L’anecdote escamote les murs

De petits faits inattendus aux conséquences malheureuses mais sans caractère irréparable
Comment j’employais l’anecdote pour apaiser les peurs

Voir plus loin que le bout de sa fenêtre

Qui n’a pas vécu, à un moment de son existence, des petites aventures pittoresques, drôles ou piquantes ? Des petits faits inattendus survenant au cours de la vie. Nous avons tous des anecdotes à raconter. Il suffit de prospecter le sous-sol de notre mémoire pour les exploiter.
C’est ce que je vous propose ce mercredi

Aujourd’hui, 16e jour de confinement, je vous propose de passer un bon moment en 2 temps :
1 – Fouiller minutieusement les poches de sa mémoire et trouver une anecdote amusante à raconter.
2 – La raconter par écrit en soulignant sa drôlerie, sa cocasserie ou son piquant. Sans s’interdire de l’enjoliver, ni soucis d’exactitude. Comme pour une nouvelle.

2 anecdotes parmi d’autres

L’orchidée de bureau

Depuis plusieurs mois, j’admire une plante dans le bureau d’une collègue. Une orchidée blanche. Au fil du temps, elle reste toujours belle. 
Un jour, cette collègue quitte mon service. Fait du rangement et me propose ses plantes. Je me réjouis.
Je place l’orchidée devant la fenêtre. Je suis bien contente de ce cadeau. Je ne manque pas de l’arroser régulièrement
Pendant des semaines, j’admire sa force de vie.
Un jour, une amie passe alors que je l’arrose délicatement. 
Elle se met à rire. Etonnée, je me retourne.
« Mais qu’est-ce que tu fais ? Tu arroses une fausse plante ? » Je suis stupéfaite, je ne la crois pas. Je touche, je tâte.
C’est une fausse plante !
J’arrose et admire une fausse plante depuis des semaines. Je me sens bête. On éclate de rire.

Le vrai camembert

J’aime le camembert, le vrai. Celui qui n’a rien à voir avec l’industriel.
Un ami m’a donné une bonne adresse en Normandie. Un fermier y produit encore un véritable camembert au lait cru, fait avec du lait de vaches normandes qui mangent de l’herbe.
Nous demeurons encore à Paris à l’époque.
Sitôt le week-end venu, nous prenons la route pour la Normandie et acheter cette rareté.
Deux heures plus tard nous sommes devant la porte du réputé producteur. Elle est fermée ! Zut ! Il ne travaille pas le week-end.
Il est presque 13 h, nous décidons de manger dans l’unique restaurant du village. Avec l’espoir de trouver ce trésor normand sur le plateau de fromage. On s’illusionnait, il n’y a qu’un Caprice des Dieu plâtreux et un gruyère jaunissant.
Nous espérions nous promener dans le village après le repas. Il se mit à pleuvoir à seaux.
Nous regagnâmes Paris en mettant le chauffage dans la voiture.
Revenus à la maison, chacun s’empressa de téléphoner à la famille ou aux amis pour rire de notre mésaventure.
Plus tard, alors que nous finissions de souper, mon épouse s’est alors souvenu qu’elle avait acheté un camembert, quelques jours auparavant, quelque part chez un crémier. Elle ouvrit la porte du frigo. C’était ce fameux camembert ! Ce must pour lequel nous avions fait 400 km, nous attendait chez nous.

Cet exercice basé sur l’anecdote est une évasion pour oublier, pendant un temps d’écriture créativele confinement imposé par ce vicieux virus

Mais ce n’est pas moi qui vais commenter les textes enclenchés par mon idée. 

Ce sera aux auteurs de commenter 

Toute personnes abonnée qui publiera une anecdote devra réagir positivement par rapport à l’une des anecdotes racontée.  Je n’interviendrais pas, sauf si une personne ne respecte pas la règle.

Le but est de vous faire interagir entre abonnés (es) à ce blogue. D’oublier un peu son confinement en se distrayant.

Je suis dyslexique. De facétieux neurones font des croche-pieds aux mots dans mon cerveau. Mon orthographe trébuche souvent quand j’écris. Peut-être avez-vous remarqué une faute. Merci de me la signaler : blog.entre2lettres(at)gmail.com

96 réponses

  1. M.B.BEGUIN dit :

    Après avoir dialogué quelques semaines, sur un site de rencontre, avec un anglais qui a vécu de très nombreuses années à Montréal, j’apprends qu’il vient de temps en temps faire des conférences à l’université de Perpignan pour aider les jeunes souhaitant s’installer au canada.
    Nous nous rencontrons chez moi pour 3 jours de co-naissance !!
    Nous parlons de nos familles respectives et entre autre de mon fils coiffeur avec quelques détails. Il me demande de lui décrire le salon. Question qui me paraît normale puisqu’il est dans le design. Je vois son visage pâlir comme s’il se passait quelque chose de spécial !
    « demande lui s’il connait Jean P…. » La question me semble incongrue, et je m’exécute.
    – « Oui, me répond mon fils au tél, c’est un client fidèle »
    Finalement cet inconnu venu de si loin, avait rencontré mon fils 3 mois plus tôt en accompagnant son ami à une séance de coupe capillaire.

    • Françoise - Gare du Nord dit :

      Cette anecdote nous confirme une fois encore que notre monde est petit. Je me dis que faute d’être comme cet Anglais, attentionnés et curieux des autres, nous passons peut-être à côté de ce type de rencontres. Ces coïncidences ont-elles un sens?

  2. pakita POM dit :

    Ayant un faible pour les nouvelles a chute, j’ai bien aimé la balade en Harley

    Chaque année, au mois de février, nous allions, mon fils et moi, nous balader dans les bois, cueillir les premières jonquilles , annonciatrices du renouveau de la nature. Pendant que Julien s’amusait à grimper aux arbres, à faire des barrage sur le petit ruisseau voisin, je cueillais des brassées de soleil qu’à mon retour à la maison je mettrai en bouquets pour les offrir à tous ceux du quartier qui ne pouvaient plus trop dans les forets gambader.

    Cette année là, comme d’habitude, nous y sommes allés et j’ai ri des pitreries de mon fiston qui jouait à Tarzan et s’affalait, hilare, dans le tapis de feuilles mortes qui amortissait ses chutes
    Un mois plus tard, les larmes avaient remplacées les éclats de joie, Julien venait de nous quitter alors qu’on n’avait même pas encore fêter ses 13 ans.

    La perte d’un enfant laisse une mère, ravagée, les tripes à l’air et le coeur à jamais en galère.
    Une longue année a passé, grise et froide malgré le soleil d’été et les embrasements de l’automne. Je ne tenais que grâce à mon travail, mes engagements et les souvenirs de mon enfant, une collection de photos de chiens uskies qu’il affectionnait, des pierres, des fossiles, quelques photos …
    Noel, un enfer… et puis janvier et février avec ses jonquilles qui, dans les bois, à nouveau jouaient à cache cache sous la mousse.

    Je ne saurais dire pourquoi mais je me raccrochais bêtement à certains rituels pour trouver le courage de continuer d’avancer. Alors, seule aux jonquilles je suis allée. Il n’y avait personne alentour et pourtant, à l’entrée du bois, un magnifique usky m’attendait, son regard bleu profond a cherché le mien et, tranquille, dans ma foulée, doucement il a marché. Tout le temps que j’ai passé à faire des bouquets, il était là, couché tranquille à mes côtés. Ma cueillette terminée, j’ai quitté le bois. Jusqu’au chemin qui me ramenait vers ma voiture, il m’a suivi. Puis, de sa foulée souple, vers le bois est reparti…

    Et je suis rentrée chez moi, le coeur serein et plein de soleil. J’avais fait le bon choix.

    • Françoise - Gare du Nord dit :

      Un très beau texte, bien écrit, en trois temps : le début avec une promenade bucolique avec des facéties enfantines, pour continuer dans le drame absolu – la perte d’un enfant- et se poursuivre avec la vie qui continue et cette rencontre quasiment surnaturelle avec ce usky. Beaucoup d’émotions

    • Pascal Perrat dit :

      On peut qu’être très touché par cette cruelle tragédie. C’est un malheur, c’est beaucoup plus qu’une anecdote de vie.

      • pakita POM dit :

        cette anecdote n’est pas triste bien au contraire, elle peut déranger parce qu’elle parle simplement de choses qui n’arrivent pas qu’aux autres . Alors en ces temps difficiles pour certains, je la veux porteuse d’espoir et de lumiere car elle m’a aidée à avancer et à transformer en soleil radieux tous les petits bonheurs de la vie. merci

    • Maguelonne dit :

      C’est très dur et c’est plein d’amour. Arriver à se souvenir des beaux moments et garder l’être cher avec soi : ça n’enlève pas le chagrin, mais la vie tout doucement peut, peut être, reprendre. Je vous embrasse

    • M.B.BEGUIN dit :

      Merveilleuse renaissance devant ce qui ne devrait jamais arriver !

  3. RENATA dit :

    23 H , en plein hiver , années 90 , je rentre de répétition du festival d’opérettes d’Aix Les Bains . Au loin , lumières , barrage de police , contrôle d’identités . Jamais je n’avais été arrêtée . Jamais je ne prend mes papiers car je ne suis pas loin de chez moi . Je stoppe ma voiture un peu craintive . Ils sont armés . Je vais pour ouvrir ma portière et expliquer …
    – Restez dans votre véhicule et ouvrez votre fenêtre , madame , s’il vous plaît
    Je m’exécute , avec une petite boule au ventre .
    – Papiers du véhicule et papiers d’identités , s’il vous plaît .
    Et là , je m’entends leur dire :
    – Je n’ai rien , pas de papiers , seulement mes partitions et ne peux que vous chanter une chanson !
    Surprise , ils répondent :
    – On vous écoute !
    Et me voilà à 23h15 , assise dans ma voiture , la vitre ouverte , en train de chanter un air des  » cloches de Corneville  » devant 2 membres de la gendarmerie nationale .
    Ils m’ont laissé aller jusqu’au bout !! m’ont demandé de circuler ( sans applaudissement ) .
    Depuis je ne prends pas toujours mes papiers , l’expérience était piquante . Alors on ne sait jamais !!

  4. ACHILLE Dominique dit :

    J’ai beaucoup aimé l’histoire de l’aveugle qui guide la conductrice.
    Mon anecdote : J’avais enregistré une entrée d’argent, attendue, certes, mais tout de même réjouissante, et je proposai à ma compagne de l’emmener vers une destination dont le nom était déjà une promesse.
    Je réservai un voyage à Florence, comprenant le trajet aller et retour en train nocturne et deux nuits dans un hôtel du centre ville. Nous allions d’abord goûter le plaisir à la fois spartiate et inhabituel du dormir en couchette, puis nous éblouir de musées, de monuments, de promenades au bord de l’Arno, et de cuisine italienne.
    Premier signe annonciateur d’un périple en amoureux, nous étions seuls dans notre compartiment. La nuit fut calme, le train fit son travail de train et ne nous réveilla pas, le contrôleur non plus. La fenêtre du compartiment était équipée d’un store qui assurait une occultation parfaite.
    Comme à l’accoutumée, je me réveillai le premier. Je descendis précautionneusement et, sans réveiller la dormeuse, je soulevai très légèrement le store, pour voir où nous étions. Le soleil, déjà haut, chauffait déjà la campagne de Toscane, encore bien verte en ce matin de printemps. Au bout de quelques minutes, ma compagne se réveilla. Je lui laissai quelques secondes pour sortir du sommeil, et quand je vis qu’elle avait recouvré toute sa conscience, je lui dis, presque triomphant :
    – Admire la Toscane !
    Et d’un geste volontairement théâtral, un sourire de séducteur aux lèvres, je soulevai vivement le store.
    Le train roulait dans un tunnel.

  5. Maguelonne dit :

    Fin des années 60, je commence ma deuxième année à l’école d’infirmière. Il fallait apprendre à faire les intraveineuses. Un peu de théorie et je passe à la pratique, guidée par une infirmière diplômée. Elle avait trouvé un de ces héros anonymes du quotidien, qui très obligeamment avait accepté d’être cobaye
    Au départ je suis dans mes petits souliers mais tout va bien : bon respect des règles. Et puis quand faut y aller, faut y aller !! Donc je pique. Et cette coquine de veine trouve un malin plaisir à m’échapper.
    « T’es en dessous, remonte, remonte » me dit mon coach d’infirmière. Moi j’ai peur et j’hésite. « Vas y remonte, tu vas y arriver ».Encouragée par mon guide et par le patient : « Je suis un vieux de la vieille, j’ai le cuir tanné. Je ne crains rien, allez y »,je remonte et vois sortir le bout de l’aiguille à environ deux centimètres du point de piqûre. J’avais fait une brochette : une brochette unique et inoubliable.
    Par la suite il m’est arrivé de faire des brochettes mais seulement pour le barbecue. Je le jure. Je dois ajouter que le patient a fait preuve jusqu’au bout de gentillesse et d’élégance. Il aurait mérité une médaille

  6. ourcqs dit :

    ELLE est super !

    C’était au temps où les métros roulaient, où on se pressait, compressait; les uns les autres sans problème
    Me voilà tout près de deux jeunes cadres dynamiques se racontant leur dernier week-end,
    – alors, c’était comment ?? tu as l’air tout excité,
    – le rêve, je l’ai emmenée à la campagne, tu vois de longues balades sur les belles petites routes, toujours partante, en forme
    la semaine prochaine nous irons plus loin, en bord de mer, tu imagines
    – pas le moindre petit défaut, le petit truc agaçant ??
    – non, en plus avec son élégance naturelle, nous faisions un bel effet ,

    Quand il a proposé de montrer quelques photos, je n’ai pu m’empêcher de glisser un regard en coin et là surprise, je ne la voyais pas vraiment ainsi ! quel look !! , lignes parfaites, la classe,
    le fantasme des amateurs de HARLEY !!

  7. Pascal Perrat dit :

    Merci à toutes et à tous comme dirait…
    Vos échanges me réjouissent, je ne pensais pas que mon idée attiserait autant votre mémoire et votre imagination. J’imagine une suite pour le merci suivant.

  8. 🐀 Souris verte dit :

    🐀 merci Camomille et Laurence…

    Oui ! On connaît ça. Si ça si la si ré ! 🤣

  9. 🐀 Souris verte dit :

    Admirable empathie qui te fais relier les uns aux autres. 🐀

    • Laurence Noyer dit :

      ça me rappelle une période de ma vie.
      On avait demandé à tous les Français de rester confinés chez eux à cause d’un virus hyper contagieux. Je faisais partie d’un atelier d’écriture via internet.
      L’animateur du blog sur lequel nous écrivions avait eu l’idée de nous faire commenter les textes des autres participants.
      Créant ainsi un échange via la toile. Chacun avait la possibilité de goûter le plat de l’autre; et de pouvoir » s’exprimer sans être interrompu », comme l’a écrit J.Renard
      Très belle initiative

  10. Sylvianne Perrat dit :

    Hasard ?
    Je reçois en coaching une femme avec qui je sympathise. Qq mois plus tard, une autre vient chez nous pour un coaching. Je l apprécie bcp.
    Qq temps plus tard. je ne sais pourquoi je ne le fais jamais, je leur communique leurs coordonnées mutuelles en leur disant : vous avez 3 points communs ! Trouvez les !
    Elles jouent le jeu. Une est à Paris, la 2e à Bordeaux.
    L’une et l autre écrivent un livre, elles me connaissent ( facile) et elles ont un problème d harcèlement au bureau. Elles sympathisent, échangent, se téléphonent. Un jour, l’une propose à l autre de faire une recherche généalogique.
    Eh bien je suis restée baba, elles sont cousines à je ne sais combien de générations !

    Intuition ?
    A Paris, j’ai une collègue au bureau que j apprécie. On échange bcp : philo, religion, spiritualité. J’aime ses visions positives sur le monde.
    Dans un stage que j anime je rencontre une femme pas ordinaire. Une Iranienne merveilleuse, je l appelle la Princesse. On reste en contact.
    Pendant des mois, quand je rencontre l’une je pense à l’autre. Pourtant elles ne se ressemblent pas. Une blonde catholique et la brune musulmane.
    Un jour, je n y tiens plus, je parle de la brune à la blonde et vice et versa.
    Elles vont dans la même salle de gym à la même heure ! Elles se saluent de loin sans se connaître.
    J organise un dîner. Elles sont amies !

    • Laurence Noyer dit :

      moi je dis ouah!
      j’étais très cartésienne, mais j’ai un peu baissé la garde après avoir lu Le dictionnaire de l’impossible de Van Cauwelaert

      belle expérience Sylvianne et merci pour le partage

    • camomille dit :

      J’adore ce genre d’histoire Sylvianne: intuition quand tu nous tiens!
      Fascinant!

    • Souris verte dit :

      🐭Chère Sylvianne
      Le message sur ‘ l’empathie ‘ était pour toi.

      Le bidule redistribue les cartes !🐀

    • Françoise -Gare du Nord dit :

      Sylvianne. Je connaissais ces histoires mais en avais oublié certains détails – surtout celle du premier binôme- et j’ai pris plaisir à la lire.

      Cela dénote chez toi une hyper-intuition qui tiendrait un peu du surnaturel

    • jean marc durand dit :

      Gaffe, à une époque on t’aurait grillé les orteils et le reste pour …sorcellerie!

    • RENATA dit :

      Merci Sylviane de raconter ces anecdotes qui me ramène à mon stage d’écriture , agréables souvenirs

  11. Antonio dit :

    J’ai des super souvenirs de Monteton, un petit village en promontoire sur les vignobles de Duras, dans le Lot-et-Garonne, où j’ai effectué des stages de musique en groupe tellement extraordinaires que je me prenais pour un acteur de Fame (le film). Mais celui-là, je ne m’en vante pas souvent.

    C’était au début des années 2000. Je jouais de l’harmonica pendant une semaine très intense, en cours et soirées festives. Du matin au matin, on apprenait des morceaux, improvisait des boeufs et mangeait royalement des produits locaux dans des grandes tablées à l’auberge. Le pied, quoi. En fin de semaine, arrivait le jour du concert où on devait former un groupe avec différents instruments pour interpréter les morceaux appris.

    Cette première fois-là, dans mon groupe, débutant que j’étais, je dois assumer le rôle de leader sur le morceau instrumental, du jazz je me souviens. Moi, pourtant timide, après une semaine de déconnade, je décide d’assumer franco ma nouvelle autorité. Bordel, c’était mon morceau et j’allais devoir briller pendant mon solo au milieu des guitaristes.
    Voilà que pendant la répétition, je regarde les deux guitaristes et je leur dis d’une voix assurée :
    « Richard, tu prends le premier chorus, moi le suivant et toi Michel, tu termines avant de reprendre le thème. »
    C’est alors que Michel me regarde, interloqué, et me dit : « Moi, je suis bassiste »
    Et là, tout con, je regarde sa guitare, en effet, elle n’avait que quatre cordes.

  12. durand JEAN MARC dit :

    Bon je l’avoue, j’ai fait mon service militaire. Pas de bon cœur, il faut le reconnaître. Tentant de me faire passer pour un demeuré, j’ai frôlé la tôle. 12 mois à tirer donc, à découvrir les différentes strates du genre humain mâle, les simples, les doubles et les triples couches.

    C’était en Allemagne,dans les chasseurs mécanisés. Nous zonions en jeep, comme éclaireurs pour la horde de chars nous suivant. En cas de conflit, nous étions les premiers au front, ceux qui estimaient les forces de l’ennemi, transmettaient les informations et dans la mesure du possible de la survie prenaient leurs jambes à leur cou…ou plutôt leurs pneus à leurs jantes.

    N’étant pas particulièrement véloce pour les activités guerrières, je me rabattais assez rapidement vers des occupations moins violentes.

    Je mis en avant trois de mes capacités: la connaissance de l’allemand, la course à pied et la photographie.

    Donc j’enseignais un peu d’allemand à mes comparses, au chaud, je décrochais à pied des médailles pour la gloire de la compagnie et pour le gain tout à fait personnel de permissions de 72h.

    La photo, c’était pour témoigner de la vie de la caserne et fournir de bons clichés pour la revue promotionnelle. « Égorgez vous..égorgez vous »

    La veille de la fiesta annuelle de la compagnie, le capitaine me convoqua pour me confier l’inestimable mission de couvrir l’événement. Et pour cela me confia un barda de matériel photo que je ne connaissais pas.

    J’étudiais vaguement les notices.

    Le lendemain, je dus me débattre comme un beau diable. On aurait cru Buster Keaton dans le Cameraman. Au soir, fier comme un poussin français (je n’étais qu’amateur quand même!), je rendis cinq pellicules et allait me coucher, épuisé.

    Convoqué le lendemain, j’espérais de mes exploits une permission à rallonge, l’espoir d’aller retrouver ma chérie sur les terres laborieuses de nos champs de betteraves françaises.

    Or, misère des poils du crêpe de mon béret,la tête du capitaine ne m’aidait pas à envisager une quelconque évasion. Il souhaitait me faire constater les dégâts.

    Sur les 180 clichés possibles….179 étaient, par un incompréhensible mystère de la non coordination des petites roues dentées du boîtier et de l’alignement des planètes, totalement gris, voilés, nichts!

    La seule photo claire, nette, bien cadrée, bien éclairée, le capitaine me la mit sous le nez.

    Elle représentait l’unique char qui lors de ce long défilé était tombé en rade juste devant la tribune d’honneur, le square aux galons, le placard aux képis.

    J’expliquai longuement au capitaine, avec ma mauvaise foi innée mais néanmoins peaufinée par l’acquis que je l’avais bien prévenu ne pas bien connaître le matériel fourni.

    Finalement, grâce à la compréhension de ce char, ayant su poser pour moi, pour soulager ma panique, j’étais parvenu à une mise au point parfaite autour d’un cadrage soigné et d’un éclairage bienveillant.

    Il n’y eu pas de sanction, pas de permission, non plus!

    J’utilisais le temps à venir pour me pencher sur l’inconscient des boîtiers photographiques. Celui ci m’avait épaté par son discernement, son bon goût et son humour.

    Depuis, avant n’importe quel cliché, avec n’importe quel boîtier…par n’importe quel temps, quoi qu’il se passe, je luis demande son avis!

  13. Nadine de Bernardy dit :

    Je n’avais pas encore mon permis de conduire et faisais de stop pour rejoindre mes parents à Alès par les petites routes.
    Une voiture s’arrête,par chance son conducteur va aussi dans cette ville.
    C’est une homme jeune,aimable,qui a plaisir à bavarder.Nous discutons de choses et d’autres.
    Il me demande si je n’ai pas peur de faire du stop.
    Non, vous savez je suis une grande fille et je fais confiance aux gens,sinon je ne serai pas là.
    Je lui demande si je peux reculer le siège car mes genoux touchent le tableau de bord.
    Oh!oui bien sûr,j’aurai dû vous le proposer,ma femme est plus petite que vous. Soulevez la manette à droite de votre siège.
    Je soulève la manette à droite de mon siège,et me retrouve en position ….couchette.
    Eh!bien jeune fille, me dit-il,très pince sans rire,en voilà des manières,vous croyez que j’ai que ça à faire?
    Et il se met à rire très joyeusement
    Excusez moi,je vous jure que je ne l’ai pas fait exprès ,mais les manettes sont assez près l’une de l’autre et ça arrive parfois.
    Rouge de confusion et morte de rire en même temps,je tente de me redresser tant bien que mal en rajustant ma courte jupe droite pour tenter de retrouver un semblant de dignité.
    Nous reprenons la conversation où nous l’avions laissée, mais à chaque fois le fou rire nous gagnait.
    Je n’ai jamais fait un trajet si joyeux de ma vie.
    Je n’ai pas pu partager cette aventure avec mes parents qui désapprouvaient ces déplacements hasardeux.

    • Antonio dit :

      Je ne crois pas au hasard. Une bien belle histoire dont vous nous cachez la véritable chute. Seriez-vous passée à côté de l’homme de votre vie ? En tout cas, c’est un bon début de film 🙂

    • Pascal Perrat dit :

      RENVERSANT ! Ces sièges de voitures qu’on pouvait rabattre en arrière, juste en appuyant sur une simple manette, la belle époque…

    • durand JEAN MARC dit :

      Oui, sympa….ça me rappelle ma jeune vie d’auto stoppeur! Embarqué par un gentil monsieur sensible à mes boucles blondes, j’avais pu bénéficier…en tout bien tout honneur et sans le comprendre de suite d’un détour…de 250kms…!

      • Laurence Noyer dit :

        moi aussi j’ai fait bcp de stop
        je suis allée passer mon Bac par ce moyen
        même pas peur, même pas en retard
        c’est fou ce que les souvenirs des autres ramènent en nous
        nostalgie, nostalgie

        • Françoise - Gare du Nord dit :

          Ah l’auto-stop, le moyen de déplacement de mon adolescence. Que de souvenirs, cocasses et plus inquiétants dot je me suis bien sortie. Pour vous Nadine cela aurait pu être le cas ou alors, comme le dit Antonio, être-vous passée à côté de l’homme de votre vie

    • jean marc durand dit :

      Incroyable! Avant ce jour, jamais je n’aurai cru que la pratique de l’auto stop puisse engendrer autant d’envies d’écrire. Le goût du risque…peut être ??

    • RENATA dit :

      Voilà qui est très drôle effectivement et surtout qui fini bien merci

  14. Grumpy dit :

    Encore maintenant, quand je passe devant le Théâtre Municipal … Je me souviens qu’il faisait beau ce dimanche mais ça nous était bien égal. Les parents auraient préféré que nous profitions du soleil pour ‘promener’ comme ils disaient.

    Promener, c’était bon depuis le landau jusqu’à 12 ans, mais après …

    Un film nouveau était affiché au Théâtre. Notre petite bande a compté son argent de poche et est partie faire la queue au guichet.

    Seulement dans cette petite ville, le contrôleur des tickets nous appelait tous par notre prénom et savait bien qu’il nous manquait 2 ans pour dépasser l’interdit aux moins de 18 ans.

    Nous étions certains qu’il tournerait son regard de nos frais visages et nous laisserait entrer, c’était un homme amical qui aimait la jeunesse et que nos jeans et blousons noirs amusaient, sans parler de nos mobylettes bleues sur lesquelles on frimait. Tous les garçons étaient des James Dean.

    Nous nous croyions imbus de fureur de vivre, et c’était un petit peu vrai … jusqu’au sage retour à la maison à l’heure du souper.

    Et les filles ? Les filles portaient des robes à petits carreaux vichy, chignon coiffé en banane et cheveux crêpés serrés sous un un foulard noué à la pointe du menton, elles étaient BB.

    Et, justement, ce film interdit que nous allions voir assis au poulailler ou sur des strapontins, ce film faisait un tabac, c’était BB à son plus beau qui relevant sa jupe montrait ses jambes à Jean Gabin dans « En cas de malheur ».

  15. Fabienne Julien dit :

    Pain au chocolat

    Je m’arrête dans une boulangerie de zone commerciale. Ravie d’ acheter un pain au chocolat. Reprenant ma voiture, fenêtres baissées, je conduis en savourant … au tournant, sur la bretelle de la voie express, (je revois très bien les beaux chênes, le soleil qui décline) , je sens sur ma langue quelque chose.

    Au coeur du chocolat, une lame de rasoir. Dégoût et surprise, je jette tout sur la route. Très secouée je conduis 20 km en pensant que tous les pains sont piégés, que je dois appeler la police. L’ apprenti dément, se vengeant de son patron…

    Quand j’arrive à la bibliothèque de mon village où je suis bénévole, je raconte mon histoire devant quelques dames avec l’impression d’avoir fait un cauchemar ou d’être folle.

    C’est en parlant que je me rappelle avoir entendu ma grand-mère qui avait été boulangère, dire que pour couper la pâte rapidement, on se sert parfois d’un lame de rasoir !

    Je respire. j’appelle la boulangerie. Le patron est navré, il veut que je vienne. Non certainement pas ! Je suis dégoûtée c’est tout. J’ai presque de la peine pour lui.

    © Fabienne Julien 2020

  16. camomille dit :

    Je vous parle d’un temps où les GPS n’existaient pas.
    Je me rendais seule en voiture, à Marseille  pour la première fois :
    169, rue Breteuil dans le 6ème. Je ne risque pas d’oublier cette adresse.
    J’y avais un rendez-vous professionnel.
    Pas de GPS donc, quant aux plans, je n’ai jamais su les lire, si ce n’est à l’envers et encore !
    Me voilà perdue dans une rue et je ne savais plus où j’étais ni où je devais aller.
    Panique !
    FEU ROUGE! Stop !
    Un homme passe à ma hauteur sur le trottoir.
    Je tourne frénétiquement la manivelle de la vitre et le hèle au passage :
    – « La rue Breteuil svp ? » (c’était un cri de désespoir qu’il reçut comme tel).
    Il vient vers moi et me lance :
    – je m’y rends moi aussi ! Le mieux est que je monte avec vous et que je vous y conduise.
    – FEU VERT – Démarrage
    Juste le temps d’embarquer le mec avant que je ne déclenche la colère des conducteurs impatients derrière moi… OUF !
    Et l’homme d’enchaîner :
    – continuez sur 50 m à peu près, puis prenez la 1ère à gauche,
    ensuite sur votre droite, prenez la 2eme rue et vous y êtes,
    Arrêtez-vous là c’est bon pour moi.
    Cligno – Warnings : l’homme descend.
    Et c’est là que je le regarde enfin :
    Il portait de grandes lunettes noires et avait une canne blanche.
    Mon guide était un aveugle !

    Et je vous jure que cette histoire est vraie.

    • Souris verte dit :

      En tout cas… Il était malin et connaissait bien son chemin !
      Il avait trouvé, sans le savoir une bonne et jolie conductrice !
      Oui.. c’était un malin.
      Amitiés et bon confinement 🐀🤗

    • Laurence Noyer dit :

      Enclencher la première tout en déclenchant la colère. Belle figure de style
      Ce texte est charmant et l’anecdote cocasse

    • Antonio dit :

      « Je tourne frénétiquement la manivelle de la vitre », rien que pour ce geste d’un autre temps, je vous remercie pour cette anecdote croustillante. Je vous crois pour l’aveugle, moi aussi je vous y aurais emmenée les yeux fermés 😉

    • RENATA dit :

      Votre guide était mieux informé que certain GPS que je pratique ! merci

  17. Fanny Dumond dit :

    Un jour nous faisions la course, mes deux sœurs et moi, pour aller aux toilettes. Ah ! les fameux cabinets. Je ne vous ai pas encore raconté que, bien évidemment, Mémé n’avait pas de WC dans son si bel appartement. Pour nous soulager, nous devions aller dans un hangar construit dans la cour. Il y avait bien trois waters ici, mais… deux étaient bouchés. On s’asseyait sur une planche trouée, non rabotée qui nous griffait les cuisses et les fesses. Je ne vous parle même pas de l’odeur nauséabonde là-dedans. On en avait tant des hauts le cœur que nous y restions en apnée le temps nécessaire. Donc, ce jour-là, suite à un pari de qui arriverait la première, nous courions comme des folles vers les lieux d’aisance. Ma petite sœur nous dépassa et, quelques secondes plus tard, nous entendîmes un grand fracas et un hurlement. Nous la trouvâmes les jambes coincées et enlisées dans le trou. Dans sa précipitation, elle avait sautée sur la planche et l’avait fracassée ! Paniquée, en la hissant sous les aisselles, je l’aidai à sortir ses gambettes de là-dedans. Waouh ! Quel fou rire quand le sauvetage fut terminé ! Ma petite sœur se retrouvait avec les jambes entièrement maculées et dégageait une odeur que je vous laisse le soin d’imaginer. Mais, ce n’est pas terminé. Ne voilà-t-il pas que l’idée ne lui traversa pas l’esprit d’attendre bien tranquillement dans la cour et qu’elle se précipita pour retrouver notre mère au premier étage. Je ne vous raconte même pas ni les cris d’orfraie que poussa notre mère lorsqu’elle vit apparaître ma petite sœur dans cet état ni de l’engueulade que la rescapée se prit. Elle avait semé partout l’odeur et la crotte, comme le Petit Poucet ! Ma mère, très très énervée, la prit dans ses bras, en évitant de se salir, et la transporta jusqu’au puits. À grand renfort de seaux d’eau balancée sur ses quilles ma mère parvint, enfin, à déplâtrer les guiboles de l’infortunée de leur gangue nauséabonde. Et puis Maman, armée d’une serpillère, nettoya les dégâts en rouspétant dans sa barbe et c’est Papa qui s’est mis à la tâche de réparer les cabinets. Il en faisait une de ces têtes !

    • Pascal Perrat dit :

      Grâce à vous 2 souvenirs d’enfance me sont revenus. 1 – J’ai eu la même mésaventure que votre soeur. C’était un repas de famille à la ferme, les enfants jouaient dehors en attendant le dessert. J’avais environ 7 ans, de vieilles planches couvraient une fausse à purin. Je suis passé dessus et au travers. Je suis arrivé dans la maison tout dégoulinant, les grands étaient à table…
      2 – Nous avions aussi, chez nous, des cabinets dans une petite cabane au fond du jardin, l’été, quand on soulevait le couvercle en bois des milliers de mouches bourdonnaient au fond. Je me souviens que j’enflammais une feuille de papier journal que je jetais au fond avant de m’installer…

      • Dumond Fanny dit :

        Merci beaucoup Pascal de votre amical commentaire et de la magnifique chanson de Bourvil que je ne connaissais pas et que je viens de partager sur mon groupe pour illustrer une pensée d’Albert Camus. C’est vrai qu’en lisant les différentes anecdotes d’autres souvenirs remontent à la surface. Mon Dieu ! j’imagine votre frayeur d’être tombé dans la fosse à purin et l’odeur encore plus pestilentielle que celle de ma sœur qui avait le chic pour faire les quatre-cents coups. Mais je constate que vous n’étiez pas en reste, vous aussi ! Vous enfumiez les mouches, au sens propre ! Chez ma grand-mère, qui n’avait ni l’eau ni l’électricité dans les année 60 (inconcevable pour mes petites-filles) et qui louait deux pièces à la commune dans un ancien cloître, il y avait les trois WC que je décris. Quel délice de retrouver le confort de notre HLM !

  18. Nouchka dit :

    Jupe blanche

    Dans le bureau du responsable du personnel de l’unité industriel de St Ouen, échangent, en ce début de journée, François, qui reçoit dans ses meubles : Antoine, intervenant extérieur, qui prodigue la bonne parole aux troupes et Anne, en charge dans cette usine, de la formation des personnels. Les trois personnes se connaissent de longue date.
    Nous sommes en été. Anne porte une jupe droite blanche et les deux hommes, des tenues confortables.
    – Antoine, vous intervenez auprès de qui aujourd’hui ? s’informe François
    – La maîtrise des grands transfos. Vous avez des recommandations particulières à me faire ? demande Antoine
    – Ce sera sensiblement le même type de groupe que celui de la semaine passée, pronostique Anne
    – Le plus important, est de renouveler les exercices. Sans doute, les gars en discutent-ils entre eux, reprend Antoine.
    – Parfait, conclut François.
    Anne, assise à côté d’Antoine devant le bureau de François baisse alors la tête vers ses mains croisées sur ses cuisses.
    Elle réalise alors que sa jupe est, sur le devant, couverte de poils noirs.
    – Oh, ma chatte ! s’esclaffe Anne contrite
    Les deux hommes se regardent en souriant tandis que leur collègue réalise l’ambiguïté de son propos, concomitamment au regard porté sur le haut de ses cuisses.
    Tous trois pouffent de rire et commencent joyeusement une journée qui n’aurait peut-être pas été telle sans cette mésaventure.

  19. Laurence Noyer dit :

    Mon mari a fait son service militaire en Guyane en 1976. Très bricoleur, il avait réussi à retaper une vieille 2 Chevaux ce qui lui permettait de sortir de sa caserne et de visiter le pays.
    Un dimanche, encouragé par ses potes de chambrée qui l’accompagnaient, il est allé plus loin et s’est retrouvé sur une sorte de grande piste déserte mais bitumée. Le bonheur pour circuler! Jusqu’à ce que, au loin, apparaissent les gyrophares de véhicules militaires. Rattrapés, stoppés, mis en joue, mon mari et ses amis n’en menaient pas large, comme on dit. Ils venaient d’être arrêtés sur la base de lancement du Centre spatial de Kourou, au pied de la rampe de lancement de la fusée Ariane. On les a priés de faire demi tour et le centre fut rapidement doté d’installations défensives.

    • Nadine de Bernardy dit :

      j’imagine la tête du père et de ses amis,ils ne devaient pas en mener large en effet,mais c’est quand même dommage de mettre à la dispositions des conducteurs une si belle piste et qu’ils ne puissent pas en profiter……

      • Françoise - Gare du Nord dit :

        Ces deux mésaventures, celle de votre époux Laurence et la tienne Pascal auraient pu avoir de plus graves conséquences – si votre mari s’était trouvé dans état dictatorial et si Pascal la virée était du côté algérien. elle ne prêtent à sourire que longtemps après j’imagine

    • Pascal Perrat dit :

      J’ai vécu une situation similaire. Je m’étais rendu chez le dentiste dans la caserne de la Légion Étrangère à Sidi-bel-Abbès. En sortant du cabinet, j’aperçois une allée dallée menant à un grand globe terrestre. J’empreinte l’allée pour aller voir. J’ai à peine fait quelques pas que des légionnaires me sautent dessus pour me maitriser. J’avais innocemment marché sur la Voie Sacrée sans être un légionnaire ! Après la guerre d’Algérie, ce monument à été démonté et transporté à Aubagne.

  20. Souris verte dit :

    🐀Paru dans « Viens je vais te raconter… La suite (Ed. Presses du Midi)

    SOUVENIRS D’ENFANCE

    1/DEVOIRS DE VACANCES

    J’arrivais dans cette maison imprégnée de l’odeur de céleri.
    Dès l’entrée j’avais la nausée.
    N’allant pas à l’école j’y venais contrainte pour étudier.
    Mais l’Été pire encore, l’odeur persistait
    comme si d’être chauffés, les murs la transpiraient.
    Alors que j’aurais pu rester tranquille à ne rien faire, on avait hâte de m’occuper.
    Je partais donc chez cette vieille amie de ma mère le plus lentement possible et en comptant mes pas,
    maudissant ce cahier de devoirs de vacances que je tenais sous le bras et qui m’obligeait à mijoter quelques heures dans les odeurs de soupe.

    2/LE PETIT BUGLE DE MON PÈRE

    réveil dominical

    Il n’y avait pas de bon dimanche possible pour mon père tant qu’il n’avait pas fait le tour du parc au pas de gymnastique au moins trois fois. Même à cinq ou six heures du matin.
    Cela n’aurait gêné personne s’il n’avait pas fait sa ‘ musique ‘ à l’heure de l’office des Laudes en soufflant joyeusement le pont de la Rivière Kwaï dans son petit bugle.

    La maisonnée ne faisant pas exception, une fois réveillés en fanfare ! Nous passions à l’office prendre nos  »instruments » et en file indienne et en pyjama nous défilions en tapant vigoureusement de la louche sur le couvercle ou le cul de la marmite.
    Nous n’avons jamais, il faut bien le dire, été appréciés à la hauteur du mal que nous nous donnions.
    Les noms d’oiseaux gazouillaient aux fenêtres des voisins en une guirlande d’invectives.
    En plus, s’il faisait beau nous faisions la chorale mais sans lâcher l’écumoire ni la poêle à frire.

    Lorsque que l’heure de la messe sonnait, vêtus de nos habits du dimanche nous retrouvions tous les voisins devant l’église du quartier.
    Serez-vous surpris si je vous dis que les bonjours échangés étaient légèrement pincés.

    Le patriarche s’en moquait il était au dessus de ça…
    – On ne dort pas les uns sans les autres clamait-il content.
    Ce qui était gage d’une bonne journée.
    Et croyez-moi dans ce temps là il valait mieux que le père soit de bonne humeur que fâché, sinon, gare aux plumes…
    Ça allait barder !

    3/RÉPÉTITION

    La chatte de Madame Tibert

    Tous les soirs, mon père rentrait avant tout le monde à la maison pour travailler les marches militaires sur lesquelles il allait défiler le 14 Juillet et autres fêtes républicaines.
    C’était sa fierté ces défilés, sans compter que le costume était seyant et chaque fois, les voisines ne manquaient pas de signaler à ma mère comme il était beau son mari … Pensez ! Déjà que la trompette n’était pas son instrument de prédilection, ( elle, s’était l’accordéon) mais là, ça commençait à lui chauffer les oreilles !!
    Jalousie… jalousie peut être !
    Avant les répétitions du lundi soir, au bistrot jouxtant la salle communale, il retrouvait tous ses copains de la  » Cipale  »… Son moment de liberté.

    En attendant, tout le quartier profitait de sa musique.
    À l’autre bout de la rue chez ma préceptrice les choses s’accélèraient dès les premiers sons qui sortaient du cornet à pistons.
    Je voyais alors cette grande femme maigre se lever d’un coup, donner un tour de cuillère dans sa soupe aux fayots qui mitonnait toute la journée sur le fourneau et chercher fébrilement sa chatte.
    Une fois Zézette attrapée, elle l’allongeait au milieu des cahiers et commençait à lui masser les flancs.
    Un jour que je me hasardais à lui demander le pourquoi de ses attentions , elle me répondit assez sèchement du reste
    – Parce qu’à chaque fois que Monsieur votre père souffle dans sa trompette, Zézette fait une fausse couche.

    Je n’avais, il faut bien le dire aucune notion de ce que c’était ce truc là, mais vu l’ardeur de madame Tibert à masser le ventre de sa chatte, je me doutais que ce devait être quelque chose d’extrêmement important puisque ça agissait même sur les chats..

    Ça ne m’étonnait pas de mon père. Sa femme lui disait toujours
    – Lucien quand vous vous y mettez, z’êtes capable du meilleur comme du pire.
    Là, c’était assurément le meilleur.
    Aussi je ronronnais d’aise au milieu des autres gamines un peu jalouses et qui n’avaient probablement pas un père qui soufflait dans sa trompette avec une telle puissance. Et peut être même… qu’il n’avait pas de trompette du tout !

    Cela a changé radicalement ma perception de la musique. J’écoutais maintenant avec ravissement cette musique militaire, qu’avant je ne considérais utile que pour avancer ensemble au pas cadencé, le pied gauche d’abord et le pied droit ensuite.

    4/DIMANCHE

    Leçon de sauce

    Alors là, je n’avais jamais vu ma mère dans une telle rage !
    Pour le repas dominical, elle avait décidé de faire des œufs mimosas.
    Elle avait donc tout préparé pour sa mayonnaise : l’huile, les œufs, la moutarde pour que tout soit à la température ambiante…
    C’est le secret, me disait-elle tout le temps, pour bien la réussir…
    La reine de la mayonnaise : c’était ma mère et elle le savait.
    Donc on a mis le jaune et la moutarde dans le bol et je versais l’huile en mince filet continu pendant qu’elle tournait avec sa cuillère en bois plus vite que la roulette du dentiste. Tout était parfait, l’humeur était à la hauteur de la sauce. Mais juste au moment ou elle allait retourner le bol pour me montrer comment elle avait bien pris… mon père, pour enlever l’eau des tuyaux de son bugle, s’est mis à souffler dedans comme un forcené dans un bruit de sanglier en rut.
    Est arrivé ce qui devait arriver : la sauce a d’abord pris un aspect tremblotant gélatineux comme de la cellulite puis est retombée aussitôt en huile.

    Ma mère a juste dit : on les fera à la vinaigrette…
    On sentait bien l’acidité…

    5/LE DÉFILÉ

    Résistance

    Quand mon père eut bien assèché l’eau des pistons et rangé son instrument gâte-sauce dans son étui, ma mère le planqua sournoisement derrière la chaudière à charbon.

    Mon père désespéré d’avoir perdu son statut de musicien, allait bien le lundi rejoindre ses copains mais le cœur n’y était plus.
    Le chef, voyant sa tristesse, lui a proposé autre chose.
    Mais on n’a pas su quoi !

    Le 14 Juillet suivant, frais comme l’œil dès potron-minet sanglé dans son costume militaire et coiffé de la casquette de la Cipale il est parti affichant un sourire ironique sans rien dire.
    Comme tous les ans, nous nous sommes mises à la fenêtre pour voir le cortège qui passait dans notre rue…
    En tête de la troupe, mon père fier comme s’il avait conquis la lune avançait portant haut le drapeau de sa fanfare.

    Je ne vous dis pas le lendemain… Les voisines s’en donnèrent à cœur joie !
    – C’est bien votre mari qu’on a vu portant la bannière !
    Mon dieu ! Quel bel homme, impressionnant et fort !
    C’est qu’il faut être costaud pour porter le drapeau !

    Arrêtez.
    N’en jetez plus… La cour est pleine. 🐀

    • camomille dit :

      Quel charmant florilège de souvenirs d’enfance souris verte!
      et si joliment raconté. On s’y croirait
      Pour ma part, j’ai un petit faible pour « la chatte de Mme Tibert »
      Quel homme en effet ce père !

    • Laurence Noyer dit :

      Bien aimé tous ces petits textes sautillants , vifs et joyeux
      On connaît la musique dans votre famille, dans votre do mi si la do ré

    • Françoise - Gare du Nord dit :

      Souris verte

      Votre texte Souris verte fait resurgir en moi des souvenirs d’enfance : l’odeur de poireau à la place de celle du céleri, les devoirs de vacances, les habits du dimanche, la toute puissance du pater familias, les sempiternelles grossesses de la chatte, la salle communale…

      Et j’aime beaucoup votre style fleuri et imagé : « Les noms d’oiseaux gazouillaient aux fenêtres « , « une guirlande d’invectives »

      • Pascal Perrat dit :

        Cela m’a aussi fait ressurgir un souvenir d’enfance : Il fallait embrasser, quand on la croisait, une très vieille dame imprégnée de l’odeur la soupe de poireaux. Depuis, je ne supporte plus cette odeur.

  21. Françoise - Gare du Nord dit :

    J’étais une jeune femme d’une vingtaine d’années et je prenais des cours de conduite.
    Un jour, avec ma sœur et son compagnon nous allons dans une fête de village proche d’Agen.

    Mon beau-frère me propose de conduire sa voiture. Inexpérimentée et en manque de confiance, je prends malgré tout le volant d’une Renault 12 – sans permis je le rappelle – et nous arrivons dans ce patelin dont j’ai oublié le nom, dans une rue envahie d’une foule calme et bon enfant.

    C’en était trop pour moi : un véhicule que je ne maîtrisais pas, un lieu que je ne connaissais pas, un permis que je ne possèdais pas. Il n’en fallait pas plus pour me faire perdre le contrôle du véhicule.

    Je roulais à faible allure heureusement mais à un moment la voiture s’est trouvée aux basques d’un homme qui courait pour lui échapper. Je vois encore la peur sur son visage mais tétanisée, j’étais incapable d’arrêter le véhicule qui, animé semble-t-il d’une volonté qui m’échappait, continuait de le poursuivre. Il n’a dû son salut qu’en enjambant une barrière de sécurité.

    Je me serais crue dans une course de vaches landaises, fêtes de rue très courues dans le Sud-ouest.

    J’ai pu enfin arrêter la voiture et laisser, soulagée le volant.

    Nous sommes ensuite allés boire une verre pour nous remettre de mes émotions lorsque à un moment, le monsieur est entré dans ce café où il avait semble-t-il ses habitudes et il raconta avec véhémence et force détails sa mésaventure.

    Pour paraphraser Jules Renard qui l’écrivit dans son livre « Poil de carotte » : « N’écoutant que mon courage qui ne lui disait rien, je me suis bien gardée d’intervenir ».

    Cela ne m’a pas démotivée à continuer à prendre des leçons de conduite et aujourd’hui encore je ne comprends pas comment j’ai pu obtenir le précieux sésame sur papier rose.

    • Laurence Noyer dit :

      Texte concis, drôle bien écrit
      Pas de lyrisme ni fioritures
      Jules Renard aurait aimé

    • Fanny Dumond dit :

      Une histoire pleine de suspens, très bien écrite et que j’ai eu grand plaisir à suivre. Quelques jours après que j’ai obtenu le fameux papier rose, mon père assis côté passager freinait des deux pieds sur le plancher et se cramponnait à son siège. Merci beaucoup Françoise pour votre souvenir qui a réveillé le mien. Et un grand merci à Pascal pour sa nouvelle idée, bienvenue en ces temps que nous ne pensions jamais connaître. Fanny

  22. Corinne JAHIN dit :

    Par un bel apres-midi d’été, mon mari etmoi avions rendez-vous avec le vétérinaire qui soignait notre petit yorshire « Lulu de Lille du Pré de’ L’Arche » et nous étions assis
    à feuilleter quelques magazines et à entamer des bribes de conversation à voix basse, le cabinet étant bien rempli de visiteurs à poils, de tous poils et à pattes.

    L’attente fut longue  et nous lorgniions sans cesse la porte du bureau. Soudain, j’ai regardé mon mari et pour rompre la monotonie, je lui racontai cette histoire :

    Imagine que le vétérinaire appelle le nom d’un visiteur et que ce dernier rentre dans son bureau, seu,l sans animal.

    Le vétérinaire surpris lui demandera :
    Mais Monsieur XXX vous n’avez pas oublié votre animal ?
    Non pas du tout, Docteur ! lui répond-il en se tortillant sur sa chaise
    Alors qu’attendez-vous de moi, ? vous savez que je ne soigne que les animaux !
    Justement, je viens vous voir, c’est pour mon ténia !

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