Les fake news ne datent pas d’hier

Les fake news pullulent depuis la révolte des gilets jaunes. L’information truquée ou erronée n’est pas un phénomène nouveau.
Au siècle dernier, quand on écrivait encore en français, on parlait des fausses nouvelles.  L’extrait ci-dessous, de Rumeurs, un livre écrit par Jean-Noel Kapferer le démontre bien.

Transformations subit par un article de presse repris par d’autres journaux

Lors de la première guerre mondiale, un journal allemand, la Kölnische Zeitung, fut le premier a annoncer la chute de la ville d’Anvers devant les troupes allemandes. Il titra : “A l’annonce de la chute d’Anvers, on a fait sonner les cloches”. Dans la mesure où ce journal était allemand, il allait de soi que c’était en Allemagne qu’on avait fait sonner les cloches en l’honneur de la victoire.

L’information fut reprise par le journal français, le matin : “Selon la Kölnische Zeitung, le clergé a été contraint de sonner les cloches lorsque la forteresse a été prise.”

L’information du Matin fut reprise par le Times.
“Selon le Matin, via Cologne, les prêtres belges qui ont refusé de sonner les cloches à la chute d’Anvers ont été démis de leur fonction.”

Quatrième version dans le Corriere de la Sera : “Selon le Times,
citant des informations de Cologne, via Paris, les malheureux prêtres qui ont refusé de sonner les cloches à la prise d’Anvers, ont été condamné aux travaux forcés.”

Le journal le Matin reprend alors cette information : “Selon une information du Corriere de la Sera, via Cologne et Londres, il est confirmé que les barbares conquérants d’Anvers ont puni les malheureux prêtres de leur refus héroïque de sonner les cloches en les pendant aux cloches la tête en bas, comme des battants vivants.”

 Si l’écart entre la première version et la dernière est considérable. Le passage d’une version à une autre n’a rien de surprenant.
Il obéit à une logique d’éclaircissement de mots ambigus ou de perception sélective de ces derniers. D’autre part, face à la pauvreté de l’information, chaque journaliste a tenté de reconstituer un puzzle complet, quitte à créer les pièces manquantes. Celles-ci reflètent l’état d’esprit ambiant. On est encore plus héroïque quand l’ennemi est dépeint comme ake newsun barbare.

Jean-Noël Kapferer, Rumeurs, éditions du Seuil 1987.

5 réponses

  1. Tarrep dit :

    Lire Ralph Waldo Emerson, philosophe américain : le danger de ne plus penser par soi-même nous guette toujours, même dans une démocratie

  2. KAH dit :

    Bien intéressant, Merci Pascal !

  3. Françoise - Gare du Nord dit :

    On peut lire également « La rumeur – Histoires et fantasmes » de Pascal Froissart (Débats Belin)

  4. Malinconia dit :

    Il fut aussi un temps où l’on appelait ça le téléphone arabe.
    Mais c’était avant …
    Avant le portable qui n’en est qu’un perfectionnement pernicieux.

  5. durand JEAN MARC dit :

    Excellent bouquin!

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