420e proposition d’écriture créative

Il était une fois, une bouilloire qui avait tapé dans l’oeil d’un chauffe-plat, remisé dans le tiroir du dessous. Dès qu’il l’entendait glouglouter il s’agitait. L’imaginant frémissante il…

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18 réponses

  1. Claude DUCORNETZ dit :

    Il était une fois, une bouillotte qui avait tapé dans l’œil d’un chauffe-plat, remisé dans le tiroir du dessous. Dès qu’il l’entendait glouglouter il s’agitait. L’imaginant frémissante il s’impatientait, perdu dans ce tiroir trop noir, inutile et vieilli. Il y avait bien longtemps que plus personne n’ouvrait le tiroir du dessous. Il ne servait plus depuis ce soir maudit où, après avoir tant servi, il avait pété un plomb, quand la soudure d’un fil électrique avait fondu, sans doute à cause d’une surchauffe. C’est ce soir-là, il s’en souvient comme si c’était hier, qu’il avait entendu glouglouter la bouillote, ou bouilloire comme on disait désormais, pour la première fois. Un son mélodieux, une musique d’essence céleste, un glouglou sensuel et divin, quelque chose d’incompréhensible, une chaleur envoutante et fatale. Perturbé, il n’avait pas réagi à la sécurité « surchauffe » et ne s’était pas mis automatiquement hors tension : il avait fait une sorte d’AVC, Accident de la Vie Courante, un fil de son cerveau électrique avait fondu !
    Il ne servait plus à rien. Le soigner aurait coûté trop cher, parait-il. De toute façon, il était trop vieux, on ne trouvait pas de pièce de rechange pour un ustensile de son âge. Depuis cet accident, on l’avait remisé dans le tiroir du dessous, le tiroir de retraite.
    Il y avait retrouvé le vieux presse-purée, rouillé et un peu bancale – il lui manquait un rivet – un handicap qui le condamnait également à la retraite anticipée dans le fond du tiroir, la vieille louche de la grand-mère, presque intacte pourtant mais obsolète sans doute, et le tire-bouchon cep de vigne, ridé et usé, et tout tordu (mais il parait qu’il avait toujours été comme ça), dont on ne se servait plus depuis qu’un système de débouchage par air comprimé avait été offert à la maitresse de maison. Ainsi on ne traumatisait plus la bouteille, donc le vin, en la débouchant, affirmait le mari. Il y avait là aussi le fouet mécanique dont le cliquetis résonnait si souvent lorsque, naguère, quand les enfants étaient encore à la maison, il servait à monter des blancs en neige qui devenaient bientôt de succulentes meringues. A son côté, une rondelle de verre, sorte de gros monocle, un anti-monte-lait, sans intérêt depuis qu’on n’achetait plus le lait cru.
    Tous ces objets, autrefois si pratiques, confrontaient leur inutilité dans un silence un peu morbide, un peu gêné, peut-être parce qu’ils ne se sentaient pas tous de la même classe, entre le tire-bouchon trop rustique et le chauffe-plat, quand même plus sophistiqué.
    Le chauffe-plat se morfondait dans ce placard, mortifié par cette mise à l’écart, comme un cadre d’entreprise cinquantenaire victime d’un burn-out. Mais plus que tout, il se languissait de sa bouillotte ! Il connaissait presque tout d’elle, ses habitudes, son train de vie, sans jamais ne l’avoir vraiment aperçue. Juste entendue !
    Ah le délicieux glouglou du matin à l’heure du petit déjeuner ! Ah l’admirable chant sonore d’après déjeuner, sans doute pour le café ! Que dire du chuintement vaporeux et sensuel de l’après-midi, quand se préparait un thé légèrement citronné !
    Enfin, quand l’obscurité permanente du tiroir se répandait sur le monde des vivants, quand venait la nuit, quand il entendait couler en elle l’eau pour la tisane du soir, il fantasmait ses rêves impossibles en imaginant les frémissements lascifs de sa bien-aimée : il aurait tant voulu se liquéfier et bouillir d’amour pour elle. Le son des bulles claquant à la surface avait alors quelque chose de champenois et de divin !!
    Mais il y avait aussi, terribles, les sombres jours de silence, quand la maison se vidait pour des weekends ou des vacances, quand plus un bruit ne parvenait, même assourdi, dans le tiroir du dessous. Quand plus personne ne songeait à faire glouglouter sa chère bouillotte !
    La seule conversation, le seul murmure plutôt, un chuchotement tout en angoisse retenue, de l’assemblage d’objets hétéroclites qui encombrait le tiroir du bas, celui que l’on n’ouvrait plus jamais, concernait leur hypothétique avenir.
    Le moins grave, suggéraient certains, serait qu’ils soient dispersés au cours d’un vide maison. Mais qui voudrait, pensait le chauffe-plat, d’un chauffe-plat qui ne pouvait plus rien chauffer. Il ne se faisait aucune illusion, il n’avait ni la valeur d’une relique ou d’une pièce de collection, ni l’esthétique – confiait-il avec dérision – d’une œuvre d’art.
    C’est pourquoi il se disait qu’au fond le mieux serait d’être jeté à la poubelle, afin de renaître, par la magie du recyclage, au moins en partie dans un autre appareil. La perspective qu’on se débarrasse d’eux en les faisant disparaitre en vrac dans une décharge publique, une fosse commune en quelque sorte, qu’ils soient malaxés, désossés, broyés en effrayait plusieurs. Seul le petit rond de verre envisageait avec une certaine sérénité d’être refondu en verre à bouteille où même, pourquoi pas, de trouver le graal en flacon de parfum.
    « Imagine, souffla le chauffe-plat à l’anti-monte-lait, qu’alors je sois racheté par ceux-là même qui m’ont mis au rebut et que je rencontre enfin ma chère bouillotte… ».
    « Il n’est jamais interdit de rêver » lui murmura le rond de verre, et il lui récita alors ces deux vers entendus quand il servait encore à quelque chose, il y a si longtemps :
    « Objets inanimés, avez-vous donc une âme,
    Qui s’attache à notre âme et la force d’aimer ? »*

    * Lamartine dans Milly, ou la Terre Natale

  2. Michel-Denis ROBERT dit :

    Il était une fois une bouillotte qui avait tapé dans l’oeil d’un chauffe-plat remisé dans le tiroir du dessous. Dès qu’il l’entendait glouglouter, il s’agitait l’imaginant frémissante.

    Depuis quelques mois ce chauffe-eau donnait des signes de fin de carrière. Il était récalcitrant, montait en température plus que nécessaire puis arrivé au sommet, il descendait dans les abysses et ils se gelaient sous la douche. Il avait perdu son self-contrôle et se dirigeait droit vers un comportement anarchique prenant des initiatives insolites. C’est un vendredi dans la nuit qu’il choisit d’avoir la fièvre.

    Un dérèglement inhabituel, ça peut arriver. Un caprice de réchauffement, le climat brouille bien son thermostat, se dit-il, pourquoi pas moi ?

    On lui accorda une chance de se racheter. En plein hiver on compta sur lui pour qu’il n’importune plus cette famille tranquille avec ses frasques d’hasbeen de supermarché. Il était sans doute sensibilisé par cette manif fluo, histoire de rajouter au trouble, quel copiage risqué ! parmi le désordre on ne remarquerait rien. Quel mauvais calcul ! Qu’il attende gentiment sa retraite, qu’il rentre dans les clous, qu’il ne se distingue pas par ses lubies de vieux machin, c’est tout ce qu’on lui demandait.

    Préserver l’effet surprise pendant le sommeil de ses habitants, ce n’est pas si facile. Il fallut combiner. Ce soir-là, après les prémices qu’il considéra comme essais, des petites révoltes simulées pour préparer sa grande révolution, il péta son trop-plein de cocotte-minute. Sa soupape voltigea. Un grand boum à trois du matin puis un énorme chuintement de locomotive à vapeur réveillèrent Gaston et sa femme en sursaut.

    « Mais qu’est-ce que c’est que cette intrusion dans mon sommeil ? Ce sifflement, ce curieux remue-ménage déplaisant qui m’oblige à sortir de dessous la couette ! »
    Le bruit emplissait la maison. Victor le chat le regarda. « C’est par là que j’ai entendu ce bruit, crut lire Gaston dans ses yeux.
    – Je sais bien que c’est dans la lingerie que ça se passe, répondit-il.
    Il ouvrit la porte et découvrit la vapeur d’un hammam qui s’échappait par la tuyauterie et qui avait envahi le réduit. Il pataugea dans cinq centimètres d’eau chaude. La vidange du chauffe-eau avait tapé dans l’écran tactile du radiateur. Et des étincelles sortaient de dessous le ballon bouillant. La radio mal branchée s’était rallumée. Quelques phrases musicales :

     » J’ai le grille-pain qu’est chagrin, le trop-plein pas malin, le chauffe-plat raplapla, la bouillotte qui yoyotte, et le frigo qu’est dingo… »

    Entre l’eau qui montait, les étincelles qui crépitaient, le jet de vapeur qui faisait peur et cette radio cynique rebranchée diffusant des inepties, Gaston hésita une seconde sur l’urgence prioritaire.
    – Qu’est-ce que c’est ce chantier ? Que dois-je faire ? Appeler les pompiers, non !Il y a sûrement plus urgent.

    Il remonta au premier pour ouvrir le robinet de la douche. En guise d’eau chaude, c’est de la vapeur qu’il sortit pour soulager le ballon, sinon le malade aurait explosé. Le calcaire accumulé dans le chauffe-eau jouait les briques réfractaires et maintenait la température à 100°.

    Pendant ce temps la bouillotte glissa sur le chauffe-plat. Ils dégringolèrent tous deux dans l’eau comme sur la plage. Un effet de mimétisme. C’était la nuit des résistances qui se laissaient aller à leur contestation favorite. Un bain de bouillotte sur un chauffe-plat c’est génial dans la nuit ! Il épongea les dégâts et retourna dans son lit en bonne compagnie.

    Le lendemain Gaston qui s’inquiétait du comportement de ses deux gadgets questionna le plombier qui répondit :
    – A mon avis, si ce n’est de l’obsolescence programmée c’est qu’ils calquèrent leur comportement sur le chauffe-eau et le radiateur.

  3. françoise dit :

    Il était une fois, une bouilloire qui avait tapé dans l’oeil d’un chauffe-plat, remisé dans le tiroir du dessous. Dès qu’il l’entendait glouglouter il s’agitait,l’imaginant frémissante .Il faut dire qu’il s’agissait d’une bouilloire électrique Kitchenaid au design arrondi, à la couleur rouge brillante rappelant la plus gourmande des friandises des fêtes foraines : la pomme d’amour. Il devenait comme fou, plein de concupiscence . Mais que pouvait-il faire ? (Il n’y avait pas de prise de courant dans ce foutu tiroir) à part haïr la cuisinière , une horrible matrone mais qui faisait admirablement la cuisine, dixit la maîtresse de maison.
    Et puis un matin, une longue main aux longs doigts manucurés, le sortit, le mit sur une table , le brancha et posa sur lui un plat de viennoiseries pour les tenir au chand. Il s’aperçut alors que la bouilloire, toute proche de lui, bien que branchée, ne glougloutait pas. Elle était sans doute en panne ! alors ,par esprit de solidarité, il refusa de fonctionner.
    Une soubrette, énervée par ce contretemps, se précipita et comme par hasard un camion poubelle passait, elle les jeta dedans, elle sur lui . Celui-ci en eut des frissons et il est incontestable que si on avait pu le brancher à une prise de courant il aurait vite fonctionné.A son contact une douce chaleur l’avait envahi.
    Dans une déchetterie La benne du camion se leva et déversa son contenu.
    Ils se serrèrent l’un contre l’autre pour se réchauffer et se donner du courage
    Peu de temps après un jeune couple les ramassa et ils se retrouvèrent dans une cuisine pimpante. Le garçon, un sacré bricoleur, eût tôt fait de les réparer. Et c’est ainsi que chaque matin se répandait, dans leur modeste maison, une bonne odeur de pain grillé tandis que la bouilloire,près de lui sur la table, glougloutait…..
    ——————-

  4. Catherine M.S dit :

    Il était une fois
    Une bouillotte qui avait tapé dans l’oeil
    D’un chauffe plat
    Ouh la la
    Dès qu’il l’entendait glouglouter
    Il s’agitait sans arrêt
    Il ne pouvait pas s’en empêcher
    Mama mia
    Ils s’étaient rencontrés dans la kitchenette
    Du mini studio de Monsieur Huo
    Et le chauffe plat lui avait dit tout net
    – Tous les deux on va tout faire
    Pour réchauffer la vie de ce vieux monsieur
    Solitaire et malheureuX
    Tout faire, la belle affaire !
    – Toi, ma beauté, tu vas te laisser emmailloter
    Dans la taie d’oreiller toute rapiecee
    Pour aller roucouler contre ses vieux pieds ridés
    Et moi je vais monter en température
    Pour le faire sortir de ses couvertures
    Et lui réchauffer son bol de riz
    Rendez-vous à midi !

    La bouillotte a souri
    Elle avait bien compris la stratégie
    De son nouvel ami
    Mais elle a vite ob tempéré
    La cause était noble et pleine de bonté
    Alors quand ils se sont retrouvés au bord du lit
    Ils se sont très vite rapprochés, enlacés
    Au risque de se brûler
    Bref ils se sont tant aimés près de lui
    Que le vieil homme en a doucement pleuré.

  5. smits dit :

    Il était une fois, une bouillotte qui avait tapé dans l’œil d’un chauffe-plat, remisé dans le tiroir du dessous.
    Dès qu’il l’entendait glouglouter, il remuait dans tous les sens et essayait de se faire entendre. Mais, dans la famille Tissan, personne ne s’intéressait à lui, alors qu’il existait depuis tant d’années. Il n’y en avait que pour la bouillotte, achetée récemment pour Mémé Tissan, qui avait froid pendant la morne saison.
    Ce nouveau membre de la famille avait une bonne bouille : en tissus écossais, avec des motifs verts et rouges, elle avait son utilité, elle !
    Mémé la prenait avec elle dès qu’elle s’asseyait dans son fauteuil et la calait sur ses lombaires. Elle en avait pour des heures à câliner Mémé de sa douce chaleur !
    Le chauffe-plat se doutait, même enfermé, de ce qui se tramait dans la grande pièce principale. Qui pourrait-il bien réchauffer lui ? Il ne servait qu’à garder des plats au chaud, avec sa petite bougie, devenue aussi bien inutile. Qui pouvait encore avoir l’utilité d’un tel engin, se lamentait-il ? « On ne me sort qu’en de rares occasions, comme pour Noël, et je moisis au fin fond de mon tiroir. On ne me sort même pas pour le ménage de printemps ! ».
    Mémé bichonnait sa bouillotte, de jour comme de nuit. Elle l’essuyait tendrement, remplaçait l’eau régulièrement, et se délectait de sa chaleur si bienvenue. Mais, un jour, Mémé avait mal bouchonné sa chère bouillotte, qui se vida d’un trait et se répandit partout.
    Comme de bien entendu, Méma glissa, tomba et se cassa le col du fémur. Résultat : trois mois d’hôpital et plusieurs semaines de rééducation. Et la bouillotte vide de rejoindre le chauffe-plat abandonné au fond du tiroir.
    Le chauffe-plat, tout heureux d’avoir une invitée, se donna pour mission de remonter le moral de sa nouvelle compagne, qui gémissait à longueur de journée…

    LAURENCE SMITS

  6. Liliane dit :

    Craquotte.

    Ma bellotte.

    C’est ainsi que le chauffe-plat nomma la bouillotte. Il avait craqué pour elle dès son arrivée chez les Bristan. Elle était si belle ! Couleur ivoire ! Une perle !

    Tandis que lui, il avait été remisé au fond d’un tiroir du vieux semainier de Tante Alice.

    Il fut jeune et efficace.
    Jusqu’à ce jour mémorable quand il a fait un burn-out !
    Les Bristan ne lui ont pas donné une seconde chance. Mais ils l’ont gardé quand même. On ne sait jamais. Ça peut servir.

    Dès qu’il entendait sa Craquotte glouglouter, il s’agitait. L’imaginant frémissante, il trépignait.
    Le dindon, dans cette histoire, c’était lui.
    Que pouvait-il entreprendre, engeôlé entre six planches, qui ne sentaient plus le sapin depuis belle lurette ?

    Il avait perdu sa puissance. Peu à peu, il dépérissait. Il s’oxydait.
    Il s’acheminait vers la fin sans espoir de revoir sa bonamie.

    Et puis, un jour, le tiroir s’ouvrit.
    Il aperçut des petites mains qui découvraient les trésors de la vie.
    Le chauffe-plat plut à l’enfant qui le plaça sur une chaise.

    C’est alors que le chauffe-plat aperçut la bouillotte.
    Il frémit d’horreur.
    La pauvre !
    Une vraie crasseuse. Sûr ! Les Bristan n’avaient pas pris soin d’elle.

    Alors, il osa.
    Il dit à l’enfant :

    – Va chercher la bouillotte et mets la sur mon dos.

    L’enfant, mit ses mains devant sa bouche, les doigts écartés et riait.
    Il alla chercher la souillon, la déposa sur le chauffe-plat, qui se mit à vrombir et à voler.

    L’enfant riait aux éclats et les vit s’enfuir par la cheminée.
    Et il criait :

    Bravo…bravo.

  7. Clémence dit :

    Il était une fois, une bouillotte qui avait tapé dans l’oeil d’un chauffe-plat, remisé dans le tiroir du dessous. Dès qu’il l’entendait glouglouter il s’agitait. L’imaginant frémissante, il…

    Cette fois, ils étaient bien décidés. A passer leurs vacances d’hiver à la montagne. Achille avait déniché, pour sa chère et tendre Agathe, un adorable chalet, confortable et douillet selon le site de location.

    Mais, à peine arrivés, Agathe se plaignit de maux de ventre. Pragmatique et flegmatique Achille fit appel à ses compétences médicales et son diagnostique tomba. Il laissa une Agathe pantoise, blottie au fond du lit et s’en alla fouiller dans les tiroirs de la cuisine.

    – Voilà, ma chère amie, en quelques heures, vous serez sur pied, lui dit-il en soulevant la couette et….
    – Achille, s’il vous plaît, apportez-moi mon petit cahier bleu au cas où il me viendrait quelques idées pour mon futur…euh…livret d’opéra…

    Les heures passaient doucement et Achille s’étonna du silence. Il se dirigea vers la chambre et fondit en larmes. Agathe avait les yeux fermés et souriait, une main posée sur une page noircie d’une écriture élégante.

    Achille s’avança doucement, s’empara de la page et commença la lecture : « Synopsis : histoire à la Roméo et Juliette d’une bouillotte et d’un chauffe-plat. Décor : les tiroirs d’une armoire. »
    – Bon sang, murmura Achille en frémissant, c’est du délire !

    Mais pour Agathe, ce n’était pas du délire. C’était juste une belle histoire qui prenait vie sous ses paupières.

    ………..« Il était une fois, dans un pays merveilleux, une petite boulotte rigolote et un chauve, plat et austère. Ils n’avaient rien en commun à l’exception d’un défaut de prononciation. Elle, elle glougloutait et lui zozotait. Ils n’auraient jamais dû se rencontrer, et pourtant !

    Un matin le chauve plat découvrit une missive glissée sous sa porte. Il se baissa en poussant un soupir, décacheta le pli et prit connaissance du message :
    « Ceci est votre mission. Lisez et mémorisez toutes les consignes. Après trente secondes, le message s’auto-détruira ».
    – J’ai déjà entendu ça quelque part, murmura le chauve plat qui était chauffeur à ses heures. Chauffeur de poids lourd.
    Il savait ce qui lui restait à faire. Il se dirigea vers sa chambre et prépara son baluchon. Des chemises en flanelle et des pantalons de velours. Une deuxième paire de godillots, des chaussettes de laine, …
    Son sac gonflé au maximum, il se rendit à la cuisine. Dans un sac à provisions, il entassa des paquets de biscuits, des barres de céréales, quelques bouteilles de boisson énergisante. Il était prêt. Enfin, presque prêt. Il lui manquait encore… son Victor, son couteau suisse aux mille fonctions. Il le glissa dans sa poche, enfila sa parka, jeta un dernier coup d’œil, posa sa main sur la poignée de la porte, puis, se ravisa.
    Il avait oublié l’essentiel.
    Il retourna à la cuisine et fouilla le tiroir du bas où dormait un chauffe-plat et ses bougies. Il hésita…puis referma le tiroir. Il ouvrit celui du dessus et un large sourire éclaira sa face aux traits burinés.
    – Ah, te voilà, ma Belle, ma Boulotte, ma Rigolote  s’exclama le chauve plat en tendant la main. Viens ici que je te dorlote et que tu me gloglottes…
    Avec tendresse, il la souleva et la déposa sur la table. D’un air goguenard, il souleva le rideau en se léchant les babines.
    – De l’eau, de la voda avec un k… de quoi faire couler le feu dans mes veines !

    Le contenu passa de la flasque à la boulotte rigolote. Elle était impériale, un cou gracile, un léger renflement , une silhouette droite d’une belle couleur dorée.
    – Viens, ma Belle, tu seras ma compagne idéale. Ma compagne des jours trop courts et des nuits trop longues. Là-haut…c’est l’aventure !

    Et le périple commença.
    Les paysages de plaine s’effacèrent doucement, les premières collines dessinaient leurs courbes voluptueuses sur l’horizon.
    Les larges fleuves rétrécissaient et se muaient en rivières capricieuses, en torrents déferlants.
    Les forêts de feuillus cédaient leur place aux sapinières noires et denses.
    Les routes, longues et droites quittèrent leur géométrie parfaite pour partir à l’assaut des hauteurs, en sinuant et épousant les courbes de pierres grises.
    Dans un ciel d’une pureté éblouissante, les cristaux de neige commencèrent leur danse hypnotique.
    Les essuie-glace balayaient le pare-brise du camion.
    A intervalle réguliers, le chauffeur, chauve et plat, se frottait les yeux puis saisissait sa boulotte et s’enfilait une rasade revigorante.
    – On n’est pas bien là, ma Cocotte ! Rien que nous deux, dans ce décor de rêve. Tu me fais les yeux doux, et moi, je m ‘agite, je me sens tout frémissant de…

    Il n’eut pas le temps de finir sa phrase. Un clignement d’yeux, un coup de volant malencontreux et zou ! Dans le décor !
    Le poids lourd, le chauffeur chauve et plat et la boulotte se retrouvèrent, sonnés, mais bien vivants au fond d’un ravin.
    – Nous voilà bien désemparés pour accomplir notre mission, râla le chauffeur chauve et plat. Tous ces colis,venus de Chine, à livrer dans les hangars du Vieux barbu au costard écarlate…

    Avec peine, le chauffeur se redressa, glissa sa chère boulotte dans sa poche et escalada la paroi. Avec une souplesse insoupçonnée, il grimpa au somment d’un sapin et scruta l’horizon.
    – Chauve, oh mon chauve, ne vois-tu rien venir ?
    – Si, au loin, sur un mont chauve, je vois une loupiotte étinceler….

    La boulotte rigolote, lovée sur la poitrine du chauve plat, soupira d’aise lorsqu’ils reprirent la route. A pieds. Ils en auraient pour quelques heures, mais l’image idyllique d’un feu de cheminée et d’un repas frugal aux arômes épicés leur donnait des ailes !
    – Ça y est, ma chère, ….ma chère… ma chère…..
    Ils poussèrent enfin la porte et découvrirent un atelier empli de milliers de jouets en bois aux couleurs éclatantes…
    – Ça y est, ma chère… ma chère… ma chère….nous sommes sauvés. Mission presque accomplie ! »……….

    Agathe ouvrit les yeux et découvrit sur sa table de nuit, un bol de potage au fumet délicat….
    – Achille, quelle délicate attention….
    – Oui, ma petite Bou… ma Tendresse…
    – Achille, j’ai décidé de renoncer au livret opéra. Je crois que j’ai tout ce qu’il faut pour écrire un conte de Noël… C’est l’histoire d’une boulotte rigolote et d’un chaufffff…Qu’en pensez-vous ?

    © Clémence.

  8. iris79 dit :

    Il était une fois, une bouillotte qui avait tapé dans l’oeil d’un chauffe-plat, remisé dans le tiroir du dessous.
    Dès qu’il l’entendait glouglouter…

    Il se demandait quand viendrait son tour, celui d’être retiré de ce tiroir. Ils auraient tant voulu sortir ensemble…Par le petit trou du fond du vieux meuble en bois dans lequel il était remisé, ils s’échangeaient quelques impressions et politesse mais cela ne pouvait jamais durer.
    Parce que lui refroidissait rapidement ne pouvant plus ainsi communiquer sa chaleur à sa dulcinée et elle parce qu’une fois vidée et posée là sur l’étagère n’avait guère trop longtemps de souffle pour s’exprimer.

    Mais un soir de Noël, alors que l’agitation était à son comble, le chauffe-plat en premier fut convié sur la table où trônaient des mets plus succulents les uns que les autres. Il ne tarda pas à comprendre que ce soir, ce serait ripailles et que le vieux monsieur au ventre rebondi et aux yeux pétillants allait s’en donner à cœur joie et honorer tous les plats. Il ne mangeait pas, il se baffrait ! Le chauffe-plat attendit donc ardemment et mit toute sa bonne volonté à chauffer, réchauffer, maintenir au chaud pour que les gens autour de la table mangent et mangent encore.
    Et ce qui devait arriver arriva, à sa grande satisfaction. Le vieil oncle Georges devint livide comme un linge, éructa et se sentit défaillir sur sa chaise. Son estomac était prêt à exploser. Il s’en alla faire un tour aux toilettes et pendant ce temps, la maîtresse de maison se dirigea vers le vieux meuble en bois.
    Le chauffe-plat chauffé à blanc n’en pouvait plus ! Il avait tant prié pour que ce moment arrive enfin. La porte s’ouvrit. Elle saisit la bouillotte qu’elle remplit rapidement d’une eau que le chauffe-plat lui prépara en deux temps trois mouvements. La bouillotte finit sur le ventre de tonton Georges revenu assis dans un fauteuil que l’on avait rapproché de la table afin qu’il profitât malgré tout de la fin du repas. Le chauffe-plat ne pouvait pas être jaloux de ce pauvre homme affalé parce que c’est lui, le chauffe-plat qu’Elle regardait. Posée maladroitement sur les plis du pull en cachemire, elle lui faisait face et le chauffe-plat brûlait d’amour pour elle ! Qu’elle était belle dans la lumière de noël !

    Ils ne se lassaient pas de se regarder en continuant à s’échauffer…Le temps était suspendu, bientôt on n’entendit plus rien, on ne vit plus la fin du festin, seule la magie de leurs résistances, de leur peau chauffées à blanc les reliaient par un fil invisible et fort. Un bruit de verres les sortit de leurs rêveries. Les flûtes de champagne arrivaient à leur place pour le grand final. Elles tintaient dans les lueurs de la cheminée et les esprits échauffés par la soirée étaient impatients de trinquer !
    Même l’oncle Georges, qui dans un sursaut se releva brusquement et envoya la bouillote sur le chauffe-plat, à vif !

    Le coup de foudre fut fatal. Ils s’embrasèrent et s’enflammèrent instantanément et dans les cris de peur, d’effroi, d’ébriété et de confusion on les jeta tous les deux hors de la maison où la neige étouffa les flammes mais ne purent éteindre leur amour à jamais scellé par cette soirée.

  9. Sylvianne Perrat dit :

    Il était une fois, une bouilloire qui avait tapé dans l’oeil d’un chauffe-plat, remisé dans le tiroir du dessous. Dès qu’il l’entendait glouglouter, il s’agitait. L’imaginant frémissante, ses résistances chauffaient. Ils ne sortaient jamais ensemble. Pas le même usage, pas le même moment. Se croiser relevait du miracle. Il fantasmait sur ses rondeurs, sa couleur. L’imaginer était pire que de la voir.
    Impossible de la rejoindre. Son glouglou, si suggestif, lui faisait péter un plomb.
    Dans cette famille, tous les après midi, le thé était servi, d’où les petits cris répétitifs de la bouilloire. Quant à lui, il était un vieux chauffe plat enfoui dans le tiroir. Qui se servait d’un chauffe-plat de nos jours ? L’affreux micro ondes trônait dans la cuisine et fanfaronnait.
    Petit à petit, il s’effaça discrètement. S’endormit de douleurs.
    Quelques années plus tard, dans une broc. Poussiéreux et triste, il me rappelait le chauffe plat de ma grand-mère. Un billet de 5 euros et je l’acquis.
    La veille, j’avais supprimé le micro onde si nocif. Je le posai à côté d’une vielle bouilloire en cuivre toute cabossée. Quand l’eau chauffait, elle émettait un son très particulier, comme un gémissement…

  10. Souris-Verte dit :

    UNE BOUILLOTTE QUI EN PINCE POUR UN CHAUFFE-PLAT

    drame en 1 acte.

    Dépitée, LOLOTTE, la bouillotte qui en pince pour le chauffe-plat CI-DESSOUS, se rend compte qu’il fait la chochotte avec le couvercle CI-DESSUS.
    Celui-ci efféminé avec ses trous pour laisser passer la buée et sa taille adaptable par ses différentes circonstances aurait admis un ménage à trois.
    Pas le Dessous de plat ! Il reste raide sur sa position c’est le couvercle ou pas !
    La conversation s’échauffe !
    ‹‹ Je suis déçue je ne te voyais pas comme ça !
    – je sais, j’ai surpris aussi la cuillère en bois et celle à spaghettis…
    ‹‹ Mais avec le couvercle, c’est une mésalliance !
    -Expliques-toi ?
    ‹‹ CI-DESSUS? Là où il est crois-tu qu’il te voit ?
    – Que veux tu, j’ai mes faiblesses. J’ai toujours aimé être dominé, il me fait pâmer.
    ‹‹ Et toi en dessous qui ne vois que des culs !
    – Dis-donc LOLOTTE tu t’ égares, tu parles gras !

    Énervée, Lolotte monte d’un degré.

    ‹‹ Chauffe-cul ! Que des culs.. Encore et toujours des… Ceux des casseroles, des marmites et récemment du couscoussier. Même à eux tu fais des infidélités !
    – Tais-toi, gourgandine qui se vautre dans les draps des autres. Tes leçons me  » bassinent  ».
    ‹‹ Dans de beaux draps je suis, parfois même des draps de soie que je bassine effectivement avec tendresse.
    Je suis une poupée de luxe, on me dorlote.
    – LOLOTTE, tu n’es qu’une mal-bouchée…. Tu fuis Lolotte… Tu fuis !
    Et tu sais ce qu’on dit : bouillotte qui fuit, bouillotte perdue ! Tu vas finir au rebus avec les’ ceux-qu’onn’veut-plus’
    ‹‹ Ça va CI-DESSOUS, je te laisse à tes façons, reste avec ton couvercle qui lorsqu’il est heureux laisse échapper sa vapeur.
    Moi, je retourne sans regret dans mes voiles de coton, me blottir dans le moelleux du polochon.
    🐀 Souris-Verte(16-12-18)

  11. Grumpy dit :

    La Pension « Aristos Phanés » n’acceptait comme Résidents uniquement les ustensiles ayant servi dans de grandes familles et en capacité de produire leurs certificats d’authenticité. Pas question de dégrader le standing ni de compromettre l’augmentation annuelle des loyers en acceptant des objets de qualité inférieure. C’était oui pour l’argent, le cuivre et l’étain, non pour le fer blanc. Oui pour la porcelaine et le cristal, non pour la faïence et le Duralex, conformément à ce qui fut édicté en un temps latin par l’expression dura lex, sed lex.

    Les Résidents représentaient une large gamme d’ustensiles de toutes catégories, de la petite cuillère au saleron, de la théière à la bassine à confiture en passant bien évidemment par les batteries de casseroles et de poêles à frire de formes diverses. Ces dernières étant chouchoutées par la Direction en remerciement des animations musicales qu’elles produisaient en matinée lorsqu’elles-mêmes étaient de bonne humeur ou, au contraire, voulaient faire un peu de barouf. (Il n’y avait que les louches et les écumoires que l’on regardait un peu de travers car de réputation douteuse.)

    Donc, cet après-midi-là, tous les pensionnaires avaient été conviés à un goûter disposé dans le grand salon en l’honneur des deux nouveaux arrivants auxquels il était recommandé de faire bon accueil, sous peine de recevoir une bonne frottée au blanc d’Espagne, qui concernerait même ceux qui n’étaient pas en argent.

    Arrive James, chauffeur très guindé, conduisant la voiture de Maître. Les deux nouveaux en descendent le marchepied avec quelque difficulté eu égard à leur âge. Ils ont beau avoir servi ensemble dans la même maison pendant plus de trente ans, ils se connaissent de vue sans jamais s’être parlé. Ce n’était pas supporté. Ils osent seulement échanger un regard, résignés, ils savent qu’ils entrent-là dans leur dernière demeure. Puissent ces quelques années ou quelques mois leur rendre la vie agréable.

    Ici peut-être les laissera-t-on se parler, ils se sont toujours plu, ils en ont tellement envie. La fin n’en serait que plus douce.

    Le lendemain, Chauffe-plat est le premier installé à table. Il porte encore beau avec ses tempes argentées, ses poignées travaillées, sa plaque impeccable, sa prise en parfait état de marche. Bouillotte arrive à son tour après avoir astiqué avec soin au Mirror son ventre galbé et vissé de son mieux son bouchon : le règlement intérieur mentionne avec tact qu’ici il est de mise que tout un chacun demeure extrêmement soigneux de sa personne.

    Les Colocataires possédant encore assez de tête et de snobisme sont unanimes pour les juger tous les deux terriblement décoratifs, ‘Art Nouveau’ disent certains, ils viennent enrichir la collection de pensionnaires métalliques ne comportant pas encore ce type de modèles, qui plus est, valorisés par des poinçons d’orfèvres reconnus.

    A eux, peu leur importe, on les a placés côte à côte. Ils aimeraient bien trembler librement d’émotion mais avec leur carapaces de métal ce serait bruyant, à aucun prix ils ne veulent se faire remarquer. Ils sont tellement heureux. Enfermés mais enfin libres.

    Chauffe-plat ose enfin. Il s’empare soudain de l’appétissante rondeur de Bouillotte que l’on cachait très chaude au fond des lits, l’assied sur ses genoux et se met à respirer fort et à monter doucement en température, de plus en plus, de chaud bouillant il devient brûlant …….. Bingo ! Il l’a branchée !

    Voilà que quelques perles d’eau roulent et s’éparpillent en crépitant sur sa plaque à blanc, Chauffe-plat se met à rire, Bouillotte se met à pleurer, tant de bonheur : elle n’a pas pu se retenir et lui a un tout petit peu fait pipi dessus.

  12. Blackrain dit :

    Il était une fois, une bouillotte qui avait tapé dans l’oeil d’un chauffe-plat, remisé dans le tiroir du dessous. Dès qu’il l’entendait glouglouter il s’agitait. L’imaginant frémissante il……fantasmait déjà. Il imaginait son corps souple s’emplir pour développer ses formes. Sa peau douce s’étirait pour mieux laisser l’eau pénétrer et se rependre dans ses cavités. Elle s’affinait pour mieux se donner. Avec ses boutons en creux et ses multiples monts de Vénus elle l’invitait au toucher. Cette poche à eau exacerbait sa libido. Il voulait être très proche d’elle, de plus en plus proche. Son métal froid s’échauffait à cette pensée. Il se voyait durcir. A force de s’électriser les sens il se sentit rougir. Lui que l’on ne disait pas très branché vit pourtant son témoin de charge passer au vert. Il ne comprenait pas mais sentait la chaleur l’envahir. A ce phénomène étrange s’ajouta une coïncidence. Après avoir vidé la bouillotte, l’Homme se trompa de rangement. Il la jeta dans le tiroir du dessous. Le chauffe-plat se sentit défaillir. Contre son métal déjà tiède venait se lover la forme caoutchouté de son désir. Cette capote n’était pas en glaise mais en caoutchouc, flexible et onctueux. Elle aussi était chaude. Elle était encore très mouillée. Sa liqueur s’écoula sur le métal chaud. Elle était comme dans un bain Marie. Il l’appelait déjà Marie. Le Ying avait trouvé son Yang. Il était heureux comme un Dieu, un god niché contre sa dulcinée. Lui chauffait de plus en plus. Elle fondait entre ses bras métalliques. Plus il brûlait pour elle, plus il sentait son odeur se transformer. Quelques heures plus tard, alerté par une forte émanation, l’Homme ouvrit le tiroir. La bouillotte n’était plus que cendre. Ses éléments s’étaient consommés dans sa petite mort pour s’envoler dans le septième ciel.

  13. Ophélie E. dit :

    Il était une fois, une bouillotte qui avait tapé dans l’œil d’un chauffe-plat, remisé dans le tiroir du dessous. Dès qu’il l’entendait glouglouter il s’agitait. L’imaginant frémissante de fièvre il était aux quatre cents coups et faisait tout son possible pour la rassurer. Elle se plaignait d’avoir trop chaud, puis de se cailler avec cette eau dans ses replis qui se refroidissait petit à petit.

    Ce fut le coup de foudre immédiat lorsqu’ils s’étaient rencontrés dans un carton de livraison. Vous savez cet éclair qui vous foudroie et vous laisse pantelant. Ils avaient connu trois jours de purs délices dans leur cocon d’amour, bien serrés l’un contre l’autre. Puis, ils furent déballés sur une table, examinés sur toutes les coutures et remisés dans des tiroirs, elle au-dessus et lui en dessous. Parfois, elle sanglotait à longueur de journée et il recevait ses larmes et lui, impuissant dans son tiroir, était au bord de la crise de claustrophobie, d’angoisse et toute la panoplie de maladies mentales.

    Une fois, une seule, ils purent se faire un petit coucou quand une main les sortit de leur prison. Il fut branché pour tenir au chaud quelque préparation culinaire et comprit la souffrance de sa chérie. C’était infernal de griller autant. Ce jour-là, l’hôtesse avait retenu Bouillotte à l’aide d’un grand foulard autour de ses cervicales qui la titillaient par temps humide. Lasse de la remettre en place, elle l’avait posée sur un guéridon. C’est ainsi que les amoureux purent se dévorer des yeux durant tout le repas.

    Ils réintégrèrent leur prison dont les parois résonnaient de leurs lamentations. Au fil du temps, ils n’eurent plus aucune utilité et furent laissés là à l’abandon après que Chauffe-plat eut pété ses fusibles et que Bouillote fut remplacée par une peluche passant au micro-ondes. Les amants se résignèrent et tombèrent en totale léthargie. Une nuit, le fond du tiroir se déboita et Bouillotte atterrit sur son amoureux.

    Depuis, tous deux filent le parfait amour en toute discrétion.

  14. Jean Louis Maître dit :

    Roméo et Bouillotte

    Il était encore une fois,
    Un’ jolie bouillotte, ma foi,
    Qui avait bien tapé dans l’oeil
    D’un chauffe-plat en demi-deuil,
    Remisé dans l’ tiroir du d’ssous.
    Dès qu’il entendait ses glouglous,
    Lui aussi s’ mettait à chanter
    Sans se soucier de sa santé :

    « Ô ma bouillotte ! Tu me bottes !
    Quand tu glouglout’s, j’suis knock-out !
    Ma braguett’ joue des castagnettes !

    Mon Aphrodite, ma Pépite,
    Que l’on s’ébatt’ ! Ce serait bath !
    Que l’on s’éclat’ ! Que l’on se tâte !
    Qu’on se turlut’, tel est mon but !

    Si on clabot’, c’est côte à côte !
    J’aim’rai tes couettes à perpette !
    Et je te zieut’, jusqu’à l’émeute !
    Quand tu t’agites, je fais « pschiiiittt ! »
    Tu m’coup’s les patt’s ! J’deviens cul-de-jatte !

    Tu es ma quête, ma conquête !
    Je te répète des sornettes !
    Et je te guette à l’aveuglette !
    Ô ma Parfaite ! Ma Belette !
    Je projette des galipettes
    D’escarpolette in the pocket !

    Je te bécot’, je te grignote,
    Je te gougnotte sur mon yacht
    En Don Quichotte qui cabote !
    Et l’on se frott’, l’on se tripote !
    Je me prends pour un ferry-boat… »

    Mais…
    Une loupiote qui clignote
    Arrêt’ le roi d’ la galipette !
    C’est la faillit’ de sa durit !
    Plus de coït !
    Juste une vie de cénobite !
    Et au plus vite !
    La messe est dite !

  15. Nadine de Bernardy dit :

    Il était une fois un bouillotte qui avait tapé dans l’oeil d’un chauffe plat remisé dans le tiroir du dessous. Dès qu’il l’entendait glouglouter il s’agitait.
    L’imaginant frémissante,il rêvait de mille délices chauds et voluptueux.
    Il la voulait douce dans une housse en fausse fourrure,un petit bouchon coquin dressé à son sommet.De plus il était fort jaloux des corps qu’elle réchauffait,des genoux ,des ventres,des dos qui s’épanouissaient d’aise à son contact.
    Pourvu qu’elle ne soit pas couleur caoutchouc,espérait-il, mais d’un joli teint vif et ardent.
    Le bruit de l’eau chaude remplissant son corps souple et ferme le faisait frémir,il fermait les yeux,la sachant pleine,glissée dans sa housse,prise délicatement par des mains impatientes avant d’être déposée là où elle soulagerait.
    Que n’aurait-il pas donné pour être ces mains,cette housse,ce lit,peu importe! Il la voulait,il voulait partager son intimité,la sentir s’étaler contre lui,lui offrant sa chaleur avant de refroidir tout doucement au creux de son être qu’il rageait de sentir inutile dans ce tiroir obscur.

    Celui ci fut ouvert brutalement un jour.
    Ah! je savais bien qu’il y avait un chauffe plat quelque part dans cette maison.C’est juste ce dont j’ai besoin pour ce soir.Il a encore l’air en bon état.
    Bon dis donc chérie,tu pourrais enlever ton éternelle bouillotte de là que je puisse poser mon chauffe plat ».

  16. Laurence Noyer dit :

    – A poêle ! à poêle !
    Il était une fois, une bouillotte qui se prenait pour une cocotte
    Elle avait tapé dans l’œil d’un chauffe-plat, rencontré à un bal hot te
    Dès qu’il l’entendait glouglouter il s’agitait, avait des vapeurs
    L’imaginant frémissante il se voyait percolateur

    Chaud comme un brasero, le cœur en papillote
    Il avait tous les nerfs en matelote
    Il tenta de rester centrifugeur
    Car dans sa tête ça faisait batteur mixeur

    Devant cette allumeuse, il fondait de bonheur
    Avec elle il pouvait parler popote
    Chauffer sa vie à la sauce ravigote
    Ça le changerait de l’autocuiseur

    – Passoire, j’ai mal à la tête !

  17. Isabelle dit :

    Il était une fois, une bouillotte qui avait tapé dans l’oeil d’un chauffe-plat, remisé dans le tiroir du dessous.
    Dès qu’il l’entendait glouglouter, il se figurait ses rondeurs bulleuses, ruisselant de vapeurs, ses courbes ondulantes, sa nature même toute disposée à l echauffement. Il perdait pieds, ce qui en soit confinait à l absurde, lui si plat, si sec, inutile et froid, délaissé de cuisine, allongé tragiquement tel une limande sur le sable. Vint un jour de banquet, où la maison toute entière fut en ébullition. Sa patience tendue comme un arc, fut récompensée par l entremise de la cuisinière échevelée qui se décida enfin à lui faire prendre l air. Trônant sur le plan de marbre, il visa sa belle, alanguie près du piano de cuisson. Il s alluma clignotant de son oeil rouge, en direction de l objet du désir. Elle, d ordinaire si gironde, lui tourna un flanc molasse et froid, l heure n étant ni aux édredons moelleux ni aux oreillers duveteux. Face à tant de mépris, l’ amoureux transis, Solal désabusé de sa Belle de cuisine, força un peu la dose, et dans un dernier sursaut, dans l énergie du désespoir, flingua sa résistance.

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