de carburant, tout autant que moi. Je me mis donc à la recherche d’un nouveau job qui me rendrait heureux.

    L’Australie m’ouvrait grand ses bras et ses parcs. Je devins gardien d’autruches. C’était très agréable de vivre près de ces grands volatiles, mais c’était sans compter sur leurs disputes continuelles. J’arrachai une plume à la plus vindicative et rédigeai ma lettre de rupture.
    « Mesdames,
    Je vous prie de trouver en annexe, un certificat médical attestant que vos disputes continuelles sont à l’origine d’un nouveau TOC. Dès lors, je ne peux plus me cacher la tête dans le sable et je vous présente ma démission. »
    Je signai : « Votre gardien dévoué » et glissai ma missive sous une des ailes de la première autruche venue.

    J’étais fier de moi : je venais d’accomplir un deuxième pas. Mais alors que je respirais avec volupté un air de liberté, un méchant coup de vent fit voler le sable et des grains piquants s’engouffrèrent dans mes narines.
    J’en conclus que cette contrée n’était pas faite pour moi. Je misai sur une autre direction.
    Le pays du Soleil Levant. Une dénomination de rêve pour une nouvelle vie.

    Mon billet d’avion chèrement acquis, je m’envolai, atterris et retombai bien vite sur mes pattes en regardant autour de moi : il y avait foule partout. Dans les aéroports, dans les trains, dans le métro. C’est en sirotant mon premier saké que l’idée me vint : je serais pousseur dans le métro nippon.
    Un job grisant ! Hélas, à force de pousser, je devins poussif et m’empressai de rédiger une lettre de rupture.
    « Aux passagers et passagères de la ligne Yamanote,
    A force de vous presser comme des sardines dans une boîte de fer blanc, je me sens dans l’obligation de vous faire part du sentiment qui m’oppresse. Nuit et jour, mes rêves virent à l’obsession et sont accompagnés d’une envie irrépressible de grande évasion.
    A dater de ce jour, je n’ai plus qu’un seul souci : vous  subtiliser la recette des maki. »
    Je signai : « Votre pousseur de métro rétrograde. »

    Cette fois, je sentais que le bonheur et que l’extase étaient à portée de main. J’embarquai sur un paquebot en partance pour le Pérou. Et puis, direction la Bolivie.
    Ce nom chantait à mon oreille ! Bolivie, beau la vie….

    Après maintes péripéties, j’arrivai enfin à La Paz. Ses trois mille six-cent-quarante mètres d’altitude ne me coupèrent pas le souffle ! Sans perdre une seconde, mais subrepticement, je me préparai à ma nouvelle belle vie.
    Je commençai par des larcins, veillant à ne pas me faire prendre la main au collet. Je réussis ! Je devins, à mon tour, gentleman cambrioleur. Arsène Lupin en personne ne m’aurait pas désavoué. Mais, à mon grand dam, un solitaire causa ma perte.
    La prison m’hébergea. Mes rêves se brisèrent d’un coup.

    Quelques années plus tard, à ma sortie de tôle, un drôle de zèbre me héla :
    – Tiens, prend cela, me dit-il en me tendant une boîte. Tu peux loger chez moi.

    Ce nouvel emploi en plein air m’étonna, me stupéfia, me plut. L’uniforme de zèbre aussi.
    Jusqu’au jour, où un drame se déroula sous mes yeux, sans que je ne puisse rien faire. Un chauffard, shooté à la cocaïne, mordit méchamment le trottoir…

    Le soir même, je rédigeai ma lettre de rupture.
    « Ce que je viens de vivre est trop cruel. Je ne puis continuer à vivre mes rêves avec le poids de la culpabilité. Je ne peux plus voir de route zébrée d’un passage pour piétons sans me remémorer les regards et les cris des victimes.
    Dès lors, je vous remets, dans la boîte d’origine, mon costume de zèbre de trafic.
    P.S. Je garde en mon cœur, le souvenir de tous mes confrères, qu’ils soient voleurs, malfrats, vauriens ou sacripants repentis ou qu’ils soient enfants des rues.
    Votre zèbre obligé pour toujours ».

    Au petit matin, aux pieds du premier zèbre venu, je déposai ma missive et la boîte. Je lui jetai un dernier regard. Celle-ci me fit un clin d’œil et murmura :
    «  Tu seras un Dabbawala, mon fils, tu seras un Dabbawala…. »

    © Clémence.

  17. Joailes dit :

    Rédigez la lettre de rupture,
    que vous adresseriez à votre gagne-pain, un jour de ras-le-bol.

    Gagne pain, quand on est boulangère, n’est pas toujours facile. Faut avoir toujours le sourire, avaler en vitesse son casse-croûte pendant la pause d’une demi-heure ; et même si on n’est pas à prendre, certaines fois, avec des pincettes, marcher à la baguette …
    Pas le temps d’observer le croissant de lune, le matin en partant, pas recommandé d’avoir de la brioche car ce n’est pas très seyant, toujours du pain sur la planche même quand on est fatiguée, raplapla, ne pas répondre aux vieux croûtons même s’ils sont désagréables, voire impolis ; obligation d’apprendre l’encyclopédie de Diderot par coeur et elle ne recense pas moins de 30 variétés de pains !
    Avant de chercher une ficelle pour me pendre, je vous avoue mon ras-le-bol et préfère m’en aller.
    A la campagne probablement …
    J’ai fait un four … J’ai cru pouvoir tenir encore mais là je n’en puis plus. Je démissionne !
    N’étant pas rancunière, je vous embrasse comme du bon pain, Monsieur, et si avec du blé vous fabriquez du pain et avec du pain, vous vous faites du blé, tant mieux !
    Je vous quitte, je ne mangerai plus de ce pain là.
    Ca ne mange pas de pain. Adieu.

  18. Cetonie dit :

    Monsieur,
    Il y a de nombreuses années, j’avais eu besoin de signer un contrat en bonne et due forme, concernant les services que vous deviez me fournir au fil des ans.
    Mes moyens étaient assez modestes à l’époque, et vous n’avez pu me garantir qu’un minimum : un bol de lait, 4 morceaux de pain, je devais m’en contenter pour commencer ma journée.
    Mais aujourd’hui, à 70 ans passés, je n’en peux plus : je déteste toujours autant le lait, et le pain sec de la veille ne parvient plus à séduire ce qui me reste de dents.
    Il existe aujourd’hui d’autres moyens de s’alimenter, il est temps que je me modernise moi aussi, pour gagner, non seulement le pain quotidien, mais tout ce qui l’accompagne avec variété et saveurs.
    Aussi, je me vois obligée de rompre notre contrat, dont le seul mérite a été la persévérance à me fournir, alors que la qualité n’a cessé de diminuer, au lieu de s’adapter à mes besoins.
    Cette rupture de relations commerciales prendra effet dès le 1er décembre.
    Croyez, Monsieur, en ma sincère considération

  19. Billy dit :

    Mon amour

    Je suis désolé mais je dois te dire qu’il faut qu’on arrête là.
    Je ne veux plus continuer notre relation. Je crois qu’à l’âge que j’ai il est temps de devenir un peu plus sérieux, un plus stable.

    Tu m’as tellement apporté que de te quitter me brise le coeur. Je t’ai pratiquement tout donné depuis plus de 30 ans. J’ai traversé le France entière en tout sens pour te retrouver, je t’ai consacré mes jours, parfois des nuits, mes week-end et une bonne partie de mes vacances. Mais je ne regrette rien, tu m’a tellement donné en retour. Tu m’a fait connaitre mes plus grandes joies, des extases, et aussi des peurs, des bonheurs, des retombées, des désillusions et puis des bonheurs à nouveau.
    Je t’ai tellement aimé que je ne regrette rien. je sais que tu n’a pas besoin de moi et que tu en trouvera vite d’autres pour me remplacer, mais je crois qu’il faut que je me range un peu. Une femme, une maison, des amis stables, un chien peut être, me paraissent plus raisonnables.

    je t’écris cette lettre, les larmes aux yeux. Comment vais-je faire sans toi, mon cher travail. Je ne sais si je m’en remettrai, je crains que non. mais je suis obligé de te dire que je vais te quitter.

    je le fais parce qu’on m’a demandé de le faire comme un exercice créatif mais en fait je n’y crois pas. On m’a demandé de rompre avec toi pour voir si j’en étais capable.

    je suis désolé, si désolé.

    Je t’embrasse fort

  20. patrick labrosse dit :

    Tenir, il me faut tenir ! Tel fut l’adage d’un preux chevalier dont j’ignore le nom et les prouesses.
    Pourtant il me ressemble ! Force est de constater que l’un de ses semblables (en parlant du chevalier) eut étreint sans vergogne l’une de mes aïeules ?
    Le gène contamina ainsi ma belle lignée et ce fut des générations d’imbéciles qui se prosternèrent devant le sacro-saint modèle Travail Famille Patrie.
    J’évince volontairement les deux derniers symboles qui j’ose avouer me semblent tout autant obsolètes que l’objet de mon plaidoyer. Soit venons-en à l’objet de notre étude : cette fameuse valeur travail, celle par laquelle l’homme affiche sa notoriété, sa puissance et sa belle cylindrée !
    Que serais-je sans toi cher travail, qui me nourrit, me vêtit, me procure confort et luxure jusqu’à ensevelir mes derniers deniers sous une chape d’un marbre douteux à l’épitaphe tout aussi sordide : «A mon regretté qui a travaillé tout sa vie comme on lui avait appris« (il se peut que le dernier couplet soit retiré par les héritiers !)
    Je tiens, tu tiens, il tient, nous tenons en cœur grâce aux étriers de nos métiers. Que serions-nous sans lui ? Des loques emplies de vides ou des êtres épanouis ?
    Plus tu bosses, plus tu gagnes devrait suffire à résumer l’aventure économique de notre siècle !
    Aussi, j’ose ce jour revendiquer mon BNP (Bonheur Naturel Personnel) en lieu et place de votre redondant PNB.
    J’ai l’honneur en ce dix-huit novembre de fêter la fin de mon aliénation (sept jours et presque un siècle après l’armistice de 14-18 cela me semble de bonne augure).
    Je vous prie d’accepter ma lettre d’auto licenciement et vais de ce pas rendre sa virginité d’artiste à mon aïeule !
    Bonne continuation
    Anarchiquement votre
    Léo F

  21. Blackrain dit :

    La coupe est pleine ! J’en ai ras-le-bol du travail, de ce travail qui n’est qu’un trop plein de torture sans équité ! Je l’ai bu jusqu’à la lie, jusqu’à l’hallali, jusqu’à les quitter ces emplois qui m’humiliaient, qui me dégradaient. Mon corps, de chasse s’est lassé. Il ne sonne plus. Il est à bout. Il est tabou. Dans cette chasse à l’emploi mon corps ment, ploie et subit les dictats, restant là curé, lavé par les vagues de licenciement. C’est la curée pour un travail qui se lie sans ciment. Le mensonge toujours ! Des promesses de garder l’emploi qui chaque an ploient sous le chantage, la pression à chaque étage de la hiérarchie.

    En tant que salarié, hier archi défendu par le syndicat, je suis abandonné par celui qui aujourd’hui se fait délicat face aux échéances du crédit, qui n’ose plus et accepte la déchéance pour payer sa maison. Est-ce raison ? Des raisons chacun en a toujours pour ne pas continuer la grève quitte à rester sur la grève d’une rivière sans diamants, sans augmentation. Des unions il ne reste que la désunion, le quant à soi, l’image de soi dans le groupe sur laquelle on assoit sa croupe au profit de l’individualiste, de l’individu à liste, fataliste convaincu, bientôt là con vaincu car le prochain exclu de la liste. Privé d’ouvrage, certains ouvrent, ragent leur colère sur la famille ou la patrie par manque de travail. Ils Pétain câble parfois. Ils s’en prennent à celui qui est là, beur ou black, immigré de gré ou de force qui le prive de labeur, lui vole son beurre, sa tâche, celui qui tache de survivre dans le même enfer, quitte à en faire plus pour moins cher.

    C’est décidé gagne-pain, je te quitte ! A force de prendre des pains, venant même de l’ami qui m’a roulé dans la farine pour ne pas être dans la fournée des exclus, je fais de l’exéma et me couvre de croûtes. Je me sens complètement cuit. Je suis à bout ! Je tire la cloche. Je me tire pour la cloche. Je vais prendre la route, solitaire, boire un vin KIRAVI, qui me ravi pour oublier le mot solidaire, pour quitter un monde exiguë en m’enivrant pour ne pas boire la ciguë.

  22. Stéphanie dit :

    Nous y voilà. C’est le grand jour.

    Tu m’as souvent aidé et consolé mais pourtant…
    Je ne peux plus supporter tes changements de tons impromptus, tes réponses sans demi-mesure.
    L’heure est grave.
    J’ai le blues vois-tu.
    Comprends-moi aussi un peu.
    Ma voix se casse après toutes nos fausses notes. Nous ne sommes plus au diapason. Problème d’accordage ? Peut être…
    La partition semble être terminée entre nous.
    L’histoire n’est pas toute blanche ou toute noire.
    Arrêtons d’improviser sur de mauvais accords. Notre harmonie est altérée.
    Je termine mon solo et je te quitte.

    Je reprendrai ensuite en main la clé de ma vie. Plus de contre-temps ou de soupirs. Mais beaucoup de pauses ou même de demie-pauses.

    Sur ces mots le pianiste se leva et sans se retourner, il quitta son instrument, avec une note de mélancolie.

  23. grumpy dit :

    My Lord,

    Il n’y a qu’à vous que je puisse adresser cette supplique, en effet je vous dois d’avoir il y a 65 ans été sacrée et installée sur ce trône (la moindre des choses eût été que celui-ci fut pourvu de coussins un peu plus confortables, j’ai du m’y tenir le dos droit plusieurs heures sans bouger, l’envie de faire pipi, les crampes, les courbatures, je vous raconte pas, et après ça, ce fripon de Philip qui m’a imposé des galipettes toute la nuit pour fêter le couronnement !)

    J’ai tenu le plus longtemps possible, à la limite de mes forces, mais là, je n’en peux plus, marre de chez marre, carrément je craque. JE VOUS DEMANDE DE M’ACCORDER LA PERMISSION D’ABDIQUER.

    J’ai bien pensé à me sauver en essayant de me faufiler vers le continent parmi la pagaille semée par le Brexit, OK, je suis French fluent, mais mon statut ne me permet ni passeport ni permis de conduire.

    Le boulot de Reine, une sinécure ? Mon œil ! Et mes zoeils-de-perdrix aggravés de voyage en voyage tout autour de la planète à force de planter debout de cérémonie en cérémonie, ça ne compte pas ça ? J’ai toujours le sourire, alors évidemment tout le monde s’en fout, mais moi le soir les pieds dans ma bassine d’eau salée et les bigoudis sur la tête, je me demande comment le lendemain je trouverai le courage de recommencer.

    À votre avis, pourquoi est-ce que je porte des chapeaux aussi improbables ? C’est que je suis obligée de cacher l’empreinte d’un profond sillon autour de mon crâne creusé par une couronne trop lourde et trop serrée. À toute chose malheur est bon : mon mari m’a fait porter tellement de cornes que cette couronne je n’ai plus jamais pu l’arborer.

    Il y a aussi ce con d’Ecossais en jupette qui croit me faire honneur en me réveillant à six heures du matin et qui fait le tour du château de Balmoral en jouant de la cornemuse sous mes fenêtres.

    Il a fallu que je supporte le Churchill avec son humour douteux et ses cigares puants, et bien pire, la Thatcher, l’épicière coincée et radine dont j’ai dû écouter les doléances une fois par semaine. Heureusement le rigolo petit Blair, personne ne l’a jamais su mais tous les deux on s’est payé quelques moments de sacrée déconnade.

    À tout cela s’ajoute la litanie de mes regrets et mon mea culpa :

    – pour avoir négligé ma jolie sœur qui par déception amoureuse a fini ses jours alcoolo dépravée sous les tropiques
    – pour avoir tant aimé la race chevaline qu’il n’y a qu’à regarder ma fille pour en constater le résultat
    – pour avoir tant aimé mes chiens et trouvé si comique qu’ils rongent les chevilles de mes domestiques
    – pour n’avoir pas réussi à faire rentrer Charles dans le rang lorsqu’il ne pensait qu’à jouer au polo alors que pendant ce temps sa femme se faisait poloter en Méditerranée
    – pour avoir l’air de rien planqué 10 milliards de livres dans un paradis caribéen (et j’ai drôlement bien fait…)
    – enfin, last but not least, j’avoue avoir foutu moi-même le feu au château de Windsor afin que ce soit le royaume qui paye sa nouvelle toiture.

    Je vous demande, my Lord, de tout cela bien vouloir me pardonner et me rendre ma liberté.

    Please …. GOD SAVE THE QUEEN !

  24. Liliane dit :

    – Monsieur ! Miss Jane est arrivée.
    – Qu’elle entre !
    – A vos ordres, Monsieur.

    – Bonjour ! Je tiens à vous remettre personnellement cette lettre. Je vous prie de bien vouloir en prendre connaissance, dès à présent.

    Docilement, Monsieur prit la missive, ajusta ses lorgnons.

    Monsieur Le Comte,

    C’est avec un immense plaisir que je vous présente ma lettre de démission.
    Comme vous avez pu le constater dernièrement, je ne suis pas celle que vous croyez…
    Quand je suis entrée à votre service, j’avais un dessein bien précis.
    J’ai été vite acceptée par l’ensemble de vos servantes.
    Elles m’ont narré leurs difficiles conditions de travail et surtout votre attitude irrespectueuse. Elles ont dégusté sans savourer, je vous l’assure.
    D’ailleurs, la vieille cuisinière, qui ne vous craint plus, vous décrit comme un « chaud lapin ».
    Le pire, c’est que vous êtes aussi le chasseur.
    Selon elles, je ne devais pas être tourmentée. Ma silhouette androgyne était, à leurs yeux, un atout. Pas de quoi satisfaire vos appétits.
    Mais pour elles, le ras-le-bol s’est installé, insidieusement. La coupe déborde. Jamais, elles ne se sont plaintes car vous êtes leur gagne-pain. Vous les avez apoltronnies. C’était sans compter sur les aveux de ma chère et tendre sœur jumelle qui a failli mourir de honte à cause de vos agissements.
    D’où ma présence en vos lieux. Et je souris encore de votre réaction quand, hier, vous avez osé toucher mon entrejambe…

    Je me présente :

    Granchamp Aurélien, capitaine de gendarmerie, en mission d’infiltration.
    A nous deux, Monsieur Le Comte.

    Signé : Granchamp Aurélien.

    La porte s’ouvrit. Chaque servante déposa sur le bureau sa lettre de démission en regardant dans les yeux leur bourreau. Il ne leur avait pas coupé le cou mais avait détruit leur vie…
    Puis vint le temps des menottes.
    Puis celui de la geôle.

  25. laurence noyer dit :

    Non-cher Tea !

    Tout avait si bien commencé ! Conviés à la table du Chapelier, à l’heure du goûter, de tasses en verseuses, de valses en berceuses, notre couple a très vite fusionné Tea&Mug, Mug&Tea. Tu t’es déversé sur moi tout brulant, tout parfumé.

    Rien ne devait s’arrêter, ce jour sans fin, toi et moi. Tu étais, Darjeeling, mon théocrème, mon théolait, dans l’infusion du temps présent.

    Soudain, notre hôte en eut ras le bol. La coupe était pleine et le temps brusquement se décala d’un instant, juste au moment où tu t’apprêtais à me rejoindre, à t’immerger au creux de moi. Suspendu dans la vapeur, statufié dans l’élan !

    L’instant d’après tu te déversais sur Godet, tu m’avais complètement oublié !

    Cette seconde d’espace, ce décalage funeste a altéré à jamais notre alliance, et m’a laissé groggy. Je me sens comme une tasse désansée, comme un Cake déconfit.

    Et pour ne plus souffrir d’effusions poly-théistes, je me mets dès aujourd’hui à la tisane en sachet !

    Adieu

    Ton non-cher Mug

  26. iris79 dit :

    Après mure réflexion, je te fais part de ma décision de renoncer à mes fonctions aujourd’hui même après trente années dédiées à ce rude métier.
    Je te présente par cette lettre ma démission.

    J’entends par mure réflexion, ce qui a fait son sel, soit l’accumulation des occasions innombrables comme celle d’aujourd’hui de rendre mon tablier, occasions qui se sont succédées à un rythme qui lui, s’est accéléré.

    J’ai commencé il y a de cela trente années avec toute l’énergie et l’envie de réussir sans pour autant être aveuglé par les rudes réalités du métier.

    J’ai vécu des expériences que peu de métiers permettent de vivre, des situations ubuesques,intenses, drôles, dramatiques, rencontré des personnalités inoubliables, passionnantes, des détraqués, des malheureux, des enfants heureux, malheureux, attachants, d’autres violents, paumés, intelligents, volontaires.
    Dans ce métier, nous sommes au cœur de l’humain. Nous prenons l’ascenseur émotionnel régulièrement, dans les deux sens et plus souvent qu’à notre tour. J’y ai appris des valeurs de partage, de solidarité, d’aide, de soutien. Je ne l’oublierai pas.

    Au-delà de la satisfaction intellectuelle que j’ai trouvé à exercer ce métier et de l’enrichissement humain indéniable que j’ai pu vivre, il y a cette immense lessiveuse du quotidien qui dans ce métier peut se montrer redoutable.

    Depuis mes débuts, le temps consacré aux tâches administratives a plus que doubler. Avec l’avènement des nouvelles technologies et des messageries électroniques, nous sommes submergés d’injonction à répondre à des messages, des enquêtes, des projets, des compte-rendus et j’en passe dans des délais très courts et nos nerfs sont constamment mis à rude épreuve quand les messages trop nombreux du type « annule et remplace » nous condamnent à refaire, modifier, réécrire ce que l’on a passé du temps à déjà rédiger.

    Mais tout cela n’est qu’un fait parmi d’autre. Que dire des demandes de la société elle-même qui nous refile sans scrupule la responsabilité d’éduquer à tout et n’importe quoi, de nous substituer à la responsabilité parentale et sociétale pour que nos élèves soient plus ceci, ou moins cela. Il faut que nos chers chérubins dès le plus jeunes âge parlent anglais, fassent du codage informatique, soit sensibilisés à pléthore de causes plus nobles les unes que les autres, tout cela sans recul, sans formation spécifique, sans temps supplémentaire et en gardant le sourire tout en garantissant des résultats. Et sans rien ôter des autres savoirs classiques à enseigner…

    J’ai endossé malgré moi bien des casquettes autres que la mienne toutes ces années : assistant social, médecin, psychologue…

    Aujourd’hui je suis exténué, lessivé. Je ne trouve plus l’énergie pour rebondir, je n’arrive plus à mettre à distance toutes les injustices que je subis, que je constate, dont je suis le témoin impuissant.

    Inutile de me proposer un séjour en clinique de repos et me faire croire ainsi que ce qui m’y a mené est de mon fait, de mes faiblesses.

    Je saurai garder mes succès en mémoire et ils continueront à me nourrir. Je ne garderai que le meilleur. Par chance, j’y ai vécu beaucoup de moments de bonheur.

    Je veux partir avant d’être trop amer.

    Je veux continuer à apprendre à mon tour. Et prendre du temps. Le temps de respirer, de vivre tout simplement.

    L’envie de transmettre chevillée au corps me guidera vers d’autres expériences.

    Et je souhaite malgré tout vivement la réussite de cette noble cause passionnante qu’est l’enseignement.

    Bien à toi.

  27. durand dit :

    Salut à toi !

    Soyons clair, sale boulot, je t’écris, non pour t’expliquer quoi que ce soit, me justifier, palabrer autour de mon départ. Je t’écris pour ne pas avoir à te le dire de vive voix, plutôt éteinte ces derniers jours.

    J’ai depuis peu tant hurlé ma douleur qu’aucun son ne sort plus de ma gorge. C’est terminé! Je ne peux plus voir toutes ces têtes défiler, jour et nuit. Elles m’ennuient ou pire, elles m’indiffèrent. Et cela semble réciproque. Jamais un signe, rien qu’un petit sourire, un discret pli de la commissure des lèvres, non rien.

    Cette ville, où tout le monde se croise l’indifférence, au mieux, plus souvent le fielleux mépris des jaloux, cette cité posée sur les égouts, évacuations saturées du plus mauvais des habitants, je ne la supporte plus.

    N’ai pas d’inquiétude pour ton avenir. Même mal payé, même si l’employé doit fournir son propre matériel professionnel, se charger de son entretien…pour un sale boulot, il y a toujours pléthore d’amateurs. Comme si, quel que soit le travail choisi, on devait toujours se salir. Alors tant qu’à faire…on prend ce qui se présente, pas de chichis.

    Comme tout le monde, j’ai cru avoir ma petite place dans le fonctionnement de la société. Pas de rêves de gloire ni de richesse. Certains se vantaient de descendre d’un baron. Moi je ne montais que d’un tonnelier mais ça m’allait.

    Pour moi,un bon artisan, appliqué, dévoué avait sa place dans une cité, du moins c’est ce que je croyais!

    Mais je n’en peux plus….je laisse tomber. Avec mes petites économies, je vais m’acheter un lopin de terre. J’y cultiverai les légumes que je n’avais même plus le temps de goûter…là- bas…sur les marchés des fortifications. J’y planterai, des tomates, des haricots, des pommes de terre, des fèves, des potirons….

    Partant de mon expérience, je saurai me recycler.

    Mais je ne couperai plus que des têtes de choux.

    ….

    ….

    ….

    Le bourreau.

  28. Jean-Pierre LACOMBE dit :

    Cher vieux croûton,

    L’heure de la retraite n’a pas encore sonnée mais j’entends d’autres sons de cloche, oui, ailleurs l’herbe est plus verte et le pain moins pâlichon.
    Je pars, je me tire, je me casse, je ne m’arrache pas car rien ne me retenais plus, aucune racine ne me nourrissait.
    Plus de gagne-pain certes, mais ma mie prés de moi tous les jours et que de pains perdus en perspective !
    Je ne vous salue pas, les départs gagnent à être rapides et déjà, votre silhouette barrée à mi-tronc s’estompe derrière votre comptoir.
    Resteront des miettes de souvenir vite balayées par le vent de printemps courbant doucement le blé en herbe…

    Jean-Pierre

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