L’anecdote trop tôt, trop tard

De petits faits inattendus aux conséquences malheureuses mais sans caractère irréparable

Ce mercredi, je vous invite à raconter des anecdotes temporelles liées au :
gain de temps, perte de temps, rendez-vous manqué, tuer le temps, patienter, attendre quelque-chose ou quelqu’un, attendre un paquet, une lettre, une confirmation, un secours, un amour, le sommeil, attendre au tournant…

Racontez ces petits événements ou faits imprévus vécus ou observés par vous, vos parents ou vos amis à des moments précis ou imprécis.

Une anecdote

Elle se rapporte à l’époque où j’ai tenté ma chance comme scénariste.

Pour vivoter en attendant d’accéder au Graal, le film grand public, j’écrivais des scénarios de bandes dessinées et de films d’entreprises. 
Les créations auxquelles je participais étaient souvent souvent à petits budgets, je devais  toujours en trouver d’autres.
Chaque matin, je m’astreignais à téléphoner aux grandes entreprises pour tenter d’obtenir un rendez-vous avec leur « Dircom » au service de communication.
Le plus difficile était de franchir la barrière entre la secrétaire qui réceptionnait mon appel et le service de communication. Je devais être très persuasif, très obstiné, flatter beaucoup, mentir un peu.
Bref, un jour de chance, j’arrive à séduire une grande firme  prête à » investir un très gros budget dans grand projet de com ». Rendez-vous est pris.

Le jour dit, je me présente à l’accueil, la préposée appelle le service communication qui répond : Mais il y a erreur ! Monsieur Perrat n’a pas rendez-vous ce lundi, mais lundi de la semaine prochaine.
Je me trouve bête, bredouille des excuses et retourne d’où je viens…
La semaine suivante, je me rends à ce rendez-vous si important pour moi, et… j’arrive un jour trop tard. Je me suis encore trompé de date.
Une fois trop tôt, une fois trop tard… Inutile de préciser que cette entreprise décide de ne s’engager avec un écervelé comme moi !


Ce genre de mésaventure est dû à ma dyslexie. Je suis incapable de tenir un agenda papier ou numérique. Quand je regarde les colonnes des semaines, des mois ou des années, tout se mélange. Elles ondulent comme la surface de l’eau sous le vent, rendant toute concentration impossible.
J’ai donc confié à mon épouse le soin de gérer nos agendas et les déclarations d’impôts…


Trop tôt, trop tard

25 réponses

  1. Marjorie dit :

    J’ai toujours considéré que je manquais de temps. Pas assez de temps pour soi, entre vie de famille et vie professionnelle. Le grand classique de la femme débordée, qui fait passer les autres avant soi, et qui s’oublie… puis se plaint ! Le temps comme le Saint Graal, l’ultime luxe de nos vies d’occidentaux débordés. Je rêvais de me déconnecter de cette vie marathonienne, de m’exiler hors du temps, loin de tout, et de tous. Et puis il y a eu 2020…
    Pas un bruit.
    Le silence est percutant. Angoissant. Comme ces jours de neige, la sérénité en moins.
    En ce début de journée, tout pourrait paraitre ordinaire, habituel. J’ai pris le temps de m’éveiller, m’étirer. J’ouvre les volets. Il fait beau, et doux. Pour une mi-mars, c’est encourageant et plein de promesses. Mais le silence me bouscule, en me rappelant : confinement !
    Une rare voiture passe au loin dans la rue. Il est 8h30 ; l’heure où d’ordinaire les voitures s’enchaînent, et s’éclipsent rapidement pour laisser place aux suivantes. L’heure où mon vocabulaire semble s’être restreint à ce petit mot de quatre lettres : vite ! Vite il faut partir, vite enfile tes chaussures, vite l’école va commencer, vite je vais arriver encore en retard au travail… vite, vite…
    La société, d’ordinaire, s’affaire, se précipite, priorise.
    Au ralenti, les voitures s’égrènent, puis se taisent. Totalement. Aucun bruit. La nature, elle, persiste timidement, et me rappelle, aux douces mélodies des moineaux, que non, je ne suis pas seule.

    Pourtant le silence est là. Le temps, suspendu. Le temps qui est maintenant devenu notre allié, et notre bourreau… notre meilleur ennemi, notre pire ami…
    Nous sommes au deuxième jour du confinement…
    Pour moi, il dura 98 jours.
    La notion du temps, typiquement humaine et fondamentalement subjective, n’en est pas moins précieuse. De ces 98 jours, que je mesure comme un temps assez long, je retiens pourtant chaque instant comme différent et indispensable à mon existence, et à celle que je suis aujourd’hui. Je l’ai maudit ; et je l’ai trop aimé à vouloir le retenir ; le temps est là, il défile ; je n’en suis que son bénéficiaire.

  2. Jean-Claude Scant dit :

    En aurait il le temps
    Il avait commencé à écrire son parcours de vie quelques mois plus tôt, lorsque les premiers symptômes de sa maladie l’avaient atteint.
    Il s’était dit « allons, il faut que je raconte un peu cette histoire à ceux de mes proches qui ne la connaissent pas suffisamment… »
    Pour Laura, surtout, sa fille qu’il adorait, pour ses frères et sœurs, ceux qui restaient dans sa famille. Pour ses amis aussi, qui lui avaient marqué tant d’affection.
    Il se disait : « je leur dois bien ça, je n’ai rien d’autre à leur offrir, si je dois partir… » Pour témoigner, pour leur dire merci…
    Il avait commencé par parler de son enfance, fils d’immigrés italiens, de son adolescence tumultueuse, de ses fugues… à 14 ans ! Des colères du père, des péripéties de son voyage dans le Sud et de comment il s’était retrouvé dans un établissement « spécialisé » rue des Vertus, à Marseille.
    Cela lui avait pris déjà pas mal de temps, d’écrire ce chapitre et de le saisir sur un ordinateur.
    Le traitement qu’on avait commencé à lui faire subir le fatiguait, mais il s’accrochait, il revenait à sa table, il écrivait.
    « En aurais je le temps… » commençait il à se dire.
    Alors il entreprit le deuxième chapitre, où il raconte sa guerre d’Algérie, comment il fut incorporé en 1958, alors que les combats de la « pacification faisaient rage… et je compris plus tard à quel point ces évènements l’avaient bouleversé.
    Mais il souffrait de plus en plus. Les séances de chimiothérapie l’épuisaient pour plusieurs jours… mais on lui avait dit qu’il suffisait d’un peu de patience… alors, il reprenait un peu courage et se remettait au travail.
    Il s’attacha à commencer le deuxième chapitre, celui de ses débuts au théâtre, lorsqu’il revint en France. Il racontait aussi ses premières amours, à l’âge de 21 ans, lorsqu’il revit Anita, cette jeune fille avec laquelle il avait correspondu pendant son service militaire… et de sa déception lorsqu’il apprit qu’elle vivait en ménage avec un autre garçon.
    Il voulait maintenant raconter ses premières armes au théâtre et ses rencontres, ses liens d’amitié avec des comédiens et des metteurs en scène de Théâtre « engagé » à Paris. D. Guérin, Kateb Yacine, Jean Marie Serrault…
    « En aurais je le temps… aurais je au moins le temps, la force et le courage d’aller au moins au bout de ce chapitre ? »
    Mais la fatigue le minait. Des crises douloureuses le paralysaient maintenant que seuls des sédatifs réussissaient à calmer.
    Après une embolie pulmonaire, il fallut le transporter à l’Hôpital, en soins palliatifs, tant son état était devenu grave. Il réussit miraculeusement à s’en sortir. Mais il était trop affaibli pour écrire encore. Il n’avait même pas fini d’écrire son troisième chapitre !
    « En aurais je le temps, en aurais je la force ? »
    Alors il demanda à sa nièce, présente jusqu’au dernier moment auprès de lui, de transcrire sous sa dictée la narration de ses rencontres, de ses combats, de ses déboires pendant cette période parisienne, avant qu’il ne décide de s’expatrier au Canada. Au « Québec » précisait-il avec fierté, avec reconnaissance.
    Il n’a pas eu le temps d’aller plus loin…
    Mais il nous a légué ces trois chapitres de son parcours de poète vagabond… Citoyen du monde, a-t-il encore tenu à préciser. C’était le titre qu’il avait choisi pour cette narration inachevée

  3. Jean Claude Scant dit :

    bonjour, je vous envoie mon « anecdote » sur le temps… qui passe. bonne journée jc Scant

  4. Jean Claude Scant dit :

    : anecdote « en aurai je » le temps.

  5. françoise dit :

    Aujourd’hui, je vous invite à trouver puis raconter des anecdotes liées au temps.
    Gain ou perte de temps, rendez-vous manqué, tuer le temps, patienter, attendre quelque-chose ou quelqu’un, attendre une lettre, un secours, un amour, le sommeil, attendre au tournant…
     Je n’avais plus de temps à perdre
    j’avais perdu trop de temps à l’attendre
    Et toutes ces nuits que j’avais passées à attendre le sommeil
    et ces journées à attendre une lettre
    maintenant je n’allais même plus relever le courrier dans la boîte aux lettres
    vraiment je n’avais plus de temps à perdre
    je vis soudain une femme accostée à la barrière
    était-ce elle ? Oui et je la trouvais vieillie
    Le temps faisait son œuvre
    Elle avait donc du temps à perdre
    Elle aurait dû savoir qu’à son âge on n’a plus de temps à perdre
    et que le temps perdu ne se rattrape jamais
    Peut-être attendait-elle un secours de ma part
    brusquement le temps changea
    il se mit à tomber des cordes
    La voisine le vit courir vers elle sans perdre de temps
    un parapluie à la main
    elle maugréa « il a du temps à perdre celui-là
     moi à sa place je l’aurais attendu au tournant »
    —————————– 

  6. Pompelair dit :

    Au téléphone il m’avait dit : – OK pour demain, passe à 17H.

    Contente, je le tenais mon rendez-vous et le connaissant, je le savais prometteur ce cinq à sept.

    Donc, impatiente, j’arrive très en avance avec une boîte de petits gâteaux à la main (il aime), ça ne fera que faire durer le plaisir un peu plus longtemps.

    Rendue presque au sommet du 3° étage, l’escalier est raide, je marque un arrêt pour reprendre mon souffle dont je vais avoir besoin.

    Dernière marche d’où j’ai vue sur son palier, sa porte. Nous y voilà, je me dis.

    Hélas, mon sourire se fige aussitôt, j’en vois une autre, plutôt sexy, qui toque à sa porte. Il ouvre, la soulève dans ses bras (carrément !), elle s’accroche à son cou, ils s’embrassent.

    Compris : c’est foutu pour moi, du moins pour aujourd’hui.

    Je le rappelle en fin de soirée faisant semblant de ne pas avoir pu venir, empêchement de dernière minute … (ni vu, ni connu)

    Là, il me dit – OK, pas grave, repasse demain à 17H.

    Je saisis cette chance de rattraper le ‘coup’ raté. Il me plaît tellement que déjà, il est pardonné.

    Le lendemain, je toque à sa porte avec près de 2H de retard, taxi coincé dans un embouteillage, une autre petite boîte de gâteaux à la main (il aime.)

    Pas de réponse, un mot dépasse sous le paillasson :

    – L’heure, c’est l’heure
    avant l’heure, c’est pas l’heure,
    après l’heure, c’est plus l’heure,
    L’exactitude c’est la politesse des amants.
    Ne plus te voir : ni trop tôt, ni trop tard.

    • Françoise - Gare du Nord dit :

      La leçon fut amère j’imagine Pompelair. Il faut dire que ce monsieur avait l’air d’avoir un emploi du temps bien rempli, peu propice ni aux impatientes ni aux coquettes qui veulent se faire désirer

  7. durand JEAN MARC dit :

    Heureusement, je n’attendais rien. J’étais là sur ce banc, au bord d’un bout de fleuve, envasé dans la terre, perpétuellement rejeté par le quotidien des marées. Je n’avais rendez vous avec personne et personne ne m’attendait. J’avais fui cet examen car je ne supportais pas, déjà, qu’on m’examine. De quel droit allait ‘on se permettre de décréter que j’étais apte ou pas à continuer des études qui ne me concernaient pas? J’étais monté dans ma première voiture, une 203 toute noire, un vrai petit corbillard de l’adolescence et foncé jusqu’à la mer. J’espérais que les vagues allaient couvrir le bruit des stylos, les grincements des chaises sur le carrelage, les reniflements suspicieux des examinateurs. Le temps passait de moins en moins vite, mon cœur se calmait, il avait fui la délibération foireuse des élus du savoir. Je me sentais très insoumis et très bien, à la juste place que j’avais choisi, ailleurs! Les mouettes criaillaient avec moi leur désaccord. Je prenais le vent, comme elles, plongeais dans le siphon du moment pour remonter en flèche éperdue, folâtre, sans autre but que de me faire plaisir. Le soir tombait sur la digue comme un store vénitien sur une lagune. Au fond du marais, la patte dans la vase, une aigrette tendait vers la pause, vers sa pose, la tête cachée dans le plumage. Je la regardais longuement, tendrement. Elle me confirmait bien qu’il était possible de vivre, en équilibre, sur une patte, et hors du temps des autres.

  8. Marianne B dit :

    Lettre au temps qui passe

    Cher compagnon de toujours,
    J’aimerais dire cher ami, mais est-tu vraiment mon ami ? Je voudrais que tu m’accompagnes et en réalité je suis toujours en train de te courir après, comme si tu essayais de me semer. Ne pourrais-tu pas essayer de te poser un peu, de temps en temps ? Il est bon parfois de ralentir, de laisser les choses prendre leur juste place.
    J’ai l’impression que plus les années passent, plus tu accélères la cadence : tout va trop vite et tout va mal. Les projets restent en suspens, une bonne idée en chasse une autre, avant même qu’elle soit concrétisée ; la pensée se fait distancer par l’action, au point parfois de prendre sa place.
    As-tu quelque intérêt dans l’éparpillement des idées à tout va ? N’aimerais-tu pas savourer la maturation de ce que tu as permis de mettre en place ?
    Plus ça va, moins je te suis. Mais en me laissant distancer je peux maintenant mieux t’observer : tu vieillis mal, mon cher. Te voilà rempli d’impatience et d’exaspération, tu ne tiens plus en place. La patience, ta précieuse alliée, t’a totalement déserté. En vivant ainsi uniquement dans l’accélération, tu me donnes l’impression de pédaler dans la semoule. Mon pauvre ami, regarde-toi : tu ne seras bientôt plus qu’un malheureux repère pour traduire la fuite en avant. Si tu continues comme ça ton existence n’aura bientôt plus de sens.
    Non vraiment, je t’en conjure, pose-toi donc un peu avant qu’il soit trop tard. Révise un peu ton état des lieux, fais le point sur tes repères. Le monde change, tu sais, tu as peut-être quelques ajustements à faire …
    Je suis sûre que nous pourrions encore trouver un terrain d’entente, il n’est pas trop tard. Et si tu acceptes d’être un peu raisonnable, tu retrouveras dans ma vie la place de choix que tu as connue. Il te suffit d’être un peu attentif et de te remettre à la portée des humains, pour pouvoir leur montrer le chemin en respectant leur rythme.
    J’ai confiance en toi mon ami ; je sais que tu pourras y arriver, si bien sûr tu le veux vraiment.
    Je t’attends. Lorsque tu seras revenu à ma hauteur nous pourrons reprendre notre route commune, main dans la main.

    • Fanny Dumond dit :

      Il est troublant votre texte qui me ramène à mes questionnements. Pourquoi cette impatience chez certaines personnes qui sont à la retraite ? Pourquoi cette fuite en avant, alors que l’autre, retraité également, n’aspire qu’à se poser et ne plus courir comme s’il avait des horaires à respecter pour aller faire les courses ou ailleurs ?

    • Françoise - Gare du Nord dit :

      Beaucoup de gravité dans votre texte Marianne qui interroge le temps qui passe trop lentement, le temps qui file trop vite, celui qu’on chasse et celui qu’on fuit.
      Mais une fin optimiste : « il n’est pas trop tard », J’ai confiance en toi ».Vous vous en êtes fait un ami

  9. Fanny Dumond dit :

    L’attente dans le milieu médical est celle qui m’impatiente ou me fait stresser.

    Pour celles qui m’impatientent : un jour, j’ai rendez-vous à 12 h 45 chez mon ophtalmo. Je me dis « chic je vais passer la première ». J’attends, j’attends puis, à bout de patience, je me renseigne auprès de l’hôtesse d’accueil qui m’explique qu’il débute toujours ses consultations à 14 h 30. Dubitative, je lui demande pourquoi il prend des rendez-vous si tôt et elle de me répondre que c’est comme ça ! Je me rassois et passe mon temps à m’interroger sur cette pratique. Une autre fois son assistante, à qui j’explique que c’est juste pour savoir si mon traitement prescrit pour ma tension oculaire est efficace, prend donc les mesures et me dis d’attendre dans la salle d’attente bondée. J’attends, j’attends durant… 3 heures (délai minimum chez lui). Et lorsqu’arrive, enfin, mon tour, l’ophtalmo me dit dans la salle d’attente : madame vous pouvez y aller, on continue le traitement. Furieuse, je me demande encore pourquoi son assistante ne lui a pas donné de suite les mesures de ma tension ?

    Pour celles qui me stressent : ce sont celles concernant les opérations chirurgicales de mes proches. En général, on nous a expliqué qu’il s’agit d’une petite intervention. Mais lorsque l’attente dure des heures avant que le patient remonte dans la chambre, l’esprit cogite sans cesse et envisage les pires scénarii. La pire attente dont je me souvienne est pour une opération de mon fils alors âgé de 5 ans. Il était parti au bloc en tout début de matinée et ils me l’ont ramené juste avant midi. J’étais dans une angoisse insupportable d’autant plus que cette intervention ne devait durer qu’un quart d’heure. Il était inutile de demander des renseignements auprès du personnel qui n’en savait fichtrement rien ! Mais tout finit par s’expliquer. Nous ne savons pas ce qui se passe en coulisses. Maintenant j’ai compris que, parfois, lorsque le patient descend au bloc, lui aussi attend son tour sur son inconfortable brancard durant ce qui lui semble une éternité.

    Une fois, nous avions rendez-vous pour une consultation avec une spécialiste. Nous arrivons une demi-heure avant comme on nous l’avait très bien expliqué, mais il y avait une telle affluence à l’accueil pour remplir les formalités que nous nous pointons avec un très léger retard chez la spécialiste furieuse, car elle nous attendait ! Nous lui expliquons la cause et je me mords la langue pour ne pas lui répondre : pour une fois que c’est à vous d’attendre !

  10. Nouchka dit :

    La pièce est lumineuse. Les sièges individuels s’adossent au mur. Il fait chaud. Un unique patient… patiente. Il accueille mon arrivée d’un signe de tête.
    Je retire ma veste et l’enfile sur le dossier du fauteuil métallique et choisis de m’assoir sur la rangée de sièges face aux fenêtres. Ainsi, je n’aurai pas à croiser le regard de l’homme.
    Ce dernier prend un magazine sur la table centrale, puis enlève son manteau.
    Le médecin vient le chercher. Il lui indique qu’il avait un peu de retard.
    Moi, par contre, j’ai quarante-cinq minutes d’avance sur l’heure de rendez-vous.
    Des jeux occupent un angle de la pièce. Trois photos noir et blanc mettent des zèbres en scène et décorent le mur laiteux.
    Au sol, un revêtement de sisal dessine les rayures longitudinales d’un tissage beige et noir. Quatre spots au plafond éclairent l’ensemble.
    Deux murs sont recouverts de portes coulissantes de bois rouge.
    Au-delà des trois fenêtres basculantes, la vue s’ouvre sur de petits immeubles récents. La soufflerie du chauffage ronfle doucement. Le soleil de cet après-midi construit de longues ombres sur le sol. Les stores solaires, d’un jaune fatigué, sont en partie déroulés sur deux des fenêtres. La porte de bois sombre supporte les insertions horizontales de verre dépoli.
    Des consignes et tarifs encadrés sont suspendus à plusieurs endroits. Les messages sont impératifs, voir menaçants.
    La couverture des magazines brille au soleil. Les titres sont ceux de la presse, dite féminine, que l’on trouve habituellement dans les salles d’attente.
    Je me sens anxieuse, presque oppressée par le trac. La visite d’aujourd’hui n’est pas ordinaire. C’est un rendez-vous dans un lieu professionnel pour une activité qui ne le sera pas. J’ai choisi avec soin les sous-vêtements portés. Ma toilette préalable a été méticuleuse et maintenant, je me demande si je ne devrais pas être ailleurs. Après tout, rien ni personne ne m’oblige à attendre ici. J’usurpe la place d’un autre patient potentiel. Tiens, justement, pénètre dans la pièce une femme accompagnée de deux enfants. Nous nous saluons d’un demi-sourire. Je me sens crispée, tendue. Diable, pourquoi suis-je ici ? J’avais bien entendu du bruit dans le hall mais ne savais s’il s’agissait d’une nouvelle entrée ou d’un patient quittant le cabinet médical. C’est au tour de la patiente aux deux enfants d’être convié à suivre le praticien.
    Je n’ai plus du tout chaud, au contraire.
    Qu’est-ce que je vais lui dire. Se souviendra-t-il de moi ? Il voit tant de personnes. Cela fait déjà quelques trois semaines que je suis venue ici la dernière fois.
    J’espère ne pas avoir envie de faire pipi, je me sens si bizarre… je rassemble mon sac et la veste.
    J’entends un bruit de porte venant du couloir. Le médecin annonce mon nom et m’invite à l’accompagner.
    Tout de suite, je perçois le parfum discret de son eau de toilette ; vient-il d’en mettre ?
    il me pousse doucement, la main sur le haut du dos. J’entre dans son bureau. La porte est verrouillée.
    Je dépose ce que je tiens en main sur l’un des fauteuils présents et me retourne.
    Oui, il se souvient de moi. Il tend les bras, je me rapproche de lui.
    Je discerne sa respiration tout à coup plus profonde, plus audible, comme un soupir de satisfaction après l’attente. Il attrape l’arrière de ma tête et l’approche de lui. La joue contre sa blouse de drap épais, j’entends son cœur. Sa grande taille l’oblige à se pencher vers moi afin que nos lèvres se frôlent.
    En résumé, car vous n’aurez pas la suite du récit : Oui, il est exact que « l’appétit vient en mangeant », écrivait Rabelais !…. et « Il y a des attentes discrètes qui apportent en intensité ce qu’elles négligent en assiduité » disait Robert Brisebois.

  11. 🐀 Souris verte dit :

    Deux places à l’Opéra Garnier ça ne se refuse pas ! J’emmène ma secrétaire toute fièrote d’aller dans cet endroit mythique.
    Nous nous mettons sur notre trente et un (Micheline surtout) puis devons retrouver mon mari dès le dernier entrechat et l’accord parfait majeur de clôture, sur le trottoir, devant la sortie des artistes.
    Je montre à mon amie les loges, rencontre qq collègues puis nous nous campons bien en vue face aux Galeries Lafayette. ½…¾ h.. j’appelle à la maison, notre artiste-chauffeur répond qu’il est surpris de casser la croûte uniquement en compagnie de chat-chien et me demande où je suis passée !

    Le lendemain, les bruits de couloirs allaient bon train : son mari l’a laissée sur le trottoir !!!
    Belle et bien sapée comme elle était, Micheline a bien failli faire marcher le commerce ! 🤣🐀

    • Fanny Dumond dit :

      J’imagine bien la scène. Cela m’est arrivé, il y bien longtemps, d’attendre mon mari sur un trottoir, pendant qu’il était allé chercher la voiture garée à Perpète-lès-oies. J’aurais pu faire marcher le commerce, à l’époque 😉

    • Pascal Perrat dit :

      À la sortie d’un spectacle à Paris, deux des mes amies attendaient sur le trottoir que j’arrive avec ma voiture garée beaucoup plus loin. Des tapins, croyant qu’elles faisaient le trottoir se sont jetés sur elles.

    • Françoise -Gare du Nord dit :

      Cette situation équivoque est arrivée à de nombreuses femmes.
      votre anecdote me rappelle une histoire drôle que je me permets de vous raconter. Un petit garçon et sa maman dans un taxi qui emprunte une rue fréquentée par des prostituées. le gamin interroge sa mère : « Dis Maman qu’est-ce qu’elles font ces dames? » La mère un peu gênée : « Elles attendent leur mari à la sortie du travail ». Le chauffeur s’énerve « Il faut arrêter de dire des mensonges aux gosses. Ces dames ce sont des p… qui font l’amour pour de l’argent ». Le petit garçon se tourne vers sa mère : « Dis Maman , tu crois qu’elles ont des enfants,les p…? ». « La mère répond : « Bien sûr mon chéri, tu crois qu’ils viendraient d’où les chauffeurs de taxi? »

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